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Laon-guide. Histoire-monuments-environs

La ville de Laon est une des plus anciennes villes de France. Laon est le nom français que l'on trouve le plus souvent dans les anciens actes et dans les vieilles chroniques. Lons, Loun, Lon, Laoni, ne sont que des altérations du premier nom. En latin, Laudunum ou Lugdunum paraît être remplacement qui a succédé au célèbre oppide de Bibrax, dont César parle dans ses commentaires. Cet oppide, ou ville gauloise fortifiée, était placé sur le chemin même par où les Belges s'avançaient à sa rencontre pour le combattre. Le moyen âge est unanime pour affirmer l'identité de la ville moderne avec la cité gauloise, dont le nom de Bibrax aurait été changé plus tard en celui de Laon, comme les noms de Noviodunum, Samarobrive, Lutta, etc., ont été remplacés par ceux de Soissons, Amiens et Taris. On commença à écrire Laon vers 1290; cepen-

dant des lettres de Charles V, de 1370, disent encore Loti. Une charte de Guillaume, Sire de Coucy, de 13 17, dit un muid Laonisien de blé, et des lettres de Philippe de Valois, de 1332, en parlant de la monnaie de Laon, disent des Laoni siens.

La ville était autrefois divisée en trois parties. La première comprenait, sous le nom de la Cité, ce qui forme aujourd'hui la cité et la citadelle. Elle avait huit paroisses, savoir : Saint-Georges, Notre-Dame-au-Marché, Sainte- Geneviève, Sainte-Benoîte, Saint-Martin-au-Parvis, Saint- Remi-à-la-Porte, Saint-Remi-à-la-Place, et Saint-Michel. La seconde appelée le 'Bourg, s'étendait depuis la grosse Tour jusqu'à l'Abbaye Saint-Martin. Ses paroisses, au nombre de sept, étaient Saint-Jean, Saint-Cyr, Saint-Julien, Saint-Just, Saint-Pierre-le-Vieil, Saint-Éloi, et Saint-Victor. La troisième appelée la Fillette, occupait le reste du plateau de la montagne, elle était fermée de murs comme les autres et défendue par un fort. La Fillette, dont il ne reste plus que les Creuttes de Saint-Vincent, comptait huit paroisses : Sainte-Geneviéve-des Champs, Saint-Victor, Saint-Remi-à-la-Tour, Saint-Étienne, Saint-Genest, Saint- Otbod, Saint-Hilaire et Saint-Vincent.

L'histoire de Laon est des plus intéressante ; mais le Touriste comprendra à merveille que nous ne pouvons pas la lui raconter en détail, dans les quelques pages d'un Guide. Nous en exquisserons à grands traits les principales étapes, renvoyant le lecteur aux ouvrages de MM. Devismes et Melleville, auteurs, chacun, d'une Histoire de Laon dont il reste quelques exemplaires chez des libraires de notre ville.

Laon a joué un rôle très important à partir du III e siècle, époque à laquelle le christianisme fut introduit dans ses

murs par Saint-Fortin et Saint-Béat. En 491, Clovis forma du Laonnois et de la Thiérache un nouveau diocèse dont il établit le siège à Laon ; Saint-Genebaud en fut le premier évêque. Après la mort de Clovis, Laon tomba dans le lot du plus jeune de ses quatre fils, tandis que Reims échut à l'aîné. Sous Clotaire, Laon qui avait d'abord fait partie du royaume de Soissons, passa dans celui d'Austrasie. Après la fia tragique de Sigebcrt, Brunehaut, sa veuve, fixa son séjour à Laon. Elle avait, dit-on, un château au pied de la montagne, dans un lieu qui porte encore aujourd'hui son nom. Laon fut fréquemment assiégé, notamment par Thierry et Ebroin ; par Gilimer, maire du palais de Neustrie, en 682 ; par Pépin et Carloman en 742. Les Normands qui désolaient une partie de la France depuis le commencement du IX e siècle, firent pour la première fois une irruption dans le Laonnois, sur la fin de Tannée 882. Ils vinrent y mettre le siège ; mais ayant rencontré une résistance inattendue, ils furent forcés de se retirer. Charlesk-Gros ayant été déposé par ses peuples, ceux-ci élurent pour le remplacer, Eudes, comte de Paris, qui venait de forcer les Normands à lever le siège de Paris. Le comte de Laon, Valgaire, jaloux de cette préférence, se révolta contre lui et s'enferma dans Laon, où il fit proclamer roi le jeune fils posthume de Louis-le-Bégue, Charles III, ou le Simple. Eudes assiégea Laon qu'il emporta sans coup férir. En 895, Charles qui venait d'être couronné à Reims, tenta de reconquérir la couronne de son père. Aidé du roi de Lorraine, profitant de l'absence de Eudes, alors en Aquitaine, il vint meure le siège devant Laon. Mais pendant les hostilités, la mésintelligence se mit entre les deux rois, et celui de Lorraine regagna son pays. Peu de temps après Eudes concourut

au partage de la France avec Charles qui, à la mort de Eudes en 898, devint maître de toute la monarchie.

Sous le gouvernement de Charles-le-Simple, la féodalité qui avait fait de grands progrés, depuis Louis-le-Débonnaire, consomma ses usurpations. Mais lorsque la monarchie s'en allait en lambeaux, Laon s'élevait au plus haut -point de gloire auquel une ville puisse aspirer. Il devenait la résidence des Souverains, le chef-lieu de leur domaine, la capitale de leur empire, et on peut dire que pendant tout un siècle, l'histoire de cette petite ville vaut à peu prés celle d'un royaume.

Robert, duc de France, frère du roi Eudes, ne laissa pas Charles-le-Simple tranquille. Il commença par le faire déclarer incapable de régner, s'empara de Laon, prit le titre de roi et se fit couronner à Reims, au mois de juin 922. Il ne jouit pas longtemps de son usurpation et fut tué l'année suivante à la bataille de Soissons. Cependant Charles fut obligé de prendre la fuite devant la charge furieuse de Hugues, fils de Robert, secondé de Herbert, comte de Vermandois, et Raoul, duc de Bourgogne fut unanimement proclamé roi Mais ce dernier ne tarda pas à se brouiller avec Herbert, celui-ci refusant le Comté de Laon, qui néanmoins lui fut cédé en 928. Herbert y fixa alors sa demeure et n'épargna rien pour s'y maintenir. Dans ce but, il fit construire, à la pointe occidentale de la montagne, une citadelle appelée le Cbàteau-Gaillot.

Moins de dix ans après, en 936, le fils de Charles-le- Simple, Louis, surnommé d'Outremer à cause de son séjour en Angleterre, fut rappelé de l'exil par les seigneurs français réunis, et élevé par eux sur le trône de France. Mais il fut bientôt lui-même en butte aux attaques de ceux-là mômes qui l'avaient appelé, et la ville de Laon eut à

soutenir plusieurs sièges, notamment en 940, pendant sept semaines, et en 941, de la part du turbulent Herbert, Comte de Vermandois, auquel s'étaient joints les ducs de France et de Normandie.

Ces attaques réitérées engagèrent Louis d'Outremer à augmenter encore la force de la place. Aussi, vers 938, au centre du mur transversal séparant la cité d'avec la rue du Bourg, fit-il construire une énorme tour en pierre qui prit de lui le nom de Tour de Louis d'Outremer, ou simplement la grosse Tour, qui fut seulement démolie en 183 1, (cette Tour était à côté de l'hôtel de la Hure actuel et occupait l'emplacement où se trouve aujourd'hui le Cercle.) Louis d'Outremer voulut tenter une entreprise sur la Normandie. Mais il ne réussit pas et fut fait prisonnier. Pour retrouver la liberté, il dût abandonner la ville de Laon à Hugues qui en nomma gouverneur Thibaut, Comte de Blois, surnommé le Tricheur. Louis rendu à la liberté voulut ressaisir sa capitale, mais vainement. Un accommodement la lui rendit seulement en 950, sous la médiàtion d'Othon.

La vie de son fils, Lothairc, ne fut pas moins agitée que la sienne. Son frère Charles lui causa de graves embarras, dont une morte subite le délivra en 986. Il ne laissait qu'un fils, Louis V, qui n'eût que 14 mois de régne.

En lui s'éteignit la branche aînée des successeurs de Charlemagne, et le trône revenait de droit à Charles de Lorraine, son oncle, chef de la branche cadette. Mais celui-ci rencontra un puissant et habile compétiteur en la personne de Hugues Capct, duc de France, qui convoitait depuis longtemps un trône sur lequel s'étaient assis son grand-père et son grand-oncle. Hugues Capet, par deux lois s'il faut en croire les lettres de Gerbert, assiégea Laon

où se tenait Charles de Lorraine, qui avait pu pénétrer dans cette place, grâce aux manœuvres habiles d'un jeune chanoine nommé Arnou!, aussi distingué par son esprit que par sa naissance, puisqu'il était le fils naturel de Lothaire. Le siège épiscopal de Laon était alors occupé par un prélat nommé Adalberon. Hugues Capet n'eût pas de peine à le gagner, et l'habileté finit par triompher de la valeur. Un portier, gagné par le prélat, promit d'ouvrir à un signal convenu une porte voisine de l'évêché, et la nuit du jeudi Saint, 2 avril 991, Hugues et les siens entrèrent par là dans la ville. Charles et sa femme, brusquement réveillés par un grand bruit se trouvèrent au pouvoir de leurs ennemis, furent conduits à Orléans et confinés dans une prison. Ainsi finit à Laon, dans la personne d'un prince né à Laon, et par la trahison d'un évêque de Laon, la domination de la race Carlovingienne. En cessant d'être la résidence des rois, Laon perdit une prééminence dont ses habitants étaient jaloux à l'excès. Cependant Hugues Capet et ses premiers successeurs ne lui ôtérent pas expressément le titre et les droits de capitale du royaume. Ils laissèrent au temps le soin de l'en dépouiller.

Nous passerons sur les événements qui suivirent, à cause de leur peu d'importance, pour arriver aux circonstances fameuses qui marquèrent l'érection de sa commune.

La ville de Laon, dit Augustin Thierry, était à la fin du onzième siècle, l'une des plus importantes du royaume de France : elle était peuplée d'habitants industrieux, et la force de sa position la faisait considérer comme une seconde capitale ; de même qu'à Noyon et à Beauvais, l'évèque y exerçait la Seigneurie temporelle. Dans l'année 1106, l'évêché de Laon, fut obtenu, à force d'argent, par

un certain Gaudri, normand de naissance, et référendaire de Henri I ,r , roi d'Angleterre. Cet homme avait des goûts et des moeurs militaires ; il était emporté, arrogant, parlait de chasse, de combat, de chiens, de chevaux et d'armes. Il avait à son service un de ces esclaves noirs que les grands Seigneurs, revenant de la première Croisade, venaient de mettre à la mode, et il employait souvent cet esclave à infliger des tortures aux malheureux qui lui avaient déplu. L'un des premiers actes de Tépiscopat de Gaudri, fût de punir de mort un bourgeois qui avait censuré sa conduite ; puis il fit crever les yeux, dans sa propre maison, à un homme suspect d'amitié pour ses ennemis ; enfin, en 1109, il se rendit complice d'un meurtre commis dans l'église Métropolitaine. Obligé de prodiguer l'or pour faire oublier le crime, il résolut d'entreprendre un voyage en Angleterre et, pour ramasser de l'argent, chargea ses archidiacres de chercher, pendant son absence, les moyens de s'en procurer de leur côté.

La renommée de la commune de Noyon s'était répandue au loin. On ne parlait que de la bonne justice qui se faisait dans cette ville et de la bonne paix qui y régnait. Les habitants de Laon, privés des garanties qui assurent la sécurité des citoyens, regrettaient vivement les anciennes franchises municipales dont ils avaient précédemment joui, et se montraient disposés à les racheter, au prix même des plus lourds sacrifices. Les archidiacres de Gaudri profitèrent, en un, de ces dispositions pour leur vendre bien cher, en son nom, une charte de Commune qu'ils s'empressèrent de faire ratifier parle roi.

A son retour d'Angleterre, Févêque trouvant ce traité conclu, s'en irrita et s'abstint même quelque temps de rentrer dans la ville. Cependant son courroux ne résista

pas aux offres que la commune lui rît d'une grosse somme d'argent (700 livres d'argent, environ 70,000 francs d'aujourd'hui) et c'en fut assez pour le réconcilier avec les auteurs de cette innovation. Mais Pévêque Gaudri regretta bientôt d'avoir abandonné, pour une somme une fois payée, le revenu qu'il tirait des tailles, des aides, et de la main morte. 11 engagea alors Louis VI, dit le Gros, à venir à Laon célébrer la fête de Pâques. Il comptait sur la présence du roi pour intimider les bourgeois. Le roi arriva la veille du Jeudi Saint. L'évèque Gaudri lui proposa de retirer le consentement qu'il avait donné à la Commune. La Charte scellée du sceau royal fut déclarée nulle et non avenue. Le roi crut prudent, après cet acte, de ne pas attendre la célébration de la fête de Pâques, et au point du jour il quitta Laon en toute hâte avec sa grande compagnie de courtisans et de chevaliers. C'est alors qu'une foule furieuse assaillit le palais épiscopal au cri de : Commune ! Commune ! On égorge ceux qui en défendent l'entrée et le peuple se répand dans l'intérieur en criant : A mort l'évèque ! Celui-ci se réfugie dans un tonneau, où le découvre un nommé Thiégaud, serf de l'église Saint- Vincent, et longtemps préposé par Enguerrand, seigneur de Coucy, aux péages d'un pont voisin de la ville. L'évèque donnait à cet homme de mœurs brutales, par plaisanterie et à cause de sa mauvaise mine, le sobriquet à'Isengrin ; qui était le nom dont on désignait le loup dans les contes et les fables du temps. Lorsque le couvercle de la tonne où se cachait Pévêque eut été levé par ceux qui le cherchaient : « Y a-t-il quelqu'un, cria Thiégaud, en frappant un grand coup de bâton ?» — C'est un malheureux prisonnier, répondit l'évèque, d'une voix tremblante. — Ah ! ah ! dit le serf de Saint-Vincent, c'est

donc vous, messire lsengrin,qu\ êtes blotti dans ce tonneau.» En même temps, il tira l'évêque par les cheveux hors de sa cachette. On l'accabla de coups, on le traîna dans la rue. On n'écouta ni ses plaintes, ni ses prières ; enfin, un nommé Bernard Desbruyères, lui asséna un coup de hache sur la tète, et un second coup de hàche à deux tranchants lui fendit le visage et l'acheva. Thiégaud lui coupa le doigt où brillait l'anneau épiscopal, et le corps du malheureux évêque poussé dans un coin, fut l'objet des railleries, des malédictions et des brutalités de chaque bourgeois qui passait.

Cependant, effrayés des excès auxquels ils s'étaient 1 ivrés les Laonnois, craignant la colère du roi, se décidèrent à quitter la ville pour se réfugier sur les terres de Thomas de Marie. Alors les habitants des villes voisines et des villages environnants, à la nouvelle de la fuite des Laonnois, accoururent et pénétrèrent dans la ville abandonnée, qu'ils mirent au pillage. Le roi lui-même vint à la tête d'un corps de troupes, mît le siège devant le château de Crécysur-Serre, appartenant à Thomas de Marie, s'en empara et fit pendre sans miséricorde tous les fugitifs qui s'y étaient réfugiés.

Quelques années après, le calme paraissant rétabli, le roi rendit aux Laonnois leur charte de Commune, sous le nom nouveau de Charte de Paix. Malheureusement cette institution destinée à rapprocher les partis devint, au contraire, entre les habitants et le clergé une cause incessante de querelles qui, en s'envenimant chaque jour davantage, finit par amener une catastrophe après laquelle elle fut abolie. La suppression définitive de la Commune de Laon eut lieu en 1331. Les tragiques événements qui clôturèrent l'histoire de la Commune de Lion, donnèrent

naissance à la légende des Maires de Barenton. Accusés d'avoir trempé dans la rébellion, on les conduisait au supplice, lorsque ils prouvèrent leur innocence, en enfonçant des clous dans un bloc de grés avec la main seule, qui y laissa une empreinte. Cette pierre enchâssée dans le mur intérieur de l'église Cathédrale, est, depuis lors, connue sous le nom de pierre à cleus (à clous).

Ainsi fut détruite, sans retour, cette Commune fameuse qui, née au milieu des orages, produisit tant de dissensions civiles. Les habitants perdirent, il est vrai, l'indépendance qui leur tenait tant au cœur. Mais, il y a ceci de remarquable, c'est qu'ils ne retombèrent point dans ]a servitude dont leur charte les avait tirés, et qu'ils furent même expressément autorisés à défendre, mais par les voies juridiques, leurs droits, libertés et franchises.

Dans la guerre qui s'alluma, en 1339, entre la France et l'Angleterre, une grande partie de la Thiérache et du Laonnois fut ravagée. La position de Laon sur la principale route conduisant des bords de la Manche dans l'Est de la France, et la force de son assiette, engagèrent les Anglais à s'en emparer au plus tôt. La trahison faillit leur livrer la place, mais l'auteur du complot ayant été découvert, fût lapidé par le peuple, en 1349. Robert Lecoq, évèque de Laon, forma, en 1358, le projet de livrer cette ville aux Anglais, en y introduisant les troupes du roi de Navarre, mais l'incorruptibilité et la vigilance des bourgeois fit échouer cette entreprise. Lecoq fut obligé de s'expatrier et ses complices furent punis de mort. En 141 1, le duc de Bourgogne se rendit maître de Laon après quelques jours de siège. Trois ans après, les troupes royales reprirent cette ville dont les habitants chassèrent la garnison bourguignonne. En 1418, elle retomba au pouvoir du duc de

Bourgogne. En 1419, Philippe-le-Bon, fils de Jean-Sans- Peur, la livra aux Anglais ; mais les habitants, en 1429, saisissant l'occasion du sacre de Charles VII, chassèrent les Anglais de leur ville et la remirent dans les mains de ce prince.

Le XVI e siècle fut, pour la ville de Laon, une époque de longues et désastreuses calamités. La lamine, les maladies contagieuses, se joignirent aux maux que la guerre civile et la guerre étrangère entraînent avec elles et ne laissèrent aucun repos à la population. En même temps, les esprits furent profondément troublés par les doctrines de Calvin. Enfin, vinrent les troubles de la Ligue, dont l'autorité s'établit à Laon, le 17 février 1589. Le cardinal de Bourbon y fût reconnu roi, sous le nom de Charles X et les ligueurs firent frapper dans cette ville des monnaies à son effigie.

En 1594, Henri IV pensant qu'il fallait frapper un grand coup pour étonner ses ennemis, résolut de faire le siège de Laon. Les assiégeants avaient dressé des batteries à Classon et à Vaux ; avaient sapé le rempart Saint-fust, miné celui de la Moncelle, foudroyé les nouveaux ouvrages de Chevresson et construit un cavalier contre le lieu où ils voulaient porter leur principal effort. Le 22 juillet était le jour fixé pour un nouvel assaut, mais la capitulation fût conclue le 21 et signée le 22. Laon ouvrit ses portes le 2 août. La garnison défila devant le roi qui fit son entrée le lendemain par la porte Royer (porte d'Ardon), et fût ensuite reçu par l'évôque et son clergé à l'entrée de la Cathédrale.

A partir de cette époque, la ville de Laon a cessé de prendre une part active aux affaires de l'Etat, et sa tranquillité ne fût plus troublée que de loin en loin, et accidentellement, par les événements politiques. Lors de la

division de la France en départements, par l'Assemblée Constituante, Laon fût déclaré chef-lieu du Département de l'Aisne, par un décret du 20 juin 1790. Après la chûte de la Monarchie Constitutionnelle, cette ville n'eut à déplorer aucun des excès qui ensanglantèrent tant de cités pendant les premières années de la révolution, n'était la regrettable exécution de deux gentilshommes et de trois ecclésiastiques qui eurent lieu en 1793. Depuis cette époque, Laon jouissait de la plus grande sécurité, lorsque les événements de 1814 lui firent retrouver son antique importance militaire, et la rirent sortir tout à coup de son obscurité passagère. Nous empruntons à Melleville le récit de cette période de l'histoire de Laon :

« L'époque impériale ne fut signalée à Laon par aucun événement important. Mais, après les désastres de 181 3, cette ville fut successivement occupée par les Russes et par les Prussiens.

Après la bataille de Craonne, où l'armée alliée avait été battue avec une perte de 5,000 hommes, elle opéra sa retraite sur Laon et s'y concentra. Dans la prévision d'une nouvelle bataille, Blùcher prit ses dispositions en conséquence.

De son côté, Napoléon, présumant que la majeure partie des forces alliées était engagée dans un mouvement décousu, songeait à leur enlever la position de Laon par une attaque brusquée. Dans ce but, il prescrivit au prince de la Moskowa de poursuivre l'aile droite des coalisés avec son infanterie et sa cavalerie, et le duc de Raguse, qui avait rallié à Roucy la division du duc de Padoue, reçut l'ordre de se porter sur Laon par la grand'route de Reims, et d'entrer en communication par Bruyères avec le gros de l'armée.

Le 8 mars, à la pointe du jour, le prince de la Moskova poussa le général Benkendorf, tout en le canonnant, jusqu'à Urcel, où se tenait l'avant-garde de Winzïngerode. Entre ce village et Etouvelles, la grand'route forme une chaussée étroite établie au milieu de marais impraticables. Ce défilé, fortement occupé par l'ennemi, arrêta les Français. Mais, dans la nuit, une attaque organisée par le prince de la Moskowa leur livra le passage. Les grand'gardes ennemies, surprises dans leur sommeil, furent massacrées ou faites prisonnières.

Le 9 au matin, on découvrit la position des troupes alliées. Leur droite s'étendait entre Thierret et Laneuville ; leur centre occupait la croupe et le pied de la montagne de Laon avec une formidable artillerie ; leur gauche s'appuyait au village d'Athies. Elles ne présentaient pas moins de 80,000 hommes, indépendamment de 40,000 hommes de cavalerie selon les uns, de 25,000 seulement selon les autres, placés en réserve dans la plaine derrière Vaux, Laneuville et Saint-Marcel.

A 7 heures du matin, le prince de la Moskowa déboucha avec son infanterie de Chivy, et, profitant d'un brouillard épais, fit avancer le général Boyer qui s'empara du faubourg de Semilly, quoique vivement défendu. De son côté, le duc de Trévise poussa la division Poret de Morvan sur le faubourg d'Ardon, qui tomba également au pouvoir des Français.

Pendant ce temps, le gros de l'armée française se déployait à cheval sur la route de Soissons, la droite appuyée à Leuilly et la gauche au tertre de Clacy. Vers 1 1 heures, le brouillard s'étant dissipé, Blùcher reconnut la faiblesse numérique de l'armée qui ne dépassait pas 30,000 hommes, et résolut de prendre l'offensive à son

tour. Dans ce but, il dirigea une division d'infanterie soutenue d'une brigade de cavalerie, sur le chemin d'Anizy, pour inquiéter sa gauche, en même temps qu'il faisait attaquer vivement Semilly par le comte Woronzow, et Ardon par le général Bulow. Ecrasés par des forces supérieures, les Français se virent contraints à abandonner ces postes en désordre. Heureusement, le prince de la Moskowa voyant le danger, chargea avec quelques escadrons de la garde une colonne d'infanterie ennemie qui cherchait à couper la retraite aux fuyards, tandis que le comte Belliard attaquait les Russes sur la gauche de la route, et que la division Roussel se portait au-devant des troupes prussiennes qui menaçaient Ardon, laubourg qui fut aussitôt réoccupé par les Français.

Vers 4 heures, Napoléon résolut une attaque sur Clacy, situé au milieu de terrains marécageux. Malgré la vive résistance des Russes, les Français l'enlevèrent d'emblée. Mais, dans le même moment, ils étaient une seconde fois repoussés du faubourg d'Ardon, et faisaient une perte sensible dans la personne du général Poret de Morvan et dans celle du colonel Leclerc qui y turent tués.

Cependant, le duc de Raguse, poussant l'ennemi devant lui sur la route de Reims, était arrivé jusqu'au village d'Athies et s'en était emparé, résolu d'attendre là des nouvelles de l'Empereur. A cet effet, il plaça l'infanterie du 6° corps sur le tertre du Chauffour, la cavalerie du I er au bas sur la droite, et il envoya le colonel Fabvier aux nouvelles sur la gauche, à la tête de 400 chevaux et de deux pièces d'artillerie.

Mais, le maréchal Blùcher croyant que cette attaque annonçait le dessein de lui couper la retraite par la route de Marie, résolut de prendre encore l'offensive de ce côté.

Vers une heure du matin, les Prussiens débouchent en colonnes serrées à droite et à gauche d'Athies, et tombent sur la brigade Lucotte ; en même temps la cavalerie du général Ziéthen assaille celle du général Bourdesoulle et la culbute sur la chaussée. Les Prussiens abordent ensuite le tertre* où était campé le gros du 6 e corps, et font main basse sur tout ce qu'ils rencontrent. Les pièces en batterie eurent à peine le temps de faire une ou deux décharges ; les canonniers les entraînèrent à la prolonge jusqu'à la chaussée, où tout le monde se rassembla dans l'intention de se rallier. Mais, à ce moment, Pavant-garde du général Kleist, remontant le long de la rivière d'Ardon, se fit entendre sur les derrières des Français qui, se croyant entourés, furent pris d'une terreur panique. Tous s'enfuirent en désordre jusqu'à Festieux, et sans le détachement du colonel Fabvier, qui en imposa à l'ennemi par sa bonne contenance, on aurait eu de plus grands malheurs à déplorer. Il y eut, en effet, peu de morts dans cette affaire de nuit ; mais 2,500 prisonniers, 41 bouches à feu et 131 caissons tombèrent au pouvoir de l'ennemi

La nouvelle de cet échec ne put décider l'empereur à se retirer, et il maintint les positions qu'il avait prises. De son côté, Blùcher, pour le contraindre à la retraite, lança le lendemain contre Clacy, quatre divisions d'infanterie appuyées d'un régiment de hussards. Sept attaques successives de ces troupes échouèrent, et les Français restèrent maîtres de ce village. Alors l'Empereur résolut à son tour une dernière attaque de vive force contre la ville ; les divisions Curial et Meunier furent chargées de ce coup de main. La première s'avança en colonnes serrées, sous la protection d'un feu très-vif d'artillerie, jusqu'à Semilly, d'où elle poussa deux bataillons

en tirailleurs sur le plateau, soutenus par un troisième sur la route. Mais les Prussiens ayant démasqué une batterie établie à mi-côte, et attaqué le bataillon resté sur la chaussée, les Français furent obligés de se retirer, bien que plusieurs d'entre eux fussent parvenus sur le plateau de Saint-Vincent, où s'engagea, dit-on, un combat corps à corps dans lequel un officier Russe aurait été tué.

Telles furent les principales péripéties de la bataille de Laon, qui coûta aux alliés 4,000 hommes tués, blessés ou prisonniers. De leur côté, les Français eurent 3,500 hommes mis hors de combat, sans compter ceux du duc Raguse. »

Cette page d'histoire a été remarquablement racontée par notre distingué compatriote, M. Henry Houssaye, de l'Académie française, dans son ouvrage intitulé 1814. M. Alfred Assolant a aussi publié un volume intitulé : La Bataille de Laon.

En 1870, l'année terrible, Laon, après avoir vu passer dans ses murs le brave général WimpfFen, un enfant du pays, venant d'Afrique et se rendant à Sedan, où son honneur militaire allait être si cruellement mis à l'épreuve, vit défiler les troupes désorganisées du général Vinoy, qui laissait la ville abandonnée à ses seules ressources. Le 6 septembre, vers 4 heures du soir, une trentaine de uhlans se présentèrent à la porte de la ville, porte Lussaut, aujourd'hui démolie.

Après de nombreux pourparlers, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer, n'ayant pas la prétention d'écrire cette page de notre histoire locale, la ville, insuffisamment armée, dût capituler, et le neuf septembre à midi, les troupes allemandes, ayant à leur tête le duc de Mecklembourg, faisaient leur entrée en ville. Après avoir franchi la porte

Lussaut, la colonne s'avança jusqu'à l'entrée de la rue du j Bourg où elle s'arrêta. De là, elle gagna la place de l'Hôtel de Ville, sur le perron duquel l'attendaient le Maire et ses adjoints, entourés de certains membres du Conseil municij pal. La moitié de cette colonne resta sur la place, l'autre marcha vers la citadelle, précédée du duc de Mecklembourg. Le général français Thérémin d'Hame était là. Il remit les clés au général allemand A ce moment, une formidable explo- ! sion se fit entendre; l'atmosphère fut obscurcie de fumée et de poussière, des pierres énormes furent lancées en l'air, brisant les toitures des maisons du quartier du Cloitre et du faubourg de Vaux : la poudrière sautait. Le général Thérémin et le duc de Mecklembourg tombaient blessés, 200 mobiles, 10 officiers périrent, et 1 50 furent blessés. Le général Thérémin mourut peu de temps après (le 4 octobre 1870), des suites de ses blessmes. Les allemands ne perdirent que 65 hommes tués et environ cent blessés. Ce fut une scène épouvantable. On sortait des maisons, on s'interrogeait ; mais un flot d'allemands s'était répandu dans les rues. Ils tiraient sur les mobiles qui pour la plupart s'étaient cependant évadés de la citadelle Grâce à l'énergie, à la conduite admirable de dévouement et de patriotisme du maire, M. Vinchon, dont le nom devrait être inscrit en lettres d'or à l'Hôtel de Ville de Laon, notre ville fut épargnée d'un châtiment dont « on eut dû se souvenir dans mille ans », comme le disait, en menaçant de représailles épouvantables, le duc de Mecklembourg au bourgmestre Alexandre Vinchon. "

Nous manquerions à la vérité historique si nous n'ajou* tions pas ici que le comte Alvensleben, colonel allemand, a certainement contribué prés du duc de Mecklembourg à sauver la ville de Laon de représailles qui s'annonçaient

terribles. Avant de se présenter comme parlementaire , cet officier supérieur avait séjourné dans la ville pendant plusieurs heures. Il connaissait l'esprit de la population et l'impossibilité d'une résistance. Il intercéda près du duc de Mecklembourg et fît les plus louables efforts pour calmer le prince. Cette catastrophe en effet ne devait pas retomber sur les habitants de notre ville. Elle était le fait d'un fou, d'un égaré, d'un nommé Henriot, garde du génie, que nous ne saurions pour notre part regarder comme un héros. Car, au mépris d'une capitulation, après le drapeau parlementaire arboré, faire sauter, fut-ce l'ennemi dans une place, est une action infâme et coupable. M. E. Lavisse, l'historien de l'Invasion dam le département de l'Aisne le dit lui-même : « En accomplissant une pareille action on forfait à l'honneur, et une plume française ne saurait écrire le nom du soi-disant héros, sans le flétrir. »

L'occupation allemande dura longtemps. Presque toute l'armée de Metz passa à Laon se dirigeant vers Paris. Enfin, le 21 octobre 1871, l'évacuation commença et le 24 du même mois, le dernier allemand franchissait la porte Lussaut par laquelle quelques heures plus tard arrivait la petite troupe française saluée des cris de : Vive la France ! Vive l'armée / et au-devant de laquelle la population entière se rendit ayant à sa tête les autorités civiles de la localité.

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