‹ Lárgot de l'XChapitre 6 sur 19 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

Armand Silvestre.

Absorption. — L'absorption^ par abréviation Y absorba est la série des épreuves auxquelles rancien soumet le nouveau polytechnicien. C'est une sorte de baptême dont Torigine remonte aux premières années de la fondation de rÉcole.

Au palais Bourbon, où TEcole était organisée en externat (1794-1804), les élèves n'ayant pas entre eux de rapports très fréquents, de relations bien intimes, la cérémonie se bornait le plus souvent à une sorte d'examen burlesque qu'on faisait passer aux nouveaux. On leur demandait de démontrer que le carré d'une vache est un cheval; de trouver l'âge d'un capitaine de navire, connaissant la hauteur du mât et la vitesse de son bateau ; de deviner le nom d'un grand physicien représenté par une raie tracée sur le mur, et mille autres facéties et calembredaines analogues. Mais, dès que l'Ecole futcasernée et soumise au régime militaire, il s'organisa immédiatement entre les élèves, sous l'apparence de jeux, une sorte d'association

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dont le but fui d'échapper à la surveillance dont ils étaient Tobjet et de résister à Tadminisiraiion de TÉcole.

Pour absorber les nouveaux (les conscrits comme on se mit à les appeler), les anciens commencèrent à exiger des témoignages de respect et à s'arroger sur eux, pendant un certain temps, une véritable autorité. Aux problèmes baroques qu'ils continuaient à leur poser, ils ajoutèrent une série de vexations, telles que les huées, les arrosements, Tenlèvement et la destruction des effets de casernement, d'habillement ou d'étude, l'infection des chambrées, et quelquefois la bascule et les postes (Voy. ces mots). Ces initiations duraient ordinairement deux mois, de novembre à janvier, époque à laquelle, le temps d'épreuve étant considéré comme terminé, les anciens consentaient à traiter de pair avec les nouveaux (1).

Voici l'ordre qui était affiché dans chaque brigade, dès l'entrée de la nouvelle promotion :

Conscrit, La bascule tu recevras De bonne grÀce en arrivant.

La porte ouverte laisseras Chaque soir au casemement.

Sans cela tu ressentiras Notre courroux chimiquement.

Dans nos salles tu n'entreras Que bien après le jour de Tan.

Ton bonnet pris rachèteras Pour la bascule seulement.

Ou sinon tu le reverras Défiguré nitriquement.

Ton ancien tu respecteras Et serviras diligemment.

A son abord tu trembleras Et salueras bien humblement.

Nulle part ne te placeras Sans avoir son consentement.

Sans quoi la poste tu courras Dans notre cour, tambour battant.

(1) G. Pinet, Histoire de VÉcole polytechnique.

L'usage des bascules subsistait encore en 1824; un élève de cette promotion, se moquant de l'exagération des pratiques religieuses introduites un peu plus tard par le gou* vernement de la Restauration, chantait ce couplet :

Aujourd'hui, pour chasser le diable, A confesse on est obligé ; De notre temps rien de semblable :

Le diable eût été basculé!

La bascule disparut et fut remplacée par d'autres épreuves assez anodines, dont les parents cependant se plaignirent à plusieurs reprises, mais sans succès.

Sous le premier empire, les brimades causèrent parfois de véritables désordres et amenèrent des voies de fait et des duels. Sous le régime beaucoup plus doux établi par la Restauration, en 1826, l'autorité s'étant relâchée, le système des initiations ne fît que se développer, s'étalant ouvertement et se terminant chaque année par une représentation grotesque des autorités. Ce fut là l'origine de la séance des Ombres (Voy. ce mot).

Il arrivait quelquefois que des conscrits résistaient, refusaient de se laisser absorber^ faisaient de la rouspétance^ comme on dit aujourd'hui. Ceirx qui avaient de l'entrain, de la vigueur, parvenaient à échapper à tous les bras qui cherchaient à les saisir; quelques-uns payaient d'audace et d'esprit et faisaient rire aux dépens des anciens ; mais le jeu n'était pas sans danger. Johanneau, pour l'avoir joué avec succès en 1845, fut la cause d'un bran fameux à la suite duquel il fut définitivement renvoyé de l'École, et dix-sept de ses camarades furent enfermés à l'Abbaye.

Le plus souvent, les brimades n'étaient que jeux, facéties, plaisanteries, cérémonies toujours drôles et parfois spirituelles. Ainsi, le premier jour, quand il revenait de la bibliothèque après avoir passé par la lingerie, le conscrit était contraint de passer une chemise par-dessus ses habits et de chanter sur un air connu un passage quelconque d'un

livre, ouvert à la première page venue. Ceux qui avaient de la voix entonnaient un air d'opéra aux applaudissements de la promotion. Les taupins à qui Ton connaissait quelque talent ou qui s'étaient fait remarquer par quelques travers étaient signalés pour être l'objet de vexations particulières. C'est ainsi qu'en 1839, Léorat et Larochefoucauld, qui s'étaient acquis au collège une certaine célébrité par leurs exploits chorégraphiques au bal de la Chaumière, durent exécuter devant les deux promotions Xepas du grand Chahut pendant que, sur l'air de Larifla^ anciens et cons-^ crits chantaient à tue-téte la complainte du maréchal Gérard :

Le maréchal Gérard, Passant su^ rpont des Arts, Rencontre un étudiant Qui lui dit poliment:

Larifla, fla, fia, etc.

— Monsieur le maréchal, Vous êtes sans égal ; Allons au bout du pont, Nous prendrons un canon.

Larifla...

Le maréchal ému.

Lui f.., son pied dans le c, En lui disant : — Gamin, Veux-tu passer ton chemin I Larifla...

La morale de ceci, C'est que les maréchaux, Ne sont plus aujourd'hui, Des gens très comme il faut.

Larifla...

Après 1810, y absorption se fit au Palais-Royal, au café Hollandais, au Holl^ devenu le café des élèves. Elle consistait en un déjeuner froid composé d'huîtres et de pâté et arrosé de Champagne, déjeuner que les conscrits offraient aux anciens et qui était précédé de brimades inoffensives. Chaque conscrit, débarrassé de son épée, coiffé du claque

placé en bataille, à la gendarme, était saisi, enlevé de terre par deux bras vigoureux et transporté dans les airs d*un bout à Tautre de la grande salle. Pendant qu'il était soumis à un double mouvement de translation et de rotation, le conscrit était marqué d'un numéro à la craie sur la partie la plus large de son pantalon et recevait au passage nombre de taloches sur son... numéro. Les conscrits restaient groupés dans une petite salle, appelée le parc aux huîtres^ jusqu'au moment où ils étaient admis au festin (1).

Supprimée en 1865, au moment de l'épidémie decholéra, et sévèrement interdite l'année suivante, Vabsorpiion n'a pas tardé à reparaître à l'intérieur de l'Ecole, malgré les défenses, les menaces, les répressions les plus sévères. Elle se résume aujourd'hui en une série de brimades (Voy. Bahutagé)^ pour la plupart fort innocentes.

Vabsorpiion^ avec ses initiations et sous l'apparence de jeux, a pour but de fusionner les deux promotions qui se succèdent, de plierles caractères, de faire prévaloir l'idée généreuse du sacrifice de l'intérêt particulier à l'intérêt général. C'est ce que dit l'ancien aux conscrits, en présence des deux promotions réunies, à la fin des épreuves : « Malgré les punitions qui ont plu sur vos anciens, ceux-ci ont continué, fermes et calmes, leur initiation. Vous ferez de même l'an prochain. Opposez à l'autorité le lien solide de la camaraderie : les gêné passent et le Code X reste. Vous avez subi les épreuves nécessaires ; maintenant soyez nos camarades. » Cette tradition, transmise de promotion en promotion, a certainement contribué, dans une large mesure, àdévelopper un puissant esprit de corps entre les élèves.

Admiss'. — Abréviation d'admission. On dit les examens d' ad miss\ ou même simplement Vadmiss\

Ce serait une curieuse histoire que celle du programme

(1) L'École polytechnique {Journal de la Jeunesse)^ par Albert- Lévy,

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des examens d'entrée : toujours grossi, surchargé, exigeant de plus en plus un effroyable surmenage. Que de changements depuis les premières années, où Ton n'exigeait que des éléments d'arithmétique, d'algèbre et de géométrie, où l'on tenait compte surtout de l'intelligence, préférant « ceux qui savaient le mieux à ceux qui savaient le plus », et aussi « ceux qui avaient constamment manifesté l'amour de la liberté et la haine des tyrans » I Les épreuves, uniquement orales à l'origine, sont augmentées en 1800 d'épreuves écrites : d'abord une simple dictée de quelques phrases françaises ; puis une version latine, bien vite supprimée ; puis une composition d'analytique, une épure, des dessins lavis et d'imitation, un calcul trigonométrique, une composition de physique et de chimie. Pour l'oral, chaque branche des connaissances exigées est successivement étendue puis diminuée; la mécanique apparaît, disparait, reparait. L'importance relative des différentes épreuves ne cesse de varier.

Le mode d'examen change presque aussi souvent que les programmes : les interrogations sont confiées tantôt à un seul examinateur, tantôt à quatre ou même à deux, qui se partagent les candidats et dressent chacun leur liste, tantôt à une commission unique qui se transporte dans les principales villes de France, comme cela a lieu aujourd'hui. Ces changements successifs ont toujours pour but de donner au concours une sévérité plus grande, une justice plus complète, une égalité plus parfaite, une solennité plus imposante.

Aujourd'hui les épreuves de l'admission comportent :

P Une série de compositions écrites, après lesquelles on dresse une liste d'hypo-admissibiliié.

2^ Deux examens oraux portant sur les mathématiques et qui servent à dresser une liste, dite d'admissibilité.

3° Quatre examens oraux, deux de mathématiques, un de

physique et un de chimie, permettant de constituer, avec les notes des premiers examens et celles des épreuves écrites la liste définitive de classement.

Un examen d*escrime et d'équitation peut donner aux candidats de 1 à 15 points.

Le baccalauréat es lettres ou simplement le certificat de

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