VIII NOTICE SUR LESSING
Les bons esprits furent de son avis, mais la foule irritée des auteurs cria au scandale; ces plaintes ne faisaient qu'aiguiser la verve du critique; il publia coup sur coup une série de feuilletons, qui aujourd'hui encore sont des modèles de critique littéraire. Mais la gloire arrivait plus vile que la fortune.
Le feuilletonniste de génie avait beau écrire à son frère que ses repas ne coûtaient que cinquante centimes par jour, et son logis moins encore; c'était peu, mais ce peu il fallait le gagner, et dans ce temps-là les travaux littéraires ne rapportaient rien, ou presque rien.
Le pauvre Lessing, comme un malade qui se tourne et se retourne dans son lit, allait de Berlin à Wittenberg, àCamenz, à Leipzig; puis il revenait toujours à Berlin, où toujours il espérait que le grand Frédéric lui accorderait enfin une place si bien gagnée et si vainement sollicitée ; il était de ces hommes dont on dit qu'ils n'ont pas de chance.
Cependant, pour un moment, il crut être sur la route de la fortune. C'était en 1750. Un chambellan du roi était engagé dans un fâcheux procès ; ce chambellan, Français d'origine, s'appelait Voltaire. Voltaire avait composé pour les juges de Berlin un mémoire qu'il s'agissait de