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LIQUEURS DE LIDAVIUS, DES HOLLANDAIS

Eau régale (la meilleur des eaux de table).

Major. — Comme dans la Vie parisienne^ il y a à l'Ecole plusieurs espèces de majors : le major de tête^ qui est classé avec le numéro un ; et le major de queue, qui est classé le dernier.

Le major de tête avait, jusqu'à ces dernières années, le grade de sergent-major et il en portait les galons. Le major de queue ne portait rien. Aujourd'hui ils sont égaux sous ce rapport.

Le major de queue n'a de rôle à remplir que le jour de la séance des cotes ; mais le major de tête est l'intermédiaire obligé entre ses camarades et Fautorité : toutes les fois que la promotion le désire, il est tenu de se dévisser, c'est-à-dire de se rendre auprès du général et de faire triompher la volonté de ses cocons, fût-elle même contraire à la sienne.

A sa sortie de l'Ecole, le major choisit généralement les mines; il lui est fait don par l'Académie des sciences du

L AHGOT DE L X.

prix annuel fondé par Laplace et consistant en un exemplaire de ses œuvres.

Chaque promotion a un premier et un second major. Peu de jours après la rentrée, les quatre majors, anciens et nouveaux, font connaissance en dansant la polichinelle, au centre d'un cercle formé par tous les élèves. C'est la danse des majors ; elle est accompagnée par le refrain bien connu :

Panl qu'est-ce qu*est là?

C'est rPolichinel' vampire I

qui est répété indéfiniment.

La promotion de 1870 a eu exceptionnellement trois majors. Les examens d'admission étaient terminés à Paris au moment de la déclaration de guerre à la Prusse; ils avaient pu être continués sans interruption en province, sauf à Strasbourg et le 12 septembre le Journal officiel publiait la liste d'admission ; mais les candidats de Strasbourg ne furent examinés qu'après la paix. Six furent admis ; l'un d'eux, ayant été classé le second sur la liste générale, reçut les galons de major, ce qui porta à trois le nombre des majors.

Malo. — Ce mot désigne aujourd'hui le « veau aux carottes ».

On donne encore le nom de malo au garde-crotte fixé aux bottes; cette innovation introduite en 1892 par le général Gebhart ayant été annoncée aux promotions par le capitaine Malo,

Mandant. — Abréviation de commandant ; mot nouveau comme la fonction elle-même. C'est en 1890 qu'un

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décret a ajouté à Tétat-major de TÉcole un chef d*escadron chargé de diriger rinstruclion militaire des élèves. La fonction n'était nullement prévue par les lois et décrets qui ont fixé l'organisation de l'École, mais :

Un o/f, un déplus, c'est pas une afTnire ;

Un bastion déplus, c est pas une afîaire ;

Faut rendre aux X Fesprit militaire.

Marcher au pas pour défiler ! Pour défiler marcher au pas ! Un chef d'bataillon, un commandant, il n y a que ça. Un mandant etrbastionje n'connais rien d'mieux que çal

Telle est l'opinion des élèves sur cette innovation.

Manlps. — Abréviation de manipulations.

Les manips de chimie ont pour objet d'exercer les élèves à faire certaines préparations et les analyses chimiques les plus usuelles.

Vêtus de la longue blouse de toile, ils passent deux heures devant un fourneau, au milieu des cornues, des flacons, des chalumeaux, des queues de rat.

Quand on leur donne un alliage ou un sel, ils ont encore assez vite fait d'en déterminer les éléments; mais s'il s'agit d'une analyse quantitative, pour trouver exactement les proportions, ils considèrent qu'il y a plus de chance d'avoir une solution approchée en employant une formule empirique dans laquelle on fait entrer la date de la promotion, le numéro du fourneau, au besoin la date de la naissance du Père Chlorure^ le garçon en chef des laboratoires.

Le premier qui porta le nom de Père Chlorure fut Gaultier de Glaubry, le conservateur des collections, dont les ongles longs et noirs faisaient dire qu'il les gardait intacts par amour des corps simples.

Les préparations à faire sont généralement faciles. Une vieille chanson de 1810 donnait le moyen d'obtenir presque

tous les produits chimiques. En voici un couplet qu'on chantait sur Tair de Calpigi :

Pour obtenir de l'hydrogène Prenez un tube en porcelaine, Mettez-y du fer et de l'eau, Chauffez le tout dans un fourneau.

L'eau, par le fer décomposée, Est par là môme analysée ; L'oxygène s'unit au fer, L'hydrogène s'en va-t'en l'air I

Le grand chimiste Regnault, très malin, n'ignorait pas comment les élèves obtenaient de curieuses réactions. Il

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parvenait à vous faire avouer, après la séance des manipulations, que vous aviez vidé tous les produits chimiques dans la cuve à eau, en les agitant consciencieusement pour leur faciliter les moyens de se combiner.

A une certaine époque, on exerçait aussi les élèves à des manipulations de physique ; on leur apprenait à faire un baromètre, un thermomètre ; à effectuer certaines mesures.

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Obelliane, l'habile préparateur, surnommé Trompe-Nature à cause de sa laideur, montrait le maniement des appareils ; des agents exercés, Tun, plein de timidité, qu'on appelait Mérite-Modeste^ un autre, opérateur adroit, qui portait le nom de Sans-Prép,..^ aidaient les élèves de leurs conseils.

Ces manips de physique ont été supprimées ; on se contente aujourd'hui de montrer de très près aux élèves, divisés en petits groupes, les principales expériences du cours de physique.

Méca. — AbréWation de mécanique.

La mécanique est peut-être la science dont l'objet est le

plus important à l'école. L'illustre Lagrange a été le premier professeur de mécanique rationnelle ; après lui, cet enseignement a été réuni à celui de l'analyse jusqu'en 1851 ; mais il y avait un cours de mécanique appliquée, appelé cours de machines, ébauché par Hachette, Lanz et Bétancourt, et développé à partir de 1829, par Arago, qui eut pour

.UisniC^s^

l'argot de lx. 197

successeurs Savary etChasles. Le cours de mécanique, rétabli en 1851, fut confié à Delaunay et à Bélanger, auquel succéda Bour, mécanicien de grand mérite, mort très jeune, et qui ^-:*^„ fut remplacé par Bresse, dé- j^ v*-^'^^

cédé il y a quelques années ; ce cours est aujourd'hui professé par MM. Resal et Sarrau. La science et le mérite de ces deux professeurs, tous deux membres de l'Académie des sciences, auteurs de remarquables travaux qui font le plus grand honneur à l'École, n'empêchent pas qu'ils soient présentés comme les autres d'une façon comique à la séance des Ombres, Les élèves, réunissant malicieusement quelques phrases prononcées par leur professeur, lui font tenir le discours suivant :

— Monsieur le capitaine, vous pouvez vous retirer ; pas besoin de militaires ici... Messieurs, j*ai deux fils... ils ont tous les deux mal tourné... ingénieurs des ponts... Substituons la valeur de Kdans la relation fondamentale... tiens, c*est singulier... ces deux choses ne se détruisent pas... je ne peux pas lire sur mes feuilles... Ah l voilà, il faut changer le dix-neuvième signe. Je substitue maintenant... vous suivez bien... tiens, tout se détruit maintenant. J'avais pourtant trouvé... voyons... je ne vois pas. Faut-il vous le refaire? Non, n'est-ce pas ? C'est très facile.

MégfO. — Abréviation de mégohm^ unité électrique; terme employé depuis plusieurs années pour signifier électricité et même par extension toute la physique. C'est ainsi qu'on dit : « Nous allons à Vamphi de mégo ».

MM. Cornu et Potier sont aujourd'hui les deux professeur de mégo.

Avant eux, la physique a été enseignée à l'École par d'illustres savants. Si l'on en croit Arago, il faudrait faire une

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exception pour Hassenfraiz. On lit, en effet, dans ses Souvenirs : « Les élèves, s*étant aperçus de Tinsuffisance d'Hassenfratz, firent une démonstration des dimensions de Tarc-en-ciel remplie d'erreurs de calcul qui se compensaient les unes les autres, de telle manière que le résultat final était vrai. Le professeur, qui n'avait que ce résultat pour juger de la bonté de la réponse, ne manquait pas de s'écrier, quand il le voyait apparaître au tableau : « Bien, bien, parfaitement bien ! » ce qui excitait des éclats de rire sur tous les bancs de l'amphithéâtre. Arago rapporte encore ce dialogue entre le même Hassenfratz et un élève à la planche :

« Monsieur, vous avez vu la lune. — Jamais, monsieur! — Comment, vous dites que vous n'avez jamais vu la lune? — Je ne puis que répéter ma réponse; jamais, monsieur. » Hors de lui, Hassenfratz s'adresse à Tinspecteur Lebrun :« Monsieur, voilà M. Leboullenger qui prétend n'avoir jamais vu la lune !» — « Que voulezvous que j'y fasse? » répond l'inspecteur. Alors l'élève, calme et sérieux au milieu de la gaieté de l'amphithéâtre : « Monsieur, je vous tromperais si je vous disais que je n'en ai jamais entendu parler, mais je ne l'ai jamais vue. — Monsieur, retournez à votre place. »

On peut citer une autre exception, celle d'un chef d'escadron d'artillerie qui fut nommé professeur de physique en 1844; les élèves le jugeant insuffisant firent un tel bruit à son cours qu'il dut se retirer au bout de trois mois.

Lamé, Fresnel, Bravais, de Sénarmont, Wertheim, Verdet, Jamin, ont professé avec le plus grand éclat.

Lamé avait, par malheur, un débit qui endormait régulièrement l'auditoire. Un jour, s'adressant au capitaine de service il lui dit : « Je crois qu'ils dorment tous ! » « Sauf quatre ou cinq, » répondit le capitaine ; alors Lamé laissa tomber sur la table un large plateau de bois ; sur tous les bancs, les auditeurs se levèrent en sursaut et lui se mit à rire de tout son cœur. L'illustre mathématicien était le

meilleur des hommes. Invariablement, quand il entrait à Vamphi^ il trouvait écrite, sur le tableau noir, cette phrase à double entente : « La métaphysique [Lamé ta physique) m'ennuie » ; et il Teffaçait avec bonhomie.

Verdet, myope, opérateur inhabile, faisait un admirable cours dans lequel malheureusement les phrases succédaient aux phrases, sans interruption, comme récitées, tandis que sa myopie lui faisait renverser de la main les appareils placés sur la table. Un rire inextinguible s'emparait des élèves quand, présentant un morceau de spath d'Islande, il disait : « Mes expériences se font avec de gros spaths ».

Jamin s'annonçait presque toujours par un coup de tamtam formidable, et, à la fin de son cours, il disparaissait au milieu des flammes de bengale. Ses attitudes cherchées, ses gestes solennels étaient tournés en ridicule à la séance des Ombres. Quand sa silhouette paraissait, suivie de celle du préparateur, M. Boudréaux, on lui faisait jouer cette petite scène :

Jamin. — Prenons un phonographe, dans lequel nouss lançons des ondes sonores. M. Boudréaux va avoir Tobligeance de préparer l'expérience.

M. Boudréaux. — A, e', i, o, u.

Maître Corbeau, sur un arbre perché.

[Le phonographe répète ces mots et ajoute ;] — Monsieur Jamin est le plus grand physicien des temps modernes.

Janitc, à part. — C'est moi qui ai mis ça avant la leçon. [Haut.) Ainsi, messieurs, comme Biot, Arago, Fresnel et moi l'avons montré, les rayons vibratoires se propagent en ligne droite. Je pourrais continuer, mais le reste se trouve dans le deuxième volume de mes œuvres, celui que j'ai dédié A M. Lebrun -Lépreux, mon beau-père.

M. Cornu était célèbre dans sa promotion par ses talents de littérateur et de musicien ; c'est à lui que l'on doit la

fameuse ouverture du Point y. Admis de bonne heure à TAcadémie des sciences dont il fut le plus jeune des membres, il professe à TÉcole la physique avec une élégance et une limpidité admirables. M. Potier, physicien de premier ordre (Voy. gravure, p. 199), fait un cours plus savant et plus difficile.

Merca. — Abréviation du nom de M. Mercadier, le directeur des études, universellement connu par l'invention de l'appareil qui permet d'expédier huit dépêches à la fois. A la séance des Ombres^ on lui fait chanter des couplets malicieux dont voici quelques échantillons :

J« sius Mrr.rn. ili. rer (fur dr I^i.m . in*. GrMidm.trti.lmr <lr jo

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M. Mercadier, savant électricien, a fait installer dans les salles de dessin, les réfectoires et les cabinets d'interrogation, des lampes à incandescence, qu'on appelle des merca (Voy. p. 201).

Le directeur de l'École polytechnique de Zurich étant venu visiter l'Ecole à plusieurs reprises, les élèves ignorant

l'argot de l'x. 201

son nom, le surnommèrent Mercazu : c'est le « Mercadier de Zurich ».

Monôme. — Le monôme est une transformation de la danse antique, appelée la grue, qui ligure sur le bouclier

d'Achille et dans laquelle, à l'imitation de ces oiseaux volant l'un derrière l'autre en longues files, les danseurs se tenaient par la main et décrivaient, gttidés par le conducteur du chœur, des circonvolutions gracieuses.

Quand les compositions écrites pour l'admission à l'École sont terminées, les taupins, candidats des lycées et des écoles préparatoires, se réunissent sur la place du Panthéon. Ils s'organisent en longue file indienne, chacun venant appuyer ses mains sur les épaules du camarade qui le précède, et partent processionnellement sous la conduite du premier taupin de France, le premier de ceux qui ont échoué l'année précédente. Ce gigantesque mille pattes, va, vient, serpente, frappant le sol en cadence, lançant dans les airs dçs chansons du caractère le plus profane ; il ne rappelle que de bien loin, dans ses tours et ses détours, le jeu auquel les Grecs se plaisaient à donner une forme orches-

trique. Il se dirige d'abord vers la cour du Collège de France où doivent commencer, quelques jours après, les examens oraux; il décrit toutes les circonvolutions de la courbe qui a fait le sujet de la composition de mathématiques ; puis il descend le boulevard, au milieu de la foule ahurie, interceptant la circulation, suit les quais jusqu*au terre-plein du Pont- Neuf et après une ronde échevelée autour de la statue de Henri IV, se rend chez la « mère Morea u », le fameux débit de prunes et de chinois.

Depuis quelques années, un vieux taupin^ à la tête du FfKttwrite, porte le buste qui a été donné comme sujet de compositions de singe; on modifie un peu le vieil itinéraire en se rendant sur le pont Saint-Michel d'où le buste est précipité dans la Seine. Un Artilleur formidable salue la chute du plâtre !

Xanroff, le gai poète du quartier Latin, a chanté le Monôme :

Qui gôn' la circulation, Bouscul* la population, S'fait fich' au bloc comme un seul homme?

C'est le monôme l

Qui va de Tautre côté dTeau Prendre un' prun' chez la mèr' Moreau, S'évanouit comme un fantôme?

C'est le monôme !

L*ARGOT DE l'x. 203

Le lendemain qui qu'a mal aux ch'veux, Qui s'plaint d'avoir la tête en feux, Et pendant Tcours pique un p*tit somme ?

C'est le monôme l

A l'Ecole, le monôme est également en honneur. Son origine date de l'année 1836. On avait pris l'habitude, à l'heure de la petite récréation du soir, de passer successi-

vement dans toutes les salles, ramassant les camarades en une longue farandole qui s'allongeait au fur et à mesure, puis on descendait dans la cour en chantant la scie des Petits poissons :

Les petits poissons, dans Teau, Nagent, nagent, nagent

Nagent, nagent; Les petits poissons, dans Teau, Nagent {bU) comme il faut.

Les petits, les gros.

Nagent comme il faut ;

Les gros, les petits,

Nagent bien aussi...

Quand on veut faire une manifestation, quand il y a du bruit et du tapage, au commencement ou à la fm de certains

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exercices, à des jours désignés et traditionnels, vite un monôme s'organise. Le monôme des fumistes conduit par un conscrit non encore habillé ; le monôme des tangentes, le jour où l'on exerce pour la première fois les élèves à se servir de l'épée : chacun pose la main droite sur l'épaule du camarade qui le précède et tient de la main gauche l'épée

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