DÉVOTION AU SAIXT CŒUR DE MARIE
La dévotion au Saint-Cœur de Marie est intimement liée à celle du SACRÉ-Ccei'R de Jésus. Il n'est pas possible d'aimer le Fils sans aimer la Mère; et, dans une mère ce qui nous attire le plus, n'est-ce pas son cœur ? Notre « dévot » Chartreux a beaucoup aimé ce Cœur de la très Sainte-Vierge, et s'il a été l'un des précurseurs de la Bienheureuse Marguerite-Marie, on peut dire qu'il a été a'ussi l'un des précurseurs du Vénérable Jean Eudes, l'apôtre par excellence du Cœur de Marie.
J^ansperge aime surtout à parler des souffrance du Cœur de la très Sainte-Vierge. Marie ressentait le contre-coup de toutes les douleurs de son divin Fils, ce qu'il souffrait dans son corps, Elle l'endurait dans son Cœur. « Et tuam ipsius animant pertransibit gladius » ( i ) . A chaque nouvelle torture infligée à notre Sau-
(i) Luc, h, 35.
veur « le Cœur de Marie était tellement déchiré qu'ilaurait dû se briser mille fois » (i). — Les angoisses du Cœur de Marie étaient si grandes qu'elles furent l'un des tourments les plus douloureux que souffrit notre divin Rédempteur : « les douleurs de sa Mère ne le torturèrent pas moins cruellement que les siennes ; car il voyait tout ce qui se passait dans le Cœur de Marie et connaissait chaque sanglot de ce Cœur Virginal » (2).
Mais ce qui affligeait surtout la très Sainte- Vierge, c'était non-seulement de ne pouvoir soulager son Fils, mais d'augmenter encore ses peines par sa présence; « Hélas! s'écrie Lansperge, ô Dame Sainte-Marie! que n'avez vous pas ressenti dans votre Cœur lorsque vous avez entendu dire à votre Fils qu'il était délaissé de son Père à qui vous le recommandiez sans cesse! Tous le persécutèrent jusqu'au dernier moment ; ne pouvant plus le torturer, ils l'insultèrent et blasphémèrent son nom. Ses connaissances, ses amis, ses Apôtres, tous avaient fui ; seule, inébranlable dans votre amour et
(1) Éclaircissements. VI, 4.
(a) Homel. XLVIH.
votre foi, vous étiez là, mais vous ne pouviez rendre aucun service à votre Fils bien-aimé ni même arriver jusqu'à Lui, vous ne pouviez que blesser douloureusement son CceuR lorsqu'il voyait combien le Vôtre était désolé » (1).
Lansperge a écrit un ouvrage entier auquel il a donné pour titre : Lamentations ou Thrènes de la Vierge Marie, nous en détachons le passage suivant :
« Apprenez, fait dire Dom Juste à la très Sainte-Vierge, apprenez, âme chrétienne, ô ma fille, que Celui qui avait daigné me faire la grâce de me choisir pour sa mère avait attaché mon Cœur à son Cœur par un si violent amour que Lui seul, absolument seul, était capable de me remplir d'une joie sans bornes ou d'une tristesse sans mesure. Lorsque je jetais un regard sur mon Fils, « le plus beau des enfants des hommes », mon cœur débordait de consolation et de joie; mais, à l'heure de sa Passion, oh ! de quelles amères douleurs mon âme fut remplie ; et quels sanglots oppressaient douloureusement mon Cœur! Accablée sous le poids d'une si poignante douleur, je tombai à terre et
(1) Homel. XLIX.
mon Cœur m'abandonna ; mon Fils, en effet,, l'avait pris avec Lui et le tenait crucifié sur la
Croix Je ne cessais de répéter, dans mon
Cœur, ces paroles et autres semblables: ô Vous que j'avais vu autrefois et qui m'aviez rempli le Cœur d'une allégresse immense, maintenant c'est avec une indicible douleur que je vous contemple ! O mon Fils, que ne puis-je donc mourir à votre place ? Vous qui avez été toujours si bon, si aimable pour votre Mère, recevez-la, je vous en prie, près de Vous, sur la Croix ; un seul et même Cœur nous faisait vivre,, nous nous aimions d'un seul et même amour :
qu'une mort semblable nous fasse maintenant mourir ensemble. — Telles sont les paroles que mon Cœur affligé aimait à répéter sans cesse dans son malheur. »
Lansperge, après avoir longuement parlé des souffrances du Cœur de Marie, ne peut oublier que ce Cœur Virginal est le modèle et la source d'une pureté incomparable. Voici le conseil qu'il donne à un religieux :
« Je vous recommande, lui dit-il, d'arriver, au prix des sacrifices les plus pénibles s'il le faut, à la pureté du cœur, cherchez-la, obtenezla, conservez-la, c'est le moyen le plus parfait de pratiquer l'amour de Dieu ; imitez la bien-
heureuse et très pure Vierge Marie dont le Cœur, pendant toute sa vie, ne fut jamais souillé par la plus petite tache et ne causa jamais, ne fûtce qu'une seule fois, le moindre déplaisir à Dieu, tant sa pureté de cœur fut grande et parfaite » (1).
Nous donnons ici quelques prières du « dévot» Lansperge au Saint-Cœur de Marie.
O vous, la plus pure, la plus noble, la plus belle de toutes les vierges, très digne Mère de Dieu, Marie, je vous en conjure, par votre très profonde humilité, par votre très sainte et très entière pureté, par votre très brûlante charité, par toutes les vertus et les grâces dont le Seigneur vous a ornée pour vous rendre sa très digne Mère : accueillez-moi, prenez-moi sous votre protection ; que votre Cœur si maternel et si tendre daigne m'aimer comme son enfant; qu'il daigne, malgré mon indignité, m'obtenir la grâce de vous témoigner ma reconnaissance
(1) Lettre XXVIII""'
en vous aimant d'un amour très pur et très saint (1).
Prosternés à vos pieds, ô très clémente, très miséricordieuse , très bonne , très charitable Mère de Dieu, Mère de grâce et de miséricorde, nous vous en conjurons, souvenez-vous maintenant, ô Vierge sublime, de votre très haute dignité de Mère de Dieu, de cette dignité par laquelle vous êtes devenue pour nous, pauvres pécheurs, la Porte du Ciel, l'Arche- du salut au milieu du déluge, l'Arche d'alliance, la Cité de refuge, le Temple de l'Esprit-Saint et la Reine de miséricorde. Recevez-nous donc, nous tous, pécheurs et malheureux, recevez-nous dans votre amitié -, que votre Cœur nous aime, qu'il nous défende et nous protège : daignez nous admettre au nombre de ceux auxquels vous accordez l'inappréciable privilège d'être les serviteurs, les esclaves, les préférés de votre Cœur. Versez dans nos âmes, ô bonne Marie, votre amour si chaste et si fervent, toutes les vertus
(1) Pharetra, p. 78.
de votre sainte vie; mais, spécialement votre humilité, votre douceur, votre pureté, votre charité, votre obéissance. Obtenez-nous, ô très douce Marie, une heureuse mort; et, soyez alors à nos côtés pour nous protéger fidèlement dans nos besoins et dans nos tentations. Obteneznous aussi de la miséricorde de Jésus, par ses mérites et ses souffrances, d'expier ici-bas tous nos péchés, de subir tous les châtiments qui leur sont dus, afin qu'au moment de la mort, libres et purifiés de toute souillure, nous puissions, sans retard, passer de cette vie au repos éternel (1).
Très Sainte-Vierge Marie, ô ma Souveraine, je prends avec bonheur la résolution et l'engagement de vivre en toute pureté et chasteté ; mais, je le sais, sans la grâce de votre Fils, sans votre protection, je ne le pourrai jamais. Aidez ma faiblesse, réprimez mes mauvais penchants, domptez mon orgueil et donnez-moi d'accomplir avec le plus grand zèle tout ce qui plaira à
(i) l'harctra, p. 96.
votre Cocur Virginal si parfaitement chaste et pur, tout ce qui plaira à votre Fils que vous aimez tant. Que jamais je ne résiste à vos ordres ou à vos moindres désirs; qu'en tout et toujours j'agisse conformément au bon plaisir de vos deux aimables CœuRS, que toujours je me consacre à votre amour et me dépense entièrement pour votre service, votre honneur et votre gloire. Ah! je vous en conjure, afin que je devienne moins indigne de votre amour et de celui de votre Fils Jésus, donnez-moi une humilité vraie et très profonde, un amour très fervent, une obéissance très prompte, la,simplicité, la chasteté, la persévérance (i).
Très bon Jésus, Seigneur mon Dieu, je vous remercie de votre immense charité et de tous les bienfaits accordés aux Anges, aux hommes, à l'univers entier, depuis la plus noble et la plus digne de toutes vos créatures, la très Sainte- Vierge Marie votre Mère jusqu'à moi la plus misérable de toutes, moi vil et méprisable petit
(i) Manuale, p. 356.
ver de terre, indigne de paraître en votre présence à cause de mes péchés et de mes ingratitudes. O Jésus infiniment bon, soyez éternellement béni, Vous qui avez prédestiné, de toute éternité, Marie, cette Vierge incomparable pour être Votre Mère ! Vous l'avez conservée entièrement immaculée, vous l'avez préservée de tout péché; vous avez préparé et possédé son âme et l'avez ornée de la plénitude de toutes les vertus et de toutes les grâces ; vous avez été conçu dans son sein ; elle est votre Mère, vous vous êtes nourri de son lait Virginal, vous avez voulu qu'elle assistât à vos prédications, aux souffrances de votre Passion et à votre mort: vous lui avez accordé de prendre part à notre rédemption et, maintenant qu'elle est montée au ciel en corps et en âme, couronnée d'une gloire immense, Vous nous la donnez pour être notre avocate, la Reine des miséricordes et notre Mère. Oh! pour tant de bienfaits, ù Vous, Jésus, louange, gloire, honneur à jamais ! Très doux Jésus, je vous offre le Cœur de Marie et ses mérites et, par Elle, je me recommande à votre si bon Cccuk. O clémente, ô bonne, ô douce Marie, puissé-je être tout à Vous et Vous toute à moi ! Gardez-moi, dirigez-moi, délivrez-moi, préservez moi de tout péché, de tout
mal, de tout danger, écartez de moi tout ce qui viendrait se placer entre Dieu et moi! (i).
O très noble (2), très pure, très admirable, très glorieuse, très digne Mère de Dieu, Reine du ciel, très illustre, très aimable et très douce Souveraine, Vierge Marie! je vous salue du plus profond de mon cœur, autant de fois qu'il y a de gouttes d'eau dans la mer, d'étoiles au firmament, d'Anges dans les cieux, de feuilles d'arbres et de brins d'herbes sur la terre. Je vous salue par le CœuR de votre Fils chéri,' en union avec l'amour qu'il vous porte et que vous portent tous ceux qui vous aiment ; je me recommande à Vous, je me donne à Vous, je veux être votre enfant, accueillez-moi, je vous en conjure, et obtenez-moi de Notre-Seigneur d'être tout à Vous ; après Dieu, soyez tout pour moi, ma souveraine, ma joie, ma couronne, ma mère très bonne et très dévouée. Ainsi soit-il.
(1) Pharetra, p. 124.
(2) Ibid., p. 202.