‹ Langues perdues de la Perse & de l'Assyrie ... PerseChapitre 11 sur 15 · I.’ INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

I.’ INTERPRÉTATION

propre ; le ^ était encore lu G par Burnouf lorsque Lassen lui assigna la valeur de V ; mais il est inutile de multiplier les citations de cette nature qui ressortent de la comparaison des alphabets que chacun de ces savants a pu établir.

Voici maintenant la méthode de Burnouf 1 : il prend pour sujet de traduction deux inscriptions copiées par Schulz sur les rochers de Hamadin, et qui reproduisent le même texte que les inscriptions relevées par Niebuhr et Le Bruyn sur les murs de Persépolis. La comparaison de ce texte avec les copies antérieures a suffi pour que Burnouf fixât toutes les incertitudes que des erreurs de transcription auraient pu produire. Lorsque la forme des signes fut ainsi bien définie, il appliquai chacun d’eux le procédé suivant 2 : « Il ne peut, dit-il, exister qu’un seul procédé scientifique pour la détermination d’un signe inconnu : il fitut réunir tous les mots où il se trouve, les comparer

1 Mémoire sur deux Inscriptions , passim.

2 Mémoire sur deux Inscriptions, p. 23.

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entre eux, et essayer d’appliquer au signe qu’on ne connaît pas les valeurs de l’alphabet pour lesquelles on ne possède pas encore de caractère propre et rigoureusement déterminé. Si le déchiffrement de l’alphabet est commencé, s’il repose sur quelques bases certaines, l’examen des diverses positions du signe dont on cherche le sens devra en donner la valeur. »

Or Burnouf a ainsi analysé les quarantedeux signes de Niebuhr , et a étudié les combinaisons que chaque caractère peut produire dans chaque mot. C’est ce travail de patience qui lui a fait rejeter quelques-unes des valeurs de ses devanciers pour en adopter d’autres qui lui parurent plus rigoureuses. Par exemple, il remarqua que le signe que Grotefend lisait V et que Saint- Martin lisait R se trouvait dans seize mots, dans les inscriptions qu’il avait sous les yeux. Dans ces seize mots, les valeurs qui étaient attribuées par Grotefend et Saint-Martin donnaient des noms dont la physionomie iranienne n’offrait rien de séduisant. Si, au contraire, on accordait à ce caractère la valeur de B,

l'interprétation

alors ces mots prenaient un tout autre aspect; leur structure devenait très-satisfaisante, et, de plus, l’un d’eux qu’on lisait Vakhtris ou Bakhtris , recevait par cette nouvelle valeur une forme Bakhtris dans laquelle il était facile de reconnaître l’antique Bactra ou la Bactriane. Burnouf fut ainsi sur la voie de l’énumération des satrapies créées par Darius, et il ne tarda pas à se trouver devant une série de noms propres dont les caractères devaient se contrôler les uns par les autres, et qui lui permirent de compléter son alphabet 1 .

Cette découverte est bien propre à Burnouf, et on comprend tout le parti que put en tirer l’auteur du Commentaire sur le Yaçm.

Nous ne terminerons pas toutefois ce qui a trait à ses travaux sans nous arrêter sur un nom, que le signe qu’il lut Z, comme

i Ici il est bien nécessaire d’établir un fait, c’est que Lassen et Burnouf étaient depuis longtemps en correspondance assidue^ et on a entendu raconter à Burnouf lui-même que, pendant qu’il s’occupait de la rédaction de son savant mémoire, il écrivit un jour à Lassen une lettre qu’il avait signée en caractères cunéiformes. Il donnait ainsi à son illustre émule, avec la première lettre de son nom, la première lettre de celui de la Bactriane.

i3° les langues perdues

Lassen, lui permit de compléter, et qui donna définitivement en ancien Perse le nom d’Ormu\d qu’on put lire désormais :

ïïKnEMrlWTTTïï

En résumé, ce nom se compose de sept caractères représentant six valeurs différentes : la première lettre (A), qui est aussi la dernière, a été déterminée par Münter; trois autres (U, D, R) ont été déterminées par Grotefend; une (M), par Rask; enfin une (Z), par Lassen et Burnouf.

Ce nom, qui a coûté tant de peine à lire, a suggéré une remarque importante : l’orthographe cunéiforme n’est pas en rapport avec celle des textes zends. En effet, les deux inscriptions analysées par Burnouf font usage de ce mot sans l’accompagner d’aucune désinence ; de plus, elles omettent deux fois la voyelle A et une fois l’aspirée H. Il s’ensuit que cette voyelle ainsi que l’aspiration ou n’existaient pas dans ce mot, ou ont été

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supprimées? « Or comme ces lettres sont étymologiquement nécessaires dans le mot ahura ma\da, je crois, dit Burnouf pouvoir avancer que si elles manquent dans le âurm\dâ de nos inscriptions, c’est par suite d’une suppression et non en vertu de l’application d’une régie étymologique. — Nous admettons donc que le âurtn%dâ de l’inscription de Darius a dû être primitivement ahura ma^da, et que si ce titre a perdu trois de ses lettres, c’est sous l’influence d’une cause étrangère à la laquelle il appartient par son origine. Cette cause me parait ne pouvoir être autre que l’écriture. C’est parce que le système d’écriture qui a été appliqué à la gravure de ces inscriptions n’était pas, quant à la représentation des vo3relles, aussi rigoureux que le s}rstèmc des écritures zende et sanscrite, qu’une voyelle d’une prononciation très-brève a pu disparaître de ce mot; et, quant à la suppression de l’aspirée, lettre nécessaire dans ahura, on comprend également qu’une écriture qui considérait chaque voyelle comme

I Mémoire sur deux Inscriptions cunéiformes , p. 41 et suiv.

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essentiellement accompagnée d’une aspiration faible, pouvait se passer de l’exprimer dans la transcription de ce mot. Il y a donc un désaccord évident entre lalangue de nos inscriptions et le caractère à l’aide duquel elles sont écrites ; ce désaccord se remarque non-seulement dans les noms propres, mais encore dans un assez grand nombre de termes. »

Après les travaux de Lassen et de Bumouf la langue des inscriptions pouvait être considérée comme connue avec certitude ; le déchiffrement était terminé, et le travail d’interterprétation reposait sur une base sérieuse. Les matériaux linguistiques étaient cependant appréciés en eux-mêmes peu considérables; de plus, ils se trouvaient encore diminués par les qualifications et les formules sans cesse reproduites identiquement dans les inscriptions. Les lois de la langue, pas plus que la valeur des signes, ne pouvaient, en l’état, recevoir de lumière des inscriptions en ellesmêmes ; les progrès de l’interprétation dépendaient donc essentiellement de l’apparition de nouveaux matériaux.

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Le domaine des recherches s’accrut d’abord des documents laissés par C. I. Rich qui avait été longtemps Résident à Bagdad pour la Grande-Bretagne. Cet écrit posthume livra aux investigations l’inscription entière d’Artaxerxés III dont Grotefend avait fait connaître antérieurement une partie

Rich avait en outre copié dans les trois systèmes toutes les inscriptions de Niebuhr et toutes celles que Le Bruyn avait transcrites d’une manière inexacte ; une seule a été copiée par son employé perse, c’est l’inscription D, et elle est pleine d’inexactitudes.

Lassen a écrit sur ces inscriptions au moment de leur publication. Les investigateurs nouveaux recueillirent un plus grand profit des travaux de Westergaard.

Dans son voyage en Perse, il avait comparé toutes les inscriptions déjà copiées et d’autres qui n’étaient pas encore connues, entre autres la grande inscription de Nakch-i-Roustam. Ce fut le premier des voyageurs qui copia les

i Neue Beitrage ^ ur Erlâuierung der persepolitaniszhcn Keil schrift. Hannover 1S37. In-f* H> n° 31.

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textes avec l’intelligence de leur contenu ; à son retour, Westergaard livra tous ces matériaux à Lassen qui les soumit à un nouvel examen 1 .

Ce travail fut l’occasion de plusieurs publications remarquables. MM. Hollzmann et Hitzig s’efforcèrent en partie de justifier et de perfectionner les résultats de Lassen.

Le mémoire de' Hollzmann rectifie un grand nombre de passages mal compris par Lassen ; on lui doit de plus la confirmation de la valeur de deux caractères ; il est aussi le premier qui ait reconnu la présence de l’î et de Yû long.

Nous arrivons maintenant aux travaux de Sir Henry Rawlinson. Voici, en résumé, comment il explique l’origine de ses études et ses propres progrès.

Ce fut, nous apprend-il J, dans le cours de

1 Les Inscriptions de la Perse ancienne d'après les Communications de M. V. 1 . Westergaard, dans le Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes, VI, p. i SS.

2 The persian etc., Preliminary remarks, p. 44.

l’interprétation

l’année 1835 qu’il entreprit ses recherches sur les écritures cunéiformes. Il savait seulement alors que le Professeur Grotefend avait déchiffré les noms de quelques souverains achéménides; mais dans sa position, à Kirmanschah, sur la frontière ouest de la Perse, il ne pouvait obtenir une copie de cet alphabet, ni se procurer les inscriptions qu’on avait étudiées avant lui. Les premiers matériaux qu’il soumit à l’analyse furent les tables de Hamadàn, dont il prit lui-même la copie avec beaucoup de soin. Ce sont précisément ces mêmes tables dont Burnouf avait donné l’analyse et la traduction. Par des procédés analogues à ceux de Grotefend, Sir Henry Rawlinson parvint à lire sur ces tables les noms de Darius, Xerxès, Hyslaspe, et il fit bientôt des progrès rapides. Une circonstance particulière lui ouvrit, du reste, tout d’un coup un vaste champ d’étude : il se trouvait à peu de distance de Bisitoun; il en profita pour copier la belle page ff’histoire que les Achéménides ont laissée sur ces rochers. La comparaison des deux premiers paragraphes de cette longue

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inscription avec les tables de l’Elvend lui permit d’ajouter aux noms déjà connus ceux d' Ar saines, à’Ariamnès, de Téispès, à’ Achémènès, et de déterminer ainsi la valeur de dix-huit caractères avant qu’il fût mis au courant des travaux qui s’accomplissaient en Europe. Ce fut en 1836, pendant sa résidence à Téhéran, qu’il eut connaissance des travaux de Grotefend et de Saint-Martin; il était déjà en avance sur ces découvertes par l’étendue des matériaux qu’il avait eus à sa disposition. Dans le coûtant de 1837, il copia les autres paragraphes de la grande inscription de Bisitoun, et pendant l’hiver de cette même année, croyant que la lecture de ces textes n’avait fait aucun progrès depuis Saint-Martin, il envoya à la Société Asiatique de Londres la traduction des deux premiers paragraphes de cette inscription qui rappelaient les titres et la généalogie de Darius, fils d’Hystaspe.

Bien que sur les lieux mêmes où les textes étaient gravés, ses moyens d’investigation étaient très restreints; il avait à sa disposition des inscriptions plus complètes; mais il n’en

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était pas ainsi des moyens d’analyse grammaticale : il ne possédait que les recherches d’Anquetil sur la langue de VAvesta, quelques manuscrits zends qu’il s'était procurés en Perse, et, pour interprète, un mobed ignorant d’Yezd, qui pouvait à peine lire l’ancienne langue de son pays.

Lorsque le Mémoire de Sir Henry Rawlinson

devancé ; il reçut, en échange, les Mémoires de Lassen et de Burnouf qui lui parvinrent à Téhéran, avec le Commentaire du Yaçna, dans le courant de l’année 1838. Comment douter de l’indépendance des travaux de Sir Henry Rawlinson, lorsqu’il reconnaît que son premier Mémoire contenait un grand nombre d’erreurs, et que c’est à partir de cette époque qu’il fit les progrès les plus sûrs, progrès dont il attribue la cause aux connaissances qu’il puisa dans le Commentaire sur le Yaçna ? — En 1839, la longue inscription de Bisitoun était transcrite et traduite ; ce ne fut toutefois qu’en 1843 qu’il adressa ses travaux en Europe, car des difficultés matérielles

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étaient survenues pour arrêter la publication de cette grande page d’histoire. Le texte ne parut dans le Journal de la Société asiatique de Londres que dans le courant de l’année 1846, et la publication de Y Analyse et des Commentaires ne fut terminée qu’en 1849.

Maintenant que nous avons exposé les travaux des savants qui ont participé à la formation de l’alphabet perse, nous savons que les quarante-deux signes déterminés par Nicbuhr ont reçu une valeur qui va permettre de lire les différents textes dont on avait cherché si longtemps la signification : aussi donneronsnous facilement la transcription et la traduction de la courte inscription que nous avons citée plus haut (p. 75) et qui précisément avait servi de point de départ aux travaux de Grotefend. Tous les noms propres qu’elle renferme, ainsi que les titres royaux, nous sont déjà connus; il ne nous reste plus que deux mots à examiner, et les valeurs acquises permettent désormais de les prononcer et de les traduire.

l'interprétation

Voici le premier mot que nous lisons :

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