‹ Larmes d'amour [microforme]Chapitre 7 sur 13 · NS D · texte numérisé non relu

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notre misère très-auguste, notre grandeur trèsmisérable. J'aurais voulu lui dire quelle force les catholiques trouvent dans la communion.

muis je n'osai pas, Il fant avoir reçu Jésus- Christ dans son cœur, pour comprendre la joie de cette union qui éteint tows les désirs, La belle voix d'Elmire chantait :

Vole haut, près de Dieu ; les seules amours fidèles Sont avec lui,

Ces paroles me touchérent et Francis s'en aperçut, Î[l se mit à me parler de son amour pour mo.

— Je préférerais vous entendre dire que vous aimez Dieu.

[I me répondit avec une douceur incomparuble :

— Si vous l'aimicz moins, je ne vous aimerais pas comme Je vous aime, |

On le pria de chanter. Il y consentit et me dit :

— Je n'ai jamais chanté depuis la mort de mou pauvre Charles, mais aujourd'hui il me semble que je trouverai de la douceur à vous chanter quelque chose que ce cher ami aimait et chantait souvent,

Il commença les Adieux de Schubert. Ah!

quelle émotion, quelle puissance de sentiment il ÿ avait dans.sa voix, et comme j'aurais voulu être seule pour pleu à mon aise! Qu'elle est touchante cette amitié qui survit à la mort, au temps et à l'amour ! Certes, je suis profondément sensible à tout ce qui le touche. Je donnerais

ma vie pour lui épargner une douleur, et pour tant je vois avec une sorte de joie que rien ne le consolera jamais entièrement de la mort de son ami. Il est si bon d’être aimé d'un cœur qui nou. blie point | Oui, je le sais, son ami lui manquera toujours, toute ma tendresse sera impuissante à le consoler complètement, mais aussi, si je mouvais, personne ne me remplacerait dans son cœur. Dieu seul pourrait le consoler, et de lui je ne suis pas jalouse.

Nous laissâmes l'ile vers le soir. Le retour fut enchanteur, Je regardais autour de moi, et une sécurité profonde, une paix inexprimable remplissait mon cœur.

O mon Dieu, vous êtes bon, la vie est doucs et la terre est beile |

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Le mariage de Thérèse était fixé à l'été suivant. Dans le mois de juin elle écrivait dans son journal :

“ Mon Dieu, pourquoi ne m'exaucez-vous pas ?

J'attendais tant des prières continuelles que je fais faire pour lui, et voilà que je suis bien près de désespérer.

Ce matin, je rencontrai Francis près de l’église du Gésu. J'avais bien prié pour lui. J’osai le lui dire, et la première fois de ma vie, je lui parlai de mes espérances pour sa conversion, Il ne me cacha pas son mécontentement et répondit avec une froideur glaciale :

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— Je vous excuse en faveur de votre intention. Et il ajouta. Oh ! les dures et cruelles paroles ! … Vous vous abusez étrangement, Jamais je ne serai catholique. Comment osez-vous me parler de ce que vous appelez vos espérances ?

Comme si je pouvais lui cacher toujours le vœu le plus ardent de mon cœur! Mais non, il ne veut pas que je lui en parle jamais.-— Et quand vous serez ma femme, a-t-il dit, ne m'obligez pas à vous le défendre.—$Soit. Je ne Jui en parlerai pas. Ce n'est pas sur ce que je pourrais lui dire que je compte,

O mon Dieu, vous aurez pitié de lui. Vous éclairerez cette âme, une des plus généreuses que vous ayez créées, Je vous le demande au nom de Jésus-Christ, faites-moi souffrir tout ce qu’il vous plaira, mais donnez-lui la foi sans laquelle àl est vmpossible de vous plaire. Hélas! qui sait jusqu'à quel point les préjugés de l'éducation première aveuglent les âmes les plus droites et les plus nobles ?”

Le même jour Thérèse recevait de M. Douglas la lettre suivante :

“Je vous ai fait de la peine et j'en suis bien malheureux. Comme vous avez dû me trouver rude et dur! Je vous en prie, pardonnez-moi, parce que je vous aime, Si vous saviez ce que je kentis quand je vous vis presque craintive devant moi! J'aurais vouiu me mettre à genoux pour vous demander pardon. En voyant vos larmes prêtes à couler, je me sauvai euinme fou,

Ma Thérèse, j'aimeruis mieux mourir ceut fois

que de vous faire souffrir. Je veux bien vous voir pleurer, mais comme vous pleuriez après avoir entendu l’aveu de mon amour. Si vous saviez comme ce souvenir m'est délicieux, et conne mon cœur se reporte souvenc à cette heure, la plus douce de ma vie, où sur la grève de la Malbaie, je voyais couler vos larmes, ces larmes que vous ne sentiez pas, tant vous étiez étue,

Moneamie, je n'aurais jamais dû vous parler durement, je le regrette beaucoup et vous en demande pardon ; mais, laissez-moi vous le dire, en vous déclarant que vous ne deviez pas essayer de changer mes croyances religieuses, je ne faisais que mon devoir, Je pourrais vous expliquer par faitement pourquoi je ne serai jamais catholique. Je n’en ferai rien, ni maintenant ni plus tard par respect pour la candeur de votre foi. Que vous désiriez ce que vous appelez ma conversion, c'est peut-être très-naturel, mais: il faudra ne m'en parler j4mars. Je ne suis pas de ceux qui changent de religion. De grâce, ma chère Thérèse, ne touchez plus à cette question brûlante. J'ai assez souffert.

Charles aussi désirait me voir catholique, et, la veille de sa mort, il me pressa à ce sujet avec une tendresse extrême. Dans l’état où il était. je n'osais lui dire que je ne partagerais jamais ses croyances. {l le comprit, Et lui, l'ange gardien de ma jeunesse, demandait pardon à Dieu et saccusait de m'avoir, par ses mauvais exémples, éloigné de la vraie foi.

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Ah! Thérèse, si je pouvais vous dire ce que j'ai souffert dans ce moment et par ce souvenir, vous auriez pitié de moi, et vous ne me demanderiez jamais ce que je ne puis pas accorder.

Après cela, Charles ne me parla plus de religion; mais, m'attirant à lui, il tint longtemps ma tête appuyée contre son cœur, et alors, cet incomparable ami me conseilla de chercher ma consolation dans les joies de la charité. Adrnirable conseil qui m'a fait supporter mon malheur !

Dans ce que je viens de vous dire, il y a, je le sais, plusieurs choses qui vous affligeront, et j'en suis plus triste que vous ne sauriez le croire. Mais il le fallait, Oui, il faut que vous le sachiez, mon éloignement pour le catholicisme est invincible, J'ai cédé à toutes les exigences de votre Eglise, parce que sans cela, vous ne m'épouseriez pas, mais Je mourrai dans la religion où il a plu à Dieu de me faire naître, et n'essayez jamais de minfluencer là-dessus, car, aussi vrai que je vous aime, je ne vous le permettrai pas. Du reste, vous savez que je tiendrui loyalement, fidèlement ce que } ai promis.

Sans doute, ma chère Thérèse, il est triste qu'il y ait uu point par lequel nos cœurs ne se toucheront jamais, mais n'allez pas conclure que uous nous en aimerons moins. Songez à l’attachement que j'avais pour Charles, à son amitié qui était le bonheur de ma vie, comme sa mort en à été la grande, l'inexprimable douleur. N'ayez done ni inquiétude, ni crainte. Je ne puis pas

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