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LES MÉDICIS, L'ART POUR L'ART

Voilà l'apogée de la démocratie dans l'art.

Comment cela va-t-il finir?

Bientôt la dernière révolution de Florence s'accomplit. De guerre lasse, épuisée de dissensions, Florence se remet au gouvernement desMédicis, à ces riches banquiers qui couvrent l'Europe de leurs agents, de leurs facteurs, qui de leurs lettres de change enlacent le monde entier.

Comment protégent-ils les arts?

A suivre Topinion commune si bien accréditée, la protection la plus éclairée revient aux Médicis. On dit : le siècle desMédicis, comme le sièclede Pé-

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riclès, comme le siècle de Louis XIV. On résume d'un nom toute l'expansion de la vie d'un peuple.

Cette réputation est-elle méritée? Serait-ce que les Médicis ont été les premiers instigateurs de la renaissance? Ils l'ont trouvée toute faite. Leur influence ne prédomine que vers le milieu du xve siècle, et alors Florence pouvait compter dans ses temples autant, si ce n'est plus, de figures peintes , gravées ou ciselées , que de citoyens dans ses murs.

Nous allons voir si les Médicis qui trouvent l'école florentine dans sa splendeur^ augmentent, régularisent, développent ce grand mouvement d'art. Ils peuvent tout dans Florence fatiguée de ses divisions; ils sont immensément riches ; ils tiennent presque tous les habitants de Florence sous le lien d'obligation d'argent. En effet, il y avait peu de Florentins qui n'eussent reçu de Cosme quelques secours d'argent, non en pur don , mais à titre d'avances , de prêt; et le motif qui fit chasser Pierre I", fils de Cosme, c'est que craignant que les largesses de son père ne fussent trop étendues , il avait voulu faire rentrer les fonds avancés aux habitants de Florence.

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Cette prudence excessive^ sous apparence de libéralité^ est le caractère des Médicis. Le secret de leur politique^ de leur influence^ consiste à endormir le peuple par des apparences, addormentargliy comme dit Machiavel. Plus la liberté diminue^ plus ils enveloppent leur tyrannie bourgeoise des noms, des formes des anciennes franchises. Les magistrats ne s'appellent plus les prieurs des métiers^ mais les prieurs delà liberté.

Chez les Hédicis domine Pégoïsme. Us font des arts le principal instrument de leur politique. Ils ne demandent pas mieux que Fagitation, que la vie de Florence s'écoule par là. Ils protègent les artistes, mais il n'en est pas moins constant que par cette alliance étroite, qui dura plus d'un siècle entre cette famille de banquiers et les hommes qui sont l'expansion, la spontanéité même, l'art ne perde entièrement son caractère. A la protection des Médicis, j'attribue Tinsignifiance, l'insipidité des œuvres de la fin du xvi* siècle.

Les Hédicis ne furent pas cruels, ils eurent une politique égoïste qui devait peu à peu tuer l'art. Je le prouve, car on ne cesse de dire qu'ils protégèrent les arts, sans jamais caractériser cette protection.

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Cette protection était habile^ profondément calculée^ seulement elle substitua des décorateurs aux artistes , à la libre concurrence d^un art patriotique et municipal^ les conmiandes de Tart de cour. Plus de fêtes nationales où le peuple participe d'autant plus qu'il se sent le souverain ; plus d'impressions communes comme dans la fête des Chars^ où chaque Florentin triomphait de la suprématie de Florence sur les villes siyettes. Les Médicis s'enorgueillissent de leur hospitalité fastueuse et ne songent qu'aux réceptions princières. Quand arrive l'invasion, ces banquiers qui gouvernent Florence s'appelleront vicaires de l'empire. Grâce à leurs richesses, ils s'allieront avec la maison d'Espagne, avec la maison de France. Les fêles de Florence seront en l'honneur de Charles-Quint, de Marguerite d'Autriche, de Dona de Tolède ; et tous les grands artistes travailleront à l'envi pour l'étranger qui a presque détruit la ville.

Ce n'est pas le tout de faire des commandes aux artistes, il ne faut pas tarir la véritable source de l'art, l'âme d'un peuple. La grandeur de Florence, est qu'aucune école ne fut plus nationale. Libre des barbares, libre de son climat, libre de Rome,

libre de sa tradition écrasante, de Dante à Michel-Ange, elle restait dans sa simplicité austère, imposant ses préceptes à toutes les écoles voisines. Les Médicis livrent à Tétranger tous ces trésors de la vie d'un peuple, ils emploient à des fêtes données aux vainqueurs ces grands artistes en qui s'étaient réfugiés les derniers souffles de l'Italie mourante, et Michel-Ange est contraint, pour échapper à l*art de cour, de se retirer à Rome redevenue déserte, la ville des morts, deptlis son sac de 1527.

Les Médicis ont altéré si profondément Tart italien, parce qu'ils l'ont aimé par politique ; et il ne faut point aimer les arts par politique.

Il résulte des arts, Télargissement du cœur, la diffusion de l'esprit. Quand on sent vraiment le génie de l'homme, on veut le communiquer, partager le bonheur qu'on éprouve; on veut évoquer dans les classes les moins heureuses , les moins favorisées de la fortune, les jeunes gens doués de cette flamme sacrée.

Tout le contraire arrive à Florence. L'isolement de l'artiste , le rétrécissement de son public qui devient de plus en plus aristocratique augmen-

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tent avec les progrès de Fart. Les Médicis comprenneDt si peu combien les sources de Tart sont démocratiques à Florence, que Laurent le magnifique y le héros , le grand homme de la famille , ouvre une académie dans ses jardins ornés des marbres antiques où n'entreront que des jeunes gens nobles {chiari di sangué) , — comme si tous les artistes de génie qui ont illustré Florence et toutes les écoles n'étaient pas des plus pauvres, des derniers des hommes dans Féchelle sociale. Giotto, le Mantegna gardaient des troupeaux; le Corrége, le Giorgion^ Hasaccio, Andréa del Sarto, étaient enfants d'artisans.

La décadence si apparente à la fin du xvi* siècle est en germe , elle est au fond de la protection des Médicis dès la fin du xv* siècle. Dès qu'ils viennent, les peintres cessent de travailler pour la foule , les constructions municipales sont peu à peu abandonnées. Les artistes travaillent pour des particuliers dans Tintérieur des palais que les plus riches citoyens de Florence élèvent , avec une incroyable magnificence, soit dans la ville, soit dans les campagnes environnantes. Ce genre de flatterie employé d'ordinaire

au xvi« siècle pour gagner les bonnes grâces des papes^ ne pouvait manquer de réussir auprès des Médicis.

Je ne méconnais point les encouragements individuels que les Médicis ont donnés aux arts. Il n'est point de vie d'artiste dans laquelle leur nom ne se trouve , et Vasari qui écrivait à la fin du xvie siècle, qui leur devait toute sa fortune, ne parle d'eux qu'avec reconnaissance. Ces éloges sont bien suspects dans sa bouche; le temps de Cosme et de Laurent est pour lui Tâge d'or des artistes : comme ce poëte français , Martial de Paris, qui écrivait sous Louis XI et qui faisait, du règne de Charles VII, Tépoque des plus affreuses guerres des Anglais , une vraie peinture de paradis.

Les Médicis eurent le génie de l'équilibre . On doit à Laurent l'initiative de cette balance entre les États italiens qui servit plus tard de modèle à l'équilibre européen. Us avaient hâte que la tranquillité se rétablît ; pour leur fortune, il le fallait à tout prix. Ils y employèrent la qualité gouvernementale par excellence , la juste appréciation des hommes qui pouvaient leur servir ; qualité

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moyenne qu'eut Louis XIV , qualité bourgeoise importée du commerce dans la politique , qui , par toutes les ressources de l'éducation et de l'argent dont ils disposèrent , lit plus de mal à Florence que toutes ses discordes. Ils coupèrent les ailes de <;e peuple , ils arrêtèrent le grand mouvement des arts qui ne s'avivait que de la surabondance de vie. Ils Féteignirent soigneusement avec la persévérance de plusieurs générations, comme le plus grand danger pour leur maison.

Pour rester dans le vrai vis-à-vis des Médicis, ils trouvèrent le mouvement de la renaissance commencé sans eux , l'école florentine dans son essor, sortie tout entière du mouvement municipal, des luttes sanglantes mais fécondes de la république. Ils furent assez habiles pour en profiter et couvrir de leur nom ce qui ne leur appartenait pas. C'est là une de ces injustices que des siècles de vraie liberté peuvent seuls venger. Je leur reproche d'avoir stérilisé, sous leur gouvernement , tout ce grand mouvement parce qu'ils n'ont pas su voir où étaient les sources vives de Tart. Elles n'étaient point dans la bourgeoisie ni dans la noblesse, mais dans le petit

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peuple^ exclu du gouyernement^ qui avait, comme les autres classes^ un immense idéal, une excessive ambition qu'il ne pouvait satisfaire; qui, de plus, avait rhabitude du travail, la sobriété, la patience et le malheur.

Dans les petits métiers, il fallait évoquer les artistes , ils s'y trouvaient en foule. Si malgré les circonstances les plus désastreuses pour Fart, si malgré les institutions qui décimèrent la démocratie. Fart a continué jusqu^à la fin du xvv siècle , ce ne fut que par des hommes du peuple. Ils y portèrent leurs forces entières, une volonté ardente , un courage insurmontable que rien ne put décourager.

Il y a deux parties bien distinctes dans la renaissance italienne : la renaissance des lettres , et le grand mouvement des arts du dessin dont je m'occupe ici spécialement. .

Il ne faut point les séparer, si Ton veut connaître la véritable influence des Médicis. Quelques dé* tails sur la renaissance littéraire justifient mon appréciation.

Quel est le caractè|*e de la renaissance littéraire

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à la cour des Médicis? Le retour du néoplatonisme. Des discussions subtiles qui n'ont rien de populaire, où de beaux esprits lettrés traitent des idées les plus abstraites sans rapport avec les événements^ ayec leur peuple^ avec leur temps y occupent les moments de loisir de Cosme de Médicis et du magnifique Laurent.

Certes il y eut un grand moment dans la renaissance des lettres lorsqu'on découvrit ces précieux manuscrits, trésors du genre humain perdus dans la nuit des temps. Quand Homère parait, le soleil dissipe les vains songes du moyen âge , la lumière devient splendide.

Boccace exprime un de ses meilleurs titres de gloire, lorsqu'il écrit : « Le premier , et par mes efforts , j'ai répandu les ouvrages d'Homère et de quelques autres auteurs grecs en Étrurie, d'où ils avaient été bannis pour toujours plusieurs siècles auparavant. »

Les grands, et surtout les Médicis , consacrent des sommes énormes à la recherche des anciens manuscrits. Des récompenses sont accordées aux érudits qui se vouent à ce genre de travail. La découverte d'un ouvrage est préconisée presque

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autant que la conquête d'une province ; Tenvoi d'un Tite Liye que Cosme adresse à Alphonse » roi de Naplés , fait cesser toute inimitié entre eux. On s'intéresse , on se passionne à suivre ces explorateurs enthousiastes dans leurs voyages en Grèce, en Orient, souvent traversés d'aventures. Guarino revenait en Italie avec une caisse pleine de manuscrits précieux; son vaisseau est battu par une violente tempête, et, dans le naufrage , il a la douleur de voir s'engloutir tout le trésor qu'il rapportait. Il fut si sensible à cette perte que ses cheveux blanchirent tout à coup.

Plus favorisé du sort , Aurispa arrive à Venise avec 238 manuscrits, au nombre desquels on comptait Platon, Xénophon, Lucien, Straboù, Pindare et les œuvres attribuées à Orphée. Réduit à un dénûment absolu par les dépenses énormes qu'il avait faites pour acquérir ces ouvrages, il implore l'assistance des Médicis, qui généreusement lui rendirent la fortune qu'il avait si noblement sacrifiée.

Cosme ouvre à Florence une académie , dans le seul but d'y faire étudier et d'y propager la

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philosophie platonicienne. 11 s'attache Marciie Ficin , fils de son médecin , le fait élever sous ses yeux , et dirige ses facultés et ses études vers cette philosophie. Lui-même s'en occupait avec ardeur^ dans ses moments de loisir, au milieu de ses amis , sous les ombrages de Careggi , sa villa favorite. « Je me retire dans cette villa, écrit-il, mais ce n'est que pour y cultiver mon esprit. Venez auprès de moi le plus tôt qu'il vous sera possible, Marsilius; n'oubliez pas d'apporter le traité de Platon sur lo bien suprême^ si vous l'avez déjà traduit en latin, comme je l'espère ; car, je ne désire rien plus ardemment que de connaître la voie qui conduit au suprême bonheur. Venez donc, n'oubliez pas la lyre d'Orphée. »

Que se passait-^il dans ces académies? Y at-il un reflet de la sérénité antique? Sont-ce les fruits savoureux des beaux temps de la Grèce? Y senton le grand souffle des entretiens de Platon î

Il n'y a que le raffinement d'esprits subtils, qui étalent, dans une langue morte, l'érislique du moyen âge. Où étudiaient-ils Platon? Dans les néoplatonicietis, dans Plotln> dans Jamblîque. Les

discussions, d'abord calmes et paisibles, devien-

nent orageuses et s'abaissent en disputes de mots. La plupart des écrits publiés pour soutenir les polémiques qui s'engagent sont pleins d'invectives, fourmillent de grossières indécences et donnent une juste idée de la licence des mœurs et de la perversité d'esprit de ces cours bourgeoises.

On voit surtout une cbose grave, c'est que tout en s'attaquant, en se disant des injures infâmes, ces adversaires se louent réciproquement pour l'élégance du style, Texcellence de la latinité.

C'est l'art pour l'art. Avant qu'il s'introduise dans les arts du dessin, il est dans ces académies littéraires qui occupent les instants des Médicis. Ainsi, leur grande réputation s'explique: on a cru sans contrôle les parasites de ces princes bourgeois. N'ayant rien à inventer, vivant sur le patrimoine de l'antiquité, ces rhéteurs prodiguent sans tarir des flatteries recherchées, des éloges les plus exagérés aux vertus, au génie de leurs protecteurs. Pierre, fils de Cosme, cet homme incapable , qui est chassé de Florence , est loué comme un grand homme. De là cette race

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de commentateurs qui inonda Tltalie et le monde.

Je regrette dindiquer si brièvement le contraste de la renaissance littéraire avec le grand mouvement de la peinture. La renaissance littéraire n'est qu'une imitation , une restauration, non une création. Vous y voyez poindre Tinstitution néfaste des académies un siècle avant qu^elle ne garrotte et neutralise la peinture; vous y voyez germer les doctrines de Tart pour Tart et de Pindifférence , qui détruisent peu à peu le sens moral de ce peuple.

Rien ne montre mieux que Tbistoire littéraire de riialie combien le mouvement de la peinture fut national, profond, puisqu'il put résister plus d'un siècle à des institutions aussi pernicieuses que celles des Médicis.

Non, ce n'est point dans ces beaux esprits, dans ces rhéteurs, qu'est la vitalité de Florence. Elle est dans la fresque qui retrace la légende acceptée de tous, religieuse ou patriotique; dans cet art où l'exercice de la force physique concourt avec les plus hautes conceptions de l'idéal. Elle est dans l'extension légitime, supérieure, que des

hommes du peuple font d*un métier à Tart. L'admirable au XY'' siècle est que presque tous les artistes commencent par être ouvriers. Peintres, sculpteurs sortent de Torfévrerie, s'élèvent à la sculpture , puis à la peinture , et souvent y réunissent Tarchitecture. De l'orfèvrerie naît la gravure.

Laurent de Médicis a beau vouloir faire de Tart le privilège de la noblesse, les grands initiateurs des écoles italiennes furent des plébéiens. Pourquoi? c'est qu'on ne change le monde qu'avec le tout; et que ces hommes, sortant immédiatement du peuple, mirent la ferveur de leur sang au service de l'idéal. Arrivant par l'art à une fortune inespérée, ils eurent la reconnaissance, qui est l'éveil du génie. Tout le mystère de l'éducation rapide de ces ouvriers qui furent artistes, de ces plébéiens qui devinrent les princes de l'art, s'explique par leur dévouement absolu à Tart. De leur extrême application résulte rattachement du maître qui les fait travailler avec lui. Dans ces temps, point de praticiens; Michel-Ange, qui garda austèrement la discipline de cette éducation du XV* siècle, se rendait lui-même à Carrare

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pour dégrossir ses marbres. Quand un même homme ,ne franchit plus les intermédiaires de l'initiation intérieure, quand il n'y eut plus d'échelle que la faveur, il en résulta bien vite l'ignorance et la décadence, car Part italien ne se soutenait que par la forte éducation et Fénergie des hommes du peuple dans leur ascension à Tidéar.

Le xve siècle fut le temps des forts. L'art y eut vraiment des assises démocratiques, et par les artistes qui sortaient du peuple et par la fresque née avec saint François d^Assises, empreinte du souffle légendaire de la prédication colorée des ordres mendiants; elle s'adressait au peuple, et il occupa toujours une grande place dans Fart du XV' siècle.

Quand viennent les Médicis , tout s'abaisse , se circonscrit, tout tarit lentement, mais d'autant plus sûrement pour ne jamais revenir. Au fond, vers la fin du xv* siècle, l'art italien est frappé au cœur. Ghirlandaio voudrait peindre la circonférence des murs de Florence; il représente Tapogée de la fresque , il trace les règles de la perspective aérienne , à son école viennent tra-

vailler Michel-Ange, André delSarto : mais il n'y a plus de patrie, plus de citoyens , il n'y a que des gens riches , et quelque riches qu'ils soient , ils n'ont ni la fortune ni le cœur de suppléer à l'art d'un peuple.

Combien le Campo Santo, où se sont exercés ces premiers artistes pleins dufeu de la jeunesse, combien Santa Maria del Fiore, monument de l'harmonie des arts , église des libertés de Florence , sont des moments regrettables ! Tout cela va être effacé par les maîtres, mais il n'y a déjà plus cet avenir infini.

Cette décadence est bien dissimulée par les puissants artistes du commencement du xvi© siècle, mais s'ils résistèrent, ils le durent à l'éducation plébéienne qu'ils reçurent à la fin du xv« siècle. Comme il arrive d'ordinaire dans les crises de la vie des peuples et des individus, leur production semble s'en accroître, mais ils brûlent, dévorent en une génération le développement de la vie d'un peuple. En somme le xvi® siècle a joui et abusé des ressources accumulées avec tant de labeurs plus qu'il ne les a employées à la destination véritable de l'art, sa diffusion croissante

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et révocation par lui des forces latentes et des âmes nouvelles.

En grande partie par Tinfluence des Médicis, la renaissance italienne aboutit à un plaisir aristocratique , à un art de cour. La peinture des artistes qui travaillent dans les chambres de leurs palais peut croître d'intensité, mais où sont les âmes de ceux qui les regardent? L'essentielle différence d'un art démocratique et d'un art aristocratique est dans le public. Ce grand seigneur, ce cardinal, ce pape estiment moins cette œuvre parce qu'elle est belle, vivante des meilleurs sentiments de l'homme que parce qu'elle est de tel maître. L'Italie devient un musée, tandis qtf au xve siècle elle était une école de patriotisme.

L'enseignement qui ressort de cette histoire est que l'art s'alimente de la moralité , de la nationalité d'un peuple, de ce qu'il y a de plus profond dans son génie. Les calculs individuels, égoïstes, n'y peuvent rien. Les Médicis peuvent employer les artistes, ils peuvent les payer, mais ils ne peuvent évoquer des hommes nouveaux qui soutiendront , qui continueront les maîtres.

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11 n'y a jamais que de puissantes émotions communes, il n'y a que la solidarité entre les hommes qui puisse provoquer ; entretenir, accroître une grande expansion de l'esprit.

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