LE MANTEGNA
Grèce, il s'asservit d'abord à l'antique : il pensait que les chefs-d'œuvre de Tart grec étaient plus parfaits que la nature. Mais par un effort hé* roïque il s'affranchit de Timitation et replace Part dans l'étude de la nature. Ses œuvres respirent une candeur grandiose, empreintes d'une sévérité et d'une rigueur qui viennent de sa conscience du monde embryonnaire qu'il porte. Il eut les joies profondes de l'invention, qui n'est autre que la grande émotion intérieure. Vivement impressionné de son temps, il prit la légende dans le fond de Pâme humaine remuée par tant de passions aveugles et brutales , et affronta la laideur d'un monde encore informe pour commencer avec plus de sincérité la peinture de caractère. Ainsi, il trouva la première idée de plusieurs compositions de Michel-Ange. Il alla si loin dans le tragique^ qu'aucun peintre ne le surpassa. Tous adoucissent les conceptions de ce génie terrible; ils sont devenus plus calmes, ils sont moins émus. Il se trouvait lui-même^ il exprimait son siècle dans cette gravure saisissante où le Christ, déjouant les fourches du démon, pénètre dans la caverne pour délivrer les âmes du purgatoire.
C'était rame antique qui revenait, après cette dure expiation du moyen âge, dans la cour à demi barbare des Gonzague, par cet Eschyle du xv* siècle. Aussi, comme les triomphes lui vont bien à peindre 1 II est lui-même Tâge héroïque de la Renaissance.
Pauvre pâtre, il retrouve sa noblesse dans les statues antiques, au milieu d'un monde livré à l'ignorance, qu'il représente dans une de ses gravures par des hommes grouillant dans les ténè« bres, qui se débattent sans position possible, ni espace, ni air, ne pouvant remuer sans se blesser, s'étouffer les uns les autres. Le Hantegna découvre par la science les champs infinis de l'esprit, de la liberté dans l'art, qui prépareront les temps d'affranchissement social.
Génie d'effort, par son assiduité acharnée à vaincre la difficulté d'exprimer ce qu'il voit, ce qu'il sent, il enseigne comment se transmet tout progrès. Il ouvre un âge plus heureux sur des portes de bronze. Par son labeur infatigable, par sa sincérité profonde, il a conquis à l'art l'expression des sentiments modernes.
Qu'on nie maintenant la moralité de l'art ita-
l'art italien au xv<> siècle. 67
lien ! Pour moi, je ne sache rien qui m'ait donné une plus haute idée de Fart en général, que de sentir, comme dans ces artistes, Phomme toujours plus grande plus passionné que son œuvre. Quelle source d'inspiration sont les monuments des siècles écoulés, lorsqu'on y porte une âme nouvelle!
L'art italien s'alimentant de ce qu'il y eut de plus libre, de plus vivace dans chaque cité, les forces populaires proscrites, ne pouvant se produire ailleurs, cette forte base explique naturellement le grand esprit d'ensemble qui anime les arts au xv® siècle. J'insiste d'autant plus sur cette harmonie, que les maîtres du xvi* siècle ont fait trop oublier les grands caractères qui les ont précédés.
Avec Brunellesçhi , qui construit le dôme de Santa Maria del Fiore, à Florence, Tarchiteclure centralise la sculpture et la peinture
qui s'appliquent principalement par le basrelief et par la fresque à la décoration architecturale.
Donatello sculpte dans presque tous les édifices construits par Brunelleschi. Les architectes et les sculpteurs sont les maîtres des peintres. Brunelleschi enseigne à Masaccio la perspective et Varchitecture.
Combien la sculpture, la peinture influencées par l'architecture, combien ces trois arts se réunissant, se faisant valoir Tun par l'autre ont été dans leurs vraies conditions légitimes^ harmoniques! C'est ici qu'il faudrait s'arrêter, le caractère architectural delà fresque ayant été une des raisons principales de son influence sur les foules. Je voudrais surtout faire ressortir comment ces grands artistes d'ensemble ont amené un mouvement de production si abondante, si merveilleuse qu'elle semble tout d'abord inexplicable , unique dans l'histoire; comment, grâce à eux, les artistes du xvi© siècle se sont trouvés doués à leur naissance, si bien préparés qu'ils n'avaient qu*à produire. Pour dire toute ma pensée , je trouve cette préparation supérieure aux résultais,
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c'est-à-dire que le xv* siècle contient plus que le XVI® n*a réalisé , car au xv* siècle je pressens déjà par delà le xvi* , qui n'est point encore, les éléments d'une harmonie que notre art moderne pourra seul accomplir.
Ces conditions d'harmonie, d'ensemble, qui associaient les arts entre eux, se retrouvent aussi dans les procédés de Vartiste. Vasari raconte que Donatello avait l'intuition de Teffet que ses statues auraient à leur place, et qu'il les préparait pour qu'elles gagnassent hors de son atelier. Ce qui fit valoir son orgue sur celui de Lucca délia Robbia, c'est qu'il laissa ses figures presque à l'état d'ébauche, comprenant que de loin elles produiraient beaucoup plus d'effet que celles de Lucca qui étaient d'un fini extraordinaire, et que l'œil n'y perdrait rien.
Pour peu que j'interroge les œuvres, je vois que les plus grands sculpteurs, Ghiberti dans les basreliefs de sa porte de San Giovanni; les peintres, Hasaccio dans ses tableaux , ont été à la fois de grands architectes. Tous ils inventent une architecture nouvelle, supérieure aux modèles connus, et chacun dans son art perfectionne les autres
arts. —Avec quel éclat, dans quelle splendide lumière je retrouve par la suite cette invention architecturale dans les vastes compositions de Paul Véronèse! Et chez nos deux premiers paysagistes français, quel charme, quelle variété d'ordonnance dans ces palais de Claude Lorrain, dans ces jardins en terrasse qui bordent la mer, dans ces tours qui s'éclairent aux rayons du soleil levant; quelle sévérité, quelle simplicité antique dans les constructions du Poussin I
Le caractère architectural des arts au xve siècle s'explique par l'éducation uniforme que recevaient les artistes. Tous, quelque soit leur art, ils font leur étude principale des sciences mathématiques, et il semble que les progrès de l'architecture, de la sculpture et de la peinture à cette époque tiennent à des applications nouvelles, à des perfectionnements de la perspective.
Une anecdote naïve témoigne de la passion qu'ils portaient dans les découvertes mathématiques. Paolo Uccello, qui ouvrit les voies à Masaccio , s'appliqua sans relâche pendant sa longue et triste vie aux recherches les plus ardues de la perspective qui le tinrent jusqu'à sa mort dans la
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pauvreté et Tobscurité. Vers la fin de sa \io, il ne quittait plus sa maison, et sa femme racontait que toute la nuit il restait dans son cabinet à travailler à la perspective, et que, quand elle lui disait de venir se coucher, il répondait : a Oh ! quelle douce chose que cette perspective I d
Et il avait raison, car il entrevoyait, cet homme obscur, que des natures plus heureuses que la sienne, le Corrége dans le dôme de Parme, Claude Lorrain dans ses horizons fuyants, enchanteraient les regards en profitant de ses études arides, de ses veilles sans gloire.
Brunelleschi donna tout son temps à la perspective, jusqu'à ce qu'il eut trouvé la manière de lever le plan et le profil des édifices, au moyen de l'intersection des lignes. Un jour, se trouvant invité à souper par messer Paolo dal Pozzo Toscanelli, le géographe ami de Colomb, Brunelleschi fut tellement séduit par les dissertations de ce savant sur les mathématiques, qu'il se lia intimement avec lui, afin d'apprendre la géométrie sous sa direction.
il puisa dans cette étude un besoin de précision rigoureuse qui ne laissait rien au hasard. Pas un
détail, pas un accessoire qui n'eût un but précis^ qui ne fût prévu, calculé dans la construction du dôme de Santa Maria del Fiore. Il semblait que la grande invention conduite par les méthodes infaillibles des sciences exactes produisît sans tâtonnements les monuments les plus parfaits, justifiant ce grand mot de Brunelleschi : « Un architecte doit songer à rendre éternels les édifices qu'il élève. »
Jamais Vart ne s'est plus inspiré de la logique ; et la logique qui s'imposait aussi bien aux peintres, aux architectes, aux sculpteurs fut le vrai lien de tous ces arts , les réunissant tous au service du grand artiste, quel que fût son art. On peut dire que le génie des mathématiques a donné l'universalité à ces artistes; c'est lui du moins qui Ta rendue si fréquente, en leur montrant pour les diverses" réalisations de la pensée une méthode si parfaitement identique.
L'art sortant des procédés éternels de Pâme humaine, ne marchant que par axiomes, échappe à l'exclusion, entre dans la vie commune, se mêle à tou^ les besoins privés et collectifs pour les satisfaire, et de cette participation il reçoit unefaci-
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lité d'application qu'il n'a jamais eue davantage à aucune autre époque. Je suis émerveillé de voir à ces grands hommes un génie si pratique, un sens si parfait de la réalité. Vienne la guerre, ils sont ingénieurs ; et ils bâtissent dans la paix, outre les palais et les églises, tous les monuments d'utilité publique.
L'art et la vie se confondent^ s'augmentent, s'ennoblissent Tun par Tautre. Aussi dans l'architecture point d'exagération, rien qui vise au tour de force, mais simplicité, solidité, et ces majestueux effets d'ensemble qui tiennent à Tordre, à l'unité décomposition. Rien d'imprévu, mais les proportions sont si bien ménagées, la perspective si heureuse que Ton admire toujours plus. Les artistes créent d'ensemble, au grand jour, sous les yeux de tous, et quand ils ont conçu leur œuvre, ils ont toute sécurité de l'achever, leur composition participant de Tinfaillibilité géométrique et de la netteté splendide de la lumière italienne.
Cette architecture allait droit au but, s'inspirant de la nature, de la situation des lieux, en profitant toiyours. Rien d'inutile, telle était la règle de ces austères Florentins; et cette règle n'excluait ni la
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noblesse ni Télégance. La plus belle forme se trouvait pour eux la meilleure. L'ornementation faisait corps avec Tœuvre. Ce n'était point, comme dans le nord^ une parure trop souvent distincte, si laborieusement, si richement travaillée, que l'édifice semble n'en être que le prétexte. On n'y trouvait point cette végétation luxuriante de plantes et d'animaux qui enlacent les cathédrales, et dans lesquelles la pensée s'égare, s'arrêtant sans cesse aux mille détails delà légende chrétienne, sculptés sous les niches ou dans les voussures des ogives. Tous les ornements étaient architecturaux : le pavé en mosaïque , les marbres de couleurs variées , les fresques qui couvraient les murs, les statues colossales , tout concourait à l'ensemble avec une précision vraiment harmonique que n'a point connue le moyen âge.
Si Goethe eut quelque raison de comparer la cathédrale de Strasbourg à une immense cristallisation^ je dirai qu'il y eut progrès dans l'architecture de la renaissance sur celle du moyen âge comme unité, volonté de composition. J'y sens mieux partout l'empreinte de l'homme; mais ce qui m'T touche surtout, ce sont les pressentiments
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de l'association que nous voulons dans les arts, comme entre les hommes.
Voulez-vous avoir Timpression d'ensemble du XV'' siècle ? entrons dans Santa Maria del Fiore. Prenons le moment où Brunellesctii va construire la coupole, où il sort vainqueur du concours qu'il a lui-même proposé.
Les marchands florentins qui résidaient en France, en Allemagne, en Angleterre et en Espagne, ont reçu ordre de ne rien épargner pour envoyer à Florence les architectes les plus habiles et les plus renommés de ces pays. Après beaucoup de temps ils sont arrivés à Florence. L'an 1420, tous les maîtres ultramontains, toscans et florentins sont réunis dans Tœuvre de Santa Maria del Fiore, en présence des consuls, des intendants de la fabrique et des citoyens les plus considérables.
Pendant que Brunelleschi prononce les admirables discours que Vasari nous a conservés, parcourons l'église, nous aurons une véritable idée des conditions de l'art au xv* siècle.
Les chapelles latérales qui appartiennent aux puissantes corporations de Florence, sont ornées des statues, des bas-reliefs de Donatello, de Chi-
berli. Les fresques qui couvrent les murs ont été peintes par les élèves^ par les continuateurs de Giotto, qui maintenant se surpassent l'un Tautre. Les portraits qui sont à ces places d'honneur sont ceux des plus grands citoyens de Florence. Ce buste qui surmonte la porte de la sacristie est celui de Dante rentré triomphant après sa mort, dans cette ville où il n'a pu vivre ni mourir. Le buste de Pétrarque a été placé à côté, et Boccace à la fin de ses jours a été chargé par la république d'enseigner publiquement dans cette chaire la gloire de Dante. C'est dans Téglise de Dieu, devant tout le peuple assemblé , que le grand écrivain a réconcilié Dante et Florence.
J'insiste sur ce moment, car plus et mieux que ce qui suivra , il peut nous enseigner les voies de Part que nous cherchons. Bientôt ces pressentiments auront disparu. Après Michel-Ange, l'architecture et la sculpture deviendront des arts séparés. La peinture ne se contentera plus de la fresque , mais s'individualisant , s'encadrant dans la peinture à Thuile , elle ne tiendra plus à rédifice , tout en devenant de plus en plus précieuse par le génie des artistes ; les églises seront
des musées , et l'effet d'ensemble sera détruit , ajourné à plusieurs siècles.
Espérons que la musique, dans ses développements symphoniques , rendra à l'architecture , à la peinture , à la sculpture , à tous ces arts désassociés, l'harmonie qu'ils n'ont plus. Puisse-t-elle, cette grande voix collective, véritable image de Passociation, puisqu'elle n'existe que par l'accord des différences ou des individualités , puisse-t-elle exiger une nouvelle architecture, une nouvelle union entre les arts î Pourquoi ne supposerionsnous pas que Tédifice que la science prouvera le plus favorable à la sonorité , où tous pourraient entendre également , pourquoi cet édifice ne serait-il pas d'une architecture nouvelle , la plus belle qu'il y ait eu jamais? Les physiciens qui sont venus après Michel-Ange ont bien établi que la courbe du dôme de Saint-Pierre , que Tartiste avait adoptée comme la plus belle et la plus hardie , était aussi la plus solide et de plus grande résistance. Des rapports analogues existent sa doute entre l'acoustique et l'invention architecturale. La peinture et la sculpture décorant cet édifice, viendraient à leur tour s'y régénérer.
Harmonie dbs arts. 79
Ne désespérons point de l'avenir de Tart. La renaissance s'est bien tait attendre quinze cents ans, et quels chefs-d'œuvre les anciens n'avaient-ils pas produit avant le christianisme! L'art se crée, s'approfondit tous les jours; il semble seulement qu'il se déplace, que se portant sur des manifestations dont le germe existait de toute antiquité, il en a fait véritablement des arts dans les temps modernes. Certes, la peinture et la musique ont toujours existé ; mais lors même que nous en retrouverions tous les monuments disparus, qui de nous, après Mozart et Beethoven, redemanderait le bégayement des mélopées antiques; qui voudrait revenir aux peintures grecques, après le Titien, après Rembrandt? L'art devient déplus en plus collectif, de plus en plus harmonique,
Ce qui explique mieux que ce que j'ai dit encore le grand caractère des arts au xv* siècle, c'est qu'il y eut entre ces artistes non point seulement transmission, perfectionnement d'une tradition d'école, de maître à élève, il y eut amitié, échange d'ames.
Je ne citerai qu'un fait y il suffira. Il s'agit de deux artistes dont l'un a élevé le dôme de Santa Maria del Fiore , et dont Tautre , par son génie facile, hardi, intarissable, rappela le mieux l'inspiration des marbres antiques. Brunelleschi et Donatello, liés tout jeunes^ reconnaissent ensemble la supériorité du modèle présenté par Ghiberti pour la porte de San Giovanni; mieux que cela , ils le proclament et prouvent aux consuls, par de bonnes raisons, qu'il mérite le prix , et que la patrie sera mieux servie par lui que par tout autre. Puis ils parlent pour Rome, mettant tout en commun, études, argent. Ce fut, je n'en doute point, la vertu bienfaisante de leurs entretiens, de leurs études en commun qui trempa Tâme de Brunelleschi pour sa grande entreprise : ce fut ce voyage, ce séjour à Rome, la communication de Brunelleschi qui fécondèrent et épurèrent les dons heureux que Donatello avait reçus de la nature. Puissance de Tamitié, que j'aime à vous contempler dans ces deux hommes , à croire que c'est en vous qu'ils ont fortifié leur génie 1
Lorsque Brunelleschi , après tant de difficultés,
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d'entraves, d'épreuves, se vit si injustement, si malencontreusement adjoindre Ghiberti pour la construction de son dôme , Donatello et Lucca della Robbia le consolèrent et l'empêchèrent de briser ses modèles. Dois - je rappeler encore la profonde douleur qu'il ressentit de la mort de Masaccio , de ce jeune homme auquel il avait enseigné la perspective et Tarchiteclure? Qui doutera jamais que Fart] puisse exister sans amour , et que la vraie , la meilleure inspiration ne soit l'union des cœurs?
C'est rame pleine que Ton quitte ces biographies, car le point le plus élevé de l'art italien, le moment de ce bel accord entre les trois arts , est celui de la plus grande perfection morale. Où trouverai-je un plus grand équilibre de toutes les facultés humaines que dans Alberti ; une meilleure nature y plus de désintéressement que dans Donatello; un homme plus accompli que Brunelleschi? Personne, dit Vasari, ne fut plus bienveillant, plus afiTable, plus enjoué et plus spirituel.
J'admire dans Alberti, la puissance de la volonté qui ordonne si bien les choses du corps et de l'âme, c'est le grand esprit qui devient inven-
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tif à force d'être encyclopédique. Outre de grands monuments d'architecture , il inventa Foptique, il voulut dans tous les arts, dans toutes les sciences retrouver , réunir la tradition : dans sa vie écrite par un contemporain , nous voyons la large éducation antique unie aux vertus chrétiennes. Quel bien cet homme nVt-il pas fait par son exemple! quel appel ne fait-il pas à notre jeunesse I
J'admire dans Brunelleschi , la vie de l'artiste., vie d'action, de dévouement, d'héroïsme. Il reconnaît lui-même, avec Donatello, la supériorité du modèle de Ghiberti. Puisque Ghiberli l'emporte dans la sculpture en bas-relief, puisque Donatello se livre à la statuaire, j'élèverai la coupole de Santa Maria del Fiore. Ainsi ce glorieux échec de concours n'est pour lui qu'un avertissement d'avoir un art plus vaste. Il a commencé par l'orfèvrerie , il s'élève à la statuaire et se trouve prêt pour l'architecture. Saisi de cette pensée, nous suivons pas à pas sa dialectique intérieure, îl vend son bien pour aller avec Donatello étudier à Rome. Là il dessine tout, lève les plans des édifices , y retrouve les procédés de la
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mise en œilvre des matériaux , les secrets de leur liaison, de leur transport et de leur pose. Il poussa ses études à tel point qu'il était capable de recomposer d'imagination la ville de Rome telle qu'elle était avant d*être ravagée. Les monuments découverts ne lui suffisent plus ; 11 épuise ses ressources pour faire des fouillés. Puis, quand il n'a plus rien, il se souvient qu'il a été orfèvre, et tout Targent que lui procure son travail, il remploie à continuer ses études, à poursuivre son unique pensée , la construction du dôme de Santa Maria del Fiore.
Il faut lire dans Vasari ce poëme de la construction du dôme de Santa Maria del Fiore, récit complet qui en apprend plus que toutes les œuvres. On y voit un artiste inventer, au milieu d'un peuple , jusqu'aux moindres détails soit dans les procédés, soit dans la mise en œuvre des matériaux, résoudre les problèmes d'un art entièrement nouveau. On y suit jour par jour cet homme maître de son idée et des moyens de la réaliser, aux prises avec les difficultés qui surgissent, se renouvellent sans cesse. Ce n'est qu'à force d'habileté , d'une adresse de tous les in-
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stants, d'une éloquence passionnée^ par toutes les ressources d'une invention incessante, qu'il déjoue les intrigues de ses rivaux, qu^il arrive à réaliser son œuvre. Rien n'y manque^ ni les entraves , ni la surveillance inquiète du public, ni la jalousie, ni l'indifférence, ni le découragement, ni la mort qui l'arrête au moment où il allait terminer. Mais il recommanda dans son testament, dit Vasari^ d'achever exactement d'après son modèle et les instructions qu'il laissait par^ écrit.— Que j'aimeà voir cet homme frêle et chétif, dont la laideur égalait celle de Giotto, avec un courage et une volonté terribles vaincre tous les obstacles^ et couronner cette église dont Cimabué avait jeté les fondements , dont Giotto avait construit le campanile, et que Simone Memmi, dans une de ses fresques du Campo Santo, avait peinte pour représenter Féglise universelle !
Si la nationalité a été si faible dans les républiques italiennes, il ne faut jamais oublier que les libertés municipales ont donné ce grand spectacle de l'art au xve siècle.
Si l'Italie périt de ses injustices, il y eut dans
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Fart une cité fraternelle où il y eut plus de Justice qu'ailleurs. Il y eut refuge pour les proscrits politiques, association et initiation , respect pour la tradition^ culte des grands hommes^ intention constante. Ce n*est encore que la vision abstraite de nos libertés modernes^ mais ce n'est point en vain que les images de la démocratie apparaissent , lorsque la terre entière semble la proie du despotisme.