EN ITALIE
La Renaissance commence au xve siècle en Italie, c'est-à-dire un siècle avant qu'en France on songeât à une rénovation des formes de l'architecture et, il importe de le dire tout d'abord, il ne s'agissait nullement alors, de l'autre côté des Alpes, de revenir aux principes directeurs de la construction et de ramener les esprits vers le rationalisme qui avait guidé l'antiquité et le moyen âge ; l'apparence seule préoccupait. Souverains, princes et papes entraînèrent les artistes vers un art nouveau, qu'on prétendait obtenir en s'inspirant de l'antiquité romaine dont on étudiait surtout les éléments décoratifs. Cependant au début on voit certains architectes et, notamment Brunelleschi, s'attacher à l'ordre d'idées qui avait dirigé les constructeurs de l'Empire romain dans la conception et l'exécution des grands édifices voûtés. Le dôme de Sainte-Marie des Fleurs de Florence (fig. 52) dû à cet artiste, est une œuvre d'une importance considérable, dont les dimensions en plan (fig. 53), sont à peu de chose près, celles de la coupole du Panthéon d' Agrippa à Rome.
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La disposition n'est pas la même, en ce sens que le dôme s'élève sur la forme polygonale, et non circulaire, comme celle adoptée
généralement par les Romains; le système de construction est également différent, mais l'inspiration générale n'en est pas moins certaine. Une élévation, relativement beaucoup plus importante, a été
donnée à ce dôme, afin d'assurer la résistance des grands arcs en briques qui sont établis aux angles du polygone et sont reliés entre eux par deux murs de faible épaisseur, constituant une solidarité de cloisonnement, — ce qui a permis, sans com-
Fig- 53- — Dôme de Sainte-Marie des Fleurs à Florence. (Plan).
promettre la solidité, bien au contraire, d'économiser la matière et surtout celle de la main-d'œuvre, considération de premier ordre, lorsqu'il s'agit, comme ici, de monter les matériaux à une si grande hauteur. Dans la coupe faite sur l'ensemble de l'œuvre et que représente la figure 54, on peut se rendre compte de l'unité de composition générale et en même temps du mode de
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structure qui rappelle, avec toutefois une solution différente, la combinaison romaine par les évidements entre les arcs1. Brunelleschi ouvrait donc une voie nouvelle en s'appuyant sur un point de départ donné par la construction, et rompait nettement avec les erreurs auxquelles le moyen âge avait entraîné l'Italie. Les principes admirables de l'art français n'y avaient jamais été compris; les arcs-boutants étaient remplacés par des tirants en fer destinés à maintenir la poussée des voûtes; les formes, n'obéissant à aucune direction raisonnée, n'avaient produit qu'incohérence et banalité. Cette rénovation toutefois ne répondait pas, dans sa simplicité relative, aux goûts de luxe qui dominaient alors et elle n'eut pas de conséquences ; on ne saurait, en tout cas, considérer le dôme de Saint-Pierre de Rome comme étant une continuation de la pensée architectonique qui avait guidé l'architecte florentin. Cette conception de Michel- Ange a sa beauté apparente, mais elle ne repose pas sur un système de construction raisonnée et recommandable, car ce n'est que grâce à une ceinture de fer, qu'il faut perpétuellement resserrer, qu'on empêche l'aggravation des désordres qui se sont produits dans cette vaste coupole de pierre. Quoi qu'il en soit, pour revenir à la première période de la renaissance italienne, on constate, sinon dans les monuments religieux, du moins dans certains édifices civils, des efforts qui sont intéressants, notamment au Palais Strozzi à Florence. Sans être un modèle de construction rationnelle, cet exemple indique une préoccupation de la structure, particulièrement dans les baies, ainsi que
i. Pour les esprits curieux de bien comprendre la conception de structure du dome de Florence, je leur signalerai l'existence, dans un local de l'édifice, d'un modèle en relief et exécuté en bois qui renseigne précieusement à cet égard.
Fig. 54. — Dôme de Sainte-Marie des Fleurs. (Coupe).
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dans la puissante corniche qui surmonte l'ensemble. L'orgar isme des éléments est voulu et cherché avec complication, mais sans le secours de procédés décoratifs dus à l'imitation des ordres antiques, dont l'application ne tardera pas, avec Bramante, à constituer l'unique objectif des architectes italiens. On ne saurait méconnaître la préciosité et le sentiment des formes dans les détails de cet art bramantesque, mais ses efforts se réduisent à des exercices d'ordres, se résument en des résultats qui sont suggérés par l'imitation et que n'inspire aucune pensée véritablement architectonique. Ce qu'il a produit, saut quelques exceptions, est purement architectural; les architectes sacrifient tout besoin, même celui des baies d'éclairage, aux lignes extérieures ; aussi, est-il certain que sans le secours de l'ornementation fournie par la sculpture, la peinture et les éléments décoratifs de toute nature dont l'art italien s'honore à juste titre, l'oeuvre proprement dite d'architecture paraîtrait fort réduite. Il est également certain qu'il y a un désaccord complet entre l'ordre d'idées qui a dirigé l'architecture en France et celui de l'Italie, et que l'influence de celle-ci dans notre pays a été fatale ; toutefois le mal ne s'est pas produit aussi nettement et aussi rapidement qu'on semble le croire généralement et comme il importe de le constater dans les pages suivantes consacrées à la renaissance française.