‹ Lárgot de l'XChapitre 7 sur 19 · CERTIFICAT DE VACCINATION · texte numérisé non relu

CERTIFICAT DE VACCINATION

Nous Docteur en Philosophie , Docteur en Médecine , l'un des Médecins Grand-Vaccînateurs du Royaume., etc. , etc. ^ certifions que Mr^l^?^^^V'2g^.^^

aétiprésenré/de la doutante et meurtrière Fefil^Yfrole par notre Vaccination régulière dtt//^lfa4/' ^/. ^ %8if

la première partie de ce baccalauréat donne un avantage de 15 points. Sur la liste par ordre de mérite, on prend le nombre d'élèves fixé chaque année par le ministre de la guerre.

Pour entrer à VX il ne suffit pas d'être Français, d'avoir moins de vingt et un ans, et d'être ferré sur les mathéma-

tiques [trapu en X comme on dit à l'école) ; il faut avant tout être vacciné.

Dès Torigine de TÉcole, un certificat de vaccine a été nécessaire. Nous donnons, page 7, le curieux fac-similé d'un certificat produit en 1818.

Vacciné, déclaré bon pour les services qui se recrutent à l'Ecole par un conseil de revision spécial, le iaupin est alors autorisé à se présenter devant les examinateurs.

Les candidats les redoutent, ces examinateurs féroces, qui, pendant une heure, les tournent et les retournent comme les martyrs sur leurs brasiers.

Aussi comme on se venge à l'Ecole, le jour de la séance des Ombres^ en mettant en lumière leurs tics, leurs travers, leur manière d'interroger, les tours de phrases qu'ils affectionnent.

Celui-ci hirsute, lourd, le dos voûté, critique en grommelant toutes les expressions échappées au candidat :

— Heu! heu! « le sens des ai^illes d'une montre! » mais, monsieur, si vous n'avez pas de montre ? — Et puis, vous dites « ce qui satisfait à Téquation m ; vous a-t-elle dit ce qui lui fail plaisir? Heu ! heu ! Quand on parle comme vous, on apporte un dictionnaire de locutions! — Vous ne comprenez pas?... C'est malheureux pour Tun de nous deux, monsieur! heu ! heu ! — Effacez !

Celui-là, moins gouailleur mais plus nerveux :

— Ah! vous ajoutez !... Eh bien, dites-le, monsieur, parlez! Bon, vous retranchez, maintenant! mais dites-le, monsieur, dites -le donc! — Cela me fait beaucoup de peine, monsieur; j'ai pleuré pendant tout l'examen de votre prédécesseur, j'en ai assez... Je vous remercie.

Col autre, physicien très distingué d'ailleurs, promène

l'argot de l*x. 9

une longue règle de bois de sa chaussette à sa bouche, cache son visage derrière une pile de livres, afin d'éviter la poussière de craie, et demande :

— M'sîeu, pas de détails, pas de figures. — Tournez le dos à la planche et lâchez de me comprendre ; c'est pas si facile que ça.

— M^sieu, si je place une mouche dans un verre plein d^air, et que cette mouche vole, le verre en sera-t-il plus lourd?

Il y a Texaminateur nerveux, ne cotant que l'intelligence, et posant au candidat des problèmes dont il ne connaît pas lui-même la solution. II s'échauffe, dirige l'élève, cherche

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avec lui et donne comme note un 5 ou un 18 suivant Tinspiration du moment.

De tout temps, il s'est rencontré des examinateurs grincheux et même tant soit peu impertinents. Écoutez plutôt Arago racontant son examen d'entrée à TÉcole :

L'Examinateur. — Si vous devez répondre comme votre camarade, il est inutile que je vous interroge.

Araoo. — Monsieur, mon camarade en sait plus qu'il ne Ta montré; j'espère être plus heureux que lui: mais ce que vous venez de me dire pourrait bien m'intimider et me priver de tous mes moyens.

L'Exaurvatevr. — La timidité est toujours Texcuse des ignorants; c'est pour vous éviter la honte d'un échec que je vous fais la proposition de ne pas vous examiner.

Arago. — Je ne connais pas de honte plus grande que celle que vous m'infligez en ce moment. Veuillez m'interroger, c'est voire devoir.

L'Examinateur. — Vous le prenez de bien haut, monsieur ! Nous allons voir tout à l'heure si cette fierté est légitime.

Arago. — Allez, monsieur l je vous attends.

Les réponses du candidat furent si remarquables que^ passant d'un extrême à l'autre, l'examinateur, Monge le jeune, se leva, vint embrasser Arago et lui déclara qu'il occuperait le premier rang sur sa liste.

Vers 1860, l'un des examinateurs de math était un ancien saint-simonien, devenu catholique ultra. Lorsque la famille s'était retirée au monastère de Ménilmontant, il avait eu pour fonction de cirer les bottes d'Enfantin et de ses compagnons. Affligé d'un mal qui le faisait se tortiller sur sa chaise, il variait à chaque instant son humeur au grand effroi du candidat.

Que de générations ont maudit le célèbre Lefébure de Fourcy, toujours grognant, toujours caustique, s'attirant parfois de vives répliques. Un élève ayant ânonné sa réponse, Lefébure s'adresse à l'appariteur :

— Garçon, apportez une botte de foin pour le déjeuner de monsieur!

l'argot de l'x. 11

— Garçon, répond le candidat, apportez-en deux ; — monsieur Texaminateur déjeune avec moi !

Nous retrouverons un peu plus loin plusieurs autres examinateurs de Vadmiss*,

Amicale (!'). — C'est la Société amicale de secours, instituée dans le but de venir en aide aux camarades malheureux et à leurs familles. Née du même esprit de corps et de camaraderie qui a présidé à l'Association mutuelle des élèves et, plus tard, à l'institution des caissiers (Voy. ce mot), cette Société, fondée par les promotions 1863 et 1864, n'a pas tardé à être déclarée d'utilité publique et à prendre un développement rapide. Ses ressources, consistant en dons, leg^, souscriptions perpétuelles, cotisations et dans le produit d'un bal annuel, sont arrivées à constituer un capital social de près d'un million.

Tous les élèves tiennent à honneur de figurer sur la liste des souscripteurs, qui est un véritable Annuaire de l'École.

V Amicale organise tous les ans, dans les salons de la Légion d'honneur, du ministère de la guerre, ou d'un grand hôtel de Paris, un bal où se donnent rendez-vous toutes les familles polytechniciennes. C'est le bal de VX.

Tous les ans, au mois de janvier, les membres de l'Association se réunissent à l'Ëcole, sous la présidence d'un d'entre eux, pour entendre la lecture du rapport sur les actes de la Société.

Jadis, la réunion avait lieu dans le pavillon même des élèves ; jeunes et vieux fraternisaient, quelquefois bruyamment.

I^ séance se tient aujourd'hui dans le grand amphi de physique.

Amphi. — Abréviation du mot amphithéâtre.

Le premier amphithéâtre avait été construit dans l'hôtel

12 L ARGOT DE l'x.

Lassay, contigu au palais Bourbon, sur la terrasse du quai; il contenait quatre cents places. Pendant l'hiver rigoureux dé 1794-95, les élèves, alors externes, avaient pris rhabitude de venir y déjeuner le matin, puis de chanter et de faire le plus grand vacarme jusqu'à Theure de la leçon.

Dès le principe il fut le lieu désigné de toutes les réunions tumultueuses.

Des étrangers s'y glissaient tous les j'ours, particulièrement les élèves de l'École des miiies et ceux de TÉcole normale.

C'est pour cela qu'on fit délivrer à chaque polytechnicien une carte qu'il devait présenter à la sentinelle du posté

CX^xJMmffu^

N.^ ^'b BLivX BK L*SCOLK POLYTECHNIQUE

Signalement.

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d'entrée de la rue de l'Université ; cette carte servait également de carte de sûreté pour circuler librement dans Paris.

Quand l'École fut transportée au collège de Navarre, on construisit, à chacune des ailes du pavillon destiné aux élèves, un amphithéâtre particulier à chaque division.

Ces deux amphithéâtres disparurent en 1871, lors des agrandissements de l'Ecole, et furent remplacés par un

seul, construit dans un bâtiment annexe, qu'on éleva au milieu illa cour de gymnastique, dite autrefois cour des Acacias.

L'amphithéâtre de chimie fu!

construit en même temps que les laboratoires, par le général Tholozé, en 1842.

C'est dans cette vaste salle semi- circulaire que les deux promotions se réunissaient jusqu'à ces derniers temps. Le grand amphi théâtre de physique, dans la construction duquel on a introduit tous les perfectionnements de Tart moderne, a été élevé de 1879 à 1883, en même temps qu'un groupe de bâtiments spécialement destinés à la physique, sur la rue

d'Arras el la rue du Cardinal-Lemoinc ; il contient 700 places.

A Tamphithéâtre le professeur, presque toujours en habit noir, expose la leçon ; il est écouté religieusement. Toute manifestation est interdite; les élèves se lèvent à la première et à la dernière leçon ; il "'y û généralement d applaudisse- ments qu'à la fin du cours. Les élèves, assis sur les gradins, prennent des notes sur leurs genoux, le papier appuyé sur le carton Pierre, La surveillance est faite par un capitaine de service qui, les yeux sur le plan de la salle, peut immédiatement repérer l'élève qui troublerait Tordre. La mesure n'est pas toujours inutile car il peut arriver que quelques élèves fatigués se laissent aller au sommeil ou même, si la leçon est trop ardue, qu'ils se livrent assis à terre, entre les bancs, aux

émotions du whist à trois.

Le mot amphi ne désigne pas seulement l'amphithéâtre ; il a reçu, par extension, ])lusieurs autres acceptions . Amphi signifie aussi la leçon du professeur. C'est dans ce sens ^ "*-!"' qu'on dit : « Je n'ai pas com-

pris un traître mot de Vamphi d'aujourd'hui, » ce qu'on exprime plus couramment en disant : — J'ai pigé zéral à r amphi .

Les élèves savent que « les interrogations portent sur les quatre derniers amphis ».

On dit encore « faire un amphi à un camarade », c'està-dire « lui expliquer une leçon ».

Dans les salles d'étude, le crotale fait souvent un amphi préparatoire à ceux qui doivent subir une interrogation.

Sur la demande des élèves d'une salle, un répétiteur vient faire un amphi supplémentaire ; c'est un droit dont les élèves usent peu souvent.

Lorsqu'on veut avoir sur un point particulier des renseignements intéressants, des tuyaux^ on demande un amphituyaux.

Par extension encore, on appelle amphi la réunion de plusieurs personneî^^ de piuÉieujT? objets : un divîi un amphi de \ J^\

f.!i^ii('M*aux, uij amphi de claques, etc.

Le matin, après Tappel, certains élèves remontent dans les casernements, terminent ' leurs ablutions ou se cou- tilvi chent sur le pieu (le lit) et t^.^ .

continuent le somme interrompu par la diane : c'est Vamphi'pieu (Voy. p. 16).

Amphl-chevé. — Depuis plus de trente ans, un enseignement musical, facultatif du reste, est donné à TEcole d'après la méthode Galin-Paris-Ghevé. Emile Chevé, puis Armand Ghevé ont successivement professé avec le désiiitéressement le plus absolu. Ils ont obtenu de merveilleux

résultats constatés tous les ans dans une grande séance musicale offerte au général. Les élèves se passionnent à ce point pour les ta fa té ré lé ti fi du maître, que quelquesuns, assure-t-on, transforment en mélopée les chiffres de leur table de logarithmes.

Amphi-danse. — C'est le cours de danse.

Dans une salle basse, où le jour ne pénètre que par

deux portes vitrées donnant sur une cour, le père Fischer donne la leçon, de danse. Le gros homme, à la mine réjouie, à la démarche sautillante, debout sur la pointe des pieds, exécute la ritournelle avec un violon, en indiquant le pas. Les élèves qui doivent faire la dame ôtent leur />erri/, le retournent et le mettent à l'envers : ils se coiffent de leurs képis, la visière sur le cou ; ils font des mines et prennent des poses.

Dans une affreuse poussière jaune, les groupes s'animent, tournent, se culbutent ; des cavaliers seuls battent des entrechats.

— Allons, messieurs, dit mélodieusement le père Fischer, si vous voulez bien, pied droit, pied gauche et assemblez; droit qui recule, gauche qui avance (violon): 1, 2, 3, 4, messieurs, mon quatrième temps, je vous recommande 1 Mesdemoiselles, veuillez mettre vos couronnes de roses, c'est ainsi que nous appelons ici les képis. Soyez dame, soyez cavalier, c'est absolument la même chose.

Avant le père Fischer, le professeur de danse était le fameux Cellarius. Bien avant lui. Beaupré, ancien danseur de l'Opéra, donnait depuis 1824 des leçons de danse et de maintien. 11 faisait presque sérieusement une sorte de cours sur le port de l'épée et du chapeau, sur la manière de se présenter, sur certaines attitudes de la vie civile et de la vie militaire.

Toujours sur la pointe des pieds, le mollet tendu, le corps légèrement incliné, plein de grâce malgré ses quatre-vingts ans. Bpuupré donnait des exemples des fau\pat^, des entortillements, en un mot de toutes les catastrophes pouvant être causées par une épée mal gouvernée ; puis, subitement, il marchait sans embarras avec la plus grande élégance (Voy. le mot Frégate).

Vamphi de Beaupré n'a pas manqué d'être tourné en ridicule, en ce temps-là, au moment de V absorption : « Tu n'as pas rédigé ton cours de beaupré, disait l'ancien au conscrit embarrassé par sa tangente ; rédige, mon ami, et aie toujours ton cahier dans ta poche, pour montrer que

rTmw

18 l'abgot de l'x.

tu as compris et donner des espérances d*un meilleur avenir. »

Amphi-g^og:. — Dans le buen-retiro baptisé gog ou longchamps (Voy. ces mots), où Ton est à Tabri de toute surveillance importune, bon nombre d'élèves se trouvent souvent réunis, grillant une cigarette et bavardant, sans se soucier des odeurs fétides. C'est Vamphi-gog.

Lorsque, par hasard, on veut parler de politique ou de religion lorsqu'on veut régler bien en secret certaines petites affaires de famille, c'est à Vamphi-gog qu'on se réunit.

Certains joueurs acharnés qui ne se sentent pas suffisamment à Taise dans les salles ou à Vamphi, vont tenir un amphi-gog. D'abord tolérés par leurs cocons dont ils gênent les promenades, ils ne tardent pas à se rendre maîtres absolus de la place, s'enferment et se barricadent. C'est alors qu'un iopo sérieux est lancé dans la promotion, demandant la liberté des gogsl Nous renonçons à donner des extraits d'un topo de ce genre que nous avons sous les yeux : toutes les raisons qui militent en faveur de cette liberté étant exposées, les joueurs sont invités à ... vider les lieux.

A l'époque de l'élection des caissiers (Voy. ce mot), c'est là que le candidat loustic va, comme au club, débiter sa profession de foi. « S'il est nommé, affirme-t-il, le coffrefort qui logeait des souris regorgera d'or et de billets; les basoffs deviendront humbles et soumis ; la rue Tournefort sera pavée ; un funiculaire permettra aux élèves de gravir sans fatigue la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève; \exer sera supprimé; le truffin fera enfin connaissance avec l'eau et le savon !... »

Les murs des gogs sont alors couverts d'affiches, parodies, comme celle que nous reproduisons ci-contre, des affiches qu'on voit quelquefois sur les murs de Paris avant les élections :

COMITÉ ËLECTIVISTO-ANARCHISTO-SOCIALISTO- TERRORISTO-RÉVOLUTIONNAIRE.

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