‹ LaocoonChapitre 2 sur 91 · VI NOTICE SUR LE S S TNG · texte numérisé non relu

VI NOTICE SUR LE S S TNG

néanmoins à son goût pour les lettres, et se mit à composer des articles littéraires, et même des pièces de théâtre. Cette nouvelle remplit d'effroi la maison du pasteur. On écrivit à l'enfant prodigue qu'il ne devait plus désormais compter sur l'appui de sa famille ; qu'on l'avait envoyé à l'Université pour devenir un honnête pasteur, et non un vil histrion ; qu'il eût à rentrer immédiatement sous le toit paternel, s'il ne voulait encourir la malédiction de ses parents, et se perdre tout entier. Lessing obéit. Cependant, le séjour de Camenz lui pesa bientôt; sa présence ayant d'ailleurs un peu rassuré ses parents, il retourna à Leipzig avec la ferme résolution d'étudier, non pas, peut-être, la théologie, mais les sciences et la littérature sérieuse.

Ce nouveau séjour dans la ville universitaire fut, comme le premier, un mélange d'activité et de plaisirs; les projets littéraires du jeune poète furent traversés de mille façons. Ne pouvant plus vivre à Leipzig, il résolut de se rendre à Berlin, alors le centre de l' Allemagne politique ot intellectuelle.

Il y arriva pauvre et inconnu au mois de décembre de l'année 1748. Berlin fut le premier théâtre de ses succès, et aussi de ses luttes contre les hommes et les choses. Il y rencontra bien

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des détracteurs, mais il se lia avec Mendelssohn, Nicolaï et d'autres hommes de talent, dont il demeura l'ami jusqu'à sa mort.

Il n'avait, pour vivre, d'autre ressource que sa plume. Il offrit donc humblement sa collaboration à un journal qui devint plus tard la Gazette de Voss. Ses premiers articles retentirent comme un coup de tonnerre par une journée sereine. Ils faisaient voir tout le vide de l'école, alors florissante, de Gottsched, le faux classique, comme l'appelait Lessing. Lessing fut impitoyable pour tous les poètes doucereux, pour tous les cerveaux creux qui s'arrogeaient le titre d'écrivains, parce qu'ils savaient aligner des mots avec une certaine facilité; il se brouilla môme avec les fanatiques admirateurs de Klopstock, car en donnant des éloges mérités à l'auteur de la Messiade, il sut finement faire ressortir la vaine pompe et la sensibilité un peu factice qui, chez Klopstock, servent souvent à voiler l'absence d'idées nettes et sérieuses.

Ainsi un jeune homme de vingt ans, du fond de sa mansarde, où le pain quotidien lui fit plus d'une fois défaut, renversait les idoles encensées par le mauvais goût ou l'ignorance. Il frappait, avec une dialectique bien rare à son âge, sur le faux et le médiocre partout où il les rencontrait.

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