EXTRAITS DU JOURNAL DE THÉRÈSE
24 juin.
Ce matin, de trèe-bonne heure, Elmire et moi, nous sommes allées à la chapelle Harvieux. Le trajet est rude sur la grève de l'extrême Pointeaux-Pics : pas de sable d'or, mais quand on a le
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pied sûr, c'est charmant de marcher sur ces beaux erans lavés par la mer. O senteur du varech ! ô parfums du salin ! qu'il fait bon de se sentir vivre et d’errer comme une alouette sur la grève embaumée! Les oiseaux chantaient dans les arbres qui couronnent la falaise. L'ancolie croît partout dans les fentes des rochers. Ces jolies cloches rouges font un charmant effet sur le roc aride. Qu'est-ce qui plaît davantage, une fleur de la mousse ou une fleur sur un rocher ? Hélas ! il y à des femmes qui n'aiment les fleurs que sur leurs chapeaux, et pour qui une promenade dans la rue Notre-Dame a plus de charmes qu'une course dans les bois ou sur la grève! Mais à quoi bon philosopher ?
La chapelle Harvieux est à un mille du quai.
C’est tout simplement une grotte de sept à huit pieds de profondeur, taillée dans le roc à une dizaine de pieds du sol. Il y a bien longtemps, un religieux français du nom de Harvieux y célébra la messe. Ce missionnaire descendait le Heuve en canot pour visiter les colons établis sur les côtes et fut retenu là par une tempête. J'aime cette solitude sauvage, et qu’elle doit être grande et triste quand le vent gémit et que la mer se livre à ses formidables colères ! Mais ce matin tout était calme et les goëélands séchaient coquettement leurs plumes sur ces rochers où ils viennent prophétiser la tempête.
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26 juin.
Aujourd'hui j'attendais ma mère, et je suis allée à l'arrivée du bateau, mais déception. Il
.ny avait pour moi qu'une lettre eb un bouquet
de roses, Je me suis vite sauvée pour lire ma lettre. Je n'aime pas ces foules bruyantes où les cochers et les gamins ont la haute note. Elmire est venue me rejoindre et après m'avoir pris Ja moitié de mon bouquet, elle a décidé qu'il fallait explorer la grève en deça du quai. Nous avons commencé par escalader les énormes blocs qui sont là, et nous y avons trouvé une grotte protonde à demi fermée par des bouquets de jeunes cedres. Les oiseaux, il me semble, doivent aimer cette grotte le matin, les jours d'automne surtout, car le soleil levant l'emplit de rayons et y lait bourdonner sans doute une foule d'insectes, Mais ce soir elle était pleine d'ombre et de fraicheur. Nous y sonmes restées longtemps. J'avais sur l'âme une brume de mélancolie, Ma mere viendra demain. Ce n'est qu'un retard d’un Jour, mais cela suflit pour attrister. L'âme a un ciel si changeant! Pourtant qu'il faisait beau ce soir ! J'ai laissé la grotte avec reuret. Pauvre grotte, me disais-je, ce matin elle est emplie de soleil, de chaleur et de vie avant le reste de la nature qui l'entoure, et la voilà pleine d'ombre pendant que le soleil rayonne encore partout, sur le Cap-à-l'Aigle, sur le fleuve si beau, sur les clochers lointains qui scintillent le long de la côte du sud. Et je pensais à une âme qui m'intéresse
et que la tristesse semble envelopper.
Pour moi, jusqu'à présent, la vie a été bien douce, Il est vrai, je n'ai pas connu ma mère, c'est à peine s'il me reste un souvenir de mon père, et pourtant jai été heureuse, car ma vellemère m'aime avec une tendresse plus que inater nelle, Mais combien d'âmes ouvertes duns leurs beaux jours d'er fance à tous les rayons du ciél, plus illuminées : ‘t-être que les autres, ont vu tout à coup, par une permission de Dieu, la nuit les envahir de bonne heure !
Hélas! la vie est semblable à la mer; Son flot, parfois caressant sur la plage, Ecume au large et devient plus amer.