LARMES D’AMOUR
continuel, absolu, jusqu’à l’immolation parfaite et constante de moi-même. Ce souhait me fit éprouver une émotion profonde Il me sembla que je n'avais jamais entendu rien d'aussi doux, ni d'aussi terrible. Je remerciai le saint vieillard, et lui avouai que je n'étais qu'un faux brave, que les mots de renoncement et d'immolation me faisaient frémir. Il m'écouta avec une aimable indulgence, et sourit en m'entendant parler de mes craintes, comme nous faisons quand les enfants nous parlent de leurs frayeurs imaginaires. Ce sourire, je vous l’assure, en disait plus que n'importe quelle parole, sur cette folie qui nous fait craindre de souffrir pour Dieu. Puis, comme j'allais le saluer pour me retirer, le révérend Père me dit agréablement :
— Mais je devrais vous gronder pour avoir tardé à tout me dire.
Je Jui baisai les mains, eb l’assurai que je serais le plus confiant de ses religieux, comme j'étais peut-être déjà celui qui l’aimait le plus. Cela le fit sourire, et il me répondit aimablement:
-— Mon enfant, le vieux moine vous aime aussi.
Le P. Supérieur doit vous renvoyer dans ma lettre le portrait et les cheveux de Thérèse. En les recevant vous auriez cru peut-être que son souvenir m'était moins cher, moins sacré, et cette pensée, je le sais, vous serait bien pénible, Voilà pourquoi Je vous ai tout dit sur cette première et bien sensible épreuve de ma vie religieuse.
Et puis, j'aimais à vous faire connaître mon supérieur, à vous répéter ce qu'il m'a dit Celle,
Je suis sûr que vous partagerez la consolation
que j'éprouvais en l'entendant. N'est-il pas bien bon? [1 me semble que je redeviens enfant quand je lui parle.
Ce soir, je vais prendre possession de ma cellule et commencer mon noviciat. Le monde attribue cette résolution à l'excès de mes regrets, Il se trompe. Thérèse était un ange et je l’aimsis avec toute la force et la tendresse de mon cœur, mais ai je pouvais la rappeler à la vie je ne le ferais pas. Non, Dieu m'en est témoin, madame, je la laisserais parée de sa pureté virginale au Seigneur Jésus, à Celui qui l'a le plus aimée.
Quand, l'été dernier, je me préparais à mon mariage, qui m'eût dit que quelques mois plus tard je serais à la Grande Chartreuse, n’aspirant plus qu'à ce dépouillement de l'âme qui ne laisse rien à sacrifier ?
# O mon Dieu, vous avez brisé mes liens et je vous rendrai un sacrifice de louanges.”
Je songe souvent à la joie que Thérèse doit avoir de ma vocation religieuse. La chère enfant ne désirait pour moi que la foi, mais, comme dit saint Paul, Dieu peut faire intiniment plus que nous ne désirons, Je ne lis jamais ces paroles sans m'attendrir, sans penser à la reconnaissance que Thérèse et moi nous devons à Dieu, Ah! qu'il est bon, madame, Après m'avoir donné la foi, il m'appelle au bonheur et à la gloire de lui appartenir.
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Sans doute, la vie religieuse est austère, mais la charité de Jésus Christ nous presse, et l’enchantement de vivre sous le même toit que cet aimable Sauveur fait passer légèrement sur bien des choses. D'ailleurs, je vous le demande, quel bonheur humain peut se comparer à celui du religieux, quand il se prosterne sur le pavé du sanctuaire, après les vœux solennels qui l’unissent à Dieu pour toujours. Dans le monde, la seule pensée de la mort assombrit les joies, trouble toutes les tendresses. Ici, non-seulement cebte pensée est sans amertume, mais la mort ellemême a un air de fête. Et comment s’en étonner ? Le religieux n'attend rien de la figure de ce monde qui passe, il a jeté son cœur dans l'éternité, il vit de la foi et de l'espérance, Aussi, sur le bord du tombeau, la foi, qui va disparaître devant la claire vue ; l'espérance, qui va se perdre dans la possession, brillent d'un dernier et plus vif éclat dans son Âme, et resplendissent à tra. vers les ombres et les tristesses de la mort, comme le soleil couchant, dans les nuages. Si cette image vous semble un pen pompeuse, songez, s'il vous plaît, que j'ai là sons les yeux, en vous écrivant, un magnifique coucher de soleil.
Madame, je vais maintenant vous dire adieu.
Si je persévère, comme il faut l'espérer, je ne vous écrirai plus et nous ne nous reverrons plus jamais sur la terre, Mais ne vous affligez pas. Le cœur em haut, et remerciez Dieu pour moi.
Au revoir dans l’éternibé chez notre Père.
Vous vous rappelez que, sur son lit de mort,
SRRSATSLSETS
desolé
“LARMES D'AMOUR ee 54
… Thérèse protestait qu'elle m'aimerait plus au siel puy que sur Îs terre, ei moi, eu présence des anges —. | gardiens de ee monastère, je. vous promets que vo tous les jours de ma vie je remercierai Dieu de
su | l'avoir connue, et de l'avoir aimée. Je ne visiterai | ” plus ss tombe, je ne parlerai plus jamais d'elle ; | du ls robe blanche des ehartreux va remplacer mes du | habits de deuil, mais ma tendresse pour alle | pa vivre toujours. | la Pries pour moi, je ne vous oublierui jamais, et " de ms cellule, je demanderai à Jésus-Christ qu'il nt mette on main sur la profonde blessare de votre
ch cœur, sa divine main, qui pour l'amour de nous de fat attachée à le croix.
” Adieu, une dernière fois.
(ue | Permeites que je termine par une parole de vi saint Augustin, la première que j'ai lue eur les " | wurs de la Chartrenss: O aimer ! O mourir à ‘ soi 1 O parvenir à Dieu !
L- a j Le portrait st les cheveux de Thérèse étaient k joints à la lettre. M. Douglas ne m'écrivit plus, | U tais mea pensée le suivit avec respect et atiesk drissement dans les exercices de ua vie religiense, si woble et si sainte Je me le renrésentais à priant dans en chaste st pauvre cellule. Je snvais * que le scuveuir charmant et sacré de ma fille | -dhérie vivait dans eon cœur, que tous les jours,
suivant su parole, il remereiait Diea de l'avoir :
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Franeis Douglas avait toujours vécu dans l'opulenuce ; et dut souffrir beaucoup de l'austériié de le Chantreuse. Pourtant il prononçe ses vœux. |! Atteint, pou après, d'une maladie mortelle, il vit || venir la mort avec une paix profonde, Un des || religieux lui ayant demandé s'il n'éprouvait pas |
quelque crainte, il sourit et répondit : Que craindrai-je ? Je vais tomber dans les bras de Celui
Sans cute il bénisseit Dieu du don de le foi. Après es communion dernière, Francis désira entendre le Salue Rogina et expire Goucement pendant qu'on le chantait. Il aimait cs chant, disaient les religieux ses frères, et ne l'entendait jemais ones s'attendrir visiblement. |
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