‹ LÁrmée et le peuple [microform]; le pouvoir soviétiste et le officiersChapitre 2 sur 2 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Chefs et commissaires.

Voici l’idée que je me fais des rapports qui doivent exister entre l’Armée Rouge et ses chefs. Je sais qu’au toucher il y aura

bien des aspérités; il y a encore bien des ])oints à régler; ce n’est que par une longue expérience que des rapports normaux pourront être établis. Voyez, par exemple, ce que devraient être les relations mutuelles des commissaires et des chefs.

D’une part, le commissaire doit travailler de concert avec le chef,— d’autre part, il est quelquefois obligé, bon grc mal <rcé, de se défier de lui; c’est une situation qui a ses inconvénients des deux cotés, qui parfois porte sur les nerfs. Les commissaires inclinent tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre; certains d’entre eux se laissent faire, se soumettent aux spécialistes de la guerre, deviennent de simples employés de bureau, attaches à la sonne d’un spécialiste; voilà qui est mauvais et ne doit pas être. Mais il y a une autre extrémité, tout aussi détestable: le commissaire rend intenable la position du chef: ce ne sont que tracasseries, mauvaises surprises, malentendus, enfin une situation qui ne permet de travailler ni à l’un ni à l’autre.

Il faut se défendre de ces deux extrémités. Il faut bien se rappeler que le commissaire est le représentant de la classe qui s’est emparée du pouvoir et qui ne le lâchera pas; d’autre part, il convient de respecter la dignité d’un homme qui, bien que sorti d’un autre milieu et ayant reçu une éducation toute différente, vient, sans mauvaises intentions, travailler avec nous, et qui met ses connaissances au service non du parti, mais du pays, de la Russie,— de cette Russie réduite en ce moment à l’indigence, à la famine, martyrisée de tous côtés et qui n’en est pas moins notre chère Russie, notre bien-aimée patrie. Dans cette lutte pour la défense de notre Russie Soviétiste, il faut respecter cet homme qui nous donne son appui, lui faire une position qui lui permette de travailler, de montrer ses capacités; il ne faut pas qu’il se sente, de toutes parts, surveillé par des regards hostiles; il faut que tout ce qu’il entreprend pour le bien de l’Armée Rouge soit apprécié. Beaucoup dépend en effet de la valeur de nos chefs

militaires. . ,

Il faut ou constituer un corps de cliefs sortis du monde des

ouvriers et des paysans, ou créer des conditions qui permettent aux officiers honnêtes, non-propriétaires, de travailler tranquillement et sincèrement avec nous. Si l’on agit ainsi notre armée en sera dix fois plus forte et nous pourrons consolider les résultats de notre victoire. Et il faut dire, une fois pour toutes, au modeste officier dont nous avons déjà parlé, que la victoire nous est, en tout cas, assurée, et non parce c(ue c’est là notre voeu le plus ardent; nous formions ce voeu il y a déjà vingt ans; mais parce que les circonstances nous favorisent dans cette guerre

civile.

Pourquoi serons-nous vainqueurs?

On lutte, on se bat à poings fermés. Puisque nous en sommes venus là, nous ne pouvons pas ne pas être vainqueurs, pour cette bonne raison que les ouvriers et les paysans sont mille fois plus nombreux que les propriétaires, les bourgeois et tous les intellectuels pris ensemble. Au temps où le tsar maintenait son pouvoir par le mensonge et la violence et forçait l’armée à fouetter les paysans, il dépendait de lui de seller la Russie ouvrière et pavsanne et de tirer la bride à droite et à gauche. ]*dais ces temps ne sont plus; le pouvoir est entre les mains des ouvriers et des paysans, la lutte s’est engagée, ce sont des murs qui s’ébranlent et se donnent le choc; il se peut que nous essuyions des défaites sur tel ou tel front, que la guerre se prolonge pendant un ou deux ans, — mais nous ne pouvons pas ne pas être vainqueurs parce que, je le répète, l’immense majorité est avec nous. Et les ouvriers et les paysans sont capables d’apprendre et de donner des chefs aux régiments, aux brigades, aux divisions; ils savent combattre

et remporter des victoires.

Oui, notre victoire peut être retardée par des injections d’or français et anglais, par les trahisons des Xékludof, des Koltchak, des loudénitch, des Balakhovitch; la guerre civile peut se prolonger, désolant la Russie, martyrisant le pays, mais ceux qui la prolongent, ce sont des fauves à figure humaine, qui se vendent à droite et à gauche pour contraindre la Russie à continuer la guerre; ceux qui la prolongent, ce sont encore les individus qui ne peuvent se décider à rien, qui se contentent de ruminer sans profit, de fouiller la menue paille, au lieu de prendre résolument leur parti, — le parti du peuple, le parti des ouvriers et des paysans de leur propre pays! Ce sont ceux-là qui prolongent la guerre civile.

Je suis convaincu, camarades, que les leçons reçues par nous durant ces deux années ne seront pas perdues. L’Armée Rouge prend des forces, les chefs de l’Armée se perfectionnent dans leur métier. Ils contribuent ainsi, pour une part énorme, à relever la discipline, à rendre les troupes capables de combattre; ils conttribuent à resserrer les liens qui unissent notre armée; les progrès de cette armée, en un an et demi, ont été tels qu’il eût fallu, partout ailleurs, vingt-cinq ans pour obtenir les mêmes résultats. Et cela en des conditions de misère générale, de ruine, après quatre ans et demi de carnage impérialiste. Nous avons donc

le droit de considérer qui se

chefs cVarniée honnêtes Pil’nl-hovitch ira en diminuant,

nomment Xékludof, Koltchak, grands d'hom-

mes tels que le enU eela, les ouvriers

la vérité est de notre cote, ^ marchent sur nos traces. Ils voient et les paysans du monde entn «nus luttons pour la bonne

bien que. demi-nus et sans ohanssuie , “^mr. (T o n-

cause et la bonne cause ne peut pas ne pas

ncrrc d’ a p P 1 f- d i s s e m c n t u

lie pouvoir soviétiste et les officiers.

Pourquoi Pou arrête certains otticiers.

Camarades, vous comprenez bien que, dans ce meeting, nous ne pouvons épuiser meme la dixième partie des brûlantes questions qui se posent à l’heure actuelle; d’ailleurs cette réunion ne sera pas la dernière, et c’est la première. Voilà pourquoi il conviendrait plutôt, selon moi, de s’en tenir à des questions d’intérêt général.

Il m’est absolument impossible de répondre aux nombreux billets que l’on m’a fait passer, mais je choisis, dans la masse, un de ceux qui posent la question de toutes la plus pénible et à laquelle il est d’autant plus difficile de répondre qu’elle a trait aux circonstances les plus graves. Un camarade, qui n’a pas signé, formule ainsi cette question: «je prie le camarade Zinovief de nous dire franchement (deux fois souligné) pourquoi, en cas d’insuccès, ce sont toujours les officiers qui servent de bouc émissaire, pourquoi on les fusille, on les arrête, ce que signifient ces arrestations d’officiers....» etc.

Vous le voyez, camarades, la question est, en effet, une des plus épineuses qu’on ait pu poser dans une réunion où sont présents tant d’officiers. C’est précisément pour cette raison que je choisis cette question. Oui, et je le déclare en toute franchise, — il nous arrive souvent de procéder à des arrestations en plus grand nombre que nous ne le voudrions, et parfois en masse, au petit bonheur. Un de nos camarades-officiers, qui a parlé ici tout-àl’heure, a fait remarquer que lui-meme, quoique innocent, était resté en prison pendant quatre mois, qu’on ne l’avait pas interrogé et que, pendant cette période, sa barbe était devenue très longue. Il connaît des groupes entiers d’officiers qui sont emprisonnés comme il l’a été, sans avoir rien fait de répréhensible, et il dit qu’au lieu de les fusiller, il faut les mettre en liberté.

Il est vrai, ces choses-là, chez nous, se produisent un peu trop souvent. Je dois le dire — et l’on me croira si l’on veut — que rien n’est pour nous plus pénible, plus douloureux que ces

arrestations. Mais celui de vous qui V()udra bien se représenter clairement la situation, comprendra comment ces choses peuvent arriver.

Rappelez-vous, par exemple, ce qui s’est passé l’an dernier à laroslav; en un jour quelques centaines d’officiers s’emparent de la ville, massacrent nos camarades, se saisissent des canons, tiennent la ville en leur pouvoir pendant quinze jours, nous obligent à faire venir de la grosse artillerie, à mettre la moitié de cette ville en ruines, et ce n’est qu’ainsi que nous réussissons à délivrer laroslav; on sait maintenant que cette aventure formait le premier chaînon d’une longue suite d’autres aventures du même genre, froidement préméditées; il avait fallu s’emparer d’Iaroslav pour se mettre en liaison avec les troupes d’Ai-khangel (Savinkof et les généraux en conviennent, c’étaient eux (jui avaient arrangé cela); eh bien, ne suffit-il pas de cet exemple pour comprendre en quelles conditions anormales nous placent les groupes d’officiers, les bandes de traîtres, qui se permettent d’exécuter des tours de cette force?

Et ce n’est pas là un cas exceptionnel.

Vous avez lu ce qu’on a écrit sur la conspiration de Moscou: dans un certain nombre d’écoles militaires, tout le personnel pédagogique, tous les officiers, dont le devoir aurait été d’instruire les élèves, in corpore, en masse, étaient au service de Dénikine et faisaient des achats d’armes, des achats de pyroxyline, se préparaient systématiquement à faire sauter les ponts et à agir poui’ venir en aide à Dénikine.

Vous savez bien que ce ne fut pas seulement un officier ou deux, au Mamelon Rouge, que ce fut le corps entier des chefs du fort, sauf de rares exceptions, qui commit l’abominable trahison, en se disposant à livrer le Mamelon Rouge.

Des cas de ce genre, puisqu’ils existent, et qu’ils ne sont pas isolés, forceront chacun à comprendre à qui, dans cette affaire, les reproches doivent s’adresser. Il faut s’en prendre aux Judas, aux traîtres qui entrent dans nos rangs pour avoir la facilité de livrer à l’ennemi des villes entières, des écoles militaires, des forts. Voilà ce qui nous contraint parfois à prendre des mesures qui entravent, au plus haut point, le rapprochement entre nous et les cadres d’officiers honnêtes, vers lequel tendent tous nos efforts, dans l’intérêt même de la révolution. Il nous sera impossible de sortir de cette situation, si l’on trahit, si l’on complote en masse; et l’on trahit, l’on complote, c’est un fait que l’on ne peut nier! Certes il n’est pas permis d’en rejeter la responsabilité sur tous les officiers, et nous nous en défendons bien! Tout ce que nous avons fait depuis deux ans prouve qu’en principe

nous nous refusons à cela. Mais les circonstances nous obligent souvent à procéder, en effet, à des arrestations en masse et il arrive que certains individus, quoique innocents, restent en prison sans subir d’interrogatoire. Sans doute! On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs; il est impossible de sortir de là par un autre moyen; tout ce qui peut se faire, toutefois, pour réduire le nombre de ces cas au minimum, on le fait.

Pourquoi les châtiments tombent parfois sur

des innocents.

Convenez-en, il sera toujours plus agréable à un représentant intelligent du pouvoir soviétiste de voir qu’un officier des anciens cadres de l’armée russe se bat, en ce moment, contre les traîtres et les propriétaires, plutôt que de le voir en prison, désoeuvré, vivant inutile aux frais du gouvernement! Je réponds franchement, en toute honnêteté, à cette si pénible question, je dis qu’en ce moment il est impossible de modifier radicalement cet état de choses, tant qu’il n’y aura pas eu un cliangement complet d’opinions et de sentiments parmi les officiers, tant qu’il n’y aura pas des dizaines de milliers de bons officiers dans les rangs de l’Armée Rouge, tant que nous n’aurons pas obtenu que les traîtres soient de ces corbeaux à plumage blanc que chacun s’empresse à désigner du doigt; tant que les traîtres ne seront pas enfin l’objet du mépris de leurs propres familles, de leurs mères, de leurs pères, de leurs fiancées, de leurs soeurs, de leurs femmes, nous serons obligés d’en venir aux mesures que nous employons.

Car enfin ce qui se passe en ce moment, c’est une lutte furibonde, une lutte désespérée; ici même, dans la ville, il y a des centaines d’espions qui se cachent, payés par la bourgeoisie anglaise et française. Et vous savez bien aussi que, ces jours derniers, à Moscou, on a jeté une bombe dans une réunion de membres du parti, qui discutaient les affaires de leur parti, et vous savez bien que des femmes enceintes ont été tuées.

Lorsque l’atmosphère est chargée à ce point, il arrive que les innocents souffrent aussi des conséquences. Un militaire qui sait ce que c’est que la guerre, est fort mal venu à se plaindre sous ce rapport; il acceptera plutôt un surcroît de désagréments qui ne fait que s’ajouter aux malheurs de la guerre civile. Un militaire qui comprend ce cpie c’est qu’une bataille, ne nous accusera pas. Certes il est triste de savoir en prison des connaissances,

des amis, quand ils n’ont rien fait pour cela: cela est pénible au plus haut point. J’admets la légitimiti3 d’une certaine irritation. Mais il est nécessaire de comprendre comment on en est venu là. Il est facile de se plaindre et de critiquer, mais il est fort difficile d’arranger tout pour le mieux dans les circonstances que nous traversons. Il est fort difficile en ce moment d’opérer un rapprochement entre les ouvriers et le peuple. Ce n’est plus ici la fameuse querelle qui eut lieu, comme vous le savez, entre Ivan Ivanovitch et Ivan Nikiphorovitch, parce que l’un d’eux avait traité l’autre de «jars», lorsqu’on fut obligé de les pousser dans les bras l’un de l’autre pour les réconcilier; non, il s’agit d’une chose tout autre, il s’agit de régler un grand procès historique qui dure depuis des dizaines d’années; on se querelle pour savoir à qui doivent appartenir les terres, aux anciens propriétaires fonciers ou bien aux paysans, et à qui doivent appartenir les fabriques et les usines; c’est le procès de plusieurs générations.

Voilà ce que j’avais à dire sur cette question si désagréable, si pénible.

IJI.

Le eonstitutioiiiiel-démocrate (k. d.) Nabokof en visite chez un amiral français.

Je voulais encore raconter aux officiers, qui, peut-être, ne sont pas tous sortis des classes laborieuses, le fait suivant: récemment on a publié un procès-verbal, tiré des dossiers du parti constitutionnel- démocrate. Nabokof, membre du comité central du parti (k. d.), d’après son propre témoignage, se rendit sur la Mer Noire en visite chez un amiral français pour lui demander, au nom du parti k.-d. et des gardes blancs de l’armée dite des volontaires de Dénikine, des secours en argent, en blé, en armes et munitions, etc. Nabokof raconte avec quel profond mépris, de quelle manière inouïe, il fut reçu, lui, l’aristocrate, le représentant du parti, par cet amiral; on le traita, on l’outragea de telle façon qu’en descendant du vaisseau Nabokof se demandait sérieusement s’il ne ferait pas mieux de se jeter à l’eau... Camarades, voilà comme les généraux français, à la solde des bourgeois français, méprisent les officiers russes de l’armée blanche, même les nobles et les grands seigneurs, qui se vendent à eux.

Elh bien, même à ces officiers de l’armée blanche, je déclare ceci: Plutôt que d’aller la tête basse vous humilier devant les bourgeois français et les généraux qui sont à leur solde, plutôt que de faire tout pour qu’on vous méprise, — et l’on a raison,

car on méprisera toujours celui qui vend son peuple et (jui va demander, la tête basse, au bourgeois français, des armes pour tirer sur le peuple russe, — plutôt que de commettre ces lâdietés et de ramper devant les Français et les Anglais, ne trouvez-vous pas, messieurs, qu’il vaudrait mieux comprendre une fois pour toutes qu’en Kussie c’est le peuple qui est désormais au pouvoir, que vos anciens droit sur les domaines se sont envolés en fumée? Ne vaudrait-il pas mieux enfin vous mettre à genoux devant le peuple dont vous êtes sortis et en obtenir le pardon de vos crimes? (Applaudissements. Bravos).

Le pouvoir soviétiste répugne à de basses

vengeances.

A tout officier qui se conduirait ainsi, le pouvoir soviétiste dira: Il y a plus de joie pour un pécheur qui se repent que pour dix hommes qui n’ont point péché.

Et il ne s’agit pas ici de dire une belle phrase. Il y avait dans le ministère de Kérensky un ingénieur nommé Paltchinsky, ancien général-gouverneur de Saint-Pétersbourg; il s’était retranché au Palais d’Hiver et commandait la fusillade dirigée contre nous, cela jusqu’aux tout derniers jours du régime; il avait promulgué l’état de siège; enfin c’était un sabreur émérite dans ce gouvernement-là. Nous le mîmes en prison. C’est un ingénieur de premier ordre, un homme de talent. Lorsqu’il vit que la révolution qui s’etait accomplie était sérieuse, qu’elle avait une valeur historique, que ce n’était pas une tempête dans un verre d’eau, il consentit à mettre sa science et son expérience au service de la Russie Soviétiste. Paltchinsky fut aussitôt mis en liberté et,^ à l’heure présente, il travaille à Moscou, appliquant ses connaissances à servir les ouvriers et les paysans.

Nous répugnons aux basses vengeances, parce que la classe des opprimés, après un siècle d’oppression, ne peut se livrer à des sentiments vindicatifs; elle ne songe, en effet, qu’à s’émanciper et à émanciper le monde entier. Paltchinsky dans le ministère de Milioukof et de Goutchkof jouait un rôle analogue à celui de notre camarade Trotzky. Supposons un instant que les blancs soient vaincueurs, nous vaincus; seraient-ils capables de rendre la liberté à Trotzky? Jamais! Or, nous avons élargi Paltchincky, nous avons su apprécier ses connaissances et ses talents, nous lui avons donné la possibilité de les utiliser.

Nul ne respecte la science plus que les ouvriers. Nous comprenons parfaitement ce que vaut un homme instruit. Tout officier instruit, tout ingénieur, tout homme cultivé et capable qui voudra se mettre au service des ouvriers et des paysans, nous les invitons à s’approcher, nous ferons tout, dans la mesure du possible, vu la misère où nous sommes, pour leur donner une existence supportable. Et ce n’est pas nous qu’il faut accuser si tout s’arrange si difficilement, s’il y a tant de trahisons, si l’on est obligé de procéder à des arrestations. Mais à tout officier conscient, honnête, talentueux, dans la poitrine duquel il y a non pas un mécanisme à ressort, mais un coeur, qui a des connaissances, de l’esprit, de l’envolée, — nous déclarons qu’il ne tient qu’à lui d’employer ses forces sur l’immense terrain de la Eussie ouvrière et paysanne. En somme, il ne s’agit que de faire comprendre cela, une fois pour toutes, aux hommes instruits, aux hommes de science, aux hommes de guerre.

Les militaires disent parfois: Oui, mais, quand la guerre sera finie, que fera-t-on de nous? Certains plaisants disent encore: On rassemblera tous les spécialistes de la guerre et, hop! à l’eau!— En vérité, c’est être bien bornés! En raisonnant étroitement du point de vue de la spécialité, il semblerait même que les militaires fussent intéressés à faire durer la guerre le plus longtemps possible, car, la paix étant conclue, le pouvoir soviétiste n’aura plus besoin d’eux! Quel enfantillage! Tout officier a fait quelques études, tout officier, en tant qu’homme de discipline, pourra nous être utile. Et remarquez bien d’abord que notre tâche est d’émanciper non seulement la Eussie, mais aussi les ouvriers et les paysans de partout et, avec eux, le monde entier. L’armée rouge internationale grandira toujours en nombre. Nos officiers rouges et les officiers des anciens cadres auront un jour la gloire de combattre non seulement à côté d(;s ouvriers et des paysans russes, mais à côté de ceux de France, d’Allemagne et des autres pays. (Applaudissements).

Il n’est point de gloire qui dépasse celle-là! Ne voyez-vous pas qu’aujourd’hui la bourgeoisie anglaise et française envoie ses enfants à Taganrog, à Novotcherkassk, à Odessa, pour enseigner aux sauvages de Eussie à combattre les ouvriers et les paysans? A bien plus forte raison nous enverrons l’élite de nos hommes pour montrer aux ouvriers français et anglais comment on organise une armée rouge, pour renverser la ])uissance de la bourgeoisie, pour remettre le pouvoir entre les majiis du peuple.

Et lorsque la grande guerre internationale sera terminée, les militaires trouveront à employer leurs forces et leurs talents dans l’oeuvre de construction économique. Il n’y a rien de tel

que la vie militaire pour tremper un caractère, pour accoutumer un homme à l’endurance, à l’énergie, à la persévérance, pour lui donner le goût de Tordre. D’ailleurs notre armée rouge se distingue des autres en ceci, qu’elle lutte pour supprimer la guerre à tout jamais, pour que jamais les gens ne se prennent plus à la gorge et ne s’exterminent plus. Voilà pourquoi le spécialiste de la guerre aura sa place et son emploi dans Toeuwe de la construction pacifique, et il y sera un modèle de discipline. Telles sont les perspectives qui s’ouvrent devant tout homme de coeur et d’honneur.

Vous ne le nierez pas, c’est un large idéal pour lequel cela vaut la peine de combattre et de sacrifier non pas une, mais dix existences.

C’est à cette lutte honorable entre toutes que nous vous appelons, c’est là le chemin que vous avez à sui\Te. (Applaudissements prolongés).

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