CHAPITRE Vit
Écriture universelle. — Avantage de la méthode que nous avons exposée.
Quoiqu'une écriture universelle soit moins nécessaire que le langage qui peut servir de moyens de communication immédiats entre des personnes de langues différentes, cependant rien maintenant n'est plus aisé qu'une écriture symbolique naturelle, universelle, simple et facile.
Les noms étant classés par ordre d'idées communes, il suffit de donner à chaque collection un symbole commun analogue aux geste commun , et qui sert de radical, et un symbole particulier analogue au signe particulier; ainsi, par exemple, pour toutes les expressions qui ont rapport aux peines du cœur, un symbole commun qui serait le cœur; puis, pour signe particulier, une épine, un trait plus ou moins fort, qui le percerait plus ou moins, suivant l'intensité ou le genre de la peine; et ce cœur et ce trait peuvent se faire aussi promptement qu'une simple lettre.
Ces symboles se plient merveilleusement à tous les genres d'expressions soit du monde physique , soit du monde moraL
Nous ferons notre possible pour que le dictionnaire de signes que nous préparons soit accompagné des symboles naturels, qui ne seront que la peinture, que la représentation abrégée des signes, et qui aideront
ainsi à leur intelligence, et qui, au lieu d'augmenter le temps, la peine de l'étude du langage universel , l'abrégeront plutôt, car les gestes et les symboles s'éclaireront réciproquement et l'analogie des signes et de la pensée sera mieux saisie.
Tous les principes, toutes les méthodes d'abréviation que nous avons formulées pour le langage mimique naturel, sont absolument les mêmes pour les symboles naturels que nous venons d'indiquer, ainsi il est inutile que nous les répétions.
Avec quel ordre, quelle lumière, quelle logique toutes les notions se classeraient dans les jeunes intelligences , et avec quels traits indélébiles elles y seraient fixées par le langage naturel si on leur présentait la nomenclature par ordre analogique , soit des minéraux, des végétaux, des animaux, etc., soit des étals, des dignités, des établissements, etc. En apprenant les signes généraux et les signes particuliers, l'enfant se formerait sans peine à la réflexion; il serait obligé d'entrer dans les détails, de voir ce que les objets ont de commun et de particulier, de prendre l'habitude de la généralisation, etc. La langue parlée même acquèrerait une précision admirable. Cette question serait peutêtre digne de l'attention des pédagogistes.
Jusqu'à présent chaque signe était considéré isolément et en particulier, et non en collection et en général. Pour les décrire, il fallait entrer dans des détails, dans des longueurs désespérantes. Aussi fort peu d 'auteurs ont entrepris ce travail et pour un petit nombre de signes seulement, et faute de méthode, on assignait quelquefois quatre ou cinq signes à un seul nom.
Dans l'échantillon que nous venons de donner, I \ \-
plicalion lient moins Je pluce que les noms ; un seul signe suffît pour les noms collectifs, et pour les autres il n'est pas nécessaire d'en avoir plus de deux.
Le dictionnaire de l'abbé Sicard est le seul ouvrage étendu dans ce genre; mais c'est plutôt une série de descriptions, plus utiles peut-être au parlant qu'au sourd-muet, qu'un dictionnaire de signes. M. Degérando et quelques autres auteurs ont aussi essayé de décrire quelques signes particuliers.
Laclarté,la facilité, l'analogie, qui sont les caractères d'une langue bien faite, le plan que nous venons d'exposer les réunit parfaitement.
La clarté : chaque idée a son signe propre, qui porte la lumière avec lui. Ainsi, par exemple, pour oublier que royaume est une certaine étendue de pays gouvernée par un roi, qu'observatoire est un bâtiment destinéaux observations astronomiques, il faut que j'oublie les signes.
La facilité : puisque l'on peut apprendre les signes de plusieurs centaines de noms en quelques instants.
L'analogie : puisque la même idée a toujours le même signe, et que les signes ne varient que proportionnellement aux idées.
La numération présente aussi une facilité, une rapidité, une concision remarquables. On peut apprendre tout son système en quelques minutes.
Ce plan serait excellent aussi pour les institutions de sourds muets. Dans quelques-unes on tient à ne faire usage que des signes naturels-, pour celles-là , il n'y a rien à chager au plan. Dans d'autres, on tient à faire l'initiale du signe, afin de mettre l'élève sur la voie de l'orthographe du mot. Notre plan s'y adapte parfaite-
ment, car il suflit <i'ajonit r 1 initiale au sjgn< cpmittun, ett si plusieurs mois commençaient par la même lellre dans une collection analogique, on pourrait (aire une initiale prime, seconde, etc.; et ainsi, au lieu de réduire ce langage en un système de gestes arides, on lui conserverait sa physionomie de vie par les signes généraux, qui seraient toujours naturels.