Chapitre second
Aspect général de la Ville. — Sa situation topographique. — Ses divers quartiers. — Sa géologie — Ses caves. — Ses montagnes. - Ses faubourgs.
Laon, ville très-ancienne, chef-lieu du département de l'Aisne, d'arrondissement et de canton, aux armes : d'argent à trois merlettes de sable, au chef d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or. — Population, d'après le recensement de 1896 : 14.641 habitants, y compris 2.000 hommes de garnison — Préfecture. — Tribunal de instance, siège de la Cour d'Assises, (sessionss : Février, Mai, Août, Novembre), sous la présidence d'un Conseille» à la Cour d'appel d'Amiens dans le ressort de laquelle se trouvent l'Aisne, l'Oise et la Somme. — Lycée national depuis 1888. — Ecoles normales d'Instituteurs et d'Institutrices. — Pensionnat de jeunes filles tenu par les Sœurs de la Providence. — Collège communal de jeunes filles — Bibliothèque. — Musée. — Archives départementales très riches en documents. — Hôtel- Dieu. — Hôpital général. — Casernes d'Artillerie, d'Infanterie et de Gendarmerie. — Prisons. — Dépôt de Mendicité A Montreuil-sous-Laon. — Arsenal militaire a l'ancienne abbaye de Saint-Vincent. — Cheflerie du Génie militaire. - (2 e corps d'armée).
Toutes les administrations départementales ont leur service central et leur direction a Laon : Trésorerie générale, Contributions directes et indirectes, Enregistrement, Timbre et Domaines, Entrepôt de tabacs et poudres, Inspection Académique, Inspection des forêts, Conservation des hypothèques, Postes et Télégraphes, Ponts et chaussées.
Les services financiers de la Trésorerie générale sont complétés par les succursales de la Banque de Fiance et du Crédit Foncier.
Peu de villes en France ont possédé autant de monuments que Laon, eu égard à son étendue. Le nombre des monuments religieux y fût véritablement prodigieux, puisqu'on y compta jusqu'à 63 églises et chapelles, ce qui l'avait fait surnommer la ville Sainte. Aujourd'hui, ces monuments sont détruits pour la plupart ; mais il en reste
encore assez qui méritent l'attention des archéologues et des touristes. Nous allons les passer en revue, et guider l'étranger à travers les divers quartiers de notre ville, que Ton peut diviser très facilement pour éviter d'inutiles détours.
La ville de Laon est bâtie sur le sommet d'une colline isolée au milieu d'une plaine vaste et fertile. Le vent y souffle avec lorce, les brouillards y sont tréquents, l'air y estvifmaissain.il est peu de lieux où le nombre des vieillards soit dans une proportion plus considérable avec le reste de la population. La salubrité y est parfaite ; jamais d'épidémies n'ont sévi sur la montagne. Elle est située sous la latitude de 49 0 34' 2o" et la longitude de i° 15' du méridien de Paris. Elle a la forme générale d'un triangle assez régulier, dont l'un des côtés, celui du Sud- Est, est creusé d'un grand bassin semi-circulaire, connu sous le nom de Cuve Saint-Vincent. Le plateau delà colline de Laon est élevé de 110 mètres au-dessus de la rivière d'Ardon et de 188 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer. Du haut de ce plateau, la vue plonge sur une vaste étendue de pays. En parcourant les promenades dont le cordon entoure la ville sur un développement de plusieurs kilomètres, le touriste verra avec admiration le panorama qu'il aura sous les yeux changer à chaque pas, et présenter les contrastes les plus tranchés.
Une artère principale traverse la ville depuis le fond de la rue du Cloître jusqu'à l'extrémité Ouest, ancienne porte Saint-Martin ou de Paris, aujourd'hui démolie. Cette voie qui va presqu'en ligne droite, se nomme, à son point de départ Nord, rue du Cloître, ensuite place du Marché aux Herbes, rue Châtelaine, place du Bourg, ou de l'Hôtel de Ville, rue du Bourg, rue Saint-Jean, Place du Puits Saint-
Julien, rue Saint-Martin. On peut couper en quelque sorte la ville en deux portions, en se plaçant le dos tourné à l'Hôtel de Ville. On aura ainsi, à sa droite, le quartier Saint-Martin, à sa gauche le quartier du Cloître où Notre- Dame, les deux seules paroisses actuellement existantes.
La colline de Laon présente aux géologues un intérêt particulier et même considérable, parceque, entièrement constituée par les terrains tertiaires inférieurs, ceux-ci ont pris des développements qu'on trouverait difficilement ailleurs. La craie blanche sert de base à la colline de Laon. La première couche tertiaire reposant sur cette craie est formée d'une argile sableuse bleuâtre, à laquelle on donne le nom d'argile de Vaux. On y trouve un nombre considérable de coquilles fossiles, parmi lesquelles Vostrea beilavacina (l'huître de Beauvais), la cyprina scutellaria, Vumbrelia Laudunensis (l'ombrelle de Laon), la bifroniia Laudunensis (la bifrontie du Laonnois), et beaucoup d'autres. Ces couches renferment également des dents de squales, des ossements de tortues et du lignite terreux ou en jayet. Il est à remarquer que le crlcaire grossier du plateau de Laon n'est pas formé partout de bancs réguliers. Il est au contraire très souvent modifié dans sa texture de manière à n'offrir aux yeux qu'une masse confuse de sable calcaire, pénétré de nombreux rognons à formes bizarres, à cassure chatoyante, très durs, et, pour cette raison, recherchés sous le nom de têtes de c fmt pour l'empierrement des routes. C'est là aussi qu'on trouve fréquemment des cristaux blancs ou jaunes de carbonate de chaux cristallisés.
Le calcaire grossier couronne donc le plateau de la montagne de Laon, en recouvrant comme d'une épaisse calotte tout les sables placés à sa base. Partout il a été
exploité par la bâtisse et on y a creusé sous les maisons de vastes cavités qui ne sont pas la chose la moins curieuse de la ville. Ces caves se composent parfois de trois étages superposés. La première, établie au niveau du sol, est surnommée cellier. La seconde, creusée dans l'épaisseur même de la roche, est proprement la cave au vin. La troisième se nomme cave aux arènes, parce qu'elle est généralement creusée sous la roche et au niveau des puits, dans le banc d'arène. Ces caves présentent un phénomène remarquable pour la physique et la minéralogie. Elles ont, même dans les chaleurs de l'été, une température beaucoup plus basse non seulement que l'air extérieur, mais que celle que conservent les caves de l'Observatoire de Paris. Leur profondeur sous le sol varie entre 12 et 15 mètres. Elles sont taillées dans le banc de pierre calcaire, elles ont pour sol le banc de sable jaunâtre sur lequel repose la pierre calcaire. Elles s'étendent en partie sous les rues de la ville qui sont pavées et étroites. Les avenues de ces caves sont sinueuses et souvent resserrées ; leur communication la plus directe avec l'air extérieur se fait par les puits qui les traversent pour arriver à la couche d'argile, laquelle retient l'eau au dessous de la première couche de sable. L'humidité des caves de Laou est assez grande, mais en général elles sont excellentes et le vin s'y conserve parfaitement, parce qu'elles gardent en toutes saisons une chaleur à peu prés égale. La température moyenne y est de + 5°.5 Réaumur, et dans les plus grandes chaleurs, elle ne s'y élève pas au-dessus de + 1 1°, comme le thermomètre n'y descend jamais au-dessous de zéro. Les géologues et les touristes ne sauraient se dispenser de visiter ces curieuses cavités sur lesquelles sont suspendues les maisons de la ville. Nous signalerons particulièrement les caves à trois étages
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du Palais de Justice, celles de l'ancien Hôtel-Dieu (aujourd'hui caserne militaire près la place du Palais de Justice), certaines caves de maisons particulières rue du Cloître et rue Sèrurier. Dans l'annuaire de l'Aisne, année 1816, se trouve une intéressante notice sur les caves de Laon.
C'est par la montagne dite de Vaux qu'on accède à la ville. On peut éviter la longueur de cette côte en gravissant les 263 marches d'un escalier surnommé : Casse-cou municipal, lequel prend naissance au bout de l'avenue de la Gare. Au midi, il existe une autre montagne dite d'Ardon. A l'ouest, la montagne de Semilly et Laneuville et la montagne de Saint-Marcel.
Les boulevards sont une des merveilleuses choses de notre ville. Ils régnent tout autour de celle-ci, et de leur plate-forme on y découvre un splendide panorama de tous côtés. A certaines époques de l'année, à l'automne et au printemps, surtout fin de septembre et octobre, ces points de vue prennent un aspect digne de la curiosité du promeneur. Un brouillard s'élève le matin dans la vallée, tout disparajt : bois, champs, maisons. L'illusion est complète, on croirait voir la mer. La plaine est remplie d'une immense étendue de vapeurs que le vent ondule quelquefois, et fait balancer comme de véritables vagues. Mais bientôt la scène va changer et ce curieux spectacle va disparaître sous l'ardeur des rayons du soleil qui volatilisent ces flocons d'humidité éphémère.
Les noms des promenades sont les suivants : Promenade du Nord, de la Citadelle, de la Couloire, Saint-Just, et Saint-Vincent, le boulevard Michelet et le boulevard de la République. En se plaçant prés de l'ancien calvaire Saint-Vincent, aujourd'hui un peu au-delà de la caserne
Thérémin d'Hanse, on se trouve au centre d'un tableau ravissant.
Les faubourgs qui font partie de l'administration communale de Laon sont, au Nord : Vaux, Saint-Marcel et Laneuvilie ; au Sud : Ardon, Leuilly et Semilly.