‹ Lárgot de l'XChapitre 10 sur 19 · LE COMITÉ · texte numérisé non relu

LE COMITÉ

Les candidats ont signé des deux mains.

20 L* ARGOT DE l'x.

Vamphi-gog a même un organe spécial, le Goguenard y qui ne parait d'ailleurs qu'au moment de Télection des caissiers et qui contient les scies les plus abracadabrantes. Nous extrayons d'un feuilleton cette expression de l'amour polytechnicien :

« O projection d*un ange sur la terre I conjuguée harmonique de mon &me 1 mon cœur décrit autour de toi tous les lieux géométriques de Tamour. Qu'un rire fou nous fasse tordre en spirale logarithmique ! que ma bouche soit bitangente, que dis-je ? osculatrice à la tienne ! n'est-ce pas pour toi un déterminant nécessaire et suffisant que je te supplie de ne pas t'annuler pour moi, base de ma vie ? que ta confiance soit proportionnelle à la hauteur de mes espérances ; ne me réduis pas à ma plus simple expression I Cette délicieuse et exponentiel!^ fonction d'épouse ne saurait t'être équilatérale et Tespérance d'une dérivée mettra notre bonheur à son maximum. »

Le Goguenard^ tout comme le Rosto et le Récréatifs autres journaux de l'X, enregistre souvent de flatteuses approbations, telle celle-ci, posthume, de Victor Hugo : « Jeunes gens, Tout est l'Infini. Vous êtes Prométhée complété par Fui ton, Brutus s'achevant dans Saint-Just. Allez ! En vain Basile vous attaque : répondez aux insultes par des clartés, résolvez les énigmes par les lumières, les problèmes par les aurores ! »

Ana. — Abréviation à' analyse \ Vana c'est le calcul dîfFérentiel et intégral.

Après Lagrange et Prony, qui ont fondé le cours d'analyse transcendante et de mécanique rationnelle, ce cours a été professé à l'École par les plus grands géomètres : Poisson, Lacroix, Fourier, Poinsot, Cauchy, Navier, Ampère, Mathieu, Duhamel, Sturm, Liouville, Hermite, Bertrand et Jordan. L'enseignement de l'analyse a été constamment la grande préoccupation du conseil d'instruction de l'Ecole et il a puissamment contribué à maintenir le renom scientifique de notre pays.

Lorsque Lagrange fit sa première leçon, les élèves des trois années voulurent y assister, et avec eux tous les pro-

l'argot de l'x. 21

fesseurs, empressés à devenir les auditeurs de ce grand savant. c( C'était là qu'il fallait être pour se faire une idée de l'enthousiasme de cette jeunesse passionnée du désir de . s'instruire, afin de mieux servir le pays ; pour voir d'habiles professeurs rendre hommage à un si grand esprit, se confondre avec les élèves, afin de prendre en quelque sorte sur le fait le génie de l'invention, et pour juger du religieux silence de ce nombreux auditoire, quand une interruption inattendue indiquait chez l'illustre géomètre une de ces profondes distractions qu'une idée imprévue venait parfois lui causer. »

Poisson était entré à l'Ecole à dix-sept ans, le premier de sa promotion (1798). Sa maladresse en dessin était légendaire ; aussi, fait unique dans l'histoire de l'École, il fut dispensé de tout travail graphique afin de pouvoir se livrer tout entier à l'étude des mathématiques. Élève de Lagrange, tout particulièrement aimé de Saint-Simon qui, pendant trois ans, avait payé ses frais d'études, signalé durant son séjour à l'École par de remarquables travaux mathématiques, Poisson fut nommé professeur en 1806, en remplacement de Fourier ; il n'avait que vingt-cinq ans. Ses camarades et son ancien professeur, Billy, avaient eu raison de répéter :

Petit Poisson deviendra grand Pourvu que Dieu lui prête vie.

Poisson était le modèle parfait du professeur consciencieux ; jamais il ne se fit remplacer dans son cours. Quand il abandonna le professorat pour devenir examinateur de sortie, il apporta dans ces nouvelles fonctions les mêmes qualités d'exactitude, de sincérité. Une fois seulement, raconte Arago, il voulut, par délicatesse, se faire remplacer pour l'examen de son fils aîné; mais les élèves, l'ayant appris, envoyèrent une députation composée de tous les chefs de salle pour lui déclarer qu'ils avaient dans son

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impartialité la plus grande confiance et pour le supplier de ne pas se récuser. Poisson, profondément touché, disait, sans cacher son émotion, qu'il considérait cette démarche comme la plus douce, la plus honorable récompense qu'il eût jamais pu obtenir.

<c La vie, disait Poisson, n'est bonne qu'à deux choses : à faire des mathématiques et à les professer. »

Les distractions d'Ampère l'ont rendu populaire ; elles le faisaient aimer, admirer davantage. Le bas resté dans sa main pendant une méditation profonde, la craie à la place du sucre dans son verre d'eau, le torchon du tableau dont il se faisait un mouchoir, et mille autres qu'on inventait même à plaisir, faisaient la joie des élèves. En traversant la cour de récréation. Ampère, plongé dans ses réflexions, heurtait un arbre à chaque pas et saluait profondément, croyant avoir croisé un élève ou un fonctionnnaire de l'Ecole. On raconte qu'un jour, non loin de la porte d'entrée, il avait esquissé à la craie sur la caisse d'un fiacre la démonstration d'un théorème nouveau; sa stupéfaction avait été grande en voyant tout à coup son tableau noir et ses calculs filer à toute vitesse. Ses débuts comme professeur n'avaient pas été heureux. 11 s'était présenté avec un habit noir à la française d'une coupe si ridicule que les élèves n'avaient pu garder leur sérieux. 11 consultait fréquemment son auditoire, pour savoir si les caractères qu'il traçait au tableau étaient suffisamment visibles ; naturellement, les élèves déclaraient n'y voir goutte : il écrivait alors de plus en plus gros et les élèves persistant à ne pouvoir lire, il traçait des chifTres gigantesques qui couvraient le tableau et qu'il devait à chaque instant effacer pour les remplacer par d'autres.

Poinsot, l'illustre auteur de la Statique^ avait été surnommé par les élèves le Racine des mathématiciens.

Sturm, professeur d'ana^ V auteur du théorème dont il

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porte le nom, pour s'exprimer comme il faisait lui-même, égalait par ses distractions la célébrité d'Ampère. Aimait-il vraiment le bon vin ? nous l'ignorons ; mais ceux-là ne semblaient pas en douter qui chantaient :

Par des témoins je me suis laissé dire Que parfois Sturm et le vieux Gérono Allaient chercher, pleins d'un charmant délire. Un théorème au fond d*un vieux tonneau.

Il avait une peur effroyable de son auditoire et pourtant il était assuré de la sympathie générale. Les élèves lui en donnèrent une preuve en demandant un jour au ministre de la guerre de le faire rayer des cadres de la garde nationale.

Pour les remercier, Sturm consentit alors à revoir les épreuves de son cours, que rédigeait l'un des majors, 11 faut dire qu'il venait de faire quelques jours de clou à V hôtel des Haricots parce qu'un soir, ayant été mis de faction à l'une des grilles du jardin du Luxembourg et oublié par le caporal du poste, il était parti jugeant sa faction superflue devant une grille fermée ; déposant son fusil dans la guérite il était rentré tranquillement chez lui.

Une chanson a perpétué le souvenir du professeur Mathieu (1); elle se chantait sur l'air de la romance alors

(1) Composée en 1829 par Hervé de Penhoat, officier d'artillerie.

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bien connue de Chateaubriand : Ma, sœur te souvient-il encor,..

Dis-moi, te souvient-il encor Du théorème de Taylor Et de celui de Mac-Laurin,

Mon vieux, Qu'enseig'nait d*un ton malheureux,

Mathieu ?

Je me souviens avec délices De la théorie des hélices, Des problèmes, des artifices.

Auxquels ne voyait que du feu, Mathieu !

Le professeur Hermite, que notre camarade Armand

Silvestre compare ingénieusement au poète Homère, fut à plusieurs reprises chargé du cours d'a/ia. C'est un des plus grands mathématiciens du siècle.

A la séance des Ombres^ on lui fait tenir ce discours prononcé avec onction :

— Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre. Puis il fit M. Weicrstrass et lui gigonna M. I MitUgrloffler. Ces titans ont déraciné des fonctions qui poussaient dans je ne sais quel coin de l'espace et M. Weierstrass, les enfermant dans des contours où elles se trouvent finies, continues et bien déterminées, sous la garde du facteur de M. Darboux, leur dit: «Vous êtes holomorphes, » et M. Mittagloffler, qui a eu

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le rare mérite de répéter tout ce qu*a dit M. Weieretrass» répéta : a Oui, TOUS êtes holomorphes 1 » Et, en efTet, messieurs, elles sont holomorphes! Puissé-je rétre moi-même; puissiez-vous Têtre vousmêmes V C'est la grâce que je vous souhaite I Ainsi soit-il.

Les élèves g^ardent fidèlement le souvenir de leurs vieux professeurs. Boucharlat a réuni leurs noms dans ces vers, lus au banquet du 16 août 1830 :

Oh ! si des jours heureux j*ai pu goûter les charmes, C'était dans votre École, ô mes compagnons d'armes ! C'était lorsque Lagrange et Laplace et Fourier Allumaient du savoir cet immortel foyer 1 C'était lorsque, semblable au divin Pythagore, De nos jeunes savants, Monge, l'idole encore. Dans son élan sublime entraînait à la fois Ceux qu'il électrisait du geste et de la voix.. Sages instituteurs, Prony, Lacroix, Hachette, Comme lui vous avez acquitté votre dette, Et formés par vos soins, la France a vu Thénard, Arago, Gay-Lussac, et Poinsot et Jomard Propager la science, agrandir son domaine...

C'est de l'importance même donnée à l'enseignement de l'ana, dont toute la langue est faite d'x et d'^ qu'est venu le surnom d'X (Voy. ce mot), universellement admis pour désigner les polytechniciens. Tous ne sont pas des mathématiciens, mais tous possèdent une connaissance du calcul différentiel et intégral suffisante pour les applications des services publics. Disons de plus qu'aux époques troublées de notre histoire, en 1830 et en 1848, cette connaissance leur a particulièrement servi à ne pas être confondus avec tous les individus qui se déguisaient en polytechniciens pour se donner l'apparence de défenseurs de l'ordre. A ceux-là, quand on les rencontrait, on leur demandait la différentielle de sin x ou de loff x, et, s'ils ne répondaient pas, on les faisait immédiatement coffrer.

Ancien. — L'ancien^ par abréviation ïans, est l'élève de seconde année. Le mot a toujours existé à l'école ; on

Reconnais

26 l'argot de l'x.

l'oppose à celui de conscrit. Anciens et conscrits vivent sur le pied de l'égalité la plus parfaite. Pendant les premières semaines, jusqu'à la fin de la séance des coles^ les anciens s'arrogent en manière de plaisanterie une espèce d'autorité sur les nouveaux. Le major des conscrits lui-même est invité à ne pas s'enorgueillir de son rang d'entrée, « car il n'y a de supériorité à l'École que celle des anciens sur les conscrits. » Le Code X (Voy. ce mot) débute par ces vers burlesques :

L*ancien parle, conscrit, tiens ta lan^e captive Et prête à ses discours une oreille attentive î

et il trace de V ancien ce portrait flatteur :

Vancien à sa démarche noble et fière, à ce chic qui le caractérise; son chapeau laisse à découvert la partie Kaui'liL- du front, effleure l'oreille droite et divise Ir ïoiiri'il en moyenne et extrême raison. Son regrard Hînsuriî ^^crase le pékin; son corps est droit, sa poi- Iriiiu luxuriante; il porte à gauche l'épéc qui, tangente à la bande, touche à terre et fait voler la poussière.

Admire, conscrit, et imite si tu peux! Tes jipcmiers efforts seront sans succès ; mais nclrcsse-toi à V&ncien^ sa bonté, sa bienveillance te sont assurées; c'est pour lui un devoir de jîyidcr tes premiers pas. — Ton «iTicien, conscrit, L':it aussi ton guide naturel; c'est lui qui te transmet les traditions et elles doivent être fonservces, non seulement parce qu elles maintiennent à l'extérieur la réputation de l'École, mais parce qu'elles assurent à l'intérieur la bonne harmonie et la fraternité.

Le conscrit devient ancien au mois de juillet de la première année, immédiatement après l'examen d'ana.

A ce même moment Vancien se considère comme grand ancien : le futur artilleur peint des brandebourgs sur sa tunique d'intérieur et porte des éperons ; le futur sapeur s'orne

d attentes d'épaulettes; tous portent sur la manche de leur veste des chevrons rouges, fabriqués avec la bande du pantalon, et dont le nombre indique combien d'examens ont été déjà subis.

L'ancien se distingue à Tintérieur par|le débraillé de sa tenue, le sans-gène absolu de ses façons ; sa tunique, toujours ouverte, est imprégnée de pDLi*isière de craie ; son pan- Uiïan aux bandes décolorées est enlîlu tlani? les bottes, en hélice; ^a cra Ville e^t dénouée; son képi era??eux, in^rasé, est aplati sur "oreille,

].\ins est devenu hardi eï malin ; il connaît tous les moyens de tromper la surveillance des pitaines et des hasoffs; il sait se lnufiler dans le pavillon des conscrits, dans les caserts^ dans les salles. Les grilles, les serrures ne Tarrétent jamais ; d'ailleurs il a toujours un passe dans sa poche.

Sa mission est d'initier les conscrits à tous les usages, de leur transmettre les traditions, de travailler à perpétuer chez eux l'esprit de l'Ecole.

Les repas de corps, organisés dans les dernières années de la Restauration, avaient été considérés comme un des principaux moyens d'atteindre ce but. Ces repas se composaient de soixante élèves, trente anciens et trente conscrits, ces derniers s'engageant à remplir, l'année suivante, le

même devoir avec la promotion nouvelle. On trouve, dans une lettre de Bosquet à sa mère, la description animée de Tun de ces n^pas donné au Palais-Royal chez Grignon, le plus fameux restaurateur de Paris.

Vans ne peut pas avoir été conscrit ; non seulement il l'affirme, mais il le prouve mathématiquement :

En effet. Vans est une tête à X ; s'il avait été conscrit on aurait Tidentité

Or = ex conscrit.

en divisant les deux membres par X on aurait :

6 = e conscrit.

d'où, en divisant pare,

-= conscrit,

un conscrit aurait donc la tête assurée^ ce qui est absurde !

Anhydre. — Terme de chimie qui veut dire privé d^eau. C'est le nom qu'on donne au bœuf bouilli, lequel constitue, à l'Ecole, l'aliment le plus important et qu'on sert le plus souvent dans un profond état de dessèchement. On essaye de le faire passer en l'accommodant aux sauces les plus variées : robert, rémoulade, vinaigrette, etc.

Anhydre s'emploie aussi comme synonyme de sec\ on dit : Être anhydre à la planche^ c'est-à-dire ne rien répondre au tableau ou encore être sec (Voy. ce mot).

Antique. — Celui-là est antique qui a passé par

L ARGOT DE l'x. 29

rÉcole, et a satisfait aux examens de sortie. Les jeunes élèves qui viennent de quitter TÉcole des mines, rÉcole des ponts et chaussées, l'École du génie maritime, l'École d'application de Fontainebleau, sont des antiques ; pendant les années passées dans les Écoles d'application, ils n'étaient que des grands ans^ des grands anciens. Anii" ques âgés de vingt-deux ans pour la plupart, mais entrés déjà dans cette grande famille polytechnicienne dont tous les membres, rapprochés par la fraternité de l'École, sont unis entre eux par un puissant esprit de corps, exempt de fanatisme et de fatuité, qui engendre la force, le dévouement, le patriotisme.

Chaque année, les antiques de tous les âges, de toutes les carrières, se réunissent, eux et leur famille, avec la pensée de tendre une main fraternelle à des camarades maltraités par le sort, dans les salons de la Légion d'honneur ou de rhôtel Continental, le jour du bal donné par la Société amicale de secours.

Chaque année, les antiques d'une même promotion présents à Paris, se réunissent et font un dîner depromo^ soit au Continental, au Terminus ou chez Ledoyen. Le premier banquet n'a lieu d'ordinaire que quelques années après la sortie des Écoles d'application ; les visages ont déjà changé : les coupes diverses de barbe rendent les camarades presque méconnaissables et l'on s'aborde en cherchant à mettre un nom sur le visage qu'on reconnaît vaguement.

D'année en année, hélas ! surtout à partir d'une certaine époque, les rangs s'éclaircissent! alors on se réunit tantôt avec ses anciens^ tantôt avec ses conscrits^ mais à des tables séparées ; on évoque le souvenir des camarades disparus; on s'informe des absents; on se rappelle avec joie les plaisanteries du temps passé. Les graves ingénieurs en chef, les colonels ventrus, déposent au vestiaire leur dignité professionnelle et redeviennent les joyeux élèves d'autrefois.

30 l'argot de l'x.

Les anciennes chansons de VX reviennent aux lèvres et l'on écoute avec plaisir l'orateur de la promo qui débite un discours humoristique, ou le poète qui entonne une chanson nouvelle. Après 1830, quand le couplet patriotique était en faveur, Pouzols*, chantait les Enfants de l'École sur l'air des Enfants de France :

O Liberté ! notre École fidèle Te doit l'orgueil de son noble berceau.

Tu Tombrageas d'une palme immortelle; Ah ! gardons bien un souvenir si beau I Et qu'après nous cet espoir nous console, Qu'on dise encore à la postérité :

Leur devise était n Liberté » I Honneur aux Enfants de l'École I

Les jeunes entonnent une des chansons de l'Ecole, par exemple celle de Mazure^ d'Alcindor ou de V Amoureux Colin :

■ fi I I I I I' I irii"" l i ' r I I l ^"rr^ '

Lonqiic Ma. t«r* Va «oir m fu. 4ti . rv U la con . jiir* Oc

^■1 j Ji ii'.JJiJ'i I I I f ' i rnf. fI*^' /!

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en «ui . Inr* rni 1^ la

*^ Thila b

Un lien fraternel unit tous les antiques. Deux hommes inconnus l'un à l'autre deviennent immédiatement amis en apprenantqu'ilssonttous deux sortis de l'École: a De quelle

(1) Pouzols (Antoine-Prosper), colonel du génie, décédé en 1877.

promo? — 1850, et toi? — 1854... Te rappelles-tu?... » Et les souvenirs sont évoqués !

Tous ceux-là sont des antiques dont parle le savant philosophe Cournot, quand il dit : « Voyez ces vieillards en retraite, dont lun a été colonel d'artillerie, un autre officier d'étatmajor, un autre ingénieur des mines, un autre préposé aux constructions navales, ou même, si vous le voulez, à la fabrication des tabacs ; ils ne portent plus leur uniforme, peutêtre même ne distinguerez-vous plus le civil et le militaire ; mais vous les reconnaîtrez et surtout, ils se reconnaîtront entre eux comme des anciens élèves de rÉcole polytechnique, et cette empreinte se reflétera dans leur commerce comme celle du jurisconsulte ou du médecin. »

On trouve partout des antiques qui ont obtenu d'éclatants succès et conquis la célébrité dans les sciences, dans l'armée, dans les services publics, dans l'industrie, dans les grandes administrations, dans la magistrature, dans les finances, dans la médecine, dans le clergé ; on en trouve

32 l'argot de l*x.

au conseil d'Etat, sur les bancs de la Chambre des députés ou du Sénat, dans le conseil des ministres ; un antique occupe en ce moment le premier rang dans l'État. Cavaignac, le président de notre deuxième République, appartenait à la promotion de 1820; Sadi Carnot, président de la troisième République est de la promotion 1857. Nous avons la bonne fortune de pouvoir reproduire Ô la page 31 une photographie faite à l'École en 1858 et qui montre dans leur costume d'intérieur trois polytechniciens photographiés par leur camarade Carette : à droite, Devaux ; au milieu, Mercadier, actuellement directeur des études ; à gauche... le futur président de la République, Sadi Carnot.

C'est l'histoire des services, des travaux, des découvertes, des inventions dus à ces antiques^ intelligences d'élite, que le Comité du centenaire de la fondation a entrepris de publier en 1894 ; ce sera la véritable histoire de l'École.

Nous ne pouvons avoir la prétention de citer les antiques dont les noms sont devenus illustres. 11 suffira de signaler parmi ceux qui sont décédés :

Ingénieurs des mines. — Élie de Beaumont, Dufrénoy, de Billy, Delesse, Ebelmen, Combes, Leféburede Pourcy,...

Ingénieurs des ponts et chaussées. — Fresnel, Vicat, Coriolis, Darcy, Belgrand, Alphand, de Franqueville,...

Officiers d'artillerie. — Gourgaud, Fabvier, Paixhans, Morin, Bosquet, Treuille de Beaulieu,...

Officiers du génie. — Vaillant, Niel, Poncelet, de Lamoricière, Cavaignac, Faidherbe,...

Génie maritime. — Dupin, Dupuy de Lôme,...

Officiers de vaisseau. — Rigault de Genouilly, Courbet.

Mathématiciens. — Malus, Biot, Poinsot, Poisson, Liouville, Chasles, Halphen,...

Astronomes. — Le Verrier, Savary, Perrier,...

Physiciens et chimistes. — Gay-Lussac, Arago, Becquerel, Regnault, Lamé, Cahours,...

Administrateurs et diplomates. — De Clermont-Tonnerre, Destutt de Tracy, Vuitry, Lacave-Laplagne, de Montebello,...

Economistes. — Auguste Comte, Le Play, Michel Chevalier, Jean Reynaud,...

Littérateurs. — De Saulcy, Jomard, Walckenaer, Daru, de Barante,' de Sainte-Aulaire, Gratry,...

Médecins. — Bussy, Gavarret, Gueneau de Mussy, Pra vaz, Giraud-Teulon , . . .

Artistes. — Choron, colonel Langlois, général Athalin.

Agriculteurs, industriels. — D'Avrincourt, Cagniard de Latour, Perdonnet, Talabot, Christofle.

En parcourant la liste des antiques^ on trouve plusieurs fois répétés, les mêmes noms ; il y a en effet des familles dont les membres se succèdent de père en fils à TÉcole. On trouve le nom de « de Lapparent » dans la liste des élèves reçus en 1794 et ce vénérable antique vécut jusqu'en 1870; tous ses camarades de promotion avaient alors disparu et il aimait à répéter qu'il « faisait son diner de promotion tous les soirs » ; il avait été artilleur, puis maître de forges, puis préfet du Cher. En 1826, son fils aîné entrait à TÉcole; en 1828, c'était le tour de son second fils. Deux de ses petits-fils, Albert de Lapparent, ingénieur des mines, et Bûcheron, entrèrent à l'Ecole en 1858 et en 1852. Signalons également les dynasties des Bertrand, des Résal, des Carnot, des Kerviler, des Becquerel (Antoine, Edmond, Henri), etc.

Applic. — Abréviation du mot application] ce mot s'employait autrefois pour désigner toutes les Ecoles d'application, celle des mines, des ponts, du génie maritime, et surtout l'École d'application de Metz; il n'est plus usité aujourd'hui.

Archl. — Abréviation du mot architecture ou du mot architecte. — L'art de l'architecte a été enseigné à l'École

34 l'argot de l*x.

depuis la fondation. Après Lamblardie qui fut tout à la fois le premier directeur de l'École et professeur d'archi ; après Neveu, Tinstituteur de dessin qui faisait de grands discours sur Tarchitecture, les professeurs furent Lesage, Baltard, Durand, l'auteur du Parallèle des édifices anciens et modernes et dont le talent était un peu froid pour son auditoire.

Léonce Reynaud, le plus célèbre des professeurs d'arcAi, faisait un cours remarquable et avait un talent merveilleux de dessinateur au tableau; en quelques coups de craie il représentait l'église Notre-Dame, ou Saint-Pierre de Rome, ou bien une maison à sept étages. Caractère plein de noblesse, homme excellent, il portait une affection profonde aux élèves dont il se savait adoré ; il riait le premier du sobriquet qu'ils lui avaient donné, celui d'/irpm, le terrible Savoyard^ parce que sa mâle stature le faisait ressembler à un lutteur fameux qui s'appelait Arpin.

M. de Dartein, qui lui a succédé dans sa chaire, a hérité de ses qualités et de son talent.

Dans l'argot parisien on a employé à une certaine époque le moi architecte en y attachant une signification méprisante assez semblable à celle qu'on donne aujourd'hui à l'épithète de fumiste. L'impératrice se servit une fois de ce mot pour l'appliquer avec dédain aux polytechniciens. Lejeune prince impérial, en costume de caporal de grenadiers de la garde, étant venu visiter l'Ecole (1) accompagné par le général Frossard, avait été accueilli par un silence glacial, les deux promotions ayant décidé, à la presque unanimité des voix, qu'aucun cri ne serait proféré à son arrivée. « Qu'ont-ils donc à ne pas vouloir crier, ces petits architectes? » avait dit l'impératrice au maréchal Vaillant, et, furieuse, elle parlait de faire supprimer l'Ecole. La réponse du maréchal fut heureuse : « Madame, répondit-il, si ces architectes

(1) Gravure extraite de V Histoire de l'École polytechnique, par G. Pinet.

ne crient pas aujourd'hui, demain ils se feront tuer pour leur pays. »

On donnait jadis au professeur à'archi le nom d'arc Al-

iène : cette expression a disparu, de même que le mot croquard qui désignait les croquis d'archi et de machines.

Arti. — Abréviation des mots artilleur, artillerie.

Varti! voilà véritablement ^^^^^'""*^^^^^^A^ Tarme de TÉcole, Tarme qu'elle '^;;;;^^^^^^^H%^ alimente pour la plus grande ^. ^^^lî> ^CflBbP^C^ partie, l'arme qui y a laissé ^^ les plus beaux souvenirs ~^^ militaires. C'est l'arme pré- < y;* ^^ férée des élèves, et ils saisissent toutes les occatp t/"'3^ sions de manifester leur prédilection pour elle.

On crie Vive l'artil quand on aperçoit, par hasard, un artilleur en uniforme, quand le professeur de chimie met

36 L* ARGOT DE l'x.

le feu à un mélange détonant, quand les jours d^orage on entend le bruit du tonnerre. Un Vive Varti! formidable, accompagné de hourras frénétiques, retentit longuement dans les salles le jour où l'on amène dans la cour les pièces de canon qui doivent servir à la manœuvre. La première fois qu'on fit à l'École l'exercice du canon, c'était peu de temps après la guerre de 1870, l'arrivée des pièces fut l'occasion d'une manifestation patriotique : la porte d'entrée avait été pavoisée avec des trophées de drapeaux, toutes les fenêtres des salles d'études étaient décorées d'étendards et de guirlandes de fleurs, et au milieu de la cour, en présence des deux promotions respectueusement découvertes, le major avait prononcé un discours rappelant l'héroïque défense de la barrière de Clichy en 1814 et le rôle de la batterie de l'École en 1870.

Il n'est pas de manifestation, pas de fête, sans qu'on entonne le refrain de la chanson de V Artilleur^ refrain

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qu'on chantait déjà dans les lycées, qu'on chantera encore à l'École d'application, et plus tard, au régiment.

l'argot de l'x. 37

Cette Marseillaise de VX se chante sur l'air de la Marche des Puritains.

C'est de la batterie de l'École^ qui occupait en septembre 1870 les bastions de la porte d'Orléans, qu'est partie une amusante théorie de la manœuvre du canon qu'on chante sur l'air : Allons^ chasseur, vite en campagne I

Cest le premier servant de gauche Qui met Tobus dans le canon.

Ton ton, ton ton, ton taine, ton ton ; C'est le premier servant de droite Qui manœuvre Técouvillon.

Ton ton, ton tainc, ton ton.

C'est le deuxième servant de gauche Qui met la pièce en direction.

Ton ton, etc.

C'est le deuxième servant de droite Qui met son œil devant l'œilleton.

Ton ton, etc.

Le sous-offlcier chef de pièce Rectifie 1' pointag' du canon.

Ton ton, etc.

Et s*il commet un' maladresse, Y a encor' les chefs de section.

Ton Jon, etc.

jU^

Le capitaine à notre tète

Nous met dans la bonn' position.

Ton ton, etc.

Je m' demanderai jusqu^à ma r' traite :

A quoi sert le chef d'escadron?

Ton ton, ton taine, ton ton.

38 l'argot de l'x.

Cette batterie de TÉcole, commandée par le colonel Mannheim, était servie par d'illustres savants, anciens polytechniciens et membres de l'Institut. C'est à eux qu'un général passant au galop de son cheval, adressa cette recommandation : (( Bien, mes enfants, courage; seulement ne vous saoulez pas I »

L'uniforme de l'artilleur, du tilleurj comme on dit encore,

est celui qu'on admire le plus. Il fut donné aux élèves, peu de temps après la fondation ; Arago le portait en 1804, le jour où il reçut le drapeau de l'École, des mains de l'empereur. Tout polytechnicien, au bout de quelques mois, se voit déjà revêtu de l'uniforme coquet de cet artilleur fringant, hardi, caracolant sur son cheval et, comme dit la chanson,

...Fidèle à sa pièce Et jamais dans Tinaction !

Alors il pioche avec rage les différentielles et les intégrales

L*ARGOT DE l'x. 39

pour avoir le droit. . . de surveiller plus tard le pansage des chevaux et la distribution du fourrage !

Art-mill. — Pour art militaire. Le cours d'art-mili a été introduit à TÉcole peu d'années avant 1870. 11 fut professé pour la première fois par le général Favé, aide de camp de Tempereur, auquel succéda le colonel d'étatmajor Usquin.

L'un des professeurs à'art-mili^ un sapeur ventripotent, n'a pas manqué d'être tourné en ridicule à la séance des Ombres : « En tactique, messieurs, » lui fait-on dire, « il arrive... en quelque sorte..., si je puis m'exprimer ainsi..., en somme, il arrive toujours toujours ce qui ne devait pas arriver. »

Ce cours a disparu et a été remplacé par des conférences militaires faites par les capitaines de l'École.

Astro. — Four astronomie, Arago, qui était universel, avait créé à l'École un cours d'astronomie et un cours de machines. Le premier fut qualifié de cours de géodésie, ou mieux de géo^ pour répondre à un désir de Puissant, lors de la suppression si fâcheuse du corps des ingénieurs géographes ; le nom lui a été conservé. 11 a été professé successivement par Arago, Savary, Ghasles, M. Faye, le colonel Hovard, le colonel Laussédat, Delaunay, et depuis la mort de ce dernier, qui professa à peine un an, il a été repris par M. Faye, qui vient seulement (novembre 1893) de quitter sa chaire.

Arago était entré à l'École à seize ans ; il a raconté luimême comment l'idée lui vint de diriger de ce côté ses études :

En me promenant un jour sur le rempart de Perpig^nan, je vis un jeune officier du génie qui y faisait exécuter des réparations. J^eus la hardiesse de m'en approcher et de lui demander comment il était arrivé si promptement à porter Tépaulette : « Je sors de TÉcole

40 l'argot de l'x.

polytechnique, répondil-il. — Qu'est-ce que cette École-là ? — C'est une École où l'on entre par examen. — Exige-t-on beaucoup des candidats ? — Vous le verrez dans le programme que le gouvernement envoie tous les ans à l'administration départementale. » Je courus sur-le-champ à la bibliothèque, et c'est là que, pour la première fois, je lus le programme des connaissances exigées des candidats.

L'année suivante, Arago entrait le premier à TEcole. Sept années après, en 1809, à Tâge de vingt-trois ans, Arago était nommé membre de TAcadémie des sciences. Cette élection donna lieu à un incident comique. Voici comment Arago raconte la réception que lui fit alors l'empereur.

— Vous êtes bien jeune, me dit Napoléon. Comment vous appelezvous ?

Mon voisin de droite, ne me laissant pas le temps de répondre à la question, s'empressa de dire:

— Il s'appelle Arago.

— Quelle est la science que vous cultivez ?

Mon voisin de gauche répliqua aussitôt:

— Il cultive l'astronomie.

— Qu'est-ce que vous avez fait?

Mon voisin de droite, jaloux de ce que mon voisin de gauche avait empiété sur ses droits à la seconde question, se hâta de prendre la parole et dit :

— 11 vient de mesurer la méridienne d'Espagne. L'empereur, s'imag^nant sans doute qu'il avait devant lui un muet

ou un imbécile, tourna les talons.

Cette même année, 1809, Arago était choisi pour suc céder à Monge dans sa chaire d'analyse appliquée à la géométrie; il l'occupa vingt années.

Le Verrier, l'illustre astronome, répétiteur de Savary, semblait tout désigné pour lui succéder ; mais n'ayant su se faire aimer ni des élèves ni du conseil, il dut céder la place à Chasles, fort peu préparé à cet enseignement, et pour qui on eût dû plutôt créer une chaire

de géométrie supérieure. Le 30 mars 1814, Chasles s'était distingué par sa belle conduite dans la batterie de l'École, à la barrière de Vincennes.

Delaunay, après avoir brillamment professé la mécanique durant vingt années, changea sa chaire contre celle d'asiro au moment où il devint directeur de l'Observatoire de Paris.

C'était un merveilleux professeur dont la parole claire et précise faisait disparaître les obscurités des sujets qu'il avait à traiter.

Il mourut noyé, comme étaient morts son père et son frère ; désirant visiter la rade de Cherbourg, il était monté en canot, n^ayant pas voulu par modestie, demander à l'administration un bateau spécial. Le canot chavira et le corps du malheureux professeur ne fut retrouvé que le lendemain, échoué près de nie Pelée (1872).

M. Faye, qui aime les élèves et les défend en toute occasion, est un des professeurs les plus appréciés.

Lorsqu'il veut bien assister à la séance des Ombres^ son entrée est accueillie par les applaudissements énergiques des deux promotions, ce qui n'empêche pas de le caricaturer.

On lui fait tenir ce discours :

— Messieurs, les astreuneumes pensaient autrefois que les protubérances du Soleil étaient dues à Vénus. Aussi avaient-ils profité de Fheureuse influence de Mercure pour corriger les perturbations produites par Vénus. Il croyaient qu'on voit dans la Lune une femme portant un fagot sur le dos : on sait aujourd'hui que la femme est sur la botte de paille et que c'est elle qui porte une Lune...

J'abrège ma leçon, car il faut que j'obtienne la grâce de deux

de VOS camarades. Je ne puis comprendre qu*on brise de gaieté de cœur la carrière d'un pauvre jeune homme; aussi, je vais en référer au chef de TÉtat et à mon petit conscrit de Freycinet. »

M. Faye était naturellement indiqué pour présider les fêtes du Centenaire ; sa situation scientifique et son caractère le désignaient au choix de ses camarades.

Astace. — Atomlller. — Atrophié. — Mots tombés en désuétude. On disait jadis une colle d'astuce pour indiquer une colle à laquelle on ne s*attendait pas. — Atomifier signifiait briser, réduire en miettes, en atomes. — Atrophié était synonyme de « stupéfait ».

Bâcha. — Abréviation par à peu près du nom d'un professeur d'allemand, Bacharach^ dont le cours fut constamment l'occasion de plaisanteries assez irrévérencieuses. La plus innocente consistait, chaque fois qu'il prononçait les mots em, /rem, à répéter en chœur : ein, eine, ein ; kein, keine, kein ; ce qui constituait le tapage le plus assourdissant. Bâcha se tournait vers le capitaine de service implorant son secours, mais le capitaine n'osant sévir, avait pris l'habitude de fermer les yeux et de paraître sommeiller.

Un jour, pendant sa leçon, on introduisit dans Vamphi le chat du pique-chien (portier-consigne) et on le fit passer de main en main ; au bout de quelques minutes l'animal

se mit à pousser des miaulements féroces dont on couvrait le bruit en accentuant les « kein, keine, kein n. Bâcha l'aperçut à la fin, près de sa table, comme un élève allait le prendre ; il interpella alors Télève qui hésitait : « C'est à fous, monsieur, à brendre le chat ! » Quel accès d'hilarité !

Sur le plan de l'amphithéâtre, où chacun avait sa place marquée par son nom, on traçait à l'avance une courbe, et au signal convenu tous ceux dont le nom était sur la courbe se mouchaient à la fois. On se mouchait ainsi en ellipse ou en spirale. Un autre jour, tandis que les élèves assis sur un des gradins se levaient, ceux du gradin suivant s'accroupissaient, et le mouvement répété du haut en bas de l'amphithéâtre, avait la prétention de figurer celui des vagues de la mer.

Bacha^ durant ses vingt années de professorat, ne put jamais parvenir à boire son verre l'eau sucrée! A chaque leçon le ^ucre disparaissait sous ses

Son répétiteur, Théobald Fix, subissait comme lui toutes sortes de mystifications {\'oy. Colles et Colleurs).

L'enseignement de l'allemand, tel qu'il se donnait alors à l'École, n'était pas pris au sérieux. Il datait de 1830; à cette époque on avait supprimé le cours d'histoire et on l'avait remplacé par un cours d'allemand. Hase, savant philologue, qui s'en était chargé, avait trouvé le moyen d'exposer, dans cette chaire, ses idées sur l'origine et le développement des langues, et il était parvenu à se faire écouter avec admiration ; mais son exemple n'avait pas été suivi. Après 1870 l'enseignement de l'allemand a été

l'argot de l*x. 45

transformé ; le cours a été supprimé et remplacé par des conférences que les élèves préparent maintenant avec le plus grand soin sous la direction de quatre maîtres d'allemand. Cette transfor-^ mation paraît avoir donné les meilleurs résultats.

Bafoalller. — Pour l'élève, c'est répondre à l'examen d'une manière- incohérente. Pour le professeur, c'est se coller dans une démonstration; la chose arrive! Un excellent professeur de stéré ^ qu'on avait surnommé Molard et qui possédait un admirable talent de dessinateur au tableau, avait un asthme qui l'obligeait à hacher son discours; on lui donnait, disait-on, une leçon supplémentaire à la fin du cours pour terminer ses phrases. A la séance des Ombres on lui fait prononcer des phrases inachevées dans le genre de celle-ci :

Tableaux célèbres — femme adultère — il y en a beaucoup ;

et annoncer ainsi une méthode générale pour résoudre tous les problèmes de la géométrie :

Méthode pour résoudre tous les problèmes, — c'est-à-dire presque tous les problèmes, — je veux dire beaucoup de problèmes, — enfin la méthode s'emploie quelquefois — mais on ne peut jamais rappliquer.

On retenait cette phrase qu'il avait prononcée pendant qu'un élève appelé à la planche bafouillait affreusement :

Problème difficile — très difficile — esprits très intelligents euxmêmes se trompent — c'est pas pour votre camarade que je dis ça l

Bahut. — Bahnté. — Le bahut, dans l'argot des collégiens, c'est le lycée ; le mot évoque l'idée d'un vieux meuble, d'une vieille boîte; pour les saint-cyriens, le bahut, c'est leur Ecole elle-même.

Le polytechnicien emploie le mot bahuter dans le sens de (( donner à un objet le chic ancien en le déformant ». Ainsi les anciens bahutent leurs képis, leurs tuniques. On dit aussi bahuter un casert, c'est-à-dire mettre le casernement sens dessus dessous.

Par une étrange extension, un objet bahuté est aussi un objet élégant, qui a du chic — ou simplement qui n'est pas réglementaire. Le polytechnicien coquet se paye une épée bahutée, des bottes bahutées,

Bahutag^e. — Le bahutage est la série des initiations,

des mystifications, disons le mot, des brimades que les anciens font maintenant subir aux conscrits. C'est l'ancienne absorption, née du régime de l'internat, impatiemment supportée par l'autorité, plus tard tolérée au dehors, puis supprimée, qui a reparu sous ce nom, à l'intérieur de l'École, depuis une vingtaine d'années. Le nom vient naturellement du mot bahuter, pris dans ses deux acceptions. Le but du bahutage est en effet de donner du chic au conscrit, de le rendre ancien.

Ces brimades ne sont pas bien terribles; elles ne ress< fiiblent en rien à celles de Saint-Cyr. A ÏX les anciens n'ont aucune autorité réelle sur leurs conscrits ; leur unique intention, en prétendant assouplir les car.ictères par d'inoffensives vexations, est de faire naître aussi toi l'esprit de camaraderie. Le temps du bahutage dure ordinairement cinq ou six semaines, jusqu'à la séance des cotes (Voy. ce mot), après laquelle anciens et conscrits sortent bras dessus, bras dessous, désormais camarades.

Le bahutage commence le jour même de Thabillement des nouveaux. Les ans obligent les conscrits à prendre des prunes chez la Prosper^ les empêchent de rentrer le soir de leur première sortie en cernant les rues qui avoisinent rÉcole ; les conscrits terrifiés sont placés dans cette cruelle alternative de piger une consigne, s'ils sont en retard, ou de provoquer la colère des anciens s'ils forcent la barrière qu'on leur oppose.

Le soir de la rentrée des anciens^ quand les deux portes du garde-consigne sont franchies et que les nouveaux se disposent à traverser la cour pour se rendre au casernement, ils se heurtent aux anciens qui leur barrent le passage. Pour faire une trouée, il faut attendre qu'on soit en nombre; mais dans la foule, où il vient s'engloutir, le conscrit est saisi, bousculé, enlevé, débarrassé de son épée par-dessus laquelle on le force à sauter comme un caniche, lâché enfin après avoir viré de mains en mains comme un tonton. A chaque tentative de trouée, les portes sont ébranlées à coups d'épaule, les vitres des salles

L AHGOT DE L X.

de récréation volent en éclats, frappées par les queues de billard; les arrivants, de plus en plus pressés, poussent des cris auxquels les anciens répondent par des hurlements de fauves. Tout à coup la scène s'éclaire de feux de Bengale allumés dans la cour et le tapage devient infernal. Le dernier coup de dix heures, obligeant tout le monde à répondre à Tappel, met fin à cette saturnale.

Les jours suivants, les anciens se répandent dans les salles d'études des conscrits^ font une razzia de leurs godets, de leurs équerres, de leurs carions, etc.. ; aux casernements ils font une rafle des cravates, des bottes, des casques à mèche ; pendant les récréations, ils arrachent les boutons de leurs tuniques, les grenades de leurs képis ; ils les contraignent à manger des frites (Voy. ce mot) dans un képi graisseux ; ils leur font passer de faux avis qui les envoient promener à tous les bureaux de l'administration ; ils les accablent de questions sans queue ni tête ; ils leur montent toutes sortes de scies et de bateaux.

Puis viennent les fumisteries classiques : les lits mis en

portefeuille et qu'il faut refaire avant de se coucher ; Vomelette des caserts; la salade des bottes; le percement des souriaux (vases de nuit) avec les pointes des épées des conscrits; le coup du poulet', le jeu du Zanzibar (Voy. ces différents mots), etc..

L'ancien est habile 2^t ûc^e^ -iU^^^''^ ^ déjouer l'attention,

à tromper toute surveillance. Avec le passe dont il s'est rendu possesseur et

qu'il a toujours dans sa poche, il se faufile partout dans le pavillon des conscrits.

Sa malice sait discerner bien vite les caractères crédules dont il exigera des obéissances comiques ou qu'il terrifiera de menaces.

11 leur jettera sans cesse à la tête, avec des accents de mépris, la couleur de sa promotion; c'est la grande injure.

« Conscrards î sales jaunes — ou sales rouges!... Conscrit idiot!

abruti! etc.. Mort aux conscrards l »

Mais toutes ces farces, ces plaisanteries , ces scies traditionnelles sont parfaitement inoffensi ves ; les conscrits ne tardent pas à s'en amuser eux-mêmes ainsi que de Taffectation d'injures et de brutalité, tout en paroles, qui ne dépasse jamais les bornes de la plaisanterie.

Balade. — Promenade à rintérieur de l'école. Mot cmprunlt- h Targot parisien. Pendant les heures détude, il n'est personne qui n'aille faire sa petite balade dans les salles voisines, dans les corridors et surtout aux longchamps (Voy. ce mot). Certaines salles reçoivent leurs voisines en balade et leur offrent un punch, un goûter et même des concerts.

Banale. — Petite table mobile placée dans la salle

50 l'argot de lx.

d'études et dans laquelle on serre les objets d'un usage commun ; on dit la banale au lieu de la table banale^ qui appartient à tout le monde.

Cette table sert à bien des usages, mais surtout à la confection de plats variés.

C'est sur la banale^ bien dissimulée dans le désert^ qu'on prépare en salle le déjeuner du matin, et qu'on sert le thé du five o'clock,

La chanson du Thé^ de nos camarades Dreyfus et Onillon, se chante sur l'air du Soldat de plomb {Mam'zelle Nitouche). .

Dans le désert^ sur la banuley

On me prépare en se cachant,

Et tous les soirs je vous régale :

J'en suis bien fier assurément.

Dans cette École vénérable

Où l'on entre difflcirment

J'pénètre, moi, pauv'misérable.

Sans me présenter en tremblant.

Pour entrer je n'fais pas d'jodot

J'suis pas recommandé chez Tisaot;

Si j'arrive, c'est sans piston.

Et pourquoi donc ?

Parc'qu'à Testo Parc'qu'a Testo Parc'qu'â Testomac j'suis bon !

Basané. — Expression nouvellement introduite à l'École et qui désigne le pantalon d'étoffe résistante qu'on revêt pour monter à cheval (Voy. Zèbre), Par extension, la basane est le nom donné à la cavalerie. A Saint-Cyr, où le mot est également employé, on appelle candidats basanés ceux parmi lesquels seront choisis les cavaliers.

Bascule. — La bascule^ brimade en honneur au temps du premier empire, consistait à étendre le conscrit sur un tabouret auquel on donnait une succession de mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement des plus saccadés.

A la bascule succédait souvent le supplice de la crapaa-

l'argot de l'x. 51

dîne, alors en usage dans l'armée : couché à plat ventre sur le tabouret, les jambes repliées, le bras droit lié à la jambe gauche, le gauche à la jambe droite, le conscrit était maintenu une minute dans l'immobilité la plus complète et rafraîchi au moyen de bombes hydrauliques.

BasofT. — Abréviation du vieux terme de bas-officier; c'est le nom donné aux adjudants qui sont chargés de la surveillance des élèves à l'intérieur et à l'extérieur,

11 y a huit baso/fs^ quatre du génie et quatre de l'artillerie : on les choisissait autrefois parmi les sous-officiers proposés pour l'avancement; mais depuis qu'il existe une école pour les sous-officiers, à Versailles, on semble, au contraire, disposé à les prendre parmi ceux qui n'ont aucune chance de parvenir. Leur service à l'Ecole est assez délicat ; ils hésitent à sévir contre un futur officier et craignent de déplaire à l'autorité par trop de mansuétude.

Les basoffs sont de service à tour de rôle ; un tableau affiché au binet indique les semaines qui leur sont afi^ectées; c'est le basoffoscope ; ils se tiennent le jour'dans le cabinet de service, au rez-de-chaussée et au premier étage du pavillon des élèves, surveillant chacun une division. Le soir, ils couchent dans une chambre voisine des casernements. Ils procèdent aux appels et sont chargés de la discipline intérieure partout ailleurs qu'à l'amphithéâtre. La consigne est la seule punition qu'ils aient le droit d'infliger.

Leur attitude vis-à-vis des élèves dépend d'ailleurs de leur propre caractère. Celui-ci est bon enfant, coconne volontiers, surtout avec les anciens ; celui-là, de nature policière, toujours en arrêt, prend un malin plaisir à surprendre

52 l'argot de l'x.

un élève en faute : il ne colle pas toujours, mais il veut qu'on soit persuadé de sa vigilance ; cet autre est inexorable, il a l'inflexibilité de la loi militaire : on le craint davantage, mais on ne l'estime pas moins. Le cri : — Vess au basoffl avertit toujours les camarades de l'approche du surveillant.

Le plus ancien adjudant dont le nom soit resté célèbre était l'adjudant Rostan, vieux soldat de la campagne d'Egypte, qui était arrivé le premier sur la muraille de Saint-Jean-d'Acre. Il avait un mot qu'on lui faisait souvent répéter : « Que sentiez- vous, lui demandait-on, lorsque la fusillade faisait tomber les fantassins à vos côtés? )> Et lui répondait : « Suivant l'ordonnance, je sentais.... les coudes à droite. » C'est lui qui définissait la physique n un tas de petites boules de cuivre, » et qui disait : « La chimie, c'est tout ce qui pue !» Le 30 mars 1814, Rostan fut blessé dangereusement à la tête, dans la batterie de l'École à la barrière de Vincennes.

Bazar. — Le bazar ^ c'est le lycée. Les bazars : Grand (Louis-le-Grand), Condor (Condorcet), Chariot (Charlemagne), Sta (Stanislas), Louis (Saint-Louis), sont les lycées de Paris qui préparent plus spécialement à l'École. Le mot bazar est surtout employé par les élèves des lycées, les potaches, dont le nom paraît signifier « bêtes comme des pots ».

Berry. — Tunique d'intérieur, en drap du Berry. Le règlement prescrit de la fermer complètement, l'absence d'un seul bouton devant entraîner une consigne, mais on ne l'applique pas et la tenue d'intérieur présente, le plus souvent, un débraillé qui n'a rien d'élégant. Au commencement de l'année, c'est une bonne farce à faire au conscrit que de lui arracher tous les boutons de son berry et c'est un honneur pour l'ancien qui a fait une cueillette suffisante,

L ABGOT DE L X.

de porter, autour du cou, tous les boutons de berry passés dans une corde en guise de collier.

Le berry se prête, d'ailleurs, à des transformations variées. Quand on veut se deviser, on le retourne et un camarade se charge de vous décorer la doublure de toutes sortes d'ornements ; quand on veut se donner l'ai r d'un ancien, on le bahute, on le Irai ne dans la poussière. Vers la f^n de l'année, ou y attache des attentes d'épa ni faites et ou le coupe par le bas pour îui donner le faux air d'une tunique d'ofEcter,

Bert. — Abréviation nom de M. J. Bertrand, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et membre de l'Académie française, qu'à l'École on appelle familièrement \e petit Bert ou encore Joseph.

Cette familiarité ne .^

saurait déplaire à l'illustre savant qui sait en quelle estime le tiennent les anciens élèves. M. Bertrand,

déjà célèbre à l'âge de dix ans et regardé comme un prodige, professe les mathématiques depuis cinquante ans. Entré major à VX en 1839, à l'âge de dix-sept ans, M. Bertrand fut nommé répétiteur pendant qu'il terminait ses années d'études à l'Ecole des mines.

Dans quelques semaines l'École toute entière célébrera le cinquantième anniversaire de son entrée à VX parmi le personnel enseignant; une médaille commémora tive rappellera les états de service du savant qui honore l'École dont

il fut un des plus brillants élèves. M. Bertrand, fils du célèbre auteur des Lettres sur les révolutions du globe, est le neveu du professeur Duhamel et le beau-frère du savant M. Hermite. Les élèves ne manquent pas de saluer par des

applaudissements la silhouette de leur professeur quand elle apparaît à la séance des ombres.

l'abgot db l'x. 55

Dès que M. Bertrand est entré dans Tamphithéâtre, debout devant la table semi-circulaire, il promène sa main sur la table, jusqu'à ce qu'il ait trouvé, sans reg^arder, certain trou qu'il a l'habitude de boucher avec le doigt et.

iiSS'as

quand il a enfin trouvé le trou désiré, il continue joyeusement sa démonstration.

56 L* ARGOT DE l'x.

Berzé. — Abréviation de Berzéhus^ nom donné à l'horloge de la cour.

On raconte que le grand chimiste suédois, de passage à Paris, vers 1819, vint faire quelques expériences de physique et de chimie devant les élèves de l'Ecole. Pour montrer rinfluence exercée par Tair sur la respiration des animaux, il plaça un moineau sous la cloche de la machine pneumatique et iit le vide ; au moment où Toiseau allait périr, un même cri : « Grâce ! grâce I » s'éleva de tous les côtés de l'amphithéâtre. Berzélius fit grâce à l'oiseau qui s'envola joyeusement hors de la sajle. Depuis ce jour, il arriva, dit la légende, un fait étrange. Tous les mercredis et tous les dimanches, au moment où la grande aiguille de l'horloge, quittant la cinquante-neuvième minute de neuf heures allait marquer l'heure fatale de la rentrée à l'Ecole, un obstacle semblait l'arrêter, et le garde-consigne ahuri remarquait que cette dernière minute avait une durée invraisemblable. Quand le fait eût été bien constaté, naturellement cela demanda quelque temps, on se mit à l'affût et l'on reconnut que le retard était le fait d'un moineau qui, à la minute précise, se posait sur la grande aiguille. C'était le moineau de Berzélius dont la reconnaissance envers les élèves se manifestait de cette manière touchante I he pique-chien barbare enduisit un jour les aiguilles de glu et l'oiseau se trouva pris et tué ! L'École lui fit de superbes funérailles : on l'enterra dans un coin de la grande cour. L'horloge reçut ce jour-là le nom de Berzélius '.

Beug'lailt. — Pendant la période des examens de fin d'année, une récréation supplémentaire est accordée aux

(1) La première horloge de TÉcole, celle qui ornait la cour du palais Bourbon, avait été acquise révolutionnairement : on était allé simplement prendre celle des ci-devant religieuses carmélites du faubourg Saint-Germain et on Tavait transportée au palais Bourbon.

l'argot de l'x. 57

élèves, de sept heures à sept heures et demie du soir. C'est pendant cette récréation que jadis les artistes de la promotion, montés sur des tréteaux disposés dans la cour, donnaient un concert à leurs camarades. Ce concert s'appelait le beuglant ; on y entonnait les chansons vieilles et nouvelles, faites sur l'École; on déclamait des poésies; on récitait des complaintes.

Au lendemain de la révolution de 1830, on chantait ce couplet de la Parisienne^ de Casimir Delavig^ne :

La mitraille en vain nous dévore, Elle enfante des combattants.

Sous les boulets voyez éclore Ces vieux généraux de vingt ans I O jours d'étemelle mémoire I Paris n'a plus qu'un cri de gloire :

En avant I Marchons

Contre les canons...

ou bien celui que le docteur Guyétant voulait faire ajouter à la Marseillaise :

A peine entrés dans la carrière Où tant de braves ne sont plus, Vous y ranimez leur poussière Par Véclat des mêmes vertus l Votre héroïque adolescence Déjà s'égale aux vieux soldats ; Et trois jours, à vos jeunes bras, Ont suffi pour sauver la France.

OU bien encore ce couplet comique emprunté à une revue du théâtre des Variétés :

C't'École polytechnique, Savant', patriotique,

N's'est pas fait le moins admirer.

En tout lieu prêt' à s' montrer, Le peuple ell'le dirige ) Bis Sans jamais l'égarer ! î en chœur.

Mais à ces refrains du vieux répertoire du beuglant^ on préférait les chansons drolatiques, les poésies rimées à

58 L* ARGOT DE l'x.

rÉcole, inspirées par révénement actuel. Ainsi, après 1840, on chanta longtemps, sur Tair de Larifla^ la complainte du Retour des cendres de Napoléon^ composée par un antique et dont voici les principaux couplets :

Ces scélérats d^Anglais Avaient eu le toupet De tuer notre empereur Dont ils avaient grand'peur.

Larifla, flafla, etc....

Je vais vous raconter.

Sans trop vous carotter, Ce bel enterrement Ousque j'étais présent.

Oh I Muse, inspire-moi I J*ai grand besoin de toi ; Car je vais dir' comment Se fit le défilement.

LVainqueur des Pyramides Arrive aux Invalides, En passant par Poissy Et la barrière Neuilly.

Non loin de la barrière, Était la Pépinière, Près de la Porte-Maillot, Ousqu'il ne fsait pas chaud.

Nous avons défilé Dans les Champs-Elysées, Et chacun admirait Comme TÉcole marchait.

Les officiers sans troupe Formaient un fameux groupe ; Et les sous-officiers Qu'étaient tous décorés.

Et puis, par-ci, par-là.

On voyait deux ou trois Vieux grognards respectés Par le sort des armées.

Puis le prince de Joinville Est entré dans la ville.

L*ARGOT DE l'x. 59

Avec tous ses marins Qui sont d'fameux lapins.

Monseigneur Tarchevèque, Avec ses quatre-z-évèqueSi Est v'nu le recevoir A grands coups d'encensoir.

Alors il est entré; Les curés ont chanté ; L'invalide a pleuré ; Et Ton s'est séparé.

11 arrivait quelquefois que le poète de la promotion recevait Tordre de produire, à jour fixe, un chef-d'œuvre qui serait chanté ou récité au beuglant. Voici Tune de ces compositions, faite en 1859, sur commande, et dont Tauteur est M. Mercadier, le directeur actuel des études à rÉcole ; elle se chantait sur Tair du Paris de Nadaud :

Voyez sa marche assurée, Et ce claque, et cette épée, Ce regard et ce maintien I C'est un artilleur imberbe, C'est quelque savant en herbe, Un polytechnicien.

Noble république !

L'un est fanatique De sape, et Tautre artilleur :

L'un, marin habile, Gouverneur d'une lie Ou brillant ingénieur.

Dans les corridors sans nombre , L'un erre, pensif et sombre.

Et l'autre chante, joyeux I Celui-ci songe à sa belle; L'autre, à la gloire immortelle Dont l'éclat brille à ses yeux.

Quel travail sans trêve I Quel espoir, quel rêve Ne s'y forme et s'entretient î L'un dans sa pensée, Se voit chef d'armée.

L'autre académicien....

On chante toujours à l'École, mais plutôt aujourd'hui des refrains de troupiers, comme celui du Frère Capucin :

fiT rrr n' ' Iji rr "l ' "Irrrrirrffi

Il p. tait un moi. ne Irè . re Ca.pu . cin , Confesaintla fepime d'unnitt;.

.chand de bié.re D é.tail tfi moi. ne R«. re Ca.pu . an .Coii.6saui( la.

4 J.i^ i rrrr'r r^""r"'^^^ ' , i M'' J J '

Pendant bien des années les promotions ont applaudi leurs artistes chanteurs et leurs poètes au beuglamt du soir. Aujourd'hui c'est la musique instrumentale qui est plus particulièrement en honneur; de véritables concerts s'organisent et les exécutants sont souvent des artistes d'un réel mérite, car on a remarqué que les élèves de l'École étaient en général mélomanes et parfois excellents musiciens. Ces concerts se donnent à ïamphi^ en présence de l'état-major et des professeurs.

Beuveau. — Surnom donné à Leroy ^ le professeur de géométrie descriptive, dont la prononciation était des plus défectueuses, et qui disait toujours beuveau^ au lieu de biveau^ quand il voulait parler de l'équerre dont se servent les tailleurs de pierre.

Homme excellent, professeur remarquable, plein de mo-

l'argot de l'x. 61

destîe, Leroy prononça ce discours à Touverture de son cours :

— Messieurs, appelé par la confiance du gouvernement A succéder... à un homme illustre... en quelque sorte... Soit xy^ la ligne de terre...

Les élèves de son temps prétendaient que son langage, d*une pauvre éloquence, empruntait tous ses termes à la science qu'il professait. On lui prétait ces paroles au moment de la mort de sa mère :

— Ma génératrice^ qui fut aussi ma directrice^ est hélas! audessous de la ligne de terre^ et, depuis ce temps, je suis comme un point isolé dans l'espace, un point mort. »

Montrant à Charles X Thyperboloïde de révolution, au cours d'une visite que le roi fit à TEcole, Leroy s'était efforcé de lui en expliquer le mode de génération ; puis, désespérant de se faire comprendre de son royal auditeur, il finit par lui donner sa parole d^honneur que la surface était engendrée par une ligne droite.

Les feuilles lithographiées de son cours, les premières qui furent distribuées à l'École, ont porté quelque temps le nom de beuveautines.

Du sobriquet de Beuveau donné au professeur Leroy, on comprend par quel calembour le roi de France se vit appelé à l'École le grand Beuveau,

De même, on avait donné le nom de Beuveau VOrifice au garde-consigne de la porte d'entrée, qui s'appelait aussi Leroy et qui était préposé à la garde du vestiaire. Le souvenir en a été conservé dans le couplet de la chanson composée en 1839, le lendemain de l'afîaire Barbes, chanson qui débutait ainsi :

Écoutez, capons ou braves, Prolétaires ou titrés.

Qui vous êtes illustrés.

Bien qu'on y mit des entraves,

Aux mémorables journées Des douze et treize mai.

et qui se chantait sur Tair de Fualdès. Le général Tholozé, pour récompenser les élèves de la belle conduite qu'ils avaient tenue en ces mémorables journées, avait autorisé un punch au parloir ; la fête fut si complète que plusieurs se grisèrent. Les manteaux en ayant gardé la trace, Tun des couplets le rappelait :

J*en atteste vos doublures, Manteaux pendus chez Beuveau^ Vous n'attendiez pas sitôt Ce supplément de fourrures.

On sera fler de vous porter Sans vous faire déjjraisser.

Biblo. — C'est la bibliothèque; elle est ouverte aux élèves tous les jours pendant la récréation. Cette bibliothèque est fort riche en ouvrages anciens, provenant de la célèbre bibliothèque des Génovéfains ; mais ses richesses sont pour ainsi dire ignorées, même des bibliothécaires qui s'y sont succédé, tous anciens officiers à la retraite, nullement préparés, pour QjJ^^^^ ^//P 1" plupart, à ces fonctions. Le bi- ^V -1^^^ bliothécaire de l'École, en réalité, est

lafîent qui distribue les livres aux élèves, qui époussète les livres; on l'appelle le pilaine Bouquin.

Une grande salle de lecture, prenant jour sur le square Monge, est réservée aux élèves; ils y viennent jeter un coup d'oeil sur le Journal officiel^ feuilleter les grands ou-

l'argot db l'x. 63

vrages à gravures, lire des romans, rarement faire des recherches : ils n'en ont pas le temps.

\,\iuv lies salles d'étude des élèves est appelée la salle Biblo; c'est celle qui a organisé un bureau de location de romans, un véritable cabinet de lecture, où les amateurs viennent louer des livres moyennant deux sous par jour.

Bigror. — Artilleur de marine,^ dont le nom rappelle le sobriquet bigorneau donné aux soldats de marine, pro-

bablement parce qu'on consomme beaucoup de coquillages (bigorneaux) dans les ports militaires. Le bigor (Voy. le dessin p. 64) a son couplet dans la Chanson de V École :

Le bigor, sur terre et sur l'onde,

S'f...iche pas mal des quatVélémcnts ;

Il s'embarque pour le nouveau monde,

Mais il n'en revient pas souvent.

Sans souci d'ia couleur des filles,

Il aime aux Indes, tout comme aux Antilles.

Et voilà, oui voilà, voilà !

Oui, voilà le bigor français,

Français, français, français 1

L'artillerie de marine semblait autrefois réservée aux derniers de la promotion ; elle est devenue en honneur aujourd'hui et est recherchée par ceux qui aspirent à un avancement plus rapide que dans l'artillerie de terre : elle a produit des officiers généraux du plus grand mérite : Virgile, Sébert, Frébault, Borgnis-Desbordes...

Binet. — Abréviation du mot cabinet. Toute salle qui n'est pas habituellement occupée en commun par les élèves, soit comme salle d'étude, soit comme dortoir, et qui a une affection spéciale est un binet.

Au premier étage et au centre du pavillon, commandant toutes les salles d'étude, est le binet de service (on dit le binet de ser) avec une pièce pour le capitaine de service, d'autres pour les adjudants.

A l'entresol, entre les deux étages de salles d'étude, dans . ^. ,. ,^x

le long couloir étroit et obs- ^^~ " ^^^ |

cur si propice aux formidables ^^^-^ ~^-^^^^ p

vacarmes, il y a toute une série de -^—^ ^ -^3^ ^2^-^ binets désignés par un numéro : binet de V aide-major^ réservé à la visite médicale journalière des malades, binets des colleurs où les répétiteurs font passer les examens et qui servent aussi de binets de musique à rheure de la récréation; ce sont de petites salles très basses, éclairées par une fenêtre semi-circulaire au ras du parquet et fermées par une porte pleine.

Dans la cage de l'escalier de service est le binet des tapins^ où se tiennent les tambours ou clairons de service : tout un système de sonneries et de signaux électriques y aboutit, venant de tous les postes des gardes-consigne et du cabinet de service. Un élève parvient-il à se glisser dans le binet de ser^ momentanément abandonné, il donne par le téléphone les ordres les plus baroques aux lapins : par exemple il fait convoquer tous les chefs de salle ; et quelques minutes après, le basoff ahuri voit le binet envahi et ne sait à qui répondre.

Il faut encore citer les binets des modèles, le binet

dentiste, du lampiste, etc.

de danse, les binets du les postes ou binets des gardes-consigne, etc., etc.

Dans un hinet de musique, un musicien enragé, étant parvenu un jour à desceller les barreaux de fer de la fenêtre, avait pris rhabitude de descendre par là jusqu'à une sorte de soupente du rez-de-chaussée où il jouait du violon pendant les études ; les accords de son instrument, muni bien entendu d'une sourdine, arrivaient aux oreilles du capitaine de service intrigué ; mais ils lui semblaient venir de loin et le violon enchanté, c'est ainsi qu'on l'appelait dans la promotion, s'entendit longtemps avant d'être découvert.

Binôme. — Bit. — Bitare. — Le binôme, c'est le camarade avec lequel on partage une chambre à Bleau (Voy. ^fonôme).

Bit est un vieux mot, abréviation d'habit et désignant l'habit élégant qu'on endossait jadis pour la première fois le matin de la Noël.

Le mot biture, vieilli, signifiait à la fois « une grande quantité » et « la nourriture ». On disait « une bitare d'objets » pour un grand nombre.

Biturer, d'un autre côté, était synonyme de boiiloiter, c'est-à-dire de manger.

Blâme. — C'est la première des peines qui peuvent être infligées à un élève, par le jugement de ses camarades, conformément au Code X (Voy. ce mot).

Le blâme consiste en un laïus écrit par le major des anciens qui, après avoir circulé dans les salles d'études, est remis au coupable.

Blean. — Abréviation du

nom de Fontainebleau . BleaUy

c'est l'École d'application de

lartillerie et du génie. En sortant

de VX on va à Bleau ; on dit « les cours

de BlesLU ».

Les élèves de Fontainebleau s'appellent aussi les Bleamx ; on dit les Bleaux, comme avant la guerre on disait les Messins ; ceux-ci avaient un uniforme spécial, celui de l'École d'application, tandis que les Bleaux portent l'uniforme de sous-lieutenant de l'arme à laquelle ils appartiennent.

Parmi les chansons de l'École, nous signalons la suivante, musique et poème !

Quelle joie de quitter l'École et de revêtir le costume de Varii!

Les deux binômes, tout de neuf habillés, ont hâte

l'ahgot de l'x. 67

d'arriver à destination : « Cocher, à Bleau ! » Ce beau

feu ne durera pas, car, s'il faut en croire la chanson, la vie n'est pas bien différente à Bleau de ce qu'elle était à rÉcole :

On n'en finira donc jamais

Avec c'te N.. de D... d'École,

Avec ses règlements mal faits,

Les séanc's de salles et les colles.

Quand nous somm's arrivés à Bleau,

En sortant de Polytechnique,

On voyait la \-ie tout en beau... ) ,.

Va-t' faire fout'! C'est la mêm' boutique. ( **

Faudrait qu'on expuls'rait Vgéné,

Tout au moins qu'on le fout' à la r'traitc.

On l'a bien fait pour Boulanger,

Y'a pas d'raison pour qu'on s'arrête !

Faudrait qu'on expuls'rait l'colo,

Celui qui dirig' nos études ;

J'trouv' qu'i s'rait ben plus rigolo ) , .

S'il nous en fsait perd' l'habitude, j **'

Faudrait qu'on expuls'rait cncor

Les mandunis et les capitaines;

J'peux pas gober l'état-m^jor

Qui nous laiss' pas faire nos fredaines.

Pourquoi qu'i viennent nous humilier

Avec leurs galons sur la manche ?

Pourquoi nous qui sommes officiers j ,.

Qu'i'n'nous trait'nt pas comm'des viciir branches. ( * *

Faudrait que tous les professeurs Soient brûles dans ramphithëfttrc Pendant qu'on danserait en chœur...

Nom de D... ! comm'ce s'rait folÀtre !

Des types qui viennent vous réciter Des bêtises, le ... dos sur un'chaise.

C'est bon dans l'Université ; /

Quoiqu'i'f... dans l'armée française? )

bis.

Quand tout c^mondli serait expulsé,

Ça s'rait l'tour des bourgeois d'ia ville ;

On aurait bientôt fait de dresser

Pour les chasser un' lisC civile.

Faudrait qu'on fout' les hommes i l'eau,

C'est pas avec eux qu'on rigole ;

Qu'y ait pu qu'des femm's à Fontain'bleau j . .

Avec les élèves de l'École. (

Dès la première année de Bleau^ Tenthousiasme se calme : on examine avec plus de sang-froid Ta venir militaire qui est réservé au commun des officiers et Ton chante, avec le camarade Gabaud (1886) :

Capitaine deviendrons :

Lors, plus jamais ne rirons Que les lèvres mi-fermées ; Plus jamais ne chanterons.

Plus jamais ne cueillerons Que des roses mi-fanées.

Donc, coulons des jours heureux, N*ayons qu'un galon ou deux ; Quand nous serons capitaine Nous pourrons nous repentir De n'avoir point souvenir De quelque folie ancienne.

Boîte à claqne. — Petite cour qu'on trouve aussitôt après avoir franchi la porte d'entrée des élèves ; elle a une forme trapézoïdale qui rappelle celle de la boîte à chapeau ; de là son nom de botte à claque. Parallèlement au portail

L*ABGOT DE l'x. 69

d'entrée, on y voit un autre portail symétrique donnant accès dans la grande cour. A gauche, une sorte de tambour, dans lequel se tient un sergent-major garde-consigne, commande le passage avec le dehors, Tinfirmerie et le pavillon des élèves. A droite sont les vestiaires, où l'on dépose les manteaux et les pelé, c'est-à-dire les pèlerines. La botte À claque sert en été de parloir découvert; c'est là que se promènent les visiteurs autorisés à voir les élèves.

Bombe. — Projectile hydraulique connu depuis longtemps à l'École, confectionné avec une simple feuille de papier repliée sur elle-même et remplie d'eau; lorsqu'on est assez habile et qu'on prend certaines précautions, la bombe peut être lancée à quelque distance et aller asperger les camarades. Le jeu des bombes, auquel on ne se livre guère que pendant l'été, est très en honneur. Il est rare qu'un groupe stationnant dans la cour à bonne distance, un promeneur isolé, quelquefois même unbasoff ou un agent passant trop près des fenêtres, ne reçoive une bombe de quelque salle d'étude. Il arrive parfois aussi que l'artilleur qui se penche à la fenêtre pour lancer sa bombe en reçoit une autre lancée de l'étage au-dessus et le basoffàe service qui s'amuse de ces aspersions d'étage en étage, en cascade^ comme l'on dit, récompense les deux artilleurs d'une consigne,

Boncourt. — Aucun des bâtiments du collège de Boncourt, si renommé au xv* et au xvi" siècle pour l'excellence de ses représentations théâtrales, où Henri II vint quelquefois entendre des tragédies et des comédies, n'existe plus aujourd'hui. Ils s'élevaient sur l'emplacement qu'occupe le bâtiment de l'état-major, qu'on appelle encore le pavillon de Boncourt, et la cour d'honneur avec ses quatre petits pavillons. C'est dans le grand pavillon qu'habitent le général et le commandant en second ; c'est là que se trouve

Tair du Pendu ^ les couplets suivants :

Je suis un général célèbre,

Beau sapeur et beau cavalier.

Je n'ai pas de pareil à zèbre,

Je n'ai pas de pareil à pied.

Sous mon autorité rigide

Tout se passe admirablement.

Je suis le sapeur intrépide }

Dont on ne parle qu'en tremblant, i

Mon triomphe, c'est la serrure, Cadenas, verrous et fichets (1) ; Et je chiade une fermeture Qui défiera tous les crochets.

Mais ce travail est bien aride Car un X, c'est intelligent !

Je suis le sapeur intrépide. j

Dont on ne parle qu'en tremblant. )

la chambre des deux conseils, d'instruction et de perfectionnement.

Borius. — Nom

donné aux bretelles.

Le général Borius, aujourd'hui chef de la maison militaire du président de la République, a été commandant de rÉcole.

A la séance des Ombres^ on le fait apparaître sur un magnifique cheval et on lui fait chanter, sur

bis.

bis.

(1) Le poète (!) fait allusion au remplacement général des serrures ordinaires, dont les élèves avaient les clefs, par des serrures Fichct, afin d'isoler complètement les deux promotions.

l'argot db l'x. 71

La bretelle est d'ordonnance. Un élève eut un jour la fantaisie de se promener tout nu dans le corridor ; pincé par le bsLSoff^ il fut puni de deux consignes. L'élève réclama : le règlement n'ayant pas prévu le cas. On lui leva en effet la punition, mais on lui infligea deux consignes pour n'avoir pas eu de bretelles !

Botte. — La botte c'est l'ensemble des carrières civiles qui se recrutent à l'École polytechnique. On distingue la

fine bolte^ c'est-à-dire les mines; la grande botte^ c'està-dire les ponts et chaussées ; \?i petite botte qui comprend le génie maritime, les constructions navales, les manufactures de l'Etat, les télégraphes, l'hydrographie et les poudres et salpêtres.

On donnait autrefois au major des anciens le sobriquet de la Botte.

Le bottier est celui qui a obtenu la botte à sa sortie de l'École. Etre bottier^ c'est le rêve de tous les polytechniciens à leur entrée à l'École ; tous, du premier au dernier, une fois admis, caressent l'espoir d'entrer dans la botte et se préparent à chiader ferme pour l'obtenir. Mais l'ardeur

ne tarde pas à décroître à mesure que le travail devient plus pénible et puis on trouve mille raisons pour justifier sa désertion :

Tabrutissement d'un travail aussi continu, le petit nombre de places réservées aux carrières civiles... Dès le

premier classement, en mars, on trouve que Tarmée a du bon; en juillet, on crie : Vive Varti! et Ton conspue les infâmes bottiers. Seules les natures tenaces, celles qui ont une grande puissance de travail, une facilité considérable d'assimilation, réussissent à occuper les premiers rangs.

Quelques élèves affectent de paraître flemmards^ et laissent croire qu'ils sont capables d'arriver sans travail ; ce sont des bottiers honteux qui piochent ferme sans en avoir l'air, dissimulant le mieux possible leur ambition. Ceux qui ne veulent pas être officiers, et qui ne peuvent pas être bottiers^ auront la ressource de pantoufler (V^oy. ce mot).

Jusqu'au dernier jour, le bottier peut être

débotté par un camarade plus heureux à ses examens de fin d'année qui ont une

importance relative considérable; il est alors rat de botte.

Bouret. — Abréviation de tabouret. Chaque élève est assis en salle sur un bouret à siège de cuir épais, grossièrement rembourré, dont il est responsable et qu'il rend en

général en bien mauvais état. Cela n'a rien d'étonnant lorsqu'on sonf^e aux services variés qu'on demande à ces vieux sièj^es massifs.

Dans les salles d'étude, quand on ne sait plus qu'inventer pour chasser l'ennui, l'imagination juvénile en fait les montures sur lesquelles on s'en va chevauchant en lile indienne en frappant le sol avec fracas : ce sont les

courses de bourets. Tous les ans, le jour de la Sainte-Barbe,

on dispose dans chaque salle les \i\x\i bourets superposés sur

la banale \ au dernier coup de midi, le sergent qui s'est placé

sous la table la soulève et les boureU

roulent sur le sol avec fracas. Chftcjtio

salle faisant la même opération, on

imagine le tapage produit. C'est ce

qu^on appelle le coup du bourei ;

il est salué par un formidable

Artilleur^ entonné par toutes les

voix. Enfin, il n'est pas de tapage

organisé dans les salles, pas de

chahut un peu bien senti, qui

ne soit accompagné du bris de

quelques bourets.

Bran. — Jusque vers l'année 1848, on donnait le nom de bran à tout désordre général, comme on dit aujourd'hui grand chambard ou grand chahut; il était décidé dans les circonstances graves par le vote des deux promotions.

Le bran se faisait dans les casernements ; on éteignait les quinquets, on brisait les cuvettes, les pots à eau, toute la vaisselle,. et on entonnait à tue-tête le refrain de la, Mère Michel :

Bran! tu m'embêtes, Disait la mère Michel...

BranI tu m'embêtes.

On disait faire un bran ! à peu près comme le compa-

triote de Tar

bru ! dans

Daudet.

rigine du

plus an-

remonte

Rabelais ,

ploie pour

bruit ordu-

Régnier lui

le même sens quand il dit :

tarin dit fess de

le livre de

Mais l'o-

mot est

cienne et

jusqu'à

qui l'em-

si gnifier

lier. Le vieux

donne à peu près

Surtout vive l'amour, et Bran ! pour les sergents.

\]f%€i ^. C'est dans ce sens qu'on disait au- ^ '** trefois à l'École piquer un bran,

comme on dit aujourd'hui piquer une sèche, c'est-à-dire une fort mauvaise note.

On raconte qu'un bibliothécaire de l'École, peu ferré sur ses auteurs, mais accoutumé à l'argot de l'X, fit relier deux volumes de Brantôme en indiquant sur le dos : Bran, tome I et Bran, tome IL C'est peut-être le même qui fît cataloguer un

volume sur les tables tournantes parmi les ouvrages sur la menuiserie (!!) et qui inscrivit, sur des mémoires dal-

gèbre du professeur Joseph Bertrand, cette mention : rédigés à Sainte-Hélène ! ! î

Le vieux mot Aran de scie, signifiant la sciure de bois, est encore connu à TEcole ; nous n'en voulons pour preuve que

ce couplet d'une complainte qui fut composée sur l'assassin Verger, lors du meurtre de l'archevêque de Paris :

II partit entre quat' gendarmes Il n'avait pas du tout Tair (ïèV gai.

Les assistants versaient des larmes Bien que Ton fût dans le milieu du mois d* mai. On tir* la corde ; il r'çoit le coup de grâce Et sa tête tomb' dans un panier d* bran de sci. Ainsi finit qui creva la paillasse A Monseigneur TArchevéq' de Paris.

Dussy. — Râtelier qui supporte les planches à dessin dans la salle d'étude (V^oy. dessin, page 75) et qui est fixé au mur, devant chaque élève. Au-dessous est Vhypobassy, formé de deux planchettes qui supportent les livres. Cette installation a été faite par le colonel de Bussy, commandant en second en 1878.

I»f iinr ••< iiJir*

Cahonrs. — Espèce de grande g^amelle en fer-blanc, qui occupait autrefois le milieu des tables du réfectoire, et servait fort malproprement à vider toutes les assiettes. Cet ustensile, qui a disparu, portait le nom d'un des plus savants professeurs de chimie, parce que celui-ci avait rhabitude, à Vamphi^ de verser dans un grand récipient le contenu des verres dans lesquels il avait produit des combinaisons chimiques.

Caillou. — S'employait autrefois pour désigner les manipulations de stéréotomie, où Ton s'exerçait à la coupe des pierres, la coupe des cailloux. Le mot, comme la chose d'ailleurs, a disparu.

78 L* ARGOT DE l'x.

Caisse. — Caissiers. — Un sentiment généreux de fraternelle union s'est manifesté à TÉcole dès les premiers jours de son existence. Quand le traitement était de 1200 livres payés en assignats, plus tard de un franc par jour, et qu'il fallait, avec cette unique ressource, se nourrir, se vêtir et se loger, la situation des élèves appartenant à des familles pauvres était extrêmement pénible (1). Pour venir au secours de leurs camarades, les plus favorisés de la fortune firent alors volontairement Tabandon de leur solde qu'on répartit entre les plus nécessiteux. Quand Bonaparte, transformant l'École en une institution militaire et casernée, eut exigé le payement d'une pension, il arriva chaque année que des élèves, se trouvant dans l'impossibilité absolue de se procurer la somme de huit cents francs et n'ayant pu obtenir de bourse, se virent menacés de quitter l'École. C'est alors que l'institution de la caisse commença à fonctionner (2).

Depuis le décret de l'an XII, deux élèves, appelés caissiers^ investis d'un pouvoir discrétionnaire sans contrôle, furent chargés d'examiner dans quelle mesure il convenait d'alléger les charges de leurs camarades nécessiteux. Sans rendre de compte à personne, ils imposaient leurs condisciples de la somme nécessaire ; le secret obligeait les camarades secourus à verser comme les autres leur quotepart dont les caissiers leur faisaient l'avance au préalable

(1) A la fondation de T École, les élèves reçurent, pour se rendre à Paris le traitement de route alloué aux canonniers de première classe, c'est-A-dire quinze sous par jour en assignais^ soit quatre sous en numéraire ; A compter du jour de leur arrivée, ils touchaient 1200 livres par an, toujours en assijçnats, ce qui faisait à peu près 366 francs. En 1798, le traitement fut fixé A 40 francs par mois. En 1799, les élèves furent considérés comme des sergents d'artillerie et reçurent 98 centimes par jour : les élèves nécessiteux touchaient en plus 18 francs par mois.

(2) Le gouvernement avait décidé que des bourses seraient accordées aux élèves nécessiteux, mais A la condition qu'ils seraient dans les trente premiers. C'est alors que Mongc, l'illustre fondateur de l'École, fit abandon de son traitement en faveur des élèves pauvres.

L ARGOT DE l'x.

et secrètement. Les caissiers accomplissaient dans le silence leur honorable mission et jamais on n*a su quels étaient ceux qu'on secourait.

Nous donnons en fac-similé une intéressante lettre de Napoléon informant le général Lacuée que vingt-cinq bourses seront accordées aux élèves.

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Aujourd'hui que le nombre des bourses n'est plus limité,

80 L* ARGOT DE l'x.

les élèves n'ont plus besoin de venir au secours de leurs camarades que dans de très rares circonstances, par exemple quand des parents n'ont pas fait une demande de bourse en temps utile, quand ils ont été ruinés postérieurement à l'admission, enfin quand ils ont des raisons de vouloir cachera l'État et au public leur situation précaire. La caisse paye les frais d'enterrement des camarades morts à l'École. Depuis l'année 1848, l'institution des caissiers n'a plus eu

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pour objet que le soulagement, toujours aussi discret qu'autrefois, d'infortunes exceptionnelles.

Les fonds de la caisse sont fournis par une cotisation annuelle fixe que payent tous les élèves et qui est calculée de manière à laisser un excédent pour solder certaines dépenses communes, telles que celles occasionnées par l'organisation des fêtes traditionnelles.

Depuis 1860, le bureau de bienfaisance, créé dans le but de secourir les pauvres du quartier et anciennement indépendant de la caisse, a fusionné avec elle ; les caissiers reçoivent les demandes faites par les malheureux, désignent à tour de rôle les camarades qui doivent aller

les visiter à domicile, et distribuent des secours une fois j>ar semaine à la porte d'entrée de TÉcoIe.

Ainsi chargés par leurs camarades d'une mission de confiance, les caissiers ont toujours été regardés comme les représentants autorisés de chaque promotion ; ils partagent avec les majors la prérogative de prendre vis-à-vis de Tautorité la défense des intérêts communs, de provoquer les

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votes et les enquêtes ; ils sont les gardiens des décisions prises et de toutes les traditions. La situation de caissier est des plus enviées, et chaque année, à Tépoque de l'élection, le nombre est grand des concurrents qui se présentent aux suffrages de leurs camarades. Il est nécessaire que des comités s'organisent, que les candidats fassent connaître leur programme à la planche aux topos, tant l'élection est disputée. C*est alors qu'on voit circuler et afficher de nombreux topos illustrés de caricatures ou de dessins comiques. De tous ceux que nous avons sous

82 l'argot de l'x.

les yeux, nous reproduisons celui qui représente le candidat, Jules ^ comme un taureau furieux éventrant tous ses concurrents ; un autre dessin nous montre quels seront les heureux résultats de l'élection de Jules : avant son élection, les élèves étaient passés en revue par le gêné; après ce sera Jules qui passera la revue des officiers de rÉcole.

Galo. — Abréviation de calorifère. Dans les salles d'étude, la bouche du calorifère est fermée par un treillage en fil de fer qu'il n'est pas très difficile d'enlever après s'être débarrassé du cadre qui le protège. On dispose alors d'une précieuse cachette dans laquelle on enferme toutes les provisions nécessaires à la confection des déjeuners du matin, les livres et les objets défendus.

C'était un plaisir extrême, à une certaine époque, d'allumer un petit pétard d'enfant dans la conduite du calo; la détonation ne causait aucun dommage, mais elle faisait un bruit énorme qui se répétait presque simultanément à toutes les bouches de chaleur et mettait en agitation tout le personnel du cabinet de service sans qu'on pût jamais savoir d'où le coup était parti.

L'été, celui qui veut dormir bien à son aise, enlève le couvercle et le treillis, s'élend à terre le long de la cloison et, la tête dans l'ouverture de la conduite sur un coussin de brique, il fait des rêves d'or.

Calot. — Abréviation de calotte^ pour désigner le képi d'intérieur, anciennement appelé phécy et qui ne tarde pas à prendre, par l'efTet du bahutage auquel on le soumet, l'aspect d'une vulgaire calotte. Le képi est relativement récent; la coiffure d'intérieur était jadis un bonnet de police, un police^ à gland jaune ou rouge suivant les promotions.

l'argot de l*x. 83

Casert. — Les caserls sont les casernements, c'està-dire les dortoirs des élèves. Ils occupaient autrefois le deuxième et le troisième étage du pavillon, un étage

par division. Depuis que les promotions sont devenues si nombreuses, on a fait de nouveaux caserls dans l'annexe du Pavillon et dans le bâtiment construit sur le square Monge. Toutes les chambres sont d'ailleurs à peu près semblables, généralement trop petites et insuffisamment aérées. Le mobilier en est des plus simples, huit ou

dix lits alignés de chaque côté, la tête au mur ;. au pied de chaque lit un petit bahut (le coffin) contenant le linge et les effets, et servant de table de toilette avec le pot à eau et la cuvette posés sur le marbre ; au-dessus de la tête une planchette sur laquelle se placent le carton contenant le képi et la boîte à claque. Au mur, accrochés à un clou, l'épée et le ceinturon. Une fontaine dans un coin; point de rideaux, ni aux lits, ni à la porte vitrée, ni aux fenêtres. Il y a cependant au pied du lit un petit tapis qu^on appelle un /at?é, en Thonneur du général commandant l'Ecole qui l'introduisit dans les caserts.

Il y a naturellement sous le lit un vase indispensable, appelé généralement thomas; actuellement on l'appelle souriau. Pendant le bahutage, l'ancien passe une revue au casert en obligeant les conscrits à tenir leur souriau à la main.

Comme on dort là, à vingt ans I Le matin, il faut trois roulements de tambour ou trois sonneries stridentes du clairon pour réveiller les dormeurs ronflant encore comme des tuyaux d'orgue. A la dernière minute seulement l'A' saute à bas du lit, passe son pantalon à la hâte, enfile ses bottes; puis, prenant à la main le képi, la cravate, se précipite dans le corridor, moitié vêtu, pour se trouver en salle au moment de l'appel.

Un peu plus tard on remonte au casert^ au risque d'être puni, pour terminer sa toilette, ou pour achever le somme interrompu ; à la récréation de l'après-midi, on y vient encore dans le même but, sous prétexte de mettre en ordre sa garde-robe.

Pendant l'été, c'est un plaisir très goûté de s'asseoir sur l'appui de la fenêtre, les jambes pendantes dans le vide, ou même de s'étendre de tout son long sur la corniche assez large. Des fenêtres on aperçoit la grande cour, \d^ boite à claque aplatie, le couronnement du portail d'entrée orné du drapeau flottant, et par-dessus les maisons pittores-

['.^fiO'^)'''

ques qui dessinent le cercle de la

petite place de l'École, le clocher

coquet de Saint-Étienne-du-

Mont, le dôme énorme du

Panthéon et tout Paris

dans le lointain.

Dès les premiers temps du casernement, lescaserts, où l'on est tout à fait chez soi, ont servi de théâtre à toutes sortes de distractions plus ou moins défen- %, dues. Sous le premier empire, ^ijtv on y organisait des concerts, des comédies et même des bals ; le caseri était le temple de Tar/.Costumes et coulisses étaient faits avec des couvertures; les spectateurs

s'asseyaient sur les lits ^- - - -^■■,-- ^

et Ton jouait à la lumière des quinquets.

Les plus jeunes, se fai- j sant un costume avec f) des tabliers de labora- l toire, remplissaient les rôles de femmes; ceux qui avaient du talent pour la musique composaient l'orchestre. Le spectacle devait être terminé à l'extinction des feux; un roulement de tambour et l'obscurité subite interrompaient la représentation. ^^ ^a^^^ ,.wj.^^.

Il n y a pas encore bien longlemps, une fièvre chorégraphique s'était emparée des élèves et le casert servait au tourbillonnement des valses les plus échevelées. Dans le plus simple appareil, coiffés du claque, le baudrier passé sur la chemise, les couples tournaient avec furie, au grand désespoir des camarades fatigués que le bruit empêchait de dormir. Si les protestations devenaient nombreuses, on votait sur la continuation de la danse et un cocon facétieux proposait le vote en ces termes : « Que ceux qui veulent dormir se lèvent ! »

Le casert est souvent témoin de luttes homériques : on donne volontiers Tassant au casert voisin qu'on bahute d'une manière complète. Les assiégés font bonne résistance et se barricadent avec soin. D'autres fois ce sont les caserts de l'étage supérieur qui attaquent : un bouret solidement attaché à l'appui de la fenêtre et suspendu à l'extrémité d'une corde est lancé dans l'espace : les futurs artilleurs ont tellement bien pris leurs mesures que le bouret retombe dans les vitres du casert ennemi qui se brisent avec fracas.

Aux caserts^ aujourd'hui, plus de divertissements semblables, mais de longues causeries, des discussions philosophiques ou politiques interrompues par les bâillements ; quelquefois des assemblées muettes autour d'un bol de punch qui flambe dans une cuvette.

Casos. — Abréviation de casoard. Les saintcyriens donnent le nom de casoard à leur élégant plumet blanc et rouge, fait des plumes de cet échassier. Comme

ils'se montrent particulièrement soigneux de leur casoard^ ayant toujours dans la poche un petit étui en carton pourly enfiler à la moindre menace de pluie, lesXleur ont donné le sobriquet de ca^o*, qui a remplacé ainsi Tancien surnom de cyrards. La supériorité de VX sur le ca^o, dont le premier est convaincu d'ailleurs, ne ferait pas de doute pour le dernier gavroche du quartier, si l'on en croit la vieille chanson de la rue MoufTetard :

Messieurs les Saint-Cyriens N'sont pas des gens de rien, Mais le Polytechniqu' Est encore bien plus chic !

Lari fla, fia, fla...

Chahut. — Manifestation bruyante, en forme de protestation contre l'autorité. Le mot chahut vient d'une

danse échevelée, fort en honneur dans les bals de barrière, à la fin de la Restauration, et qui a été remplacée, depuis, par le cancan.

Le chahut n'est pas autre chose que l'ancien bran. Il doit être décidé par un vote de la promotion, et pour que

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le vote soit valable, il faut au moins les deux tiers des voix.

Ghambard. — C'est un chahut plus modeste et qui n est pas général. On fait du chambard dans une salle d'étude, ou bien l'on va chambarder un casernement.

Ghambergfeot. — Le jeune Chambergeot mourut en 1750, dans l'intervalle des compositions à la distribution des prix, ayant remporté les quatre premiers prix du grand concours. Son histoire, racontée en style suranné, dans le Cours de thèmes allemands du professeur Bacharach^ était autrefois le sujet de mille plaisanteries où l'esprit caustique des élèves s'ingéniait à tourner en ridicule le professeur qui puisait dans ce récit les questions souvent les plus grotesques.

Ainsi, on trouvait cette phrase : « Le jeune Chambergeot n'avait pas seize ans r...... ^ &fc./<il,jy^U*^

En

quand il mourut manière de scie^ on sf' posait à chaque instant (les questions comme celle-ci : « Quel âge n'avait pas le jeune Chambergeot quand il mourut ? » le camarade interrogé devait répondre : « Il n'avait pas seize ansi » Un autre demandait : <( Dans quoi mourut Chambergeot? » la réponse était : « Dans l'intervalle » ; oubien encore : « Qu'est-ce qu'on en tendit partir?

l'argot de l'x. 89

et il fallait répondre : « Des gradins ! » parce que le texte disait : « On entendit partir des gradins ce cri lugubre : Fato functus. »

A la fin, on imagina, à la cérémonie des cotes (Voy. ce mot) de faire de cette histoire le sujet d'une cote particulière, la cote Chambergeot^ appliquée au conscrit ayant obtenu dans sa dernière année de collège le plus grand nombre de nominations, prix et accessits, ou à celui qui a remporté le prix d'honneur de mathématiques.

En 1879 notre camarade Gaston Moch eut l'idée de remplacer la lecture de la cote par une scène de l'efTet le plus amusant. Nous reproduisons en grande partie cette scène qui fait revivre les principaux événements de l'histoire de l'Ecole (1).

[Un Spectre, drapé dans un linceul, apparaît brusquement sur Testrade. EfTarement des commissaires. L'un d'eux interpelle le Spectre:]

Quel est ce fantôme inconnu Dont la présence redoutable Vient troubler ce jour mémorable ?

Dis-moi, réponds : — Qui donc cs-tu?

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