Partie inférieure du portail du midi. — xiv« siècle
Chapelles. - xni e et xiv« siècles
Balcon terminal du portail occidental. — xv e siècle.
« 11 est peu d'édifices, dit M. l'abbé Bouxin, dans sa remarquable et savante étude sur l'Eglise Notre-Dame, (i)
(i) La Cathédrale de Notre-Dame de Laoa. Historique et description par M. l'abbé Bouxin, in-8- de 246 pages. En vente à Laon chez les libraires. Cet ouvrage est orné de cinq phototypies et de nombreuses gravures.
qui présentent un aspect plus imposant que celui de la Cathédrale. L'ampleur de sa construction, la régularité de son plan et de son ensemble, malgré les remaniements successifs qu'elle a subis, ses proportions harmonieuses, le nombre et la hardiesse de ses tours, la quantité considérable et la richesse de ses sculptures, tout frappe et jette l'âme dans l'étonnement et l'admiration. » Nous extrayons de l'ouvrage de M. Bouxin, presque tous les détails qui vont suivre. Nous le remercions ici de la bonne grâce qu'il a mise à nous permettre ces emprunts.
Les quatre tours qui ornent cette église sont aussi remarquables par leur élégance et leur légèreté que par leurs hautes proportions. De leurs terrasses élevées à 180 mètres environ au-dessus de la plaine, la vue s'étend sur d'immenses horizons. On les aperçoit distinctement de Cassel (Nord) situé à plus de 50 lieues de Laon. L'une des tours du portail, celle de droite, était jadis surmontée d'une haute flèche en pierre, dont la pointe atteignait la prodigieuse élévation de 283 pieds (123 mètres 40) du pavé de l'Eglise. Elle a été démolie en
L'édifice offre en plan la disposition d'une croix latine dont la partie supérieure serait presqu'égale à l'inférieure. Trois porches profonds précédent le grand portail et les tours de l'Ouest. La nef divisée en douze travées est accompagnée de collatéraux surmontés de larges galeries et de quinze chapelles élevées entre les contreforts. La première de ces chapelles sur le côté méridional est beaucoup plus vaste que les autres ; elle forme à elle seule un petit monument composé de trois nefs, ayant chacune deux travées et d'une abside carrée qui prolonge vers l'Est la partie du milieu ; c'est la chapelle des Fonts. Elle
est en communication d'une part, avec la Cathédrale, de l'autre avec la première travée de l'ancien cloître des Chanoines.
Le transept, au milieu duquel s'élève la lanterne, a de chaque côté quatre travées accompagnées de collatéraux et surmontées de galeries ; à chacune de ses extrémités s'ouvre un portail flanqué de deux tours, dont une seule de chaque côté s'élève au-dessus des combles de l'édifice. De plus, à l'Est de la dernière tiavée de chaque transept, se trouve, au rez-de-chaussée et à l'étage, une chapelle terminée en abside polygonale.
Le chœur n'avait autrefois que trois travées et se terminait par une abside semi-circulaire. Prolongé au commencement du xm e siècle, il compte aujourd'hui dix travées, se termine par un chevet carré et est accompagné, comme la nef, de collatéraux, de galeries et de douze chapelles, construites dans l'intervalle des contreforts. L'une de ces chapelles qui s'élève au Sud du Chevet, est plus ancienne et plus grande que les autres elle est actuellement divisée en deux parties.
Dans les angles formés par la rencontre du chœur et du transept, ont été construites deux grandes chapelles de forme quadrangulaire et dont l'une sert de sacristie.
Au midi de la Cathédrale, entre le grand portail et le transept, se trouvent et l'ancien cloître, dont une partie a été transformée en habitations particulières, et dans l'espace compris entre ce cloître et la nef, la salle du Chapitre qui communique par un petit couloir avec le transept méridional.
Conformément aux traditions chrétiennes, la Cathédrale est orientée, et son axe longitudinal se dirige exactement de l'Est à l'Ouest. L'appareil n'offre pas toujours des
assises de pierres parfaitement régulières ; les unes sont plus larges, les autres plus étroites. — Toutes les pierres sont blanches et ont été tirées de la montagne de Laon et dçs carrières des environs.
Voici les dimensions exactes des principales parties de
cet édifice :
Longueur totale à l'extérieur i2i m »
id. à l'intérieur m m »
Longueur totale de la nef 53 m 75
id. du chœur, . . . . . 45™ »
id. du transept . . . . . $3 m 75
id. (nef, collatéraux et chapelles). 30™ 65
Largeur du chœur et de la nef 1 2 m »
id. du transept 12™ »
id. des bas côtés 4 m 75
Hauteur des voûtes de la nef, du transept et
du chœur 24"' »
Hauteur de la voûte de la lanterne . . . 40™ »
id. des voûtes des bas côtés .... 8™ 20
id. des galeries 5 m 40
Hauteur des tours du grand portail ... <>6 m »
id. de la Tour du portail Nord . . . 6o m 50 id. id. du portail du Midi avec sa
flèche. 75 m "
Hauteur de la lanterne (extérieur) . . . . 48'" 50
La Cathédrale de Laon a failli disparaître dans la tourmente révolutionnaire ; un sieur Delvincourt en avait à cette époque, offert 6.000 livres à l'administration pour l'abattre et construire un quartier neuf sur son emplacement.
Pour bien juger de l'ensemble de ce monument, il faut se placer à l'extrémité de la Place du Parvis, puis se rapprocher pour l'examen des détails.
Le grand portail se divise en trois parties dans le sens de la largeur : les deux tours qui le terminent de chaque côté et l'espace compris entre les deux tours ou portail proprement dit. Dans le sens de la hauteur, il comprend également trois divisions : au rez-de-chaussée, les trois porches ; au-dessus, la grande rose et les baies qui l'accompagnent ; enfin, une galerie au-dessus de laquelle les tours s'isolent et forment deux hauts étages.
Le porche de gauche (Nord), représente la vie de Jésus- Christ, et de la Sainte -Vierge. — Vertus et vices. — Personnages et scènes bibliques.
Le porche central : Triomphe de la Sainte- Vierge.
Le porche de droite (Midi) : Jugement dernier ; Le tribunal du Souverain Juge ; La résurrection des morts ; La séparation des justes et des pêcheurs ; L'entrée des justes au ciel ; La distribution des récompenses ; L'état de bonheur et de gloire des élus ; La conclusion pratique que les vivants doivent tirer de ce saisissant spectacle.
Le deuxième étage du portail comprend la Grande %ose et les deux fenêtres (Nord et Midi). La grande rose est composée d'un fleuron centrai à douze lobes et de 24 compartiments disposés sur deux rangs concentriques. La fenêtre de gauche a quatre cordons ou voussures. Le premier est garni d'animaux fantastiques, ie deuxième est occupé par dix femmes. C'est la collection des %Arls libéraux que Viollet Le Duc déclare « une des plus belles » parmi celles qu'il a rencontrées, ces figures représentent : La Philosophie. — La Grammaire. — La Logique. — La Rhétorique. — L'Arithmétique. — La Médecine. — La Peinture. — La Géométrie. — L'Astronomie.— La Musique. La fenêtre de droite (Midi), se divise en quatre cordons illustrés. Sur le premier, des aigles aux ailes déployées ;
- îô -
sur le y des oiseaux mangeant des raisins ; sur le 4 e des rinceaux. C'est sur le second que se déroule la scène de la création du monde. Il y a dix sujets Faisant pendant aux Jlrts libéraux, i° Dieu pensant à l'oeuvre ; 2 0 Dieu créant les anges ; 3 0 Dieu créant le firmament ; 4 0 Dieu créant les végétaux ; 5 0 les astres ; 6° les poissons et les eaux ; 7 0 les quadrupèdes ; 8° Dieu assis et dormant ; 9 0 Anges et hommes adorant Dieu ; io° la destinée humaine.
Entre les arcades des tours sont placées les colossales statues de bœuf, (huit sur chaque tour). La tradition attribue la présence de ces animaux au miracle suivant rapporté dans la chronique de Guibert, de Nogent : « Un clerc, chargé d'amener des matériaux pour la réparation des toitures, gravissait la montagne avec un charriot, lorsqu'un de ses bœufs vint à tomber de lassitude. Comme il n'en trouvait pas d'autre pour le remplacer, il en vit tout à coup accourir un qui se présenta de lui-môme pour prêter son concours à l'ouvrage commencé. Grâce à ce renfort, le char fut promptement conduit jusqu'à l'Eglise. Arrivé là le pauvre clerc était très embarrassé ne sachant à qui renvoyer l'animal ; mais celui-ci, à peine détaché du joug, et sans attendre ni conducteur ni menaces, s'en alla à l'endroit d'où il était venu. » C'est en récompense de ce service qu'on aurait placé des statues de bœufs sur les clochers de la Cathédrale.
A remarquer dans chaque tour les escaliers tournants et à jour et les animaux fantastiques dont plusieurs servent de gargouilles. Dans la tour de gauche sont les cloches. La sonnerie de Laon était réputée une des plus belles de France. Au xm e siècle, elle comptait huit cloches. Il n'y en a plus que cinq aujourd'hui. La première pèse 3,000 kilogs et mesure i"75 de haut et $ m i5 de circonférence.
- Jt -
Du côté du Nord on examinera les chapelles latérales de la nef, (xin e et xiv e siècles) ; les bas côtés et étage supérieur de la nef ; les contreforts et arcs-boutants ; la lanterne, base d'un clocher central demeuré inachevé ; les transepts du Nord ; le portail du Nord avec ses deux tours, dont Tune, celle de droite, s'appelle Tour Saint-Paul ; puis le côté Est du transept. On arrive ensuite au chœur avec ses chapelles latérales, ses bas côtés et son étage supérieur ; enfin le chevet, soutenu par de hauts et robustes contreforts et percé à la partie intérieure de trois grandes lancettes, surmontées d'une rose entièrement semblable à celle du grand portail.
Pour visiter le côté Sud de la Cathédrale, il faut se rendre rue du Cloître. On remarquera en passant, l'ancien Cloître des Chanoines. Après avoir tourné l'angle de ce Cloître, on se trouve en face du portail qui termine le transept du midi. Ce portail est, comme les deux autres, accompagné de deux tours, celle de gauche haute et élégante, celle de droite inachevée et dépassant de très peu la crête des toits. C'est dans celle de gauche, la Tour de l'Horloge, que se trouve la sonnerie qui indique l'heure aux habitants de la Cité. Une rose très remarquable existe au pied de cette tour. Pour voir cette rose il faut entrer dans un petit couloir dont la porte se trouve auprès de celle de la salle capitulaire, à l'intéiieur de l'église.
— Intérieur —
Ici nous ne pouvons que laisser le visiteur aux prises avec les émotions intimes qu'il va ressentir en pénétrant dans cette véritable forêt de colonnes en se trouvant en face de cette multitude d'arcades, de ces interminables
galeries, de ce vaisseau majestueux éclairé par trois grandes roses, par plus de cent cinquante fenêtres, orné de milliers de colonnes et de chapiteaux de toutes formes et de toutes dimensions. J'attire l'attention du visiteur sur l'allée Centrale, les Collatéraux, le Triforium, autrement dit, la galerie régnant au pourtour intérieur, au -dessus des archivoltes des collatéraux ; le Clérestory ou étage supérieur des voûtes, enfin, la partie intérieure du grand portail où se trouve la grande rose qui contient quelques fragments de l'ancienne verrière du xm e siècle*
Il ne faut pas oublier de voir en détail les chapelles au nombre de trente-deux, dont on remarquera les devantures ou façades. Elles appartiennent toutes aux xiii' et xi\* siècles. Leur style un peu tourmenté ne s'harmonise pas très bien avec le style sévère du monument. Nous ne pouvons donner en ces quelques pages la description de chacune d'elles, mais nous recommandons spécialement du côté méridional de la nef, la Chapelle des Fonts- Baptismaux et la septième chapelle où se voit l'une des sculptures les plus remarquables de la Cathédrale.
Du côté Nord de la nef, à partir du grand portail, on n'oubliera pas la quatrième chapelle renfermant le fac-similé du tombeau de Barthélemi de Vir et quatre grandes pierres tombales en schiste ardoisier.
On remarquera la Chaire, construite en 1681 pour la Chartreuse du Val Saint-Pierre, près de Vervins (Aisne) ; la Vierge ^oire, statue en bois d'une certaine élégance, qui est placée devant un charmant faisceau de pierres composé d'une colone centrale entourée de six autres moins fortes et dont les fûts élancés sont d'une seule pièce. On admirera le buffet des Grandes Orgues, merveille du xvir* siècle ; * libéralité de Monseigneur de Clermont, évêque de Laon ;
une Cuve baptismale du xn* siècle auprès de la chapelle du rez-de-chaussée (côté méridional du transept), et la salle capitulaire où se trouvent deux grandes toiles de Berthélemy, peintre laonnois du xvmo siècle, et un autre tableau représentant l'arrivée à Laon de Sainte-Salaberge, fondatrice du monastère de Saint-Jean (Préfecture actuelle).
Le chœur n'offre rien de particulièrement remarquable. Il est fermé par une grille en fer style Louis XV. Il se termine par un mur plat percé de trois grandes lancettes encadrées par des arcades. Ces lancettes se composent d'une série de médaillons placés deux par deux et présentant une suite de sujets se succédant de bas en haut. Ils ont fait l'objet d'une remarquable étude de M. de Florival intitulée : Les Vitraux de la Cathédrale de Laon*
Ces vitraux dans le style du xm e siècle se composent, comme presque tous ceux de cette première époque de la peinture sur verre, de médaillons ronds ou à pans,' encadrés dans de riches et larges bordures en mosaïque bleue et rouge, d'une teinte admirable. Les sujets sont de petite dimension et le dessin est encore fort incorrect. — La rose comprend un large médaillon central qu'entourent deux cercles concentriques composés l'un de douze, l'autre de vingt-quatre médaillons. Dans le médaillon central, la Vierge, vêtue d'une robe bleue et d'une tunique rouge, et tenant dans ses bras l'enfant Jésus, est accompagnée à droite de saint Jean, à gauche d'Isaïe et surmontée de deux anges adorateurs. Les médaillons du premier cercle renferment les douze apôtres chacun avec son nom inscrit à l'entour en grandes lettres capitales. Enfin, dans les vingt-quatre médaillons du cercle extérieur, sont rangés les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, tenant de la main droite un instrument de musique et de la main gauche une
Sorte de fiole ou flacon de forme allongée. Sur les vitraux des trois lancettes est représentée toute l'histoire de la naissance, de la vie, des miracles et de la passion de Jésus- Christ. Le Christ en croix, ayant à ses pieds la Vierge et saint Jean occupe le médaillon centrai de la lancette du milieu.
Le pavé de l'Église est jonché de pierres tumulaires, qui presque toutes datent du xvi e siècle et recouvrent des chanoines. Plusieurs d'entre elles, remarquables par la richesse des costumes des personnages et par la décoration architecturale et sculpturale que l'artiste a gravée autour des figures couchées, mériteraient qu'on prit soin de les relever.
La Cathédrale possédait autrefois un très riche trésor. Tout a disparu à la révolution. Aujourd'hui Notre-Dame possède dix-neuf reliquaires, quelques tapisseries et ornements sacerdotaux. A voir surtout le reliquaire de la Sainte-Face, peinture à la cire, envoyée de Rome par Jacques Pantaléon, à sa sœur Sybille, abbesse du couvent de Montreuil-en-Thiérache.
(Nota. — S'adresser, pour visiter, au sacristain demeurant dans une des maisons du Cloître n° 3 bis).
Avant de quitter le quartier du Cloître, il faut descendre la rue Fourrier (ancienne ruelle à la Faute) où on remarquera la façade d'une maison du xn* siècle. Les ouvertures sont à plein cintre et sur le pignon s'élèvent deux cheminées rondes en pierre semblables à des fûts de colonnes. On peut, au bout de cette rue, en tournant à droite, puis à gauche, gagner la Torte d 'Ardon, dont nous allons parler plus loin.
L'Ancien Palais épiscopal, aujourd'hui Palais de Justice, est en quelque sorte une dépendance de la Cathédrale et mérite l'attention du touriste. S'adresser aux concierges du Tribunal pour visiter la grande salle de l'Evêché, salle des Assises criminelles aujourd'hui, laquelle fût bâtie en 1242. Elevée sur un rez-de-chaussée doublé d'un portique, éclairée sur la cour intérieure et sur la campagne par de grandes baies ogivales, elle a conservé au premier étage, du côté extérieur, au-dessus d'une descente presqu'à pic, une façade xm* siècle, flanquée de trois tourelles qu'on a malheureusement jeté bas. On remarquera un pignon qui date du xn e siècle. Le portique qui occupe au rez-de-chaussée environ la moitié de la longueur de la salle était un promenoir exposé au midi. Il est formé d'une suite d'arcades en tiers-point, soutenues par de grosses et courtes colonnes cylindriques que couronnent de beaux chapiteaux en feuillage. La vieille chapelle, formée d'un étage supérieur et d'une crypte, mérite d'attirer l'attention. Elle offre à l'étage supérieur un oratoire carré qui se termine à l'est par une abside pentagonale : ses trois nefs sont séparées par des piliers cylindriques à chapiteaux romans dont les arcades sont en arc en tiers-point : toutes les baies sont cintrées. Dans la chapelle supérieure, parmi un grand nombre de fragments, de débris de sculpture, est conservée la statue qui se trouvait au-dessus du tombeau de Guillaume de Harcigny, célèbre médecin originaire de Laon, qui vivait au xiv e siècle.
La Chapelle des Templiers, aujourd'hui renfermée dans la cour du Musée, est un petit monument d'autant plus précieux qu'il est le seul dans la contrée pour être
recouvert d'une coupole dont le toit est formé de minces plaquettes de pierres fort en usage à cette époque sous le nom de tuiles de montagne. Cet édifice se compose d'une rotonde précédée d'un porche et terminée par un sanctuaire. On dit qu'il a été construit sur le plan de la chapelle du Saint-Sépulcre à Jérusalem.
Cette rotonde, divisée en huit pans et dont le diamètre intérieur est de 7 métrés 35 centimètres, au lieu de recevoir le jour par le sommet, comme il est d'usage dans les monuments de ce genre, est éclairée par six fenêtres étroites franchement cintrées, et la preuve que cette chapelle n'a jamais reçu le jour par le sommet, c'est que le centre de cet espace est occupé par une pierre sculptée représentant un agneau pascal tenant une croix.
Les fenêtres de la rotonde sont extérieurement décorées d'une archivolte formée par un double tore rompu. Les petits contreforts placés à chacun des angles de l'édifice s'arrêtent à la hauteur du cintre de ces fenêtres et sont surmontés d'une colonnette engagée qui s'élève à son tour jusqu'à la naissance du toit. L'entablement se compose de modillons formés de têtes d'animaux et supportant un ornement en forme de larges dents de scie, dont les intervalles sont ornés et sculptés. A l'intérieur nous signalerons d'abord la tribune du parvis, avec sa curieuse archivolte à palmettes, d'où, sans doute, les dignitaires de la maison assistaient à l'office ; nous ferons ensuite remarquer les nervures, assez lourdes d'ailleurs, de la coupole qui prennent naissance sur des corbeaux à tête d'homme et vont se réunir à une clef centrale, et en outre la voûte d'arête en moellons de l'abside du chœur.
Le plein-cintre domine partout dans la chapelle des Templiers. Les détails de son architecture sont quasi
romans. Ce monument a-t-il l'antiquité que certains lui attribuent ? Melleville prétend qu'il ne remonte pas au-delà du XU* siècle et il s'appuie pour soutenir cette idée sur une bulle du pape Honorius> de Tan 1 1 34.
Le Musée. — En quittant la Chapelle des Templiers on ira visiter le Musée. On entrera d'abord dans la salle du rez-de-chaussée où se trouvent les sculptures, parmi lesquelles on remarquera le bas-relief en marbre blanc provenant du tombeau de Gabrielle d'Estrées, l'infortunée maîtresse de Henri IV. Dans une vitrine du fond de la salle et dans celle centrale se trouvent réunies de nombreux objets en faïence, des poteries gallo-romaines, des curiosités de toutes sortes, des monnaies, des souvenirs locaux, notamment le bâton du maréchal Sérurier.
On montera ensuite au premier étage où sont exposées les peintures. Le Musée possède une centaine de tableaux des différentes écoles dont nous citons les principaux :
Première salle : Lalour (Quentin de). Portrait du Président Hainaut, pastel. — Don de M. Edouard Fleury. — Rosalba Carrier a : Pastel. — Portrait de femme. — Don de M. Maxime David, célèbre miniaturiste.
Deuxième salle : 'Berthèlemy (Jean-Simon), né à Laon le 5 mai 1743. — Dévouement d'Eustache de Saint-Pierre. Ce tableau a été reproduit en tapisserie des Gobelins, et a été gravé par Ancelin. Du même auteur : trois esquisses dont deux à l'huile et une à la sanguine.
Dans cette môme salle se trouve un Corot, don de M. Arsène Houssaye ; un Lavielle> un Toulmouche, un tableau d'Emile Levy, (La vasque) ; deux tableaux d'Armand Leleux. (La posada espagnole, et le tabellion) ; enfin, un superbe portrait signé de Ch. Malet.
Troisième salle : Le vœu de Jephté, par Antoine Coypel, grand tableau provenant du Louvre. — Quatre Lenain (de Laon) dont un superbe portrait et trois scènes de genre : La Fiancée normande ; la Fenaison ; le repas de Famille.
Deux tableaux de 'Desportes, signés. — Une tête de femme par Rubens, et un grand nombre d'autres très intéressantes toiles.
L'Abbaye Saint- Jean.— De cette ancienne abbaye il ne reste plus que le cloître et quelques bâtiments actuellement occupés par la Préfecture. L'emplacement assigné par i'évèque de Laon à sainte Salaberge pour y construire les bâtiments nécessaires à sa communauté, était aussi vaste qu'heureusement choisi. Il dominait la magnifique vallée d'Ardon et comprenait toute l'enceinte actuelle de la Préfecture en s'étendant encore vers le versant de la montagne et englobant la promenade et les jardins placés sous Jes murs à l'ouest de cet établissement. Le cloître est vaste et bien construit, mais ne remonte pas au-delà du xvm e siècle. Le bâtiment affecté aux archives est plus ancien. L'abbaye de Saint-Jean, entièrement détruite par l'incendie en ni2 ? fût rebâtie aussitôt après, et une partie des murs d'enceinte sont bien évidemment du xn e siècle. A la fin du xvi% Henri IV, fit prendre les pierres des églises et des bâtiments claustraux de cette maison pour construire la citadelle et des casernes. (Voir une notice très complète de M. Taïée, ancien inspecteur d'Académie, sur l'abbaye Saint-Jean de Laon, publiée dans le tome 21 de la Société académique de Laon).
La Porte Roy er ou d'Ardon . —Le quartier du Cloître ou de la Cité était anciennement percé de six portes : Porte Royer, porte Chevresson, porte Germaine, porte SCortée,
porte Saint-Jean, portes Mahieux et de fa Plaine. La porte Royer ou d'Ardon est probablement la plus ancienne de la ville. C'est un monument fort remarquable en son genre. Il fut construit au xin° siècle sur l'emplacement d'une porte romaine dont on aperçoit encore les soubassements formés de larges pierres assemblées sans ciment. C'est par cette porte qu'Henri IV fit son entrée à Laon. Le chemin de Reims et celui de Paris y aboutissaient autrefois, et c'est à cause de ce dernier qu'on lui donnait aussi le nom de porte de îSCeaux.
La porte Chevresson était placée à l'endroit où est aujourd'hui la poterne de la citadelle, au dessus de la fontaine Saint-Georges, là où se trouve un écusson sculpté aux armes d'Henri IV et la date 1595.
La porte Germaine se nommait anciennement porte VÈvêque à cause de so.i voisinage du palais épiscopal.
La porte Mortée était également une des plus anciennes de la ville. Elle était placée sur le Bourg, prés de la grosse tour, dans le mur qui fermait la cité de ce côté.
La porte Saint-Jean était placée a l'entrée de l'abbaye de ce nom (porte de la préfecture aujourd'hui.)
Le Bourg était percé de six portes : La porte des Cbeni\e\\es, la porte David, la porte Lussaut, la porte à Créhaut, la porte Saint-Jean, la porte Saint-Martin ; la porte Vinoque, au champ Saint-Martin, au-dessus de la fontaine delà Tissotte, peut faire partie de cette nomenclature comme septième clôture de notre ville.
La Porte des Chenizelles, qui vient d'être tout récemment restaurée (1895) est se ule digne du coup d'ceil du touriste. Ce quartier des Chenizelles est curieux à visiter. Il est très pittoresque avec sa descente vers l'ancien
abreuvoir et le boulevard Michelet. On voit encore des pieds d'échasse en fer qui servaient à soutenir des plates formes pour \e chemin de ronde. Cette porte des Chenizelles a été vraisemblablement construite à la fin du xii* siècle.
Sur h place de l'Hôtel de Ville s'élève la statue du maréchal Sérurier, né à Laon le 8 septembre 1742. Elle a pour auteur M. Doublemart, enfant du pays, grand prix de Rome, sculpteur distingué à qui Ton doit le monument élevé à la mémoire du maréchal Moncey, place de Clichy, à Paris. Sur cette même place du Bourg on remarque la façade de la Salle de Spectacle qui était anciennement l'Eglise de Saint-Remi-à-la-Place, ou Saint-Remi au velours. C'est en 1807 que cette église a été convertie en salle de spectacle.
La Bibliothèque occupe un vaste bâtiment légué à la ville par Madame Milon. La façade est d'assez mauvais goût et l'intérieur ne se distingue pas par d'heureuses dispositions de salles. La Bibliothèque compte plus de 30,000 volumes, provenant en grande partie des anciennes communautés religieuses supprimées. On y pourra voir, en s'adressant au Bibliothécaire, une splendide collection de manuscrits dont plusieurs de grand prix et dont la description savante et détaillée a fait l'objet de deux volumes d'un de nos distingués compatriotes M. Edouard Fleury, auteur de plus d'un ouvrage érudit concernant nôtre pays. Sous le numéro 63, on peut admirer, parmi ces manuscrits, un évaogéliaire du ix a siècle qui faisait autrefois partie du trésor de la Cathédrale. La Flore de Prémontré, formant trois volumes in-folio où la majeure partie des plantes du pays sont dessinées et coloriées à la main, mérite une mention toute spéciale. Dans une des salles du premier étage de la Bibliothèque, il faut que le
touriste n'oublie pas de voir la splendide mosaïque de Blanzy. Elle représente Orphée charmant les animaux par les accords de sa lyre. Elle est appliquée contre le mur ; l'idée n'en est pas heureuse, il était d'autre part assez difficile de lui trouver un autre emplacement.
A l'entrée de la rue Saint-Martin, place du puits Saint- Julien, s'élève une maison dite le Tetit Saint- Vincent qui se distingue par ses deux tourelles à flèche aiguë. Elle fut construite dans la moitié du xvi* siècle par les moines de Saint-Vincent pour leur servir de retraite dans les temps de guerre. On remarque dans la cour un escalier en spirale, dont l'extérieur est orné de ceps de vignes et autres décorations finement sculptées et d'un beau travail.
Église Saint-JVIartin
L'église Saint-Martin est celle de l'ancienne abbaye de ce nom dont les bâtiments sont aujourd'hui occupés par THôtel-Dieu. Elle est très remarquable en tous points. La simplicité sévère et l'absence de l'ornementation condamnée par saint Bernard (i) dans une lettre célèbre adressée en 1125 à l'abbé de Saint-Thierry, font supposer que la
(1) Saint Bernard, vers 1125, passa plusieurs fois à I.aon et y séjourna près de l'évcque de cette ville, Barthélemi de Vir, qui était son compatriote. Son influence se fit certainement sentir en cette ville, sous le rapport architectural, dit Monseigneur Dehaisnes, en son article sur Laon dans la France artistique et monumentale, auquel nous empruntons
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construction de ce monument est postérieure à 1 125. Le sanctuaire remonte aux premières années du xn* siècle. La nef, construction plus épaisse et plus lourde, fût évidemment élevée par les moines après 1125. M. Viollet-le-Duc appelle la façade de cette église un des meilleurs modèles de la fin du xhi 6 ou du commencement du xiv e siècle. Le portail est surmonté d'un tympan dont l'ornementation présente de petites figures d'anges, malheureusement mutilées, qui portent encore des traces de polychromie. Les statues aussi, autrefois coloriées, placées de chaque côté dans des niches à consoles, montrent, surtout dans les draperies, une grâce remarquable. Au dessus monte un grand arc ogival derrière lequel s'ouvre une large fenêtre dont les élégants meneaux sont surmontés d'une rosace ; une balustrade ajourée sert de base à cette ouverture. Au second étage s'étend une balustrade non moins gracieuse et s'élève en retraite un pignon où l'on voit dans un médaillon un groupe sculpté représentant saint Martin à cheval qui partage son manteau pour en donner un morceau au diable déguisé en mendiant. Le fronton au centre duquel se trouve ce basrelief est soutenu latéralement par une galerie aveugle, ornée d'ogives trilobées. Le rez-de-chaussée et les deux étages de cette façade sont étayés de chaque côté par un solide contrefort à trois ressauts qui s'amortit en une tourelle octogonale dont le profil ajouré est très-gracieux. Nous dirons très volontiers, avec Monseigneur Dehaisnes, pourquoi faut-il que l'on n'ait pas encore enlevé, du haut de ces tourelles, l'ignoble calotte dont les a affublées le xviii« siècle ? A l'extérieur des contreforts de la façade viennent s'appuyer les portes latérales, qui sont d'un style sobre et élégant ; les petits tympans dont elles sont surmontées représentent le martyre de saint Laurent et la
décollation de saint Jean-Baptiste. On ne saurait trop faire remarquer l'élégante simplicité de la façade de Saint- Martin, ni le caractère de ses statues dont plusieurs, malheureusement mutilées et décapitées, sont des chefsd'œuvre de sculpture.
Dans Fintérieur de l'église on s'arrêtera devant les boiseries du chœur qui datent de la fin du xvii* siècle et qui sont très finement sculptées. On distinguera aussi plusieurs grandes toiles dues au pinceau de Crépin Quillet, religieux Prémontré. Ce sont des copies de grands maîtres de l'Ecole Française.
Dans la nef, la chapelle Saint-Eloi, qui servait autrefois de paroisse à Avin, est remarquable par sa balustrade découpée à jour, et, par une statue du Christ, ouvrages qui datent de la moitié du xvi« siècle.
Derrière la porte d'entrée de l'église Saint-Martin on voit deux statues couchées qui méritent de fixer l'attention des archéologues. Celle de gauche, en marbre blanc, représente une religieuse les mains jointes, la tête et les épaules couvertes d'un voile, et serrant contre sa poitrine une crosse d'abbesse. C'est, en effet, la statue en ronde bosse d'une ancienne abbesse du Sauvoir-sous-Laon, Jeanne de Flandre, veuve d'Enguerrand IV, sire de Coucy, qui, à la mort de son mari, se retira au couvent duJÉ^voir où elle mourut en 1335. Cette statue est un beaujyJR'men des œuvres d'art du xiv e siècle. Elle serait due au ciseau d'un maître flamand, comme semble, d'après M. Malézieux, architecte à Saint-Quentin l'attester, le nom de : Pierre de Lue^ finement gravé sur le plat de la crosse.
L'autre statue, dont la pierre provient des ardoisières de la Meuse, représente un chevalier couvert de cotte de mailles, armé d'une épée courte et large, et tenant sur sa
poitrine un écu blasonné, sur lequel se voient un chef riu et un champ fascé de vair, pièce principale de la famille de Coucy. On fait remonter, par comparaison, cette dalle, à 1260. Ce serait un membre de la famille de Coucy qui y figure.
L'Hôtel-Dieu.— En sortant de l'église Saint-Martin, il faut faire une visite à l'Hôtel-Dieu, établissement remarquable par ses vastes proportions et ses excellents aménagements. L'Hôtel-Dieu existait dés 1167. Le chapitre qui en était le fondateur, Pavait placé entre le portail de la Cathédrale et l'église de Saint-Remi-Porte. Il fut transféré vers 1250 sur la place de l'évêché. Aujourd'hui, il est établi dans les superbes bâtiments de l'abbaye de Saint-Martin. C'est un décret du 13 avril 1803 qui autorisa la translation de l'Hôtel-Dieu à Saint-Martin. Deux choses méritent d'être vues à l'Hôtel-Dieu : C'est d'abord un magnifique escalier en pierre à trois étages qui passait pour être autrefois le plus beau du pays après celui de Prémontré. C'est ensuite le tableau placé au-dessus de l'autel de la chapelle, dernière œuvre du peintre laonnois Berthélemy qui le laissa inachevé. 11 fut terminé par Menageot, son ami de l'Ecole de Rome.
En quittant l'Hôtel-Dieu, jeter un coup d'œil sur le Lycée, construction moderne que l'on peut regretter de voir entourée par d'affreuses maisons.
En sortant de la ville par l'endroit où se trouvait autrefois la porte Saint-Martin, on verra à gauche la vieille porte d'entrée de la ville, et, à l'angle du rempart, la Tour penchée, présde l'emplacement occupé jadis par l'ancienne citadelle appelée Château-Gaillot. C'est une des anciennes merveilles de Laon. On a voulu dire qu'à l'exemple de la
célèbre tour de Pise, elle avait été construite ainsi. Cette opinion est ridicule. Son inclinaison qui est d'environ dix degrés à partir de la verticale est simplement un effet combiné de la poussée des terres du rempart et de la qualité glaiseuse du sol sur lequel cette tour est bâtie.
En s'avançant sur le plateau, on remarquera d'abord les Creuttes, habitations creusées en pleine roche et dont l'origine remonte assurément fort loin. On arrivera ensuite sur l'emplacement de l'ancienne Abbaye Saint-Vincent, dont il ne reste plus que l'Enceinte murée et le Logis abbatial. C'est aujourd'hui V Arsenal où se trouve un matériel complet de mobilisation pour le 2 e corps d'armée.
Le Logis abbatial est un bâtiment d'un caractère assez remarquable qui fut édifié au xvn e siècle. Le portail élégant de l'ancienne église, démolie en 1794 par le même citoyen Delvincourt dont nous avons parlé à propos de la Cathédrale, est fidèlement représenté sur le fronton qui orne la façade de ce bâtiment. Plusieurs parties du mur d'enceinte remontent à une haute antiquité. Celle qui s'étend au Sud-Ouest, est du xi* siècle. Il y avait dans le jardin inférieur un étang dont les côtés mesuraient 37 et 44 mètres. Un abbé de Saint-Vincent l'avait créé en 1802. La réputation de cet étang était telle que Buffon ne dédaigna pas de rechercher l'origine de son alimentation dont la cause était inconnue. Les toits de la grande église et des vastes bâtiments de l'abbaye lui fournissaient les eaux qui aujourd'hui lui font complètement défaut.
L'Abbaye Saint-Vincejit placée sur une pointe escarpée de la montagne, isolée du reste de$k ville et entourée de murs élevés, était une espèce de forteresse que tous les partis, durant les guerres civiles, et les ennemis extérieurs, pendant les invasions, se disputaient tour
à tour. Saint- Vincent eut beaucoup à souffrir du siège de Laon en 1594. Henri IV y plaça une batterie, mit môme du canon sur la tour de l'église, et l'artillerie de la ville en tirant sur l'abbaye lui causa de grands dégâts.
L'Abbaye de Saint-Vincent portait le titre de second siège de Yêvèché. En cette qualité elle jouissait de certains privilèges. En l'absence ou par l'empêchement de l'évêque, son abbé officiait pontificalement à sa place à la Cathédrale aux jours de grande fête ; il occupait la seconde place d'honneur dans les assemblées ecclésiastiques, enfin il faisait la bénédiction du feu pour la Cathédrale le Jeudi saint.
Des vignes nombreuses existaient aux flancs des coteaux de la montagne de Laon, aux alentours de Saint-Vincent notamment et sous la Citadelle. Certains crûs étaient renommés : Le vin de la Cuisine de Saint-Vincent, était parfait ; celui de la Goutte d'or était superfin ! Tout cela a disparu pour faire place à la culture des légumes et à des jardins d'agrément. On ne peut que le regretter.