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L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE

Après la Révolution qui marqua la fin d'un régime en France, la société dut, plus ou moins rapidement, se constituer sur des bases nouvelles, sociales, économiques et administratives, et entraîner, de ce fait, l'Architecture vers des solutions répondant avant tout à des exigences matérielles, sans pour cela perdre de vue les satisfactions esthétiques. Ce résultat, il ne fallait pas espérer l'obtenir sans transition et sans étapes successives; depuis plus d'un siècle, bien des efforts ont été faits dans ce sens, mais sans méthode et sans direction, sans qu'on ait pris la peine de se rendre compte de la nature précise des nécessités inhérentes au présent état social. Lorsque cette préoccupation se manifeste, on oppose l'impossibilité de concilier l'Art avec la Démocratie. Une telle affirmation est la conséquence de la faute qui a été commise depuis longtemps de considérer l'architecture dans ses manifestations purement extérieures, sans l'envisager dans sa philosophie et dans son caractère d'utilité.

Dès lors l'art utile est resté lettre morte pour tout le monde, même pour nos savants, nos soi-disant penseurs, nos littérateurs, pour les pouvoirs publics qui se bornent à affirmer leur respect de la liberté, que d'ailleurs ils contribuent inconsciemment à entraver, en patronnant un enseignement artistique qui n'est nullement en rapport avec les nécessités contemporaines. Dans ces milieux instruits, mais non éclairés, on ne se préoccupe aucunement des conditions sociales et économiques auxquelles l'architecture est soumise actuellement, on laisse faire, sans examiner combien cette question est intimement liée aux intérêts de la fortune publique et privée, livrée ainsi au gaspillage ; on se contente de critiquer à l'occasion, mais aucune de ces critiques ne porte, car elles ne peuvent aider en rien à une concentration d'efforts chez les architectes. Aussi ceux-ci, abandonnés à eux-mêmes, sans rapports directs avec le. public quant à ses besoins réels, cherchent-ils seulement des solutions prétendues artistiques dans un éclectisme effréné, en dépit de toute logique et de tout bon sens. Voilà plus d'un siècle qu'on procède ainsi, fouillant dans le passé, y recueillant tout ce qui semble pouvoir être approprié comme forme, sans connaissance véritable des moyens d'exécution.

Pendant le Consulat et l'Empire, l'influence romaine disparut pour faire place à un soi-disant retour vers la simplicité grecque : la plate-bande ne se mêle plus à l'arc ; l'usage des ordres superpoposés et une prétention d'organisme architectonique s'affirment, mais cette prétention n'est pas justifiée par un accord avec la structure. C'est l'époque de la Madeleine, de la Bourse, de Saint-Philippe-du-Roule, etc., c'est-à-dire d'édifices empreints d'une allure de fausse antiquité dont on ne tarde pas à se fatiguer. Pendant la

Restauration et le régne de Louis-Philippe, sous l'impulsion du romantisme, un retour se manifeste vers l'art gothique, mais on ne prend pas la peine de l'étudier, avant de lui faire les emprunts ridicules auxquels on a donné le nom de style troubadour. Cette évolution dans les goûts, auxquels ne participait aucune idée de principe, eut une conséquence singulièrement significative et inattendue. Certains observateurs de haute intelligence, comme Viollet-le-Duc et Mérimée, appelèrent l'attention sur la beauté alors méconnue des monuments français, montrèrent l'intérêt national qui s'attachait à leur conservation, ainsi qu'à une restauration, devenue impérieuse à la suite de l'abandon coupable et dédaigneux dont ils avaient été l'objet depuis plus de deux siècles. C'est alors que furent créés les services des édifices diocésains et des monuments historiques. Viollet-le-Duc en fut l'âme et sut le premier faire ressortir le génie artistique de la France du moyen âge, et surtout l'enseignement qu'offraient jusque dans l'exercice des moindres métiers, ses magistrales conceptions, ses procédés d'exécution et ses méthodes de composition. Au contact de ces édifices, qu'on se mit à restaurer avec une ardeur passionnée, sous une direction éclairée, architectes, artistes, artisans, ouvriers, — en nombre relativement considérable, — bref, tout un personnel formé et éduqué suivant des principes, répandirent de tous côtés un esprit d'analyse et des connaissances nouvelles qui eurent et auront dans l'avenir des conséquences de plus en plus grandes pour une rénovation sûre et féconde. Cette influence, qui est restée jusqu'ici plus théorique qu'apparente, n'a pas orienté encore l'Architecture en un sens franchement moderne, mais la connaissance analytique de l'art gothique est un guide sûr dans la voie qu'il faut suivre. Si cette action ne se dégagea pas plus

nettement, c'est qu'elle s'exerça dans un milieu non préparé et où la majorité des professionnels lui était hostile. Les architectes qui avaient pris part aux restaurations des édifices du Moyen âge, imbus de principes qui étaient nouveaux pour eux et enthousiasmés des horizons qu'ils leur ouvraient, appliquèrent dans la conception des nouveaux monuments, religieux pour la plupart, non seulement les principes de cette époque, mais aussi les formes. Dès lors, les ennemis du progrès rationaliste en profitèrent pour dénoncer la tendance à une renaissance gothique, qui n'était nullement dans la pensée et les intentions de Viollet-le-Duc, ni dans celle de ses disciples, ne voyant dans ces compositions qu'une application logique des principes. Les classiques, habitués, par leur éducation, à subir le joug pompier de l'imitation, ne comprirent pas l'entraînement rationnel auquel avaient obéi leurs antagonistes, qu'ils traitaient de diocésains. Néanmoins, en dépit de cette hostilité confraternelle, le bon sens reprenait ses droits dans maintes applications, et le niveau de l'exécution, dans tous les corps d'état du bâtiment, se relevait singulièrement après la première période du xixe siècle, où il était tombé si bas.

Indépendamment du secours que la connaissance raisonnée du moyen âge apportait à la composition des édifices, un élément technique venait s'ajouter dans leur construction. Le métal, sous l'impulsion scientifique et industrielle, tendait à s'introduire dans les bâtiments, à en transformer les dispositions, ainsi que les expressions. Mais ce résultat ne fut pas aussi concluant qu'on pouvait l'espérer, et cela toujours du fait de la routine dans laquelle les architectes s'étaient laissé enfermer depuis si longtemps. Habitués à ne pas raisonner la construction, ils se

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES i4t

désintéressèrent de l'emploi du fer, en laissant aux ingénieurs et aux serruriers le soin d'en déterminer les éléments de force, le mode d'assemblage, les combinaisons, les formes judicieuses qu'on en pouvait tirer et ils se contentèrent de remplacer, dans les planchers et les combles, les éléments de bois, jusqu'alors en usage, par des pièces métalliques. Ils poussèrent plus loin encore leur mépris ou leur indifférence pour la logique en construisant des voûtes de maçonnerie sur des arcs en fer qu'on soumettait à la torture et par suite à des efforts que la nature de la matière se refusait à subir. On remédia, il est vrai en apparence à ces dangers, en augmentant considérablement les sections utiles et cela au détriment de l'économie, mais on n'évita pas pour cela l'oxydation et la dilatation qui réservent bien des surprises, sinon des accidents, dans un temps plus ou moins rapproché. D'autre part, pour la satisfaction des yeux habitués à des épaisseurs déterminées par la direction modulaire des ordres, on n'hésita pas à entourer de plâtre des colonnes en fonte de faible diamètre, jusqu'à ce que celui-ci répondît à des exigences routinières; certes, voilà des moyens que ni les Grecs ni même les Romains et surtout les Gothiques n'eussent jamais employés, s'ils eussent été en présence de ce genre de matériaux. Ce n'est d'ailleurs pas seulement avec le métal qu'on a procédé et qu'on procède encore en architecture sans souci de la vérité, c'est aussi avec la pierre, la brique et le moellon, en fixant les épaisseurs des murs, non pas en raison des nécessités de résistance, mais pour l'effet à obtenir. C'est encore une erreur que les anciens n'ont point commise, non plus que les architectes du moyen âge qui savaient si bien mettre les nécessités de la construction d'accord avec les apparences.

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Si les parties inférieures et les contreforts des tours de Notre- Dame sont puissants, c'est pour des raisons de solidité impérieuses; si les murailles des ouvrages militaires sont épaisses, c'est pour résister aux engins de destruction; si même des murs ordinaires ont une section qui peut paraître exagérée, c'est le mode de structure par blocage entre parements qui en est le motif. Au xvite siècle et depuis, on a singulièrement augmenté les épaisseurs, dans le seul but de produire des effets d'architecture; mais c'est là un luxe qui ne nous est plus permis aujourd'hui. 11 faut prendre notre parti des aspects de maigreur, si celle-ci résulte de la logique et chercher la solution dans cet ordre d'idées. L'œuvre d'art ne dépend ni de l'excès de matière, ni de sa nature. Si on n'accepte pas cette vérité qu'on constate d'ordre purement scientifique, la solution économique qui est imposée actuellement devient impossible ; aussi, sans admettre que l'art doit obéir à des formules d'une rigueur absolue, attendu qu'il est de multiples conditions qui s'opposent à leur application constante, l'architecte néanmoins doit s'efforcer de tenir compte du principe d'économie, sauf à saisir dans quelle mesure il doit y satisfaire.

Pour en revenir à l'emploi du fer dont les architectes du xixe siècle se sont trop désintéressés, il faut cependant reconnaître que certaines constructions, élevées à cette époque et basées sur l'emploi de cette matière, sont intéressantes et franchement conçues; ainsi les halles centrales de Paris et certains marchés qui en ont été inspirés, peuvent être cités, comme émanant plus ou moins directement de l'architecte. On peut aussi citer, de Baltard — à qui on doit les halles — , l'usage qu'il a fait du métal dans la composition de l'église Saint-Augustin,

tentative toutefois qu'on ne saurait considérer comme étant susceptible d'applications, car, dans cette solution où il y a double emploi de force, l'une fournie par le fer et la fonte, l'autre par la pierre, l'alliance de matériaux travaillant chacun dans des conditions différentes, n'est ni raisonnée ni satisfaisante dans son aspect. Les combinaisons adoptées par Henri Labrouste à la Bibliothèque Sainte-Geneviève et surtout celle des coupoles de la Bibliothèque nationale, sont bien autrement satisfaisantes et caractéristiques. Néanmoins elles n'ont pas résolu la question de la véritable transformation que le métal semble indiquer. Il en est de même de la Galerie des Machines et du hall du Grand Palais, tentatives que l'expérience condamne pour des raisons qui méritent d'être examinées et développées.

Profitant des avantages si nouveaux qu'offre le métal pour franchir de grandes portées, sans le secours plus ou moins gênant des points d'appui intermédiaires, et voulant affirmer, au bénéfice de l'art moderne, des solutions nouvelles, on a pris, dans les deux édifices qui viennent d'être cités, le seul parti qui permette l'introduction de la lumière du jour au centre de si vastes vaisseaux, et qui consiste dans l'éclairage par le haut; mais on s'est heurté à des difficultés dont on n'avait pas prévu l'importance et qu'il est impossible de vaincre; c'est à cette constatation qu'on peut attribuer la démolition de la Galerie des Machines, dont la destruction eût été une grande faute si, quel que fût son effet plus ou moins discuté, cette colossale conception eût fourni un abri véritablement satisfaisant; mais en réalité il présentait de très sérieuses et redoutables imperfections, provenant surtout de sa toiture vitrée, exigeant un entretien constant pour remédier, d'ailleurs fort mal, aux effets de dilatation et d'oxydation des

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éléments métalliques qui maintiennent un vitrage aussi continu et aussi important ; d'autre part, comment pouvait-on résister aux excès de température et particulièrement à l'action du soleil qui parfois rendait intenable l'occupation du colossal hangar ? Au Grand Palais des Champs-Élysées, quoique la portée soit moins grande, les inconvénients sont les mêmes; pendant les expositions d'été un grand vélum diminuant la hauteur et par suite détruisant l'effet voulu dans la composition, est indispensable; pendant la saison froide, il faut recourir à des moyens de fortune dangereux, insuffisants pour assurer une température à peine normale. L'emploi du fer présente des ressources incontestables, mais qui sont limitées et semblent surtout applicables à des constructions ouvertes. Lorsqu'il s'agit de bâtiments destinés à l'habitation ou à une occupation plus ou moins constante, ce genre de matériaux ne se prête pas à la constitution de parois verticales et horizontales qui doivent être établies, sans solution de continuité, pour permettre d'éviter les infiltrations, les courants d'air, les réparations constantes et coûteuses, redoutables, autant en ce qui concerne les toitures, à la suite des pluies et de la fonte des neiges, qu'en ce qui touche les murs et les planchers, dans lesquels ou contre lesquels on a appliqué les moyens de chauffage et de circulation d'eau par introduction ou évacuation. Si le fer, employé dans les formes que donne le laminage, avec le concours plus ou moins développé de la tôle, ne répond pas à ces exigences capitales, il s'y prête avec d'autres éléments, lorsqu'on l'associe au ciment, pour la réalisation des problèmes que posent aujourd'hui à l'architecture les programmes modernes avec leurs exigences de confort, et d'économie, mais c'est dans des conditions qu'il importe de préciser.

Actuellement, après une période d'hésitations inévitable pour diverses raisons, la mode (ce redoutable facteur dont l'influence déplorable s'introduit partout maintenant) a cependant vaincu les résistances des architectes et des clients et l'usage du ciment armé tend à se répandre de tous côtés. Cette tendance est heureuse et aura des conséquences qui révolutionneront singulièrement la pratique de l'architecture et par suite ses manifestations esthétiques. Pour le moment, on se borne à introduire dans les bâtiments ce nouveau mode de structure, en le dissimulant, comme on a fait pour le bois, pour le fer, et on enferme "ces éléments si utiles à la construction des planchers, des terrasses et des combles, dans des murailles de pierre, de moellon ou de briques, dont la nature est en contradiction avec celle du ciment armé. En procédant ainsi, contrairement au principe de solidarité et d'unité de structure, on commet une faute grave qui nuit à la solidité et à l'économie des ouvrages, dans lesquels on n'assurera ces conditions impérieuses que lorsqu'on se décidera à rendre solidaires toutes les parties d'un même édifice. Les moyens de résoudre un tel problème sont aujourd'hui fixés, mais l'architecte, que troublent ces nouveautés auxquelles son instruction technique ne l'a pas préparé, se montre récalcitrant. Se refusant à faire l'effort nécessaire, il se borne à utiliser partiellement le ciment ou plutôt le béton armé, en continuant à procéder à l'égard de ces nouveaux matériaux comme il procédait naguère à l'égard du bois et du fer. Il faut bien toutefois reconnaître que ce n'est ni par paresse ni par indifférence, que beaucoup de nos confrères hésitent à entrer franchement dans cette nouvelle voie, mais par suite des nécessités de produire trop rapidement et aussi par la crainte de ne

pas réussir dans des façades où l'usage de la pierre devrait dès lors être fatalement abandonné, ou singulièrement restreint. Le progrès qui peut être réalisé, au bénéfice de la distribution de l'installation et de l'économie, est donc arrêté par une mesquine considération de formes, l'habitude de la pierre, bonne ou mauvaise, naturelle ou factice, ayant répandu le préjugé que sans elle toute solution artistique est impossible.

Le jour où les administrations, les capitalistes gros et petits, les propriétaires n'obéiront plus à cette fausse compréhension de l'art et que, contraints parles contribuables et les locataires, ils se décideront à enrayer des dépenses inutilement coûteuses, on aura fait un grand pas vers les véritables solutions modernes. L'art trouvera, grâce à des efforts nouveaux et sincères, l'occasion d'affirmer son évolution sans entraver l'initiative personnelle et sans conduire à la monotonie des expressions, s'il est appliqué à l'emploi d'un système franc et rationnel du ciment armé, dont la souplesse est susceptible de se prêter à toutes les combinaisons. C'est une erreur de croire que le grand public tient, autant qu'on le dit, à la richesse de la matière et à l'ornementation d'emprunt dont se parent les façades extérieures des édifices publics et des habitations ; c'est aux snobs surtout qu'il faut adresser ce reproche; en tout cas ce qui ne tardera pas à prédominer de plus en plus, c'est le besoin d'hygiène, de sécurité et de commodité, — dans les théâtres, les palais d'expositions, les bibliothèques, les hôpitaux, dans les habitations communes ou privées; ce qu'on attend en outre, c'est la réduction du prix des loyers qui contribue singulièrement à augmenter la cherté de la vie, et cependant on veut avoir le confort moderne avec l'application de tous les moyens nou-

veaux qu'il comporte, jusqu'à la salle de bain dans les plus modestes logements. Or, ce n'est pas dans les moyens de construction et de décoration du Louis XVI actuellement en faveur, ni d'ailleurs dans toute autre inspiration directe du passé qu'on trouvera la marche à suivre. Sans affirmer que l'utilisation du ciment armé appliqué à l'ossature générale d'un bâtiment quelconque est le seul moyen efficace, je n'hésite pas toutefois à soutenir, avec une entière conviction, que ce procédé apporte, dés maintenant, tous les éléments d'une transformation assurant tout ce qui est d'ordre matériel dans les bâtiments modernes. Reste la question d'aspect sur laquelle je n'ai nullement la prétention de me prononcer, convaincu que le talent et l'habileté de l'architecte contemporain, qui ne sont pas ici en cause, viendront facilement à bout de cette difficulté réelle, mais celle-ci ne peut être vaincue que le jour où le maître de l'œuvre aura pris la peine d'étudier à fond les ressources de ce procédé, au lieu de s'en rapporter à des spécialistes qui n'ont pas le sentiment des avantages d'unité de structure que présente ce nouveau mode de bâtir et n'y voient que des applications partielles, ne troublant pas l'esprit de routine auquel ils obéissent. Si d'ailleurs leurs prétentions allaient plus loin, ce seraient eux qui deviendraient les véritables architectes dans l'œuvre de concentration des éléments qui est à la base de toute composition : ne leur laissons pas prendre cette direction.

Je voudrais profiter de l'occasion qui se présente pour résumer les principes sur lesquels l'architecte peut actuellement concevoir un édifice en ciment armé, mais auparavant je vais donner quelques exemples de constructions récemment élevées à l'aide de ce procédé, dans lesquelles il est appliqué plus ou

moins 'rigoureusement, sinon en conformité complète avec la thèse soutenue ici.

Fig- 77- — Groupe scolaire de Grenelle. (M. L. Bonnier architecte).

Voici tout d'abord les plans (fig. 77) et une élévation en perspective (fig. 78) du groupe scolaire dû à M. Louis Bonnier, architecte de la ville de Paris et élevé sous sa direction à Grenelle. Il suffit de jeter un coup d'ceil sur l'extérieur de ces bâtiments, pour constater qu'ils sont traités avec une grande simplicité qui

n'exclut pas, au contraire, le caractère d'une esthétique parfaitement appropriée au programme et à la nature des matériaux employés. Tout est franc, sincère et de bon aloi dans cette conception, pour laquelle il n'a été fait aucun emprunt à un style quelconque, et où la structure a fourni seule l'élément décoratif. Le ciment armé n'y est pas employé dans son intégrité, mais il intervient dans les planchers, dans la fermeture des baies en constituant à l'étage supérieur un chaînage continu ; il apparaît aussi et d'une manière très assurée dans les auvents importants des portes d'entrée, démontre l'inutilité de consoles qui seraient en contradiction avec ce procédé de construction, car celui-ci permet de rattacher directement les dalles en saillie formant balcons et auvents aux planchers, dont ces parties saillantes sont la prolongation extérieure. Si indépendamment de ces indications le lecteur prend la peine d'examiner les plans de cet établissement scolaire il constatera, avec nous, combien la distribution en est satisfaisante.

Le second exemple permet de se rendre compte de la disposition et du mode de construction adopté par M. l'architecte Paquet pour l'étude du nouveau lycée de jeunes filles, élevé à l'angle de la rue de Douai et le boulevard de Clichy, et auquel l'administration de l'enseignement secondaire a donné le nom de Jules Ferry, dont le souvenir est si fortement attaché à tout ce qui concerne l'enseignement. Pour des raisons que je ne rechercherai pas, mais qui sont la conséquence de certaines traditions difficiles à abandonner, quand on construit pour une administration, l'application rigoureuse du ciment armé ne commence qu'au-dessus d'un rez-de-chaussée bâti en pierre et briques. A partir de ce niveau le système est franchement adopté

dans les murs; les éléments métalliques de briques enfilées se rattachent aux épines, ainsi qu'à la maille qui constituent, avec le ciment dans lequel elles sont enfermées, la combinaison horizontale des planchers intermédiaires et des terrasses supérieures,

Fig. 78. — Groupe scolaire de Grenelle.

abritant tous les bâtiments à des hauteurs dont les niveaux différents résultent des dispositions des plans. On voit (fig. 79, 80, 81, 82) avec quelle simplicité cette disposition générale assure l'hygiène et la surveillance nécessaires dans ce genre d'établissements et répond aux exigences matérielles pédagogiques.

Un point qu'il est très important de signaler dans ce lycée, c'est la suppression des combles, toujours superflus en pareil cas, car ils ne sont jamais utilisés, ou s'ils le sont, c'est

pour y loger des domestiques dans des conditions insalubres, ou

Fig. 79. — Lycée Jules Feny.

(M. Paquet architecte. Plan du Ier étagei.

pour y mettre des services forcément fort mal installés. Ici ces combles sont remplacés par des terrasses où ont lieu certains

Fig. 80. — Lycée Jules Ferry (Plan 2« étage).

exercices ou certaines récréations en plein air. Je pense qu'il est inutile d'insister plus longuement pour faire comprendre que

de tels avantages ne sont réalisables qu'avec le ciment armé. Enfin je dirai que l'aspect extérieur de ce bâtiment indique bien le caractère de sa destination et qu'il donne toute satisfaction au sentiment public, malgré l'absence de tout emprunt de style; si d'autre part on l'étudié plus à fond, on demeure convaincu de

Fig. 81. — Lycée Jules Ferry.

(Coupe).

l'importante économie que son mode d'exécution a permis de réaliser, comparativement à d'autres établissements analogues, mais construits dans d'autres conditions.

J'attirerai également l'attention sur les bâtiments dus à M. François Lecœur pour le service de l'administration des Postes, dont l'un exécuté, cité Martignac à Paris, a déjà été publié, et qui est fort apprécié par l'administration et par ceux de nos confrères qui, sans parti pris d'école, consentent à étudier un édifice avant de se prononcer sur sa valeur. Je me bornerai

donc à rappeler cet exemple, mais j'ai la satisfaction de pouvoir mettre sous les veux du lecteur les documents relatifs à l'autre

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bureau central, œuvre du même architecte, et qui s'élève actuellement à l'emplacement de l'ancien Conservatoire de mu-

sique, faubourg Poissonnière à l'angle de la rue Bergère. Les travaux ne sont pas terminés, mais sont fort avancés, aussi est-il

possible dés maintenant d'apprécier les qualités de distribution, d'économie et de logique qui justifient la publication des plans et de la coupe ci-joints (fig. 83, 84). L'extérieur n'étant pas

achevé, j'ai dû me contenter de présenter figure 85 la reproduction d'une maquette qui donne une idée parfaite de l'aspect d'ensemble de l'édifice, destiné au service des téléphones. Dans la

Fig. 84. — Bureau" téléphonique.

(Coupe).

composition, l'architecte a pris nettement son point de départ dans les organes de la construction qui, à l'exclusion de la pierre, est due à l'emploi du béton armé adopté pour les piles

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verticales de forte section, travaillant à la compression et de ciment armé pour les poutres, planchers et terrasses, c'est-àdire pour les ouvrages devant résister à la traction et offrir des garanties absolues detanchéité. Par l'examen de la coupe du bâtiment contenant deux grandes salles superposées, on se rendra

Fig. 85. — Bureau central téléphonique.

(M. Lecœur architecte. Vue extérieure).

compte des dispositions, ainsi que de la structure et particulièrement de l'établissement d'un étage supérieur dont les dimensions correspondent aux nécessités des services de cuisine et de réfectoire. On voit quelles ressources, sans préoccupation de porte-à-faux, permet ce procédé si souple et en même temps si résistant, et d'autre part on constate l'avantage qu'il présente pour l'aménagement de terrasses, singulièrement avantageuses à tous points de vue. On observera, d'autre part, que les murs, ainsi que certains points d'appui, sont creux, en vue du chauffage

et de la ventilation; ils sont en briques armées, aux extrémités du bâtiment contenant les grandes salles superposées. Ce parti de chauffer et de ventiler par des murs creux a été parfaitement

Fig. 86. — Maison à Auteuil.

(Elévation).

compris, mais vu la dimension de ces pièces, il a été indispensable d'ajouter, à la base des grandes baies, un système de radiateurs dont la place est assurée par la structure des allèges. Au point de vue d'une bonne installation des services, la solution

est parfaite et s'accuse certainement avec une franchise et une logique contribuant au caractère de cet ensemble qui sort de la routine et de la banalité.

Je signalerai maintenant certaines habitations étudiées avec une préoccupation indéniable de sincérité, et dans lesquelles se manifestent des efforts très intéressants.

Dans la maison construite par M. Danis, architecte des bâtiments civils, dont les plans et l'élévation sont présentés figures 86 et 87, il s'agissait, suivant une exigence bien moderne et à laquelle on satisfait cependant bien rarement par suite de l'ignorance des ressources actuelles, d'établir dans les quatre étages superposés, des distributions absolument différentes : au rez-de-chaussée un atelier de sculpteur, aux premiers étages des appartements et au 4e un vaste atelier de peintre. A ce point de vue la combinaison est parfaite, grâce à un mode de construction de murs et de planchers répondant nettement à ces nécessités qu'on semble souvent croire irréalisables, parce qu'on ne sait ou que l'on n'ose tirer parti des avantages de souplesse et de solidité qu'offrent les matériaux nouveaux. Indépendamment de ce résultat, ce qui est frappant dans cette habitation c'est son aspect esthétique, dû uniquement à des moyens très simples, employés avec goût et franchise. Toute la composition est basée sur l'emploi de la brique et du ciment armé, mises nettement au service de percements de baies bien compris et bien proportionnés. Il faut particulièrement signaler la voûte du porche d'entrée, dont le système de structure, dû à des combinaisons de briques et de remplissages de mortier, fournit une solution très ingénieuse. Il en est de même de la partie supérieure qui correspond à l'atelier, où par les moyens les

plus simples l'architecte a obtenu un effet décoratif fort heureux.

Fig. 88. — Maison rue Belliard.

(M. Deneux architecte. Plan).

présente thèse, je citerai encore l'effort fait par M. Deneux, architecte des monuments historiques, dans la maison qu'il a

Fig. 89.

Maison rue Belliard.

(Coupe).

élevée tout dernièrement rue Belliard à Paris. Cette construction, composée d'un rez-dechaussée et de trois étages destinés à des appartements modestes, mais parfaitement installés et distribués, a été exécutée, avec application d'un système général de piles et de planchers, dans lequel le ciment armé et les briques enfilées jouent un rôle capital (voir le plan fig. 88 et la coupe fig. 89).

Ici la brique n'est pas restée apparente, elle a été recouverte d'un enduit de ciment sur lequel se développe, suivant une combinaison très originale de carreaux de grès flammé, une décoration colorée, qui mérite d'être considérée (voir la façade, fig. 90).

Je signalerai également la terrasse supérieure, dont la disposition a été très étudiée, destinée à recevoir des plantes vertes et dans la saison favorable des fleurs faciles à entretenir par un arrosage approprié. Tout a été prévu, dirigé dans cette construction par l'architecte lui-même.

Aussi n'a-t-elle pas, dans ses détails comme dans son ensemble, cet aspect banal et industriel qu'on constate dans la généralité des maisons de rapport et qui rend Paris si monotone.

J'aurais pu assurément étendre davantage le choix des exemples intéressants, mais je L'ai borné aux conceptions les plus expressives qui, malgré leur simplicité et peut-être, en raison

Fig. 90. — Maison rue Belliard.

(M. Deneux architecte. Façade).

même de cette qualité, démontrent le parti que l'architecte peut tirer désormais des ressources actuelles pour lutter contre cette banalité.

On objectera peut-être que dans ces tentatives on ne voit

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aucune affirmation d'un style, ou, pour parler plus justement, d'un caractère uniforme de détails qui caractérise les époques. A ce propos il importe de rappeler, une fois de plus, que cette sorte d'unité n'est souvent qu'apparente, qu'elle est due à l'erreur des compositions architecturales basées sur l'imitation. D'ailleurs pour qu'un même sentiment s'exprime dans les mêmes formes, en satisfaisant également la raison, il faut une généralisation des efforts faits en commun, qu'il ne paraît pas facile de réaliser à notre époque où l'indépendance personnelle est affirmée si énergiquement. J'ajouterai que cette préoccupation d'unité ne repose que sur un mot : le style, qui au fond est une équivoque, car comme l'a fort bien remarqué Viollet-le-Duc, dans son dictionnaire, il ne faut pas confondre les styles avec le style.

Les œuvres peuvent avoir du style, sans que les expressions soient de la même famille. Ce qui distinguera, il faut l'espérer du moins, les manifestations modernes de l'architecture de celles des derniers siècles depuis la déchéance du gothique, c'est la suppression de tout ce qui est inutile et illogique, et la mise en harmonie des éléments nécessaires avec les apparences. L'unité dans la composition résulterait alors de l'application des moyens réglés par le goût et la raison ; mais elle ne s'imposerait pas fatalement à l'ensemble des créations. L'œuvre bénéficiera fort heureusement d'une variété qu'entraîne la multiplicité des ressources nouvelles dont on dispose présentement et parmi lesquelles un choix bien fait aura une importance considérable. Je ne prétends pas trouver déjà, dans les tentatives récentes signalées ci-dessus, la solution complète attendue, mais elles indiquent un acheminement vers le but précis qu'il faut atteindre pour

assurer l'évolution d'un art dont le rôle d'utilité devient chaque jour plus impérieux.

Dans les exemples ci-dessus, le ciment armé a un emploi plus ou moins important, mais encore insuffisant aussi je reviens, après cet exposé, à l'indication raisonnée des avantages de ce nouveau système de construction, au regard des conditions nouvelles qui s'imposent aux œuvres d'architecture.

Tout d'abord je rappelle ce fait important que le ciment armé ne doit pas être confondu avec le béton armé ; ces deux moyens sont basés sur la même donnée scientifique, c'est-à-dire sur ce fait surprenant que le fer se conserve dans les mortiers composés de sable ou de cailloux et d'une quantité plus ou moins importante de ciment. Ce qui les différencie, ce sont les dosages et le mode d'armature métallique. En outre, pour le béton armé on fait emploi de cailloux et de sable, tandis que pour le ciment armé le sable seul est utilisé ; de ce fait il résulte que l'épaisseur des éléments est très différente; pour le béton celle-ci est variable ; pour le ciment elle est pour ainsi dire fixe et relativement très réduite, grâce à la puissance très supérieure des armatures métalliques et des dosages adoptés dans ce dernier cas. En raison de l'écart entre les épaisseurs, la combinaison des éléments métalliques diffère essentiellement. Je ne la décrirai pas en détail, car elle est connue, mais j'insisterai particulièrement sur ce point que les dispositions adoptées pour le béton armé n'ont pas, à beaucoup près, la même efficacité, en ce qui concerne la solidarité de toutes les parties d'un même bâtiment; si cette condition, qui est le principe fondamental des nouveaux systèmes de construction, n'est pas remplie, leur emploi ne se justifie qu'imparfaitement et cependant

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l'usage du béton armé est bien plus répandu que celui de son concurrent.

Ce fait est la conséquence du désintéressement de l'architecte pour tout ce qui touche à l'étude approfondie de la construction ; s'il emploie aujourd'hui les procédés dont il s'agit, il ne tient pas compte, dans ses conceptions, de leurs avantages et de leurs inconvénients et dès lors il ne les établit pas sur des bases définies ; il reconnaît cependant, du moins on aime à le croire, la supériorité du ciment armé, mais les faibles épaisseurs le gênent et le troublent dans ses habitudes de composition ; dès lors le béton armé triomphe et les' spécialistes — très nombreux — qui exploitent ce système rivalisent de zèle, pour se faire concurrence, sans autre préoccupation que celle d'un bénéfice pécuniaire ; pour assurer la résistance des ouvrages, il en est qui s'adressent à des ingénieurs très férus de calculs, mais qui n'ont pas à intervenir dans ce qui touche à la composition architectonique, laquelle en fin de compte, n'est véritablement servie par aucun de ceux qui collaborent à sa réalisation.

Tant que l'architecte, ou pour mieux dire, tant que le maître d'oeuvre ne réapparaîtra pas pour remédier à un tel état de choses, la puissance créatrice, qui est cependant si évidente dans l'usage du ciment armé, restera inutilisée. Or lui seul répond nettement et de façon concluante au principe de solidarité appliqué jadis par les Romains, en une certaine mesure, avec la brique, devenu applicable grâce aux progrès scientifiques modernes, dans des conditions bien autrement supérieures, en raison de la souplesse, de la cohésion et de l'économie de ce nouveau procédé.

Pour se rendre compte de ses ressources, il faut les envisa-

ger dans leur action générale, à partir des fondations où elles apportent des garanties exceptionnelles, quelles que soient la nature du sol et la disposition des édifices. Mais, disons-le tout d'abord, cette disposition doit être conçue en raison du mode de construction qu'indique le système du ciment armé et permettre la combinaison par piles et non par murs, ceux-ci n'étant plus considérés que comme des remplissages ne portant pas charge. Je m'expliquerai davantage sur ce sujet si important. Avec ce procédé toujours applicable, chacune des piles peut être prolongée dans le sol avec ses armatures métalliques noyées dans des puits remplis de maçonnerie de ciment, lorsque le sol n'est pas résistant ; dans le cas contraire, sur un bon sol, on ne descendra pas profondément les piles et on les asseoira sur des patins de ciment armé. Dans les deux cas ces points d'appui prennent, par la nature de ces assiettes, une singulière rigidité qui permet d'en réduire la section ; c'est donc, dans une certaine mesure, une question de calcul à l'appui d'un raisonnement facile à saisir. S'il s'agit d'un édifice à portées très réduites, par exemple d'une habitation, et que la distribution intérieure exige, pour des plafonds chargés, un nombre plus important de piles, l'établissement d'un plateau général ou partiel, fait de ciment armé, donnera la solution; sa résistance sera obtenue sans fortes épaisseurs grâce à la multiplicité plus ou moins accentuée des épines ; sur ce plateau chaque pile armée sera reliée à ces nervures.

Par ce qui précède, on se rend déjà compte des conditions suivant lesquelles le principe de solidarité intervient et comment il va pouvoir se développer en élévation, grâce à la réunion de tous les éléments de la structure. De quelle nature doivent-ils

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être pour se prêter aux exigences d'exécution du système adopté ? Les piles seront en briques armées, ce mode présentant à la compression plus de résistance que le ciment dont le rôle, surtout utile pour résister à la traction, est réservé aux planchers et aux voûtes. Ces parois horizontales plates ou bombées sont constituées à l'aide d'une maille métallique continue, raidie par des épines dont l'armature faite de fers carrés ou barlongs réunis par des fils métalliques se relie aux piles par la jonction des éléments de métal. De ce fait, la solidarité est assurée et elle est définitivement obtenue grâce à l'enveloppe de ciment qui enferme toutes les épines et les surfaces. Sous les piles le ciment intervient dans les vides où passent les fils constituant l'armature métallique.

Pour de plus amples détails je me permettrai d'engager le lecteur à consulter la brochure L'architecture et le ciment armé, publiée il y a quelques années et rééditée récemment.

Voyons maintenant quel est le rôle des remplissages entre les piles qui, seules, portent les poids en diminuant de section ou de force d'armature au fur et à mesure qu'elles s'élèvent. Ces murs n'ont d'autre but que d'assurer les clôtures nécessaires à l'action de la température extérieure et à la sécurité. Comment convient-il de les constituer ? Puisqu'ils ne 'sont pas destinés à porter, il est évident que, logiquement, ils doivent être exécutés au moyen de parois de mince épaisseur ; mais d'autre part, pour garantir les intérieurs contre la chaleur et le froid, il faut obtenir une certaine épaisseur : la solution naturelle consiste dans deux cloisons entre lesquelles est laissé un vide utilisable dans les locaux où doivent s'introduire l'air chaud ou l'air frais, l'eau, le gaz et l'électricité, c'est-à-dire les éléments de l'hygiène et du confort recherchés aujourd'hui. En même temps que se

réalise si bien l'installation de tous les services, le besoin de sécurité contre les accidents matériels, est autrement assuré qu'avec les moyens de fortune employés couramment aujourd'hui; d'ailleurs ces avantages si indéniables peuvent , s'étendre aux planchers, comme aux voûtes qui doivent, la plupart du temps, être composées de deux dalles minces de ciment pour avoir la solidité, l'insonorité ou l'étanchéité. S'il s'agit de grands espaces couverts dans lesquels le jour ne peut s'introduire que par la partie supérieure, l'éclairage peut être réparti suivant des combinaisons de formes très variées d'après la disposition des épines. Pour clore, au droit de ces jours, l'emploi des verres-dalles reliés entre eux par des fils métalliques logés dans des rainures garnies de ciment, offre de parfaites solutions car ces éléments de verre n'interrompent, dés lors, pas la solidarité des parties pleines et présentent toute la résistance voulue pour l'utilisation des terrasses, et pour leur nettoyage ; il en est de même en ce qui concerne les voûtes. Ajoutons à toutes ces ressources les facilités que donnent ces surfaces, simples ou même compliquées, pour l'écoulement des eaux pluviales, dont on se débarrasse avec de très faibles pentes et au moyen de chéneaux bien faciles à établir, puisqu'il suffit de relever la dalle supérieure des ouvrages de ciment pour les constituer. Enfin n'oublions pas d'observer combien sont restreintes, dans de telles constructions, les exigences de l'entretien et d'appeler l'attention sur cet avantage très précieux, qui est une source constante d'économie, inconnue des propriétaires d'immeubles construits suivant le mode actuel dont la complication, provenant de l'emploi simultané de diverses matières, est une cause constante de réparations. C'est dans l'usage du ciment

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armé qu'on peut apprécier, dans toute sa valeur, le procédé de construction par unité de structure; s'il ne s'agissait ici que d'affirmations théoriques, on pourrait traiter d'utopistes ses partisans, mais il existe déjà assez d'applications concluantes pour convaincre, tout au moins de la valeur du système, les intéressés et les chercheurs.

Quel avenir lui est-il réservé ? A cet égard il convient d'attendre un effort plus général et plus encouragé.

Quoi qu'il en soit, il résulte clairement des applications déjà faites que nous sommes en possession d'un mode nouveau de structure qui permet de résoudre le problème moderne dans toutes ses exigences ; s'il ne se développe pas, ou ne s'étend pas dans un véritable sens architectonique, c'est qu'il révolutionne complètement les usages et la façon d'envisager le rôle de l'architecture. Au point de vue pratique, l'idée de remplacer les murs auxquels on donne par routine une épaisseur de 50 centimètres, qu'il s'agisse de moellon ou de pierre, trouble absolument l'architecte et l'entrepreneur, peu disposés et peu armés pour faire des efforts nouveaux, autant dans le sens pratique qu'au point de vue décoratif. Cependant, si le constructeur s'arrête devant ces difficultés qui sont loin d'être invincibles, l'usage du ciment armé perd tous les avantages que je me suis efforcé de démontrer. Au début de son apparition, l'emploi du ciment fut redouté, à la suite d'accidents qui ont été expliqués, mais cette crainte est apaisée, comme le prouvent les applications actuellement très nombreuses qu'on fait de ce procédé en le limitant toutefois à des ouvrages cachés, mais qui n'en constituent pas moins des éléments de solidité très appréciés. Etendre cet emploi à l'ensemble d'une construction, voilà le point délicat,

car alors indépendamment des efforts à faire dans la technique, il faut satisfaire l'apparence. Celle-ci repose jusqu'à présent, dans la plupart des cas, sur l'usage de la pierre qui attire le spéculateur propriétaire voulant faire de la réclame, ainsi que l'architecte qui croit répondre aux goûts d'esthétique, en décorant les façades sur lesquelles il étale une ornementation d'emprunt ou de fantaisie que la pierre facilite.

Comment dès lors employer cette matière pour constituer des murs dont la paroi extérieure doit être décorative, mais dont la faible épaisseur n'offre pas les saillies nécessaires à l'application de pilastres, de frontons, de chambranles, de bandeaux et de corniches ainsi que pour les ouvrages en encorbellements destinés à augmenter la surface de certaines pièces ? Assurément l'architecte se trouve en face de recherches nouvelles, mais c'est précisément en cela que consiste une partie de sa mission qui, au lieu de l'effrayer, devrait l'attirer et le stimuler. L'emploi de la pierre est-il d'ailleurs incompatible avec les murs minces, assurément non, et en approfondissant la question, on ne tarde pas à entrevoir bien des solutions, dans lesquelles ce genre de matériaux peut s'adapter à des piles armées de briques; celles-ci pouvant rester apparentes et jouer leur double rôle, utile et décoratif. D'ailleurs l'usage constant de la pierre s'impose-t-il aussi rigoureusement pour la satisfaction des yeux, car là se borne le bénéfice qu'on en tire actuellement ; en tout cas on fera difficilement croire que la décoration dont on la surcharge dans les monuments publics et dans nos maisons de rapport provoque un sentiment ou une émotion qui arrête l'attention des passants : les magasins, l'animation de nos boulevards et de nos rues, voilà les véritables attraits de grandes villes avec la verdure

des squares. Qu'on remplace la moulure insignifiante et sans mesure des façades par des balcons en ciment garnis de fleurs ou de plantes vertes et que l'on conduise les eaux de pluie et d'arrosage dans l'intérieur des murs creux par des moyens simples et économiques, personne ne se plaindra, au contraire, d'une telle solution. En tout cas ne laissons pas de côté, pour de vaines satisfactions d'habitude et de vanité, se perdre l'occasion que nous offrent des moyens si nombreux et si féconds en faveur d'une nouvelle orientation de l'art.

A propos de la pierre, je citerai un petit fait significatif. Lorsque j'achevai, après bien des difficultés administratives, l'église Saint-Jean de Montmartre, je fus appelé à l'archevêché de Paris et reçu par Mgr Richard, qui me questionna beaucoup sur l'emploi du ciment armé, et qui parut satisfait de ce que je lui exposais. Cependant il me dit malicieusement : Monsieur l'architecte, le ciment, même armé, ne remplacera jamais la pierre de nos cathédrales. Je lui répondis que j'étais absolument de son avis, mais que nous n'étions plus au moyen âge, où la foi religieuse avait si puissamment fourni les ressources matérielles nécessaires pour élever ces monuments. J'ajoutai qu'aujourd'hui il fallait obtenir beaucoup avec peu de chose, et qu'on se trouverait, pour la construction des églises que l'archevêché se proposait alors de faire élever dans Paris, dans l'obligation de renoncer à la pierre et d'adopter des procédés, dont le meilleur était le ciment.

Depuis cette époque, — qui remonte à une quinzaine d'années — on a bâti un certain nombre d'églises sans recourir à la pierre; j'avais donc raison. Je ne prétendais pas dans ma prophétie être infaillible, mais tout de même en observant ce qui s'est fait, je suis satisfait de constater que je ne m'étais pas

trompé. Je sais bien qu'on peut objecter que des temps meilleurs viendront; cet espoir est chimérique. Plus les tendances démocratiques se développeront, plus le luxe des constructions cédera le pas aux exigences matérielles et économiques ; cela ne veut pas dire que l'art disparaîtra. Quel sera l'idéal qui l'animera ? En tout cas ce n'est pas le faux luxe et l'abus ridicule de la pierre, si en honneur actuellement, qui élèveront le niveau de la pensée chez l'architecte.

Peut-être quelques-uns de mes lecteurs me reprocheront-ils de n'avoir pas, à propos de l'époque contemporaine, envisagé les grands édifices qui lui correspondent. Je n'ai pas à m'excuser de cette abstention, car il ne s'agit pas ici de condamner ou d'admirer, mais de développer un ensemble d'idées basé sur la nécessité de revenir à des principes qui font défaut. On accordera bien que, quelles qu'aient été les qualités souvent brillantes des architectes depuis près d'un siècle, ceux-ci n'ont pas abordé franchement et résolument l'étude des problèmes modernes, sauf dans quelques cas exceptionnels et qu'ils n'ont pas fait d'efforts en vue de l'emploi des matériaux nouveaux.

J'ai été donc amené à laisser de côté les questions personnelles, toujours d'autant plus délicates à traiter qu'elles n'offrent pas généralement d'éléments à une discussion approfondie. Je ne cherche pas à faire naître un art nouveau, mais à développer une doctrine rationnelle, dont les bases sont établies depuis le milieu du xix« siècle et qui cependant n'a pas été appliquée d'une manière décisive. Le fer n'était qu'un acheminement vers une transformation, plus précise avec son dérivé le ciment armé, qui en possède tous les avantages, et vient combler avec une sûreté incontestable les lacunes profondes de l'emploi direct du métal.

C'est pourquoi j'ai étudié le procédé et cherche à en répandre l'application, comme un moyen plein de ressources, et aussi parce qu'en le pratiquant, le jeune architecte forme son jugement et son raisonnement, obligé qu'il est de tenir compte des exigences de la construction, habitude aujourd'hui perdue trop généralement et à laquelle il faut revenir ; car cette méthode est la seule qui puisse amener à l'évolution que commande l'esprit moderne. Ma prétention et mon espoir ne dépassent pas cette limite, dans laquelle on voudra bien reconnaître que je suis toujours resté.

Avant de terminer ce plaidoyer en faveur du ciment armé, j'ai beaucoup hésité à en montrer des applications idéales, permettant de fixer, sinon les formes, du moins la méthode de composition qu'impose la réalisation du problème architectonique moderne. Cette hésitation s'explique, car je pourrais être accusé de prétendre indiquer des solutions esthétiques nouvelles, alors qu'un tel but est loin de ma pensée.

Après mûre réflexion, je crois devoir vaincre ce scrupule, au risque de voir cette tentative mal interprétée, sinon dédaignée.

De quoi s'agit-il d'ailleurs? Uniquement de prouver ce que j'ai avancé, à savoir que l'emploi du ciment armé nous permet d'arriver à des solutions nettes et économiques, tout en nous habituant, suivant l'exemple des époques créatrices, à tenir compte uniquement des conditions, des moyens simples et francs dont on dispose actuellement, en renonçant logiquement et de parti pris à toute préoccupation d'emprunts déroutants et fastidieux. Composer librement, en faisant intervenir la raison, est une nécessité dont le bienfait est généralement méconnu

et dans la pratique totalement abandonné. Est-il possible de revenir à l'ancienne méthode de composition pour l'emploi des moyens nouveaux, dus à des découvertes scientifiques nouvelles ? Telle est la question qu'il s'agit d'aborder ici, sans autre souci que la recherche de la vérité en dehors de toute préoccupation de formes. Depuis plusieurs siècles, l'architecte, en possession d'un bagage très riche et très varié, dû aux efforts faits par ses devanciers, a pris les aspects comme point de départ, s'ingéniant à les réaliser pratiquement par des moyens sans sincérité et n'a abouti qu'à des reproductions abâtardies d'exemples choisis sans discernement. Aujourd'hui il apparaît clairement, pour quiconque réfléchit sur la situation actuelle, qu'il faut abandonner cette voie et se résigner à attendre des programmes mêmes et de l'utilisation judicieuse des moyens de construction la révélation des formes. Que l'unanimité des opinions ne soit pas absolue à cet égard, j'en conviens sans peine, mais on ne peut nier cependant qu'une tendance générale vers le retour aux principes se dessine maintenant fort nettement. S'associer à cette d'idée d'évolution, chercher à la servir ne peut donc être que fort opportun, ne fût-ce que pour fournir des éléments à la discussion qu'il importe de provoquer.

Ceci posé, pour bien établir le simple but poursuivi ici, prenons un sujet de programme bien moderne et voyons ce qu'il convient de faire pour le réaliser logiquement.

Jadis les temples, puis les cathédrales furent les Edifices où se résumaient les efforts, qui donnaient naissance aux solutions et aux expressions des diverses périodes de l'antiquité et du moyen âge ; aujourd'hui on réclame de l'architecte des espaces couverts de très vastes dimensions, d'immenses salles renfermant des

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documents scientifiques, artistiques, industriels que les foules viennent consulter pour s'instruire ou par curiosité, où la circulation, l'éclairage, l'hygiène, constituent des conditions absolument nouvelles et des exigences auxquelles il n'est possible de satisfaire qu'en dehors de toute préoccupation des dispositions et des formes du passé. Dès lors comment faut-il procéder ? Ce n'est pas avec les matériaux et les moyens jusqu'ici employés qu'on résoudra le problème ; ne commençons donc pas par imiter des modèles dont l'exécution est basée précisément sur ces matériaux que nous sommes dans l'obligation de laisser de côté, et cela pour des raisons diverses, dont une est capitale : la nécessité de prendre la lumière du jour à la partie supérieure d'un grand espace couvert. Ce jour venant du haut, — qui s'impose si énergiquement même dans des constructions restreintes en raison de l'exiguïté du terrain ou du fait des mitoyennetés, — ne peut être obtenu pratiquement, avec sécurité et économie, ni avec le bois, ni avec la maçonnerie pierre et brique, ni même avec le métal. Tous ces moyens exigent en effet une superposition de deux vitrages qui réduisent beaucoup trop l'intensité de la lumière, demandent un entretien constant, coûteux et difficile à assurer, tandis qu'avec le ciment armé une double épaisseur de verre bien choisi est suffisante et d'autant plus efficace qu'elle ne détruit pas la solidité des surfaces, constituant les terrasses et les voûtes percées à jour, et qu'elle permet en outre une circulation si nécessaire, au-dessus de ces éléments, pour le nettoyage des parties vitrées. Ajoutons à ces avantages celui de pouvoir lutter partiellement contre l'ardeur du soleil. Sans le secours du ciment armé on ne peut enfin éviter les solutions de continuité et, par suite, les infiltrations,

établir le courant d'air chaud ou frais qui assure la réglementation de la chaleur et de la ventilation.

Il est une autre considération bien importante, qui d'ailleurs

Fig. 91. — Grand espace couvert éclairé par le haut. (Plan).

milite singulièrement en faveur du ciment armé, c'est la facilité qu'il présente pour écarter les points d'appui intérieurs, solution devenue aujourd'hui presque généralement inévitable. Assuré-

ment nous pouvons, comme les Romains et les Byzantins, élever des calottes et des dômes sur de grandes portées, augmenter même singulièrement celles-ci, grâce aux enfilages de matériaux creux et au ciment armé, mais est-il nécessaire, utile même, de recourir à ces grandes conceptions qui exigent des hauteurs considérables et devons-nous redouter pour la circulation la présence de quelques points d'appui intérieurs qui rendent les solutions bien autrement pratiques et économiques, puisqu'ils permettent de réduire l'élévation. C'est dans cet ordre d'idées qu'est conçue l'étude en question (voir le plan fig. 91). Il s'agit de couvrir un espace carré de cent mètres environ avec établissement d'une galerie supérieure et intérieure qui reçoit des jours directs pris sur les faces extérieures. Mais ces jours ne peuvent suffire à éclairer le centre de l'édifice et, dans certains cas de mitoyenneté, ils devraient être évités. Quatre points d'appui sont prévus et, de ce fait, les portées sont entre chacun d'eux de 25 à 30 mètres, ce qui ne gêne en rien la circulation. Pour réaliser le problème, étant donné qu'il est indispensable d'introduire la lumière par la partie supérieure, pouvons-nous recourir à l'emploi de la brique et de la pierre et profiter par exemple de la solution créée pour les voûtes gothiques ? Non assurément ; en tout cas, nous serions entraînés à des hauteurs fort inutiles, ainsi qu'à des épaulements extérieurs fort gênants; d'ailleurs, par quels moyens serait assurée l'introduction de la lumière qui devrait traverser des combles qui se trouvent au-dessus des voûtes forcément. EtablironsMious des coupoles sur pendentifs, construites en briques qu'il faudra recouvrir de plomb suivant le mode romain et byzantin, — non, car les . jours y seraient fatalement fort restreints et par quels moyens pratiques

y adapterait-on des vitrages directs ? Comment d'ailleurs dans les deux hypothèses signalées ci-dessus, les eaux s 'écouleraientelles, à moins d'établir des points d'appui creux, ce qui, avec les matériaux auxquels il faudrait recourir, entraînerait des sec-

Fig. 93. — Intérieur indiquant la solution par croisements.

tions inutilement fortes et une série de difficultés dans l'exécution.

Ferons-nous emploi du métal ? Pas davantage, à moins de retomber dans les inconvénients signalés pour la Galerie des machines.

Si renonçant à ces divers moyens, inutilement coûteux et d'une application fatalement défectueuse, nous profitons des avantages qu'offre, à tous points de vue le ciment armé et que

j'ai fait ressortir précédemment, la solution pratique du problème devient parfaite et nous conduit à des expressions en harmonie avec les conditions matérielles. La question architectonique et architecturale se pose nettement et pour la résoudre, l'architecte, en faisant intervenir un genre de matériaux particulier, s'inspire d'un principe nouveau de construction : celui de la solidarité générale des ouvrages avec unité de structure.

Disons tout d'abord que le procédé en question nous offre des moyens d'exécution assurant cette solidarité, deux surtout dont l'expérience est acquise désormais. Ce sont, soit les croisements, soit les tangences des armatures métalliques, lorsqu'ils sont garnis du ciment qui les bride et les met en état de conservation indéfinie. Ces moyens s'appliquent aux épines des plafonds ou voûtes par le rattachement de leurs barres de fer et par la maille qui les enveloppe (voir les vues intérieures, fig. 92 et 93). Pour réunir ces épines aux piles verticales, il faut prolonger les éléments métalliques dans des massifs de briques ou de béton descendant jusqu'au sol, qu'il s'agisse, dans les substructions, de puits ou de patins. Dans le cas présent la figure 94 montre la disposition, en plan, des piles qui sont prévues creuses en vue de l'écoulement des eaux et de la ventilation établis aux pieds de ces points d'appui. Ceux-ci affirment verticalement sur leur surface développée la place des armatures et leur rencontre, en prolongement, avec les épines des ouvrages supérieurs, plafonds, terrasses ou voûtes.

De cette constitution simple et rationnelle naît une expression tout à la fois architectonique et architecturale qui résout le problème dans son entier, sans qu'il soit indispensable de faire intervenir des éléments décoratifs appliqués. La peinture

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