‹ LaocoonChapitre 91 sur 91 · Hérodote, Vie d'Homère, p. 756, édit. Wessel · texte numérisé non relu

Hérodote, Vie d'Homère, p. 756, édit. Wessel

« Ajax s'avança, portant un bouclier semblable à une tour, de cuivre recouvert de sept peaux de bœufs, et fabriqué pour lui pnr Tychius, de beaucoup le meilleur des bourreliers, habitant d'Hylé. »

C'est donc le contraire de ce que M. Winckelmann veut nous persuader ; le nom du bourrelier qui avait fait le bouclier d'Ajax était si oublié déjà du temps d'Homère que le poëte eut la liberté d'y substituer un tout autre nom.

Différentes autres petites fautes sont de simples fautes de mémoire ou des choses prises çà et là qu'il nous rapporte seulement comme éclaircissements accessoires.

Par exemple :

C'est Hercule et non Bacchus que Parrhasius se vantait d'avoir peint tel qu'il lui était apparu 4.

Tauriscus n'était pas de Rhodes, mais de Tralles, en Lydie2.

Antigone n'est pas la première tragédie de Sophocle 3.

1. Histoire de l'art, t. I, p. 176. Pline, liv. XXXV, sect. 36. Athénée, liv. XII, p. 513.

2. Histoire de l'art, t. II, p. 353. Pline, liv. XXXVI, «ect. 4, p. 729, 1. 17.

3. Histoire de Vart, t. II, p. 328. « Il publia l'Antigone, sa première tragédie, la troisième année de la 77e Olympiade. » L'époque est très-exacte, mais, que cette première tragédie fût l'Antigone, cela est tout à fait inexact. Samuel Pelit que M. Winckelmann cite en note, n'a pas du tout dit cela ; il a placé l'Antigone expressément à la troisième année de la quatre-vingt-quatrième Olympiade. Sophocle alla l'année suivante avec Périclès à Samos, et l'année de cette expédition peut être indiquée avec précision. Dans ma Vie de Sophocle, au

Je m'abstiendrai d'accumuler de pareilles bagatelles. Cela ne saurait, il est vrai, être attribué à

moyen d'un passage de Pline l'ancien, j'ai montré que la première tragédie de ce poëte est probablement Triptolème. Pline parle (liv. XVIII, sect. 12, p. 107, édit. Hard.) de la différente qualité de grains dans différents pays et termine ainsi : « Voilà ce qu'on disait sous le règne d'Alexandre le Grand, quand la Grèce était si célèbre et si puissante par tout l'univers ; mais environ cent cinquante ans avant la mort de ce prince, le poëte Sophocle, dans sa pièce de Triptolème, avait loué avant tous les autres le blé d'Italie ; voici le vers mot pour mot :

« Ils célébrèrent le blanc froment de l'heureuse Italie. » Il est vrai qu'il n'est pas question ici expressément de la première tragédie de Sophocle. Mais l'époque de cette tragédie, que Plularque, le scoliaste et les marbres d'Arundel placent unanimement à la soixante-dix-septième Olympiade, concorde si justement avec le temps où Pline place Triptolème, qu'il est impossible de ne pas reconnaî(re ce môme Triptolème pour la première tragédie de Sophocle. Le calcul est bientôt fait. Alexandre mourut dans la cent quatorzième Olympiade. Cent quaranle-cinq ans font trente-six Olympiades et une année. Ce nombre ôté du premier donne soixante- dix-sept : c'est donc dans la soixante-dix-septième Olympiade que tombe le Triptolème de Sophocle, et puisque c'est dans cette même Olympiade, et même, comme je le prouve, dans la dernière année de cette Olympiade que tombe aussi la première tragédie, la conclusion est/ «ute naturelle : les deux tragédies n'en sont qu'une seule et même. Je montre en même temps par là que Petit aurait pu s'épargner toute la moitié du chapitre de ses Miscellaneorum (XVIII, liv, III, celui-là même que cite M. Winckelmann). Il est inutile, pour le passage de Plutarque qu'il prétend corriger, de changer l'archonte Aphepsion en Uemolion ou àv^ios. Il n'avait qu'à passer de la troisième année de la 77e Olympiade à la quatrième, et il aurait vu que l'archonte de cette année est nommé, par les écrivains anciens, aussi souvent, sinon plus souvent Aphepsion que Phédon. Il est nommé Phédon par Diodore de Sicile, Denys

l'envie de critiquer ; mais ceux qui connaissent ma haute estime pour M. Winckelmann pourraient y voir un pédantisme puéril.

d'Halicarnasse et l'auteur inconnu de la liste des Olympiades. Il est au contraire nommé Aphepsion par les marbres d'Arundel, par Apollodore et par Diogène Laerce qui cite ce dernier. Mais Plutarque le nomme des deux manières ; dans la vie de Thésée, Phédon, et dans la vie de Cimon, Aphepsion. Il est donc vraisemblable que, comme le conjecture Palme ri us, « Aphepsion *et Phédon furent archontes éponymes ; c'est-à-dire que l'un étant mort pendant sa magistrature, l'autre lui fut substitué. » (Exercifc., p. 452.) Je songe encore à ce propos que, déjà dans son premier écrit sur l'imitation dans les œuvres d'art grecques (p. 8), M. Winckelmann avait laissé échapper une inexactitude relativement à Sophocle. « Les « jeunes gens les plus beaux dansaient nus sur le théâtre, et « Sophocle, le grand Sophocle, fut le premier qui, dans sa «jeunesse, donna ce spectacle à ses concitoyens; » jamais Sophocle n'a dansé nu sur le théâtre, il a dansé autour des trophées de la victoire de Salamine et il a dansé nu seulement d'après quelques-uns, et vêtu, d'après d'autres. {Atheîi., liv. I, p. 20.) En effet, Sophocle était au nombre des enfants qu'on avait envoyés à Salamine pour les mettre en sûreté, et ce fut en cette île qu'il plut à la muse tragique de réunir alors ses trois favoris dans une gradation symbolique. L'intrépide Eschyle contribua à la victoire, Sophocle, à la fleur de l'adolescence, dansa autour des trophées, et Euripide naquit sur cette heureuse île, le jour même de victoire.

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