CHAPITRE IV
Facilité avec laquelle on peut apprendre le Langage mimique.
On sera surpris, après quelques considérations, de la facilité avec laquelle on peut apprendre le langage mimique. Ce langage, qui est dans la nature, partout le même, et qui appartient à chaque homme, comme tout «e qui est naturel, ne demande qu'à être réveillé pour être compris et n'être plus oublié. D'ailleurs, il y a une telle analogie entre ses expressions, qu'elles s'unissent, se lient, s'enchaînent de manière qu'une seule en rappelle une série, et même, par un peu d'habitude et de réflexion, indique, fait découvrir celle qui convient à une pensée, à un sentiment quelconque, lors même qu'on ne l'aurait jamais apprise. Le mime peut arriver à un tel degré de perfection qu'il sente presque spontanément le geste qui convient à une idée quelconque.
Ce langage merveilleux est libre de tous nos embarras de syntaxe : ainsi, plus de ces exceptions et de ces modifications pour le singulier et le pluriel, le masculin et le féminin, les déclinaisons et les cas, et pour toutes ces séries indéfinies de conjugaisons, de modes, de temps y etc. -, un seul mode impersonnel, participe ou infinitif, suffît, et les modifications qu'indique la nature, suivant les circonstances, spontanément, sans peine, satisfont à tout le reste.
Et puis, ce qui étonnera peut-être, c'est que, d'un seul coup, on peut sans nuire aux exigences de la pensée
«t à la clarté du discours, retrancher les trois quarts
des noms exigés par nos langues parlées, car un seul signe suffit pour exprimer le substantif, le verbe, l'adjectif et l'adverbe qui ont rapport à la même idée, tels que : obligeance, obligeant, obliger, obligeamment. Le contexte de la phrase fait admirablement sentir , et sans aucune peine, le sens dans lequel on doit prendre le geste.
Et les synonymes si nombreux, destinés à exprimer les différentes nuances d'une même pensée, employés indifféremment par le peuple, et qui bien souvent embarrassent les savants : eh bien , dans notre langage mimique, ils disparaissent encore, sans nuire à la clarté ou plutôt en la favorisant, car le fond de la pensée exprimée par les synonymes étant toujours le même, n'exprimant qu'une différence accessoire, le fond du geste, pour tous ces synonymes, reste toujours le même et ne varie que dans le plus ou moins de force, de grâce, de vigueur, etc., que la nature seule peut indiquer, et que jamais l'art ou la convention ne pourra parfaitement faire saisir.
Admirable nature! tu indiques dans ton langage et tu fais sentir spontanément ce que les génies n'ont pu découvrir que dans de longues études et de profondes méditations, et n'ont appliqué encore, dansleur langage conventionnel, qu'à une seule branche des sciences : la loi d'une nomenclature parfaite (1).
(l) Pour qu'une nomenclature soit parfaite, il doit exister le même rapport, la même analogie entre les expressions qu'entre les idées. La chimie est la seule branche de science qui en ait fait plus ou moins bien l'application ; cependant, c'est à sa nomenclature principalement qu'elle doit ses rapides progrès.
Si, au lieu de suivre la voie commune, la vieille routine des grammaires et des dictionnaires, nous nous approchons encore de la bonne nature, et que nous suivions ses indications pour apprendre son admirable langage, nous y serons bientôt habiles sans nous en apercevoir. Mais alors il faut laisser les savants et leurs livres, et faire comme le petit enfant qui apprend à parler. 11 voit les objets, les entend nommer; il observe, il répète, on le reprend; peu à peu il se perfectionne et s'instruit. C'est comme cela que fait l'étranger qui ne sait pas la langue du pays où il se trouve, et au bout de quelques jours il peut mieux converser que celui qui depuis longtemps étudie dans les livres. Et, certes, combien plus promptement encore , en suivant cette méthode, saura-t-on le langage mimique dont la nomenclature est si simple, si peu nombreuse, qui n'a besoin que d'être réveillée et qui n'a pas l'embarras de la syntaxe, car elle n'en a d'autre que celle que la nature fait sentir à ceux qui l'écoutent. C est donc en se mettant de suite à l'œuvre, en nommant les objets qui nous entourent, traduisant les phrases de la conversation ordinaire, réfléchissant un peu pour saisir les analogies, qu'après quelques leçons l'on pourra converser sans peine, et que l'on saura une langue nouvelle pleine de la plus douce et de la plus sublime poésie.
Ce n'est pas tout : si l'on veut, par l'étude et parla science, approcher de plus près de la nature, suivre plus intimement ses voies, on pourra, sans l'obscurcir, sans la dénaturer, mais, au contraire, en y répandant des charmes merveilleux, établir des méthodes d'abréviation plus étonnantes que tout ce que nous venons de dire, en sorte que l'on pourrait apprendre les signes de
plusieurs centaines d'idées en quelques instants, comme nous le démontrerons dans le chapitre suivant.
Depuis que nous avons fait paraître dans la Presse religieuse, quelques articles sur le langage mimique qui ont été reproduits en partie par d'autres feuilles, on nous a adressé plusieurs questions auxquelles nous serons heureux de répondre dès que les circonstances nous le permettront; seulement nous ferons remarquer en passant qu'il n'est pas plus nécessaire de connaître toutes les nomenclatures scientifiques ou techniques pour connaître une langue, qu'il n'est nécessaire de connaître toutes les sciences ou la théorie de tous les arts; car l'étude d'une science ou de la théorie d'un art n'est autre chose que l'élude de leurs nomenclatures; il suffit de savoir la nomenclature populaire qui n'est pas très étendue.
Puis, si l'on considère le langage mimique uniquement sous le point de vue universel, on pourrait encore nommer par la parole les noms de villes, les noms de personnes, les noms propres, etc. , qui sont à peu près les mêmes pour toutes les nations; cependant ces noms peuvent être exprimés avec une extrême simplicité dans le langage mimique.
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