‹ LaocoonChapitre 90 sur 91 · Sect · texte numérisé non relu

Sect

seront produites dans YHistoire de l'art, simplement parce que M. Winckelmann, pour plus de rapidité, n'aura voulu consulter que Junius et non les sources elles-mêmes. Ainsi, lorsqu'il veut montrer par un exemple que chez les Grecs toute prééminence était estimée en quelque genre d'art ou de travail que ce fût, et que le meilleur ouvrier, dans la moindre chose, pouvait réussir à immortaliser son nom, il cite ceci entre autres choses 1 : « Nous « savons le nom d'un ouvrier qui faisait très-bien « les balances ou les plateaux de balances ; il s'ap- « pelait Parthénius. » M. Winckelmann n'a dû lire que dans le catalogue de Junius les mots de Juvénal , auxquels il s'en réfère ici : Lances Parthenio factas. Car, s'il avait consulté Tuv 'nal luimême, il ne se serait pas laissé tromper pa,^ le double sens du mot lanx, mais il eût tout de suite reconnu, d'après le ser s général, que le *x>ëte n'entendait pas parler de balances ou de plateaux de balances, mais d'assiettes et de plats. — Juvénal félicite Catulle d'avoir, dans une tempête sur mer, fait comme le castor, qui se coupe les testicules avec ses dents pour sauver sa vie, parce qu'il a fait jeter dans la mer ses objets précieux pour ne pas aller au fond avec eux et le vaisseau. Il décrit ces choses précieuses et dit entre autres :

« Il n'hésitait pas à lancer à la vague son argenterie, des plats faits par Parthénius, une urne au large ventre, digne d'être vidée par la soif de Pholus ou de l'épouse de Fuscus ;

Histoire de Vart, liv. I, p. 136.

puis des bassins, des assiettes ; puis des coupes ciselées dans lesquelles a bu l'homme habile qui sut acheter Olynthe1. »

Ces lances, qui se trouvent ici entre des coupes et des bassins, que ne peuvent-elles être autre chose que des assiettes et des plats ? Et que veut dire Juvénal, si ce n'est que Catulle fît jeter à la mer toute sa vaisselle d'argent où se trouvaient des assiettes ornées par l'art de Parthénius, « Parthénius, » dit le vieux scholiaste, « nom d'un graveur. » Mais quand Grangeûs, dans ses notes, dit à propos de ce nom : * Graveur dont Pline, » il ne peut avoir écrit cela qu'au hasard, car Pline ne cite aucun artiste de ce nom.

« Oui, continue M. Winckelmann, il est venu « jusqu'à nous, le nom du bourrelier, comme nous « dirions, qui a fait en cuir le bouclier d'Ajax. » Cela aussi ne peut avoir été pris à l'endroit; qu'il indique à ses lecteurs, dans la vie d'Homère par Hérodote. Car, on y trouve bien les vers de Y Iliade dans lesquels le poëte donne à cet ouvrier en cuir le nom de Tychius, mais il y est en même temps dit expressément qu'un ouvrier en cuir, de la connaissance d'Homère, se nommait ainsi, et que le poëte a voulu prouver son amitié et sa reconnaissance en citant son nom 2. « Il rendit grâce aussi au bour- « relier Tychius, qui l'avait accueilli à Néontichos, « lorsqu'il était venu dans son atelier, en le faisant « figurer dans ces vers de l'Iliade :

Page 1