‹ Langues perdues de la Perse & de l'Assyrie ... PerseChapitre 13 sur 15 · L INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

L INTERPRÉTATION

elle s en rapproche plus que du sanscrit, sans doute, mais elle s’en sépare sous plus d’un rapport; elle paraît avoir le caractère d’un dialecte dérive dont les formes grammaticales tendent à s’effacer déplus en plus. Quoi qu’il en soit, dans 1 état ou elle nous est parvenue, c’est la langue de Cyrus, de Darius, de Xerxés, l’ancien perse en un mot, tel qu’il a été parlé au vte siècle avant notre ère, et dans lequel il a été facile dereconnaitre sur quelques points, assez nombreux pour qu’il ne puisse y avoir d’équivoque, l’origine du persan moderne.

RÉSUMÉ

On peut désormais se rendre compte de l’importance des documents acquis à l’Histoire ; nous espérons avoir tenu, autant qu’il nous a été possible , une balance équitable dans le cours de cet exposé succint que nous avions à cœur de présenter d’une manière aussi saisissante qu’impartiale. Nous allons essayer maintenant de jeter un coup d’œil rapide sur cet ensemble de laborieuses découvertes et en offrir le résumé.

Toutes les inscriptions perses ont été traduites et commentées ; tout ce qui a été découvert jusqu’ici a été l’objet des travaux les plus sérieux; la connaissance de ces textes est donc un fait accompli et fournit un ensemble qui a été publié par M. Kossowicz 1 . Les traduc-

i Cajetanus Kossowicz, Inscription# Palœo-presicœ achemen ilarum. Petropoli, W. Golowin, 1872, gr. in-8°, fcr., fi?.

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tions ont été mises en ordre parM. Menant La plus ancienne inscription appartient au régne de Cyrus et les plus importantes ont trait à celui de Darius. Nous devons citer l’inscription de Bisoutoun , puis celles de Persépolis, de Nâkch-i-Roustam, de Van et de Hamadàn; ce sont celles dont le style est le plus pur. Tout annonce la prospérité de l’empire , malgré les révoltes qui éclatent dans les provinces, mais qui sont promptement réprimées.

Les inscriptions de Xerxés sont beaucoup moins nombreuses, beaucoup plus courtes que celles de Darius, son père. Il n’y a plus, en effet, de grands exploits à enregistrer ; le prince grave, sur des tables préparées par son prédécesseur, des inscriptions qui témoignent de sa piété filiale ; on sent pourtant que la gloire est dans les souvenirs. Ormuzd ne suffit plus pour protéger l’Iran : le roi semble appeler sur son œuvre la bénédiction de divinités nouvelles.

Menant, Les Achiminides et les Inscriptions de la Perse, PariSi

résumé

} Viennent ensuite quelques inscriptions d Artaxerxés et de ses successeurs ; elles sont de plus en plus succinctes; les faits qu’elles enregistrent sont de moins en moins importants.

Nous arrivons enfin à la plus récente des inscriptions trilingues qui appartient au règne du dernier des Darius; elle ne peut avoir précédé de beaucoup les conquêtes d’Alexandre.

« Elle atteste, dit M. Oppert -, un état de 1 idiome qui devait inévitablement penchervers sa perte. On se demande, à juste titre, s’il est même probable que la langue des Achémémdes existait encore dans le peuple à cette epoque ? Le document nous montre une orthographe qui témoigne ou de l’ignorance du peuple, ou de la décadence rapide de la langue, ou peut-être de ces deux circonstances réunies. »

Nous voyons apparaître, pour la première fois, dans ces inscriptions, des divinités nouvelles : les noms de Mithra et d’Anaïtis figurent

l Oppert, Les inscription : ac))éménidcsf p. 298.

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à côté du nom d’Ormuzd. C’est à ce moment sans doute que surgit, sous le nom de Mitbra, un culte qui fit bientôt de nombreux prosélytes dans les différentes provinces de l’empire; mais alors le régne des Achéménides allait passer, Persépolis s’écrouler dans les flammes, et la langue de Darius faire place à un nouvel idiome, au Pcblvi.

Il ne faut pas croire que tous les travaux dont les inscriptions des Achéménides ont été l’objet se soient déroulés avec la suite que notre exposé vient de leur donner : il n’en est pas ainsi des travaux de l’humanité. Ils sont interrompus et repris avant d’arriver à un but satisfaisant, souvent contestés par de rigoureuses et salutaires critiques qui forcent les savants à être plus précis pour faire accepter leurs résultats ; mais aussi combien de fois n’est-on pas égaré par de décevants fantômes ! En explorant ces antiques monuments de la religion de Zoroastre, on s’aperçoit que le mal se trouve toujours à côté du bien, l’erreur \ côté de la vérité, l’ombre à côté de la lumière.

RÉSUMÉ

C’est la destinée commune : la lecture des inscriptions en caractères cunéiformes a subi les mêmes vicissitudes que la lecture des textes égyptiens, arrachés à l’oubli par la philologie moderne.

Je passerai sous silence les erreurs dans lesquelles sont tombés ceux qui se sont écartés des principes dont nous avons essayé de démontrer l’enchaînement : leurs œuvres isolées, sans solidarité, sans précédents, ne paraissent point destinées à former de disciples ; il me suffira de dire les objections ou plutôt l’objection capitale que l’on pourrait adresser à cet ensemble de travaux pour expliquer le penchant qui entraîna quelques esprits vers les voies nouvelles qu’ils crurent découvrir.

« Le point de départ des travaux modernes sur la lecture des textes en caractères cunéiformes de la Haute-Asie repose, dit-on, sur une hypothèse : Grotefend a supposé que les textes de Persépolis devaient renfermer les noms de Darius, de Xerxès, etc., etc.; or, il a trouvé ce qu’il voulait trouver dans ces

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textes incompris. Depuis, on a toujours marché dans la même voie, et cette première hypothèse a engendré une série d’hypothèses nouvelles pour étayer chacune des prétendues découvertes auxquelles on aboutissait. Il en est résulté un système ingénieux, séduisant, auquel se sont associés des savants consciencieux, mais tellement aveuglés par la part qu’ils apportaient dans l’ensemble, que le système tout entier a pris pour eux l’apparence d’une réalité extérieure, tandis qu’elle n’existait au fond que dans leur propre imagination. »

Telle est l’objection : je ne crois pas l’avoir affaiblie et je ne l’affaiblirai pas en niant tout ce qu’il y a eu d’hypothétique dans les premières découvertes de Grotefend ; mais aussi il ne faut pas aller au-delà.

Grotefend a supposé le problème résolu ; il a procédé comme on le fait souvent pour arriver à la solution d’un grand nombre de problèmes qu’on pose dans les sciences exactes; et, partant de ce point, à savoir que les noms de Darius, de Xerxés, des princes Achéménides, étaient acceptés à titre d’hypo-

RÉSUMÉ

thèse, il en a vérifié l’exactitude. Cette vérification a-t-elle renversé l'hypothèse ? Non. — En a-t-elle démontré la fausseté ? Non. 11 a été prouvé, constaté et reconnu que les inscriptions de Persépolis émanent bien de Darius, de Xerxés et des rois Achéménides. — A-t-elle amené la découverte d’une langue sans précédent dans ces contrées ? Non. La langue qui résulte des lectures du texte arien est une langue qui a laissé ses traces sur le sol de la Perse. Malgré la fluidité des langues indogermaniques auxquelles elle appartient, on y reconnaît à la fois l'origine du persan moderne et son affinité avec l'antique idiome de PAvesta dont elle était déjà un dérivé. — Est-on arrivé à la connaissance d’événements jusqu’alors inconnus ? Non. On sait que les révolutions politiques et religieuses ont fait disparaître une grande page de l'histoire de l’antique Iran dans les traditions locales : la trace de ces faits nous est affirmée par les Grecs; or, nous retrouvons sur les marbres et sur les rochers de la Perse des fragments de l’histoire de cette période, ndiquée par des historiens désintéressés qui

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n’ont pas subi l’influence des persécutions dont l’Iran a été pendant longtemps le théâtre.

Les données générales de la philologie et de l’histoire ont donc confirmé des faits qui n’étaient avancés qu’à titre d’hypothèse.

Examinons maintenant quelques détails : si je lis Darius avec cette écriture, le signe qui me donne l’articulation dentale devra se retrouver dans le nom de la Médiet II y est. Tous les signes se contrôlent ainsi les uns par les autres. L’hypothèse de Grotefend n’était donc pas une erreur; c’était le résultat d'une intuition hardie ; il a fallu les efforts de plus d’un demisiècle de dévouement et d’études pour la changer en réalité; mais aujourd’hui cette réalité est démontrée, et elle nous donne un point de départ certain pour aller plus avant et pénétrer au-delà de la civilisation iranienne, dans cette antique civilisation qu’elle avait renversée et dont elle nous a conservé l’écriture et la langue, à côté de l’écriture et de la langue qui devait nous révéler une des pages les plus glorieuses de sa propre histoire.

Les savants qui ont accepté les données de

RÉSUMÉ

Grotefend l'ont-ils fait sans en contrôler la valeur? Évidemment non. Saint-Martin, Lassen et Burnouf les ont contrôlés, et ceux-ci ont été contrôlés à leur tour. Nous avons vu, en effet, que toutes les inscriptions n’étaienr pas connues au moment des études de Lassen et de Burnouf. Le travail auquel ces savants se sont livrés a eu pour résultat de déterminer un alphabet, applicable non-seulement aux documents qu’ils avaient sous les yeux, mais encore à ceux qui ont été découverts par la suite. Cette épreuve était importante et convaincante; car il aurait pu se faire, comme le supposait Burnouf, qui prévoyait cette objection ', qu’un esprit ingénieux, servi par un heureux hasard, eût découvert un système applicable à des documents restreints, et qu’il fût demeuré insuffisant en présence de documents plus étendus. Il n’en a pas été ainsi : on a pu appliquer l’alphabet de Lassen et de Burnouf à la longue inscription de Bisitoun, et se convaincre de la justesse de leurs observations,

i Mémoire sur deux inscriptions , p. 127.

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quand même elles n’auraient pas eu d’autre moyen de contrôle.

La preuve de la connaissance d'un alphabet et d’une langue se trouve dans leur application : c’est en marchant qu’on démontre le mouvement; c’est en lisant qu’on peut voir si les signes qu’on vous présente comme des lettres permettent d’articuler des sons, des mots, des phrases, et si ces mots, ces phrases ont un sens suivi, clair et précis. Enfin l’épreuve n’a pas besoin d’être poussée plus loin, si l’on rencontre la traduction des mots que l’on prononce dans une langue déjà connue. Les valeurs attribuées aux signes que nous avons analysés permettent de lire ainsi, sur le roc de Bisitoun, le nom des aïeux de Darius : Histaspa, Arsarna, Ariamna, Tchispis, Hakhamanis; nous trouvons dans Hérodote 1 les noms de ces mêmes aïeux : T<70«<77T7jç, Apo-xpir,:, Apiaoàf/.vnç,Ttiamflç, ' A/atu.évriç, et nous les traduisons par ceux de Hystaspe, Arsamcs , Ariaramnès, Téispès , Achcménès. — Le nom du prédécesseur de Darius se

I Polymnie , VII, xi.

RÉSUMÉ

MS

lit, dans cette antique écriture, Kambouÿa ; celui de son père, Kourous; Hérodote nous fait connaître encore ces deux personnages : kapêwTYiç et K-Jpss et nous les appelons Cambyseet Cyrus. — En faut-il davantage? Nous lisons dans les inscriptions en caractères cunéiformes l’énumération des satrapies de Darius : Parsa, Mada, Arabaya , Baclris, etc., etc.; Hérodote nous a également conservé le nom de ces satrapies dans leur forme grecque, et nous les traduisons aujourd’hui, comme nous traduirions les mots qui les représentent dans toutes les langues du monde, par ceux-ci : la Perse, la Médie, l'Arabie, la Bactriane, etc., etc. Il faut donc bien croire que nous lisons, dans la langue et avec l’écriture des Achéménides, les noms des provinces dont la possession ou la conquête faisait leur grandeur et leur gloire.

Je terminerai par deux faits qui ne laissent prise à aucune équivoque. On possède de rares inscriptions quadrilingues gravées sur des vases de porphyre, de granit ou d'albàtre, et qui présentent non-seulement les trois genres d’é-

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criture cunéiforme que nous avons signalés, mais encore un cartouche égyptien dont on a pu lire le contenu. — Les procédés qui ont servi à la lecture des hiéroglyphes sont entièrement indépendants de ceux qui ont déterminé la lecture des caractères cunéiformes; et pourtant les valeurs attribuées aux uns et aux autres, par des moyens différents, ont permis de lire le même nom sur le même monument, qui le répète en quatre langues differentes. Ainsi, sur un vase dont les légendes ont été depuis longtemps publiées par le comte de Caylus ', on voit un mot que nous connaissons déjà (Supra, p. 105 et 139) : à côté d’un cartouche hiéroglyphique qui a été lu par Champollion le jeune 2.

Kchlmrcha

Que ce nom soit écrit en perse Kbscbarscba,

i Recueil d’ Antiquités du Comte de Caylus, t. V. PI. xxx. — Saint-Martin, dans le Journal asiatique février 1823, et dans les Mémoires de VAcad. des Inscriptions et Belles-Lettres , t. XII. — Grotefend, dans Heeren, Ideen uber die politik , etc. — Seiffart, Alphab. genuin. Ægypt. Leipzig, 1840; — Pauthier, Sinico-Ægyp-

Mil I

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RÉSUMÉ

en égyptien Kchharclm, avec des hiéroglyphes ou des pointes de flèche, c’est bien le même nom que le Grec et le Copte ont beaucoup moins estropié que la transcription hébraïque qui 1 avait caché depuis Joséphe jusqu’à nos jours.

Il existe encore un vase de granit conservé dans le trésor de la Bibliothèque Saint-Marc, à Venise, qui porte une inscription analogue. L'abbé Giacchetti signala le premier l’importance de cette inscription, et nous la reproduisons d'après la copie communiquée par Sir Gard-

ner Wilkinson à Sir Henry Rawlinson,

qui en a donné une des premières traductions 1 .

tiaca.etc. essai sur l’origine des écritures chinoises et égyptiennes. 8. Paris 1840, p. ni.

2 Grammaire égyptienne, ou principes généraux de l’écriture sacrée égyptienne appliquée à la représentation de la langue parlée, ch. v, p. 242.

Roseluni M. S. PI. 1. 2 11. p. 176.

Champollion précis. PI. n° 125 125 a,

Lenormant. Musée des Antiq. Egyp. t. I", Paris, 1841, p. 57. Journal Asiatique, fév. 182}.

Mémoires de l’Acad. xu. 143.

1 ThePersian, etc.Journ. 0/ thc. R. A. Society, vol. X, part. II,

LES LANGÜES PERDUES

Le cartouche égyptien se lit :

Artakkhasha.

La traduction de l’inscription perse donne : Ardachascha Kchayahya Va\arka c’est-à-dire :

« Artaxerxés, roi grand. »

Nous n’insisterons pas sur l'importance de ces inscriptions quadrilingues : il nous suffit de dire, quant à présent, que les recherches sur les deux autres inscriptions que présentent les documents en question ont pleinement justifié la lecture dont les inscriptions perses avaient donné les premières interprétations.

Il ne faut pas s’étonner de la conformité de ces résultats. L’esprit humain, en présence de faits semblables, a compris qu’ils procédaient d’un même principe, et précisément les seules voies qui ne peuvent être continuées sont celles-là qui ont conduit et conduiraient à l’erreur.

p. 348. — M. Newton a trouve dans les ruines du Mausolcum un vase d’albâtre portant une inscription identique.

RÉSUMÉ

La lecture des écritures cunéiformes n’est pas le résultat d’une convention ingénieuse, inventée par un homme habile, qui aurait eu le bonheur inespéré de trouver des esprits dociles et de les former à son système ; c’est le produit réfléchi de toute une génération de philologues désintéressés qui devait aboutir, quel que fut le nombre des textes, aux mêmes conséquences, aux mêmes résultats. 11 y a là une œuvre d’ensemble, à laquelle chaque savant à contribué pour sa part. Chacun d’eux a travaillé à l’insu des autres, celui-ci en Allemagne, cet autre à Bagdad, à Copenhague, à Dublin, à Londres et à Paris, et chacun s’aidant des travaux de ses devanciers quand il a pu les connaître, ou de ses propres forces, a apporté sa pierre à l’œuvre commune.

L'efficacité des procédés qui ont conduit à la lecture des textes ariens est donc nonseulement sanctionnée par les résultats, mais encore par un contrôle étranger.

Tout n’est pas dit cependant sur l’écriture et la langue des Achéménides. On peut encore apercevoir de vastes champs à explorer ;

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d’abord, le système graphique, qui nous est révélé par les inscriptions royales, n’est pas complet ; on entrevoit déjà des signes nouveaux dans certains textes qui peuvent nous faire supposer un système plus étendu.

La série des signes qui doivent exprimer des lettres ne répond pas à ce que la théorie exige ' ; d’une autre part , à côté des idéogrammes déjà reconnus1 2 3 4 on en découvre de nouveaux.

Citons, par exemple, le signe qui apparaît sur un cylindre perse avec la valeur idéographique de fils ?, et cet autre sur un

document analogue avec la signification de cachet 4.

L’examen de ces signes nous conduit à

1 Oppert. — La lettre L en Perse, dans la Revue de linguistique, avril 1870. — Id., Mélanges perses, p. 7, extrait de la Revue de linguistique et de philologie comparée, 1872.

2 Id., Ibid., p. 13. — Id., Mélanges d‘ archéologie égyptienne et assyrienne, t. I, p. 29.

3 Oppert, Mélanges perses.

4 Menant. Notice sur quelques cylindres orientaux, p. 13, Extrait des Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ,

RÉSUMÉ

une étude du plus haut intérêt. On s’est demandé, en effet, quelle est l’origine de cet alphabet ? — D’où vient-il ? — Comment a-t-il été adopté en Perse ? — Il y a quelque chose de si extraordinaire dans cette écriture qui apparait tout-à-coup sous les Achéménides, lorsque les Perses devaient avoir depuis longtemps une écriture propre et que les nations mode et assyrienne, au milieu desquelles ils apparaissaient', avaient également leurs systèmes, qu’on se demande, en vérité, ce qui aurait poussé Cyrus à se servir d’une écriture nouvelle pour exposer aux regards de ses sujets un texte écrit avec des caractères dont il aurait fallu d’abord leur apprendre la valeur ? On comprend dés lors qu’il y a là un phénomène étrange et que le problème ainsi posé est intéressant à examiner.

A propos de la nature de quelques caractères dont le rôle n’est pas encore nettement déterminé, nous avons abordé cette question 1 ; M. Oppert l’a fait également. Nous sommes

I Menant, Sur l’Origine de quelques caractères des inscriptions ariennes des Adxménides, dans la Revue de linguistique , juillet 1869.

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du reste d’accord sur un point ; il nous parait certain que les signes de l’alphabet cunéiforme perse dérivent des caractères assyro-chaldéens ; la divergence se produit au moment où il s’agit d’expliquer le mode de dérivation.

Notre théorie se résume ainsi : à un moment donné, l’écriture cunéiforme, en usage dans toute la Haute-Asie, a fait une évolution ; elle était syllabique ; elle allait devenir littérale ; on allait arriver à la consonne abstraite. Peu à peu les signes qui représentent des syllabes disparurent; par exemple, au lieu des signes ma, mi, mu, am, im, um, il resta un signe unique qui représenta la consonne m ; pour l’exprimer, on simplifia l’un des signes syllabiques. On a la preuve que cette modification s’est faite de la sorte, car quelques signes représentent encore les consonnes, mais avec des nuances ; ainsi un même signe ne peut se mettre indifféremment devant a, i, u ; c’est un reste évident, suivant nous, de la provenance des valeurs syllabiques. Enfin nous trouvons encore, à l’appui de notre système, des preuves qui nous paraissent convaincantes

RÉSUMÉ

dans l’emploi des idéogrammes qui rendent les mêmes idées avec des prononciations différentes.

Le système de M. Oppert est tout autre : les anciens Perses n’avaient pas, dit-il, de système graphique ; Cyrus éprouva, comme les Assyriens, le besoin de graver le récit de ses exploits sur les portes de son palais. Il voulut une écriture analogue à la leur, mais plus simple ; il convoqua un corps de savants et leur parla ainsi : l’écriture cunéiforme en usage dans les nouveaux états que j’ai conquis est trop compliquée pour nous ; vous allez la simplifier; retranchez beaucoup d’éléments à ces signes ; puis supprimez le syllabisme ; faites des consonnes et des voyelles et ramenez le système graphique à un alphabet.

Les savants se mirent aussitôt à l’œuvre; les signes assyriens représentant des valeurs idéographiques, et ces idéogrammes ayant des articulations en Perse, ils prirent ces valeurs idéographiques, et en simplifiant le signe ils lui donnèrent la valeur de la lettre indiquée par la première articulation de l’idéogramme en

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Perse ; ils arrivèrent ainsi à un système d’écriture parfaitement en harmonie avec celui des Assyriens et des Médes, et ils s’en servirent pour traduire les exploits de Cyrus dans les trois langues. Je ne crois pas avoir altéré la théorie de M. Oppert. Paraîtra-t-elle satisfaisante ?

Le problème n’est sans doute pas encore résolu ; aussi M. Sayce semble avoir repris notre théorie et M. Oppert y a opposé de formelles dénégations, en y ajoutant quelques arguments nouveaux ' ; quoi qu’il en soit, il paraît certain qu’on s’agite dans le vide et que la découverte d’une inscription perse, si courte qu’elle puisse être, pourvu qu’elle soit antérieure à Cyrus, viendra immédiatement changer les données du problème.

Il y a plus ; le vocabulaire perse n’est pas complet, car, si à l’aide d’un nombre limité de phrases, on a pu reconstituer la grammaire, il n’en est pas ainsi du vocabulaire. La Perse n’était pas restreinte à ce récit officiel de com-

1 Zeitschrift für die Kcilschrif tforscbung , p 45-65» 1884.

RÉStJMÈ

bats et de victoires; les savants avaient leur répertoire scientifique, les prêtres leur liturgie, et le peuple la langue des affaires, d l’usage des artisans, des commerçants, des industriels qui avaient leurs termes techniques dont nous trouvons la trace dans les inscriptions royales. C’est ainsi que nous lisons dans le texte perse les mots âtbangaina, apâdatta, ayadana, ardaçlâtia qui se rapportent évidemment à certaines parties j^e la construction et dont nous ne pouvons déterminer la signification précise. Remarquons encore cette expression tigrakhaudâ qui devait être si caractéristique pour désigner les habitants de la Scythie. Parlerai-je du mot dippi, emprunté à l’Assyrien qui l’a emprunté lui-même à une langue inconnue ? relevrai-je enfin le mot syatis si fréquent dans cette formule religieuse qui commence les inscriptions et qui est traduit par un terme assyrien nubus, aussi obscur que l’expression perse ? Tous ces mots résistent à une interprétation rigoureuse et nous en cherchons encore la signification en appelant pour les uns la comparaison des textes médes et assyriens, et

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pour les autres le secours de l’archéologie.

Que faut-il conclure de ces dernières observons? N’est-il pas évident que nous devons nous garder des synthèses prématurées, des affirmations qui reposent sur des faits négatifs et qu’il ne faut pas croire que le champ des découvertes soit fermé. On ne soupçonnait pas, lorsque Burnouf et Lassen avaient achevé la lecture des textes perses, qu’ils ouvraient la voie à de nouveaux investigateurs qui allaient déchiffrer les textes encore inconnus de l’ Assyrie et de la Chaldée.

RÉSUMÉ

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