Richardson, De la Peinture, t. I, p
M. Winckelmann vient de publier son Histoire de Vart dans V antiquité. Je ne risquerai pas un pas de plus avant d'avoir lu cet ouvrage. Raisonner à perte de vue sur Fart d'après les idées communes ne peut conduire qu'à des chimères que, tôt ou tard, à sa honte, on trouvera contredites par les œuvres d'art. Les anciens aussi connaissaient les liens qui unissent la poésie à la peinture et ils n'ont pas dû les serrer plus étroitement qu'il n'était supportable pour l'une et pour l'autre. Ce que leurs artistes ont fait m'apprendra ce que les artistes en général doivent faire ; et quand un pareil homme tient le flambeau de l'histoire, le raisonnement peut hardiment le prendre pour guide.
On a coutume de feuilleter un livre important avant de le lire sérieusement. Mon désir était, avant toute chose, de connaître l'opinion de l'auteur sur le Laocoon ; non quant au mérite de l'œuvre, sur lequel il s'était déjà expliqué ailleurs, mais sur l'époque à laquelle elle appartient. Qui suit-il sur ce point ? Ceux qui pensent que Virgile a eu le groupe sous les yeux ? ou bien ceux qui veulent que l'artiste ait travaillé d'après le poëte ?
Je suis très-satisfait du silence complet qu'il garde sur une imitation de part ou d'autre. Où en est l'absolue nécessité ? Il n'est nullement impos-
LAOGOON
sible que les ressemblances signalées plus haut entre le tableau poétique et l'œuvre d'art soient accidentelles et non préméditées, et loin que l'un soit le modèle de l'autre, peut-être n'ont-ils même pas tous les deux eu le même modèle. S'il se fût laissé séduire par une apparence d'imitation, il lui aurait fallu se déclarer pour le premier parti, car il admet que le Laocoon est de l'époque où l'art a atteint chez les Grecs son plus haut point de perfection, du temps d'Alexandre le Grand.
« L'heureux destin, dit-il l, qui a veillé sur les arts, même encore dans leur destruction, a conservé à l'admiration du monde entier un ouvrage de cette époque de l'art, comme preuve de la vérité de l'histoire, lorsqu'elle parle de la noblesse de tant de chefs-d'œuvre détruits. Laocoon avec ses deux fils, ouvrage d'Agésandre, d'Apollodore 2 et d'Athénodore, de Rhodes, appartient selon toute probabilité à cette époque, bien qu'on ne puisse la préciser elle-même ni indiquer, comme quelquesuns l'ont fait, l'olympiade pendant laquelle florissaient ces artistes. »
Il ajoute en note : « Pline ne dit pas un mot du temps où ont vécu Agésandre et ceux qui lui ont aidé dans son œuvre ; mais Maffei, dans l'ex*