‹ Larmes d'amour [microforme]Chapitre 4 sur 13 · ETES · texte numérisé non relu

ETES

30 juin.

M. Douglas est protestant, je m'en doutais, et pourtant il m'a été pénible de le lui entendre dire.

À la première occasion, ma mère lui à parlé de sa Lelle conduite à l'incendie de Philadelphie, Il a rougi comme une jeune fiile et nous a assuré que dans la surexcitation on expose facilement sa vie. Il prétend que son agilité de montagnard est pour beaucoup dans ce que nous appelons son héroïsme.

Ma mere ne lui à pas caché comme nous désirions le connaître et comme nous lui en voulons de s'être dérobé à toutes les recherches. J'étais un peu confuse, et lui n'était pas à l'aise non plus. Il à souri en entendant dire que, jusqu’à, notre départ de Philadeiphie, je m'étais obstinée

à rêver pour lui une ovation populaire, Le sourire a un singulier charme sur sa bouche sérieuse, c'est dommage qu'il soit si rare, D'où vient la tristesse qui lui est habituellé? D'abord j'avais cru que c'était l'ennui de se trouver au milieu d'étrangers, mais ce n’est pas cela. Il a un grand chagrin, Malgré son calme, sa réserve anglaise, on ne peut le voir longtemps sans s’en apercevoir, Pourquoi souffre-t-il ? Je suis condannée à entendre là-dessus bien des suppositions. Quoi qu'il en soit, je suis sûre que ce n’est pas une douleur vulgaire qui assombrit ce noble front. Jusqu'à présent je ne sais rien de sa vie, si ce n'est qu'il a perdu ses parents de bonne heure et qu'il n'a ni sœur ni frère,

Il nous à priées de ne rien dire de l'incendie de Philadelphie. Soit, je n'en dirai rien, ais j'y pense souvent. Noble jeune home ! Quand moi et tant d'autres ne savions donner que notre impuissante compassion, lui s'est exporé avec une générosité sublime. Quel parfum un pareil souvenir doit laisser dans l'âme ! Souvent en le regardant, je me demunde ce qu’il dut éprouver quand il se trouva seul après s'être dérobé aux applaudissements de la foule. Jamaïs je ne conpaîtrai la joie du dévouement héroïque, mais je remercie Dieu d'avoir été témoin d'une action vralmwent courageuse, vraiment désintéressée, vraiment généreuse, L'admiration élève l'âne et satisfait un des plus doux besoins du cœur.

Eh mt M à 72 |

18 LARMES D'AMOUR 8 juillet,

Je me sens souvent inquiète et troublée. Où est le caline, la sereine insouciance de ma jeunesse ? Je suis bien différente de moi-même, de ce pauvre moi que Je croyais connaître. J'aurais besoin de solitude. La vie d'hôtel m'ennuie, Il y a de l'autre côté de la baie, au bas du Cap-àl’Aigle, une maisoz dont la situation isolée me plairait beaucoup. Là, rien ne me distruirait de la vue et du bruit de la mer.

“ Plein de monstres et de trésors, toujours amer quoique limpide, jamais si calme qu’un souffle soudain ne le puisse troubler effroyablement : est-ce l'océan ou le cœur de l'homme ?

“ Riche et immense, et voulant toujours s'enrichir eb s’agrandir, toujours prompt à franchir ses limites, toujours contraint d'y rentrer, emprisonné par des grains de sable : est-ce le cœur de l’homme ou l'océan ?

‘Océan ! cœur de Phomme! quand vous avez bien mugi, bien déchiré les rivages, vous emportez pour butin quelques stériles débris qui se perdent dans vos abimes !”

12 juillet,

Enfiu, je connais la cause de sa tristesse, eb je sais aussi quel est ce sentiment que je prenais pour une admiration vive,

Pourquoi suis-je restée ici? J'aurais dû le fuir, Maintenant c'est trop tard.

Hier nous avons causé intimement, Il m'a parlé de l'ami qu'il à perdu, et l'indicible joie que j'ai sentie en l’entendant dire qu'il n'avait jamais aimé que son ami, m'a été une révélation, O mon Dieu ! ayez pitié de mot. Je le sais, celui qui n'a pas l'Eglise pour mère ne peut vous avoir pour père; Je le sais, mais 1l m'est impossible de ne pas l'aimer.

30 juillet,

M. Douglas me parle toujours de son ami, mais avec une sensibilité si vraie, si profonde, qu'il est impossible de l’entendre sans être touché au dela de tout ce qu'on peut dire. En l'écoutant, je me rappelle cette parole de David pleurant son Jonathas: “Je t'aimais comme les femmes aiment,”

[ma montré le portrait de son ami et quelques-unes de ses lettres. Je les ai lues avec un attendrissement profond, et maintenant je comprends la profondeur de ses regrets. Pourquoi l'amitié, si rare chez les hommes, l’est-elle encore plus chez les femmes ? Deux ans bientôt que Charles de Kerven est mort. Je pense bien souvent à ç2 pauvre jeune homme qui dort làbas sur la terre de Bretagne. J'aime à prier pour lui. Il a eu de grands malheurs, il est mort à la fleur de l’âge, mais il a été profondément aimé par l’homme le plus noble qui fût jamais.

nage eu en annee

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