‹ Larves de ColéoptèresChapitre 30 sur 41 · LOIN GI CO UNES · texte numérisé non relu

LOIN GI CO UNES

la réunion de ces espèces aux Leplura. Les larves des Vadonia, Anoplodera etc., lorsqu’elles auront été signalées, nous diront ce qu’il faut penser de la légitimité de ces genres, mais je ne puis me dispenser de réclamer en faveur des Grammoptera. Leurs larves sont três-reconnaissables à la dépression de leur corps et à l’aplatissement de leur tête, et se distinguent aussi, au point de vue biologique, par l’habitude qu’elles ont de vivre sous l’écorce avant de pénétrer dans les couches ligneuses. Elles paraissent en outre préférer le menu bois et des branches plus récemment mortes et bien moins avancées dans leur décomposition.

Les larves des Longicornes passent pour avoir unestructure très-uniforme et l’on est convaincu qu’il ne faut que bien peu d’expérience pour distinguer une larve de cette tribu. Cela est vrai, sans doute, et quelques exceptions ne me feront pas renoncer à ce principe, car la généralité des faits lui donne ce caractère, à ce principe, dis-je, que généralement les larves d’une même famille -sont entre elles comme les insectes parfaits ; mais pourtant la nature, qui se joue des formes, s’est permis une exception en ce qui concerne les larves à' Agapanthia, une autre plus frappante encore pour celles des Vesperus et une autre non moins étrange pour celle d’un Acmæops, sans compter les dérogations que ferait constater l’étude des larves exotiques.

C’est, du reste, ainsi que les choses se passent pour les familles même les plus naturelles dont plusieurs présentent non-seulement des causes d’indécision sur la limite qui sépare ces familles de leurs voisines, mais en outre des anomalies entre deux subdivisions contiguës, deux genres Irès-rapprochés, deux espèces d’un même genre. Les larves des Dyschirius, des Bembidium, des Carabus ne se ressemblent guère, et celles des Dromius s’éloignent bien peu de celles de certains Staphylinides. Dans les Staphylinides il y a des larves qu’on dirait être de Histérides ou de Nitidulaires. Celles des Trachys semblent n’avoir aucun rapport avec les autres larves de Buprestides ; celles de Carida jurent à côté de celles de Hallomenus ; celles i’Anaspis à la suite de celles de Morddla, et nous avons vu qu’une larve de Mordellistena diffère visiblement de ses congénères. On a de la peine à croire que les larves mineuses à'Orchestes et de Ramphus soient de Curculionides, et beaucoup de larves de cette tribu ne peuvent se distinguer de celles des Scolytides.

Quoi qu’il en soit, les larves desLongicornes, prises dans leur ensemble, sont charnues, épaisses, trapues, lourdes, finement velues, blanches ou d’un blanc jaunâtre, souvent un peu vineux avant leur complet développement ; elles sont antérieurement plus ou moins épaissies en pilon, et les mamelons dorsaux et ventraux leur donnent une forme prismatique ou tétraédrique qui n’est guère propre qu’à elles. Mais cette forme n’est pas celle des larves d’Agapanthia qui sont plus grêles, cylindriques, avec une dilatation sous le thorax, et dont le corps au lieu d’être droit, se voûte sur le thorax et se courbe en dessous à l’extrémité postérieure. Elle n’est pas non plus, comme on a pu le voir, celle des larves de Vesperus qui sont, pour ainsi dire, en coin très-épais.

Faisons maintenant une revue comparative des divers organes.

La tête ordinairement jaunâtre ou roussâtre, avec le bord antérieur beaucoup plus foncé, estlarge, profondément enchâssée dans le prothorax et à côtés arrondis dans les Cérambycides ; elle se rétrécit, dévient un peu plus saillante et presque parallèle dans les larves des Lamiides et notamment dans celles des Lamiaires et des Aslynomaires, plus saillante encore, plus étroite et presque aussi parallèle dans celles des Saperdins, pour s’arrondir un peu et ressortir plus encore dans celles des Lepturiens et en particulier des Rhagiaires et des Graramoptéraires ; mais elle est presque entièrement libre, subcornée et uniformément colorée dans les larves des Agapanthaires.

Le bord antérieur se montre très-épaissi, dentelé ou sinué dans les larves des Prioniens, puis il s’affaisse, se simplifie, et alors il est droit ou très-faiblement échancré d’une mandibule à l’autre, dilaté ensuite en une ■ dent obtuse ou un simple tubercule, et de là déclive jusqu’à l’angle antérieur tantôt en ligne droite comme dans les dernières familles, tantôt en ligne courbe dessinant une échancrure plus ou moins profonde comme dans les familles intermédiaires.

Dans les larves des Prioniens, l’épistome présente une largeur égale au tiers de la largeur antérieure de la tête ; dans celles des Cérambyeins, elle est à peine égale au cinquième, et ce caractère me paraît avoir une grande valeur de classification. Cette largeur augmente dans les autres familles et devient assez étendue dans les larves de GrammopUra. Le labre suit naturellement les dimensions de l’épistome ; quand celui-ci est large il est transversalement semi-ellipsoïdal ou un peu plus, et quand il est étroit il est ogival ou presque discoïdal. Il est toujours frangé antérieurement de poils roux ou roussâtres assez touffus. L’épistome est généralement lisse

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et de consistance membraneuse et il est plus pâle que le labre, lequel est plus ou moins ruguleux.

Les mandibules sont longues, robustes, pointues au sommet, taillées en biseau et tranchantes intérieurement, bosselées ou striées en dehors dans les larves des Prioniens, courtes, épaisses, lisses en dehors et trèsarrondies à l’extrémité dans celles des Cérambycins. Elles deviennent ensuite plus longues, et leur sommet est tronqué plus ou moins obliquement dans celles des Lamiens et des Saperdins. Leur longueur augmente encore un peu dans celles des Rhagiens qui les ont pointues, sauf celle du Rha~ gium indagator où elles sont tronquées, et elle diminue à peine dans celles des Lepturiens qui les ont très-obliquement tronquées, à l'exception de celles des Vespenis où l’extrémité est arrondie.

Le bord antérieur de la tête, vu en dessous, est largement échancré ou en forme d’arc. Sur cet arc reposent trois pièces adossées, dont les latérales supportent les mâchoires et la médiane sert de base à la lèvre inférieure. Les mâchoires sont fortes, inclinées en dedans dans les premières familles, ce qui les fait paraître coudées, droites dans les autres, et sont munies d’un lobe assez épais, cilié comme le labre, ne dépassant Jamais le second article des palpes maxillaires. En dehors, les mâchoires sont marquées d’un pli profond qui, par sa position et son étendue, fait croire à tort qu’il sert de limite basilaire au palpe maxillaire et que celui-ci, dès lors, est formé de quatre articles. 11 n’en a, en réalité, que trois égaux à peu près en longueur. Il est un peu conique et légèrement arqué en dedans. La lèvre inférieure, déprimée au milieu et dilatée sur les côtés, paraît cordiforme, mais elle s’avance en un lobe épais, arrondi et cilié dans les larves des Prioniens, plus étroit, ou grêle ou très-peu apparent, mais toujours cilié dans celles des autres familles, et c’est à ce lobe que je donne le nom de languette, que certains auteurs ont attribué à la lèvre elle-même. A droite et à gauche de la languette s’élève un palpe labial de deux articles dont le second est ordinairement un peu plus long que le premier. Assez souvent cependant les palpes labiaux sont presque contigus à leur base et alors la languette se trouve en dessus, dans l’intérieur dë la cavité buccale. Ces palpes sont souvent un petit peu arquées en dedans, et comme la lèvre est beaucoup plus courte que les mâchoires, leur sommet atteint rarement l’extrémité des lobes maxillaires. Tous ces organes ont une structure assez uniforme dans les larves des Longicornes, ils sont toujours roussâtres et conséquemment un peu plus foncés que le corps et il n’y a guère de différence que dans le plus ou moins grand nombre de poils qui

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les hérissent, dans l’inclinaison des mâchoires et dans la forme et les dimensions de la languette.

A chaque angle antérieur de la tête et habituellement dans l’épaisseur du bord antérieur existe une cavité où se loge une antenne. Celle-ci est longue, en cône allongé, ordinairemeut saillante, même après la mort, et médiocrement rétractile dans les larves des Prioniens et des Cérambycins ; elle est très-courte, conique, entièrement rétractile dans celles des autres familles à l’exception des Fespe/’us, et souvent elle disparaît dans la cavité antennaire, ce qui a fait' croire que certaines larves étaient dépourvues de cet organe ; mais il est très-rare que l’article apical n’émerge pas un peu, ce qui le rend visible à un œil attentif, muni d’une bonne loupe, et en tout cas, en observant la tête dans une position favorable, on peut voir la cavité antennaire et dans son intérieur l’extrémité de l’antenne. Lorsque l’antenne est longue, sa composition est la suivante : le premier article est long, en cône tronqué, plus pâle que le reste et membraneux, et l’on devine que c’est sur lui que s'opère la rétraction. Cette rétraction a donné quelquefois lieu de penser que les antennes n’ont que trois articles. Le second est trois fois pins court que le précédent, le troisième deux fois au moins aussi long que le second, le quatrième est plus court que le troisième. A côté du quatrième, mais ordinairement dessous, sauf de rares exceptions, comme dans la larve du Stenopterus rufus, par exemple, se trouve un autre article plus petit et quelquefois très-petit, que j’ai appelé article supplémentaire. Je l’ai signalé dans beaucoup d’autres larves et ne l’ai jamais trouvé faisant défaut dans les larves des Longicornes ; seulement il n’est pas toujours facile à voir. Il faut, pour s’assurer de son existence, regarder de côté, puisqu’il est placé en dessous. Lorsque l’antenne est courte, elle est plus franchement conique, ses quatre articles sont naturellement très-courts et ils sont presque toujours égaux ou peut s’en faut. Les dimensions de l’article supplémentaire s’en ressentent naturellement.

Quel est l’usage de cet article supplémentaire dont la constance indique qu’il a une importance réelle? Est-il le siège d’un sens, de l’odorat, par exemple ? Qui pourrait le dire ? Mais, à coup sûr, il a une fonction. Bien des larves cependant, et notamment celles de la grande tribu des Ténébrionides, paraissent en être privées.

Quelquefois, à côté des antennes, sur la tranche même du bord anterieur ou un peu en arrière, une forte loupe montre de un à trois ou même cinq tubercules plus ou moins convexes, lisses, de la couleur delà tête, ou bien

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un point noir ni saillant, ni enfoncé. Ce sont là, je le crois, des ocelles vrais ou rudimentaires. Beaucoup de larves en manquent, et dans une même famille, un même genre, certaines en sont douées et d’autres privées. On ne voit guère quel besoin d’ocelles ont des larves qui vivent dans les ténèbres et ne paraissent rien faire de plus que celles qui positivement en sont dépourvues.

Nous avons vu que, dans les larves d’Agapanthaires, les segments thoraciques ne sont pas beaucoup plus larges que la tête, qu’en dessous ils sont gonflés et munis d’une touffe de poils et qu’en dessus le prothorax est lisse, avec une plaque subcornée et colorée ; ce sont des particularités propres à ces larves. On trouve, à cet égard, dans les autres larves, une structure très-différente, mais aussi une grande uniformité de conformation. Le prothorax est presque toujours de une et demie à deux fois plus large que la tête, et il est ordinairement aussi long que les trois segments suivants pris ensemble. Enveloppant la partie postérieure de la tête, servant d’attache aux muscles puissants qui en font mouvoir les organes, il lui fallait des dimensions exceptionnelles, vu le genre de vie de la plupart de ces larves. Appelé en outre, par ses dimensions, à être le premier et même le seul en contact avec les obstacles et à rendre des services importants, il avait besoin d’une solidité toute spéciale ; aussi la nature l’at-elle doué d’une peau plus épaisse et plus coriace, fortifiée par des callosités ou par une sorte de carapace plus ou moins étendue, munie de stries, de rugosités, de granulations, de plis latéraux et inférieurs facilitant la dilatation des parties qu’ils circonscrivent, de sorte que ces surfaces ridées, rugueuses ou râpeuses s’appliquent aux parois de la galerie creusée par la larve, servent de solide point d’appui à sa tête et facilitent son action. Cette conformation du prothorax me paraît avoir eu principalement cela pour but.

On a pu voir par les descriptions qui précèdent qu’à part les larves à’Agapaphia, de Vesperus. et d’Acmæops collaris. environ la moitié postérieure du prothorax est diversement striée ou striolée ou ridée avec ou sans points intermédiaires, ou très-finement réticulée, ou couverte de granulations. Ce dernier caractère paraît propre aux larves des Saperdaires et des Phytœciaires.

Je ne dois pas omettre de dire que le prothorax a, près du bord postérieur, tant en dessus qu’en dessous, un pli transversal qui semble former un segment supplémentaire, mais qui s’arrête avant d’arriver aux côtés. Le pli supérieur n’est pas toujours visible, mais l’inférieur est constam-

ment très-bien marqué. Les deux autres segments thoraciques sont relativement très-courts, égaux et presqué aussi larges que le proihorax. Ce n’est guère qu’à partir de là que le corps diminue de diamètre.

C’est le moment de parler des pattes, puisque ce sont les segments thoraciques qui les portent. Quand elles existent, elles sont toujours au nombre de trois paires ; elles sont très-écartées, coniques, peu robustes, de quatre ou de cinq articles y compris un ongle subulé, hérissé de quelques poils. Elles sont situées, la première paire sous le prothorax, précisément sur ce faux petit segment dont j’ai parlé, la deuxième sous le mésothorax, la troisième sous le métathorax. Elles sont très-courtes dans les larves des Prioniens et des Cérambycins, sauf pourtant, jusqu’ici, les larves de Leptidea et de Stenopterus qui en sont dépourvues. On les retrouve extrêmement courtes dans le genre Parmena, le genre Lamia, le genre Morimus, puis elles disparaissent de nouveau dans les larves du genre Monohamtnus, des Astynomaires, des Pogonochéraires, des Saperdins, pour reparaître, cette fois, assez longues, dans celles des Rhagiens et des Lepluriens. Ces organes ne sont évidemment, dans les larves des Longicornes, que d’une importance très- secondaire, pour ne pas dire nulle, puisqu’ils manquent tout à fait ou à peu près dans le plus grand nombre, et que là où ils sont le plus développés, ils ne peuvent, à coup sûr, être d’une utilité bien grande. On ne voit pas, d’ailleurs, qu'ils soient bien nécessaires à des larves qui ont pour mission de creuser des galeries et pour obligation de s’y mouvoir, et l'on comprend que de longues pattes seraient plutôt pour elles un embarras. Elles existent, à la vérité, dans les larves en apparence lignivores de Clerus, d’Opilus, d’Athous, de Malacliius, de Dasytes, et qui vivent souvent aux mêmes lieux que les larves de Longicornes; c’est que celles-ci, qui sont carnassières et non xylophages, ne sont pas chargées de ronger le bois, elles doivent seulement râteler et déblayer les déjections et les détritus qui encombrent les galeries afin d’arriver jusqu'à la larve dont elles veulent faire leur proie; aussi leurs pattes ne sont pas seulement longues, elfes sont de plus robustes, solidement articulées, subcornées et munies d’un ongle vigoureux et d’épines ou de soies qui en font de véritables rateaux.

Il est vrai aussi que les larves essentiellement lignivores ou phytophages, comme celles des Q'idémérides, ont des pattes assez longues; mais il est à remarquer qu’elles vivent dans des milieux relativement peu résistants, tels que la moelle des végétaux herbacés ou les bois ramollis par une plus ou moins grande vétusté, c’est-à dire là où elles peuvent

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sans effort donner à leur galerie la largeur que comporte l’usage des pattes. Il est possible aussi que ces organes leur soient utiles soit pour se mouvoir dans cette galerie dont les-parois ont peu de résistance, soit pour déblayer le terrain de parcelles qui, vu l'altération de la masse alimentaire, sont devenues impropres à la nutrition. Ces hypothèses expliqueraient pourquoi les larves des Lepturiens et des Rhagiens, qui ^e développent dans les bois ramollis par le temps ou sous des écorces", ont aussi les pattes les plus longues. En tout cas, on ne saurait s’étonner de voir des pattes bien développées aux larves de Vcspem et à’ Acmæops chg;rgéea de fouiller le sol comme celles de bien des Lamellicornes et tant d’autres.

Après tout, et généralement parlant, les larves des Longicornes, pourvues comme elles le sont de nombreux et puissants moyens de locomotion, pourraient se passer de pattes. Tous ceux qui ont observé ces larves ont remarqué ces dilatations médianes que présentent sur les deux faces les sept premiers segments de l’abdomen, et auxquels on a donné le nom assez impropre, je crois, de mamelons, que j’ai remplacé par celui d’ampoules ambulatoires. J’attendais d’avoir à en en parler pour dire qu’elles n’existent pas seulement sur tes segments abdominaux, on les voit aussi, sauf de très- rares exceptions, mais moins développées, sur la face inférieure du mésothorax, et dessus comme dessous le métathorax. Il n’en existe pas, paraît-il, sur le dos de ce dernier segment dans le groupe des Lepturides. Elles sont susceptibles de s’affaisser et de se dilater, et voici quel est leur usage : lorsque la larve veut se maintenir dans sa galerie et résister aux chocs ou à la traction qui tendraient à la déloger, elle gonfle ses seize ou dix-sept ampoules et s’accroche ainsi aux parois. Si elle veut aller en avant, elle dilate les parties dilatables du prothorax ainsi que les ampoules thoraciques, applique, si elle le peut, ses mandibules sur le plan de position, et ayant pris ces points d’appui, elle appelle en avant successivement les sept premiers segments de l’abdomen, qui, l’un après l’autre, affaissent leurs ampoules, se raccourcissent et puis dilatent leurs organes de locomotion, de sorte qu’elle accomplit une sorte de mouvement péristaltique de contraction longitudinale et de dilatation verticale. La larve n’attend pas que tous les segments abdominaux soient à leur nouvelle place pour recommencer le mouvement ; tantôt elle s’allonge de nouveau lorsque le cinquième ou le sixième segment vient de se fixer, tantôt, chaque segment poussant successivement celui qui le précède, elle chemine d’une manière continue. Si la larve veut aller en arrière, ce qu’elle fait avec facilité, les segments se contractent en ordre inverse et

L\nVES 1)R COLÉOPTÈRES l«s ampoules agissent successivement en commençant par celles du septième segment de l’abdomen.

Les ampoules présentent, au point de vue de la distinction des groupes, des familles et quelquefois des espèces, des caractères ordinairement trèssaisissables et souvent fort tranchés. Elles sont circonscrites et traversées par des plis divers mais toujours uniformes dans la même espèce de larve, et ces plis servent aux contractions et aux dilatations. Ils ne sont pas les mêmes à la face dorsale qu’à la face ventrale. Les ampoules sont habituellement plus ou moins déprimées longitudinalement au milieu, mais dans certains groupes cette dépression est peu sensible, dans d’autres elle est mieux marquée, dans d’autres encore elle est telle que les ampoules sont comme bilobées, et nous avons vu que, dans la larve du Stenopterus, elles sont divisées en deux gros mamelons charnus et lisses. Dans les larves de Prioniens qui me sont connues, elles sont lisses, ou leur surface finement ridée est semblable à celle du reste du corps; les larves des Cerambyx\es, ont élégamment ornées de granules; la plupart de celles des Callidiaires et des Clytaires les présentent finement réticulées ou chagrinées. Dans les rameaux ou genres suivants les granules reviennent ou disparaissent, comme on a pu le voir par les descriptions qui précèdent ; mais tout semble indiquer que les larves des Saperdins ontles ampoules munies de granules ou couvertes de fines aspérités, sauf dans le genre Phijtœcia, et les granules existent dans celles des Rhagiens, sauf les Vesperus, et des Lepturiens. On comprend sans peine qu’une larve ainsi secondée accomplisse avec facilité ses mouvements dans les galeries où elle est appelée à vivre, et on le concevra mieux encore si on ajoute aux ampoules les bourrelets dont sont pourvus latéralement les segments de l’abdomen et en particulier le huitième et le neuvième. Ceux-ci, en effet, n’ont pas d’ampoules, mais sur leurs côtés règne une sorte de cordon épais, visible surtout en dessous ; ce cordon se retrouve aussi très-souvent sur le septième segment, quoiqu’il soit pourvu d’ampoules. Tous ces organes du mouvement dépendent de muscles énergiques, à tel point qu’on a grand’peine à tenir dans la main fermée une grosse larve d’Ergates ou de Cerambyx qui veut en sortir.

Après ce qui précède, je n’ai pas besoin de dire que le corps des larves des Longicornes est composé de douze segments. 11 y a en outre un mamelon anal, plus ou moins développé, qui en a quelquefois imposé pour un treizième segment. Ce mamelon est marqué de trois plis convergents à l’intersection desquels se trouve l’anus. Je ne connais d’exception à

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cette structure que pour les larves de Vesperus qui ont le mamelon anal coupé en deux par un pli transversal.

Telle est l’organisation, telles sont les ressources ordinaires des larves des Longicornes ; mais après ce que j’ai déjà dit des larves d’Agapanthaires, il faut bien s’attendre pour elles à une excèption. Elles possèdent, il est vrai, des ampoules qui sont pourvues d’une série elliptique de granules, mais ces ampoules n’existent qu’à la face dorsale, la face opposée en est dépourvue. Il en résulte que la progression se fait d’une manière toute différente et que j’ai indiquée à l’occasion de la larve de V Âgapanthia aaplLodeli.

Toutes les larves connues de Longicornes vivent de végétaux ; de là la conséquence que les femelles chargées de pondre les œufs doivent avoir, sauf celles de Vesperus et probablement aussi de Dorcadion, cet instinct botanique qui est quelquefois si développé et si admirable dans les insectes. 11 en est qui ne sont pas assez exclusives dans leurs goûts pour se trouver embarrassées, puisque des arbres et des plantes même de familles diverses leur conviennent ; par exemple la Niphona picticomis qui accepte le Figuier, le Lentisque, le Chêne vert, l’Orme, Je Chêne liège, le Sureau, les Genêts, et, d’après M. Lucas, le Grenadier et le Pin, et V Agapanthia angusticoUü qui s’accommode de l’Aconitum napellus, d&VHeracleum sphondylium, du Senecio aqiiaticus, du Cavduiis nutans, deVEiipatorium cannnbinum. Mais d’autres paraissent ne vouloir absolument qu’une espèce, comme VExocenirns lusitanicus le Tilleul, la Saperda punctala l’Orme, etc. 11 en est qui recherchent les espèces d’un genre : YErgates faber les Pins, YAromia mosthala les Saules, et il s’en trouve enfin qui ont assez de discernement pour reconnaître les affinités botaniques de deux ou trois espèces de genres très voisins, le Pin et le Sapin, par exemple (Spondylis, Rhagium etc.), le Chêne, le Hêtre, l’Aulne, (Lcptwa scutelZata), et j’ai mentionné dans ce travail plusieurs espèces communes au Châtaignier et au Chêne. Au surplus, des faits du même genre sont fournis par les larves de plusieurs autres tribus. Quant aux larves de Vesperus, on a vu, par ce qui a été dit au sujet de ces insectes, qu’elles se nourrissent de racines vivantes, mais que tout leur est bon. 11 en est sans doute de même pour celles de Dorcadion.

Ratzeburg, qui a consacré un court chapitre aux larves des Longicornes (Dieforst. ins. t. I, p. 189) est porté à croire que les espèces de cette tribu ne pondent que sur les végétaux ligneux. Il a dû revenir de cette erreur lorsqu’il a connu les mœurs des Agfapant/iîfl, du Calamobius, des Phytœcia qui recherchent les plantes herbacées. I] conteste aussi, malgré le témoi-

gnagedii M. Bechstein, qu’une même espèce vive sur un arbre feuillu et un arbre résineux. Or Je trouve dans l’ouvrage de M. Mulsant que le Criomorphus liiridus est parasite du Pin, du Sapin et, selon Panzer, du Chêne; le Lamia tristis du Figuier et du Cyprès; le Morimus lugubris du Sapin, du Saule etc.; la Niphona picMconiis de diverses essences et du Pin; la Lep~ tura scutellata du Chêne vert, etc., et du Pin maritime. De mon côté, je puis affirmer que j’ai recueilli dans une vieille souche de Châtaignier, trèséloigné de tout arbre résineux, une nymphe d’où est sorti un Rhagiim bifasciatim qui figure dans ma collection.

Les femelles ne doivent pas seulement discerner les espèces, il faut qu’elles sachent aussi apprécier leur état. Les unes (Cerambyx cerdo, etc.) reconnaissent même les maladies locales et déposent à l’endroit altéré les germes de larves qui pénétreront dans l’aubier des Chênes vivants pour hâter leur ruine et gâter leur bois ; les autres (Callidium, Clytus, Astynomus, etc., etc.) sont en quête des arbres et des branches raalades-ou récemment abattus ; d’autres (Stenoptems rufus, Rhagium bifasciatim, Strangalia auriüenla, Leptura testacea) paraissent aimer les bois ramollis par le temps et en voie de décomposition ; presque toutes exigent la présence de l’écorce, quelques-unes y semblent indifférentes. Il en est qui confient leurs œufs â des arbres ou arbustes vivants et même vigoureux (Anærea carcharias et Compsidiapopiilnea pour les Peupliers, Oberea ocnlata pour les Saules, 0. piipUlata pour les Chèvrefeuilles) et, à ma connaissance, cette particularité est jusqu’ici concentrée dans la famille des Saperdins. Enfin, il en est comme les Parmena, les Agapanthaires et du moins certaines Phytœciaires, qui n’en veulent qu’aux plantes herbacées, et alors, comme une tige ne suffirait pas à plusieurs hôtes, la femelle, avant de pondre, recherche et constate si elle a été devancée, car on ne trouve jamais qu’une larve dans une même tige ; â moins que, refusant à la pondeuse un aussi admirable discernement, on ne dise que, s’il y a eu concurrence de larves, l’une d’elles a fini par rester maîtresse de la place. Cela n’est guère admissible, car une fois ou une autre on aurait rencontré deux larves, on aurait été témoin de la lutte ou bien on en aurait vu les suites. Le rôle des larves qui vivent dans ces dernières conditions est assez simple. L’œuf ayant été pondu vers le haut de la tige, la larve qui en provient pénètre au centre puis chemine et se développe en descendant, et c’est presque toujours au collet ou dans le voisinage qu’entre deux tampons de déjections et de fibres elle subit ses métamorphoses.

Tout cela est fort rationnel. De cette façon, en effet, la larve naissanle

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SC trouve au milieu des tissus les plus tendres de la plante et là où le diamètre de celle-ci, quoique restreint, est suffisant néanmoins pour lui fournir des aliments et. un abri. A mesure qu’elle grossit, elle parcourt des milieux plus consistants et plus étendus, et enfin lorsqu’il lui faut ce calme et cette sécurité qu’exigent les métamorphoses et l’hibernation, elle est parvenue et elle s’installe dans la partie de la plante presque toujours inférieure au niveau du sol, de manière à n’avoir pas à souffrir de la rupture à peu près inévitable de la lige desséchée. Ces manœuvres si simples et en même temps si logiques sont sans doute purement instinctives ; mais ne dirait-on pas qu’elles sont l’œuvre de l’intelligence et du raisonnement ?

Quant aux larves réellement lignivores, celles qui attaquent les arbres sains plongent immédiatement dans le bois ; il en est de même de celles qui se nourrissent de bois déjà vieux et parfois privé d’écorce, et de quelques autres telles que celles de Spondylis, d’Ergates, de Criocephilus etc. , qui naissent sur les troncs ou les souches récemment morts, et celleslà, avant la métamorphose, se rapprochent de l’extérieur, afin que l’insecte parfait ait moins de besogne pour conquérir sa liberté ; mais le plus grand nombre plongent dans le bois après avoir vécu plus ou moins longtemps des couches inférieures de l’écorce à travers lesquelles elles creusent des galeries larges, sinueuses, très-irrégulières, qui entament l’aubier presque toujours un peu et quelquefois beaucoup. Les unes veulent seulement y pratiquer, pour la future nymphe, un abri plus sûr que ne peut l’être l’écorce seule. Ce travail accompli, elles se retournent dans la loge qu’elles ont creusée et en bouchent l’orifice avec de petites paillettes détachées des parois ; les autres y creusent pour vivre, soit en montant, soit en descendant, car elles paraissent assez indifférentes à cet égard, des galeries quelquefois assez longues, droites et dans le sens des fibres, ou plus ou moins sinueuses ou paraboliques, sauf toujours à se rapprocher delasurface quand le besoin de la métamorphose se fait sentir. Dans ce cas, l’orifice d’entrée, en ellipse très-dépinmée, est bouché par des déjections et trahit la présence de la larve. Quant à l’orifice de sortie, il est des larves qui laissent à l’insecte parfait le soin de l’ouvrir en rongeant d’abord la mince couche d’aubier qu’elles ont laissée intacte, puis l’écorce, et il en est d’autres qui, pour luiépargherla besogne quand l’écorce est épaisse, percent le bois, taraudent même en partie l’écorce, et en cas d’enlèvement de celle-ci, bouchent le trou avec quelques paillettes d’un facile déblai.

Certaines larves, comme celle du Rhagium indagator, passent toute leur

LARVES DE COLÉOPTÈRES vie sous i’écorce, toujours assez épaisse, qui les abrite et s’y transforment dans une niche elliptique artistement faite de paillettes entrelacées. Elles n’agissent jamais autrement, mais celles des Astynomiis, par exemple, et elles ne sont pas les seules, montrent une intelligence digne de notre admiration. Lorsque le moment de la transformation approche, elles apprécient les chances de leur position, elles se rendent compte des conditions dans lesquelles elles se trouvent, ainsi que de leurs conséquences au point de vue de la sûreté de la nymphe. Si l’écorce est d’épaisseur moyenne, elles se bornent à la creuser assez pour que l’insecte parfait puisse, sans trop de peine, sortir de sa prison, puis elles se retirent entre l’écorce et le bois, refoulent autour d’elles les détritus et se métamorphosent dans l’espèce de niche qu’elles se sont formée. Si l’écorce est très-épaisse, elles pénètrent dans l’écorce elle-même et s’y pratiquent une cellule ellipsoïdale qui sera l’asile de la nymphe, de sorte qu’elles utilisent pour celle-ci le travail qu’elles auraient dû faire dans l’intérêt de l’insecte parfait. Si au contraire l’écorce a peu d’épaisseur, comme cela a lieu sur les branches ou vers l’extrémité de l’arbre, elles se gardent de l’entamer, elles évitent même prudemment de se transformer entre l’écorce et le bois, elles s’enfoncent dans l’aubier et y creusent une cellule dans laquelle elles se retournent ensuite pour que la nymphe se trouve la tête en dehors. Cette diversité de manœuvres, ces preuves d’un instinct d’autant plus remarquable qu’il se révèle dans des larves lourdes, presque inertes et aveugles, n’ont besoin que d'être énoncées pour exciter en nous ce sentiment qu’éveille l’étude des ingénieuses combinaisons de l’instinct des animaux pour la conservation des espèces.

A l’article relatif au Callidium alni, j’ai dit que la femelle profite, pour pondre ses œufs, de tous les accidents que présente l’écorce. La plupart des femelles des autres genres agissent sans doute de même. Elles doivent aussi, comme celle de YErgates faber, par exemple, utiliser les solutions de continuité de l’écorce et les trous de sortie des scolytides. Quant à celles qui pondent sur les bois dépourvus d’écorce, elles recherchent, pour y déposer leurs œufs, les petites crevasses qui font rarement défaut, ainsi que les orifices de sortie des Apate, des Anobium, des Lyctus; mais il en est au moins une, celle du Clytns quadripunctatus, qui agit autrement. Elle colle tout simplement et isolément ses œufs sur la surface du bois, puis, pour les préserver de tout danger, elle les recouvre d’une coupole elliptique formée de très petites parcelles et de pellicules détachées du bois et fortement agglutinées par un liquide salivaire. On prendrait ces petits corps noirâtres de près de deux millimètres de longueur, pour des

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hypoxylées du genre Sphæria et je m’y suis trompé d’abord, mais la loupe fait bientôt cesser une pareille méprise. Si l’on détache un de ces corps peu de temps après sa formation, on voit dans son intérieur un œuf blanc, lisse et ellipsoïdal ; si au contraire on fait cette opération quelques jours après, on trouve la coupole vide, avec les parois revêtues d'une couche nacrée qui n’est autre chose que la partie supérieure de la coque de l’œuf; mais sur le bois, au point où se trouvait cet œuf, on constate l’existence d’un tout petit trou, et si l'on creuse le bois en cet endroit, on rencontre la toute jeune larve qui, dès sa naissance, s’est mise à couvert.

Je termine ce qui est relatif à l’habitat des larves de cette tribu en ajoutant qu’on n’en connaît pas encore qui vivent de feuilles ou de fruits.

Après avoir aussi longtemps traité, sous le rapport purement scientifique, ce qui concerne les Longicornes, je ne puis pas ng pas les considérer au point de vue de la science appliquée.

Généralement et à part- les habitudes exceptionnelles de VAnærea, de la Compsiclia, des Oberea et plus exceptionnelles encore des Vespcrus et des Dorcadion, les Longicornes me paraissent ne pondre leurs œufs que sur les arbres décidément morts ou mourants, ou sur les parties mortes, malades ou altérées des arbres vivants et, dès lors, ils seraient moins dangereux que certains Buprestides, les Pissodes, les Scolytides, véritables fléaux des arbres malades qui deviennent inévitablement leurs victimes. 11 est toutefois bien difficile de déterminer le degré de maladie que comporte l’invasion des Longicornes, et il est possible, pour ne pas dire trèsprobable que, dans bien des cas qui ne seraient pas désespérés, ils amènent un dénouement fatal. Je ne puis, au surplus, que leur appliquer les principes développés dans mon Introduction (p. 4 et suiv.).

Mais si les larves des Longicornes ne sont pas des plus redoutables pour les forêts, on ne peut en dire autant pour les bois en grume gisant sur le sol et pour les bois ouvrés. Plusieurs de ces larves vivent dans l’intérieur de ces bois, elles y creusent des galeries larges et profondes qui les font rebuter pour beaucoup d’usages, elles les minent en tous sens, rendent accessibles à l’humidité leurs couches internes, et en diminuent notablement la résistance et la durée. On conçoit, en effet, les ravages que peuvent exercer les larves volumineuses d Æçosoniu.d& Cci'ciinbyx, d EtqüIcs^ de Lamia, les larves innombrables de Clytus, de Spondylis, de Crioce-

LARVES DE COLÉOPTÈRES phalus. Ce que j’ai dit plus haut permet d’apprécier les dommages que causent les larves de Phymalodes melancholicus et de Gracilia, et bien des gens savent à quel état de délabrement et de ruine celles des Hylotrupes réduisent les bois de charpente, les planchers et même des meubles. Il est cependant des moyens assez faciles d’éviter ces inconvénients ; ils consistent : 1° à dépouiller les arbres de leur écorce dès qu’ils sont abattus, si c’est dans la belle saison, aux approches du printemps si c’est en hiver ; 2® à ne pas laisser trop longtemps à terre les Pins, les Sapins, les Peupliers même décortiqués ; 3® à n’employer pour charpentes, pour planchers et pour meubles, que des bois dépourvus d'aubier, car c’est l’aubier seul que les larves détruisent.

Ces derniers mots me conduisent à parler d’une question qui a déjà probablement appelé l’attention de bien des personnes et qui a donné lieu, en février 1876, à un rapport de M. Maurice Girard à l'occasion d’une contestation judiciaire survenue entre un propriétaire parisien et des fournisseurs de frises de parc|uet qui, trois ans après leur pose, se trouvaient très-détériorées par les ravages des larves d’Anobium. M. Girard concluait à l’irresponsabilité du vendeur pour les motifs suivants :

« l° Que les insectes spéciaux aux bois secs peuvent s’introduire partout, soit en pénétrant au vol par les ouvertures des maisons, soit au moyen do quelque poutre, planche, meuble ou objet en bois posé sur le parquet ;

« 2® Que les boiseries, les lambourdes peuvent en contenir et ceux-ci s’introduire ensuite entre les frises ;

« 3® Que si l’on se refuse à admettre, du reste sans aucune preuve expérimentale jusqu'à présent signalée par les auteurs, que ces insectes soient capables d’attaquer les bois ouvrés et mis en place, il est certain qu’il sulfit d’un nombre primitif d’insectes extrêmement faible dans le bois du chantier, pour opérer une destruction plusieurs années après, en raison de leur multiplication naturelle. »

Ces hypothèses et ces principes sont vrais à mes yeux, sans que peutêtre la conséquence que M. Maurice Girard en a déduite le soit au même degré. D’après mes observations, on ne peut pas se refuser à admettre la possibilité de l'invasion de bois ouvrés et mis en place par des insectes tels que les Anobium, les Lyclus, les Uylotriipes bajulus. Ils peuvent venir du dehors après coup, cela n’est pas douteux ; leurs germes peuvent aussi se trouver dans le bois mis en œuvre. La raison dit que ce dernier cas doit se produire si les arbres abattus n’ont pas été promptement écorcés, si les

LONGICORNES

bois débités n’ont pas été conservés dans de bonnes conditions et s’ils sont restés longtemps en chantier. J’en ai d’ailleurs pour preuve le fait suivant : un de mes amis ayant fait confectionner un billard qui lui fut livré au mois de septembre, fut tout étonné, au mois de juin suivant, de voirie tapis se cribler de petits trous parfaitement ronds. Il me fit part de l’aventure, et m’étant rendu chez lui, je n'eus pas de peine à juger et à lui faire comprendre que le bois du plancher du billard devait contenir, lors de son emploi, des larves de Vrillettes et qu’après l’éclosion des insectes parfaits dont nous trouvâmes deux individus appartenant à VAnobiim dômesticimi, ceux-ci avaient troué le tapis pour prendre leur essor. J’ajoutai pour sa consolation que l’inconvénient ne se reproduirait plus, et ma prédiction s’est si bien réalisée que depuis plus de vingt-cinq ans que le billard existe, le tapis n’a pas eu un trou de plus.

Je m’arrête un instant sur ce résultat parce qu’il démontre, pour les Vrillettes du moins, que ces insectes, après leur dernière métamorphose, quittent leur berceau et ne s’accouplent et pondent qu’après avoir joui de la liberté. J’ai tout lieu de croire qu’il en est de même des autres insectes lignivores, et cependant j’ai remarqué parfois des tiges de vieux Pins, des pièces de plancher ou de charpente dévastées par de très-nombreuses larves d’Ergates, de Hylolrupes, de Rhyncoliis slrangulatus, qui ne présentaient que de très-rares trous de sortie, ou qui même avaient l’air de n’en pas présenter du tout, de sorte que l’idée venait naturellement que l’accouplement et la ponte se faisaient dans le berceau même. Cela serait fort grave, car enfin si ces rongeurs pondent sans déplacement, il n’y a pas de raison pour que, de proche en proche, la' destruction ne se généralise, tandis que, s’ils sont obligés de sortir, ils peuvent changer de résidence, et il devient possible aussi, à l’aide de certains moyens ou d’une très-active surveillance, de les expulser ou de les détruire.

Pour m’assurer de la réalité de cette hypothèse, j’ai dépecé mainte pièce de bois, et n’y trouvant aucun cadavre de la génération précédente, j’en concluais tout naturellement que les insectes parfaits étaient sortis plusieurs par le même trou ou en soulevant la couche extérieure du bois, amincie quelquefois comme une pellicule et qui s’était refermée comme une soupape. Quand je trouvais des insectes vivants, il était évident pour moi que tantôt ils étaient engourdis, tantôt ils travaillaient à leur liberté, tantôt, comme les Rhyncolus dont c’est l’habitude, ils rongeaient le bois pour vivre jusqu’au moment de leur sortie pour l’accouplement et la ponte.

PER

Nous pouvons donc être rassurés sur la crainte qu’une pièce de bois attaquée par les insectes soit fatalement vouée à une destruction complète ; mais il reste vrai cependant que des pontes et des larves peuvent se trouver, à l'insu de tous, dans le bois que l’on emploie pour parquets, charpèntes ou meubles et que les insectes provenant de ces pontes peuvent se multiplier de manière à causer de sérieux dommages. Il n’est pas moins certain que des insectes peuvent venir du dehors pour attaquer des bois primitivement d’une sanité parfaite.

Reste à examiner dans quelles conditions ces ravages se produiront.

Nos charpentiers et nos paysans, comme ceux d’autres pays, sont convaincus que les bois abattus à telle phase de la lune sont plus exposés aux insectes que ceux qui l’ont été à telle autre phase. Il y a longtemps que je leur demande à ce sujet des fai;s bien observés, des expériences comparatives sérieusement faites, je n’ai pu rien obtenir. II est facile de comprendre les difficultés de ces sortes d’expériences et ce qu’elles exigeraient de précautions et de temps. Par ailleurs, les quelques observations auxquelles j’ai pu me livrer relativement à l’influence des phases lunaires sur la végétation et sur les modifications que, d’après certaines idées reçues, elles apporteraient dans la constitution ou les propriétés des végétaux, m’ont conduit à des résultats -nuis ou môme contradictoires. Je considère dès lors l’opinion dont il s’agit comme un préjugé, sauf preuves du contraire, et je laisse la lune de côté.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas contraire à la raison et il me paraît plus que possible qu’il y ait des essences, toutes choses égales d’ailleurs, plus disposées que d’autres à être attaquées ; qu’il y ait aussi des conditions qui rendent des bois de même essence plus ou moins accessibles aux atteintes des insectes. Il n’est pas indifférent, en effet, qu’un arbre soit jeune ou vieux, qu’il soit parfaitement sain ou que des plaies extérieures aient favorisé des infiltrations et provoqué de proche en proche des altérations plus ou moins apparentes ; qu’il ait été abattu en pleine sève ou dans la morte saison ; qu’il soit ou non atteint de gelivure ou de roulure ; qu’il ait vécu dans tel terrain ou dans tel autre. Il n’est pas indifférent non plus que les bois débités soient conservés dans les chantiers un temps quelconque et de quelque façon que ce soit, que mis en œuvre pour des parquets, par exemple, de la menuiserie et des meubles, ils se trouvent dans une maison non constamment habitée ou qu’ils reçoivent des soins insuffisants d’aération, de propreté, de frottage. Une foule de circonstances dont les effets inappréciable?! pour nous ne sauraient tromper l’instinctive sagacité des

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insectes et dérouter leur flair si sûr, peuvent faire varier les cnances et les rendre bonnes ou mauvaises ; mais dans ce dernier cas, je n’oserais pas dire qu’il n’y a de, la responsabilité pour personne.

Je ne l’oserais pas, en effet, parce que toutes mes observations me conduisent à ce principe que les insectes attaquent seulement l’aubier et qu’ils respectent le bois proprement dit, ce qu’on appelle le cœur, soit parce qu’il est trop dur, soit parce qu’il ne contient pas ce qui convient le mieux à l’alimentation des larves. J’ai vu bien des morceaux de bois attaqués, bien des planchers, des boiseries, des charpentes vermoulues, j’ai fouillé dans bien des souches, dans bien des tronçons de Pin, de Chêne, de Peuplier, et toujours j’ai constaté que même quand l’aubier était détruit, le cœur était intact, et que lorsque tout était aubier, comme dans les bois très-jeunes, les insectes venaient à bout de tout.

Que faut-il donc pour se préserver d’eux ? Employer d’abord des bois sains et âgés, puis, comme je l’ai dit plus haut, laisser dans les’bois de charpente le moins d’aubier possible, car il n’est pas praticable de n’en pas laisser du tout, et pour ceux qui doivent servir à des parquets, à la menuiserie, aux meubles, enlever rigoureusement tout l’aubier, ce que saura toujours faire un ouvrier qui connaît son état et qui est consciencieux, Voilà pourquoi dans les devis des travaux publics on exige les pièces de charpente à vive arête et les planches ou leurs dérivés tout sur cœur. C’est, j’ose le dire, neuf fois sur dix, car je ne veux pas être absolu, parce qu’on a négligé ces principes, que des causes de ruine pénètrent et se développent dans des maisons dont la construction a laissé beaucoup à désirer du côté de la surveillance et de la bonne foi.

Quelques savants, et en particulier Ratzeburg et surtout M. Goureau, sont disposés à donner à la vie des larves de Longicornes une durée assez longue. Pour les plus petites, M. Goureau fixe au moins à deux ans leur existence et il en compte trois pour la larve du Ceramhyx cerdo. Dans mon Histoire des insectes du Pin maritime, j’ai posé cette question : Quelle est la durée de la vie des larves de Longicornes, et j’ai répondu ce qui suit :

« Je n’ai trouvé, à cet égard, aucun renseignement bien précis dans les auteurs que j’ai consultés, et je ne serais pas étonné de rencontrer, à propos de c.ette famille, cette disposition où l’on est généralement d’assigner aux larves une existence assez longue, disposition que les faits que j’ai

LARVES DE coléoptères signalés tendent à détruirè. Cette fois encore je puis apporter des faits certains, plusieurs fois observés non dans un cabinet oîi les solutions sont souvent trompeuses parce que les conditions ne sont pas normales, mats à l’état de nature.

« Ainsi, j’ai constaté que des Pins abattus en septembre et durant l’hiver, et qui avaient pu recevoir les pontes des Astynomus œdilis à l’automne ou au printemps, ont donné les insectes parfaits aux mois d’août ou de septembre suivants, c’est-à-dire de sept à onze mois après ;

« Que des Pins morts ou abattus au printemps et attaqués dès le mois de juin ou de juillet, par des larves Ôl Astynomus yriseus ou de Monoham^ mus, ont produit les insectes au mois de mai, de juin ou de juillet de l’année suivante ;

« Que des Pins abattus en mars et appelés à nourrir des larves de Rhagiimindagator, ont, durant l’hiver suivant, des larves adultes, des nymphes et beaucoup d’insectes parfaits attendant la belle saison pour prendre leur essor ;

« Que sur des Pins abattus en juin sont nés peu de temps après des larves de Spondylis et de Criocephalus qui avaient déjà atteint les deux tiers de leur développement au mois de mars de l’année suivante, et subi toutes les métamorphoses au mois de juillet ;

« Que des souches de Pins coupés vivants en hiver et au printemps, et sur lesquelles des Ergates faber avaient pu pondre leurs œufs aux mois de juillet et d’août suivants, m’ont donné, deux ans après, des nymphes et des insectes de la même espèce , parmi lesquels vivaient des larves nées sans doute un an après les premières, et qui, n’ayant atteint que la moitié de leur développement, ne se transformaient que l’année suivante.

« De tout cela je conclus que les larves de Longicornes parasites du Pin maritime ne vivent dans notre contrée qu’une année au plus, à l’exception de celles de VErgates dont l’existence est de deux ans ; faisant toujours abstraction, ainsi que je l’ai dit ailleurs, des circonstances particulières et exceptionnelles qui peuvent retarder, même de plusieurs années, la métamorphose de telle ou telle larve. »

Voilà ce que j’écrivais en 1856, et depuis lors mon Opinion, loin de s’être modifiée, s'est corroborée au contraire de nombreuses observations que j’ai été à même de faire et dont voici quelques-unes d’après mes notes :

Un orme abattu à la fin de l’hiver 1860 m’a donné en grand nombre, durant l’été de 1861, des Saperda punctata, des Exocentms punctipermis,

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des Pœcilonota decipiens et bien d’autres espèces; le môme fait s’est produit une auü’e fois chez M. Bauduer.

Un Peuplier mort sur pied dans l’été de 1862 m’a fourni en 1863 des Acanlhoderes varias et des Agribis 6 guilatas.

Un Noyer renversé par le vent au printemps de 1866 et dans lequel je constatai plus tard l’existence de larves, me pourvut en 1867, pour toute ma vie, de Saperda scalaris.

En juillet 1870, j’ai recueilli dans les Pyrénées, avec MM. de Bouvouloir et Abeille de Perrin, plus de quarante Astynomus alomarius, des larves adultes et beaucoup de nymphes sous l’écorce d’un Sapin évidemment abattu depuis un an au plus.

Des taillis de Chêne incendiés au printemps de 1870, et dont j’ai fait apporter chez moi quelques fagots, m’ont donné en mai 1871 des Callidium alnijàes Exocentnis adspersiis, des Anœslhelis testacea, des Corœbus œneicollis et des masses de Xylopertha sinuata.

Des branches de Tilleul et de Pin détachées au printemps de 1871 m’ont procuré en juin 1872, la première des Exocentras Lxisitanicus, la seconde des Pogonocherus decoraius.

Des tiges de l’année de Mdilotas macrorhiza, d'Aconitum napellus et à’Eupatorium caynabinum, m’ont fourni l’année suivante des Agapantliia cardai et angusticollis.

Je pourrais citer beaucoup d’autres faits, mais voici une dernière observation qui à elle seule aurait suffi et qui pourra donner à chacun l’idée de faire, au sujet de la vie des larves de Longicornes, des constatations précises.

Le Chêne pédoncule et le Chêne tauzin sont très-usités comme bois de chauffage dans le département des Landes. Le premier est ordinairement refendu et le second employé en rondins. On les coupe en hiver, dans les trois ou même quatre premiers mois de l’année, on les met en pile et on les laisse dehors au moins jusqu’à la fin d’août, époque à laquelle les consommateurs commencent leur approvisionnement. Ces bûches sont habitées par un tel nombre de larves, surtout de Longicornes, et à la fin de l’été ou à l’automne leur développement est déjà si avancé, que si l’on s’arrête près d’une pile, on entend le bruit mille fois- répété de leurs érosions, comme celui de la chute d’une petite pluie assez drue. Dès le mois de février de l’année suivante commence à paraître le précoce Callidium sanguineum qui envahit presque nos maisons, puis, et à partir du mois de mai, arrivent en foule les Phymatodes variabilis, les Plagionotus dclritus

et arcuatus et leur ennemi le Clenis miitillarius . Les larves de tous ces insectes n’ont pas mis un an à parcourir les diverses phases de leur existence.

11 faut donc reconnaître que la vie des larves de Longicornes n’est pas aussi longue que quelques-uns le pensent, et il faut admettre que, pour les petites et les moyennes, une année suffit à toutes leurs évolutions et que les plus grosses ont assez de deux années. Mais il y a, je l’ai déjà dit, des exceptions, elles sont même assez nombreuses, et ce sont ces exceptions qui ont causé l’erreur que je combats.

MM. Ratzeburg et Goureau sont excusables lorsqu’ils disent que les larves dont il s’agit passent au moins deux ans sous l’écorce ou dans le bois; ils ont observé, en effet, que, presque toujours, à côté de larves adultes et de nymphes, il y a des larves jeunes encore et plus ou moins éloignées de leur complet développement. Cela est parfaitement exact, et, d’un autre côté, il est tout naturel de penser que les petites larves n’ont pas le même âge que les grosses ; or, comme il est admis et avéré que les ponteâ ne s’échelonnent pas du 1®'' janvier au 31 décembre, mais qu’au contraire elles s’effectuent habituellement à une époque déterminée et assez circonscrite de l’année, on n’est que logique en pensant que les petites larves ont un an de moins environ que les autres. Mais ce qui paraît logique peut ne l’être pas du tout, et comme expérience passe science, c’est à l’expérience, à des observations directes qu’il faut recourir. Cela n’est pas bien difficile, du moins pour les larves qui vivent, et c’est le plus grand nombre, dans les arbres morts et dans les plantes herbacées. 11 suffit de faire couper des branches, de constater l’époque de la chute ou de l’abattage d’un arbre, d’attendre que ces bois soient habités, de les examiner de temps en temps sur place ou de les faire porter chez soi et, pour plus de précaution, de les laisser dehors, c’est-à-dire dans les conditions naturelles, jusqu’au mois d’avril. Ce soin est même inutile pour le bois de chauffage qu’on approvisionne en assez grande quantité pour qu’il donne des résultats. Il suffit aussi de recueillir à l’automne des plantes herbacées qui ont quelques mois à peine et de leur faire passer l’hiver en plein air. Que constaterat-on plus tard ? Que, moins d’un an après la coupe, les bois donnent des Longicornes, des Buprestes, etc. ; qu’au printemps ou à l’été qui suit l’année où avaient poussé les plantes herbacées, elles livrent des insectes parfaits. Que conclura-t-on alors en usant cette fois de la logique qui aura tous les cléments pour juger ? Nécessairement que la vie des larves qui habitaient ces bois et ces tiges est de moins d'une année, puisqu’il y a de

LONGICORNES

moins le temps de l'incubation des œufs, celui de la nymphose, celui du raffermissement et de la mise en liberté de l’insecte parfait. Ce sont des observations et dos e.xpériences de cette nature que j’ai relatées plus haut, et j’en pourrais, je l’ai dit, citer cent autres.

Or si l’on soulève les écorces, si l’on ouvre les bois et les tiges lorsqu’il y a des nymphes et môme des insectes parfaits, on y rencontre presque toujours, mais en petit nombre, il faut en convenir, des larves de diverses grandeurs, même jusqu’à l’apparence adulte, mais aussi de petites. Eh bien ! qu’est-ce que cela prouve? Rien, à coup sûr, contre la thèse que je soutiens, puisque ces bois eux- mêmes l’ont confirmée par des preuves nombreuses, irréfragables, sur lesquelles il ne peut pas rester le moindre doute, et je pourrais m’en tenir là : mais puisqu’il y a un fait qui, sans importance désormais au point de vue de la question qui nous occupe, est cependant assez étrange et de nature à piquer la curiosité, il serait bon d’en avoir l’explication. Je ne puis, je l’avoue, la donner que par des hypothèses.

Je dirai donc que, dans mon opinion : 1° tous les œufs n’éclosent pas en mémo temps, l’exemple des vers à soie le prouve, et l’évolution de quelques-uns peut être contrariée par des causes diverses ; 2“ il y a des femelles retardataires qui ne pondent que tardivement, de telle sorte que les œufs n’éclosent qu’aux premières chaleurs de l’année suivante, ou que les larves, très-jeunes encore quand l’hiver est arrivé, se trouvent ultérieurement fort en arrière de leurs aînées. De ces retardataires il y en a, car il m’est né jusqu’en septembre des individus d’une espèce qui avait commencé à paraître chez moi en mai. 3» 11 y a des femelles qui hivernent, car le nombre des insectes qui se trouvent dans ce cas est très -considérable. 11 peut se faire qu’une de ces fenqelles, affranchie de sa torpeur par quelques beaux jours du premier printemps, soit venue déposer ses œufs sur un arbre déjà occupé ; mais je reconnais que ce fait, sans être impossible, est peu probable. 4® Il y a dans les larves, comme dans tous les animaux, des individus maladifs et qui subissent de plus ou moins longs arrêts de développement. Voici, par exemple, un fait que j’ai observé plusieurs fois et qui dépend peut-être des première, deuxième et quatrième causes que je viens de mentionner, Les Anihremis varias se montrent chez nous en mai et jiiin; passé ce dernier mois je n’en vois plus sur mes vitres. Dès le mois d’aoùf, on trouve dans les collections des larves déjà grandes et bien dodues et il m’est arrivé d’en recueillir bien plus tard et jusqu’en février de l’année suivante de tellement petites qu’elles semblaient âgées de quelques jours à peine. 5° Des conditions locales et pour ainsi dire individuelles, ou des

phénomènes généraux peuvent et doivent contrarier le développement. La veine que suit une larve peut n’être pas aussi substantielle que l’ensemble; elle peut avoir été contrainte à. un jeûne plus ou moins long par un accident ou par la concurrence d’une autre larve, que sais-je? Mais ce dont je suis certain, c’est que la sécheresse est une cause très-sérieuse de ralentissement dans la croissance des larves. Celles qui naissent tardivement peuvent être plus exposées que les autres è sa pernicieuse influence, surtout celles qui doivent vivre un certain temps sous l’écorce, parce qu’elles sont forcées d’y séjourner lorsqu’elles devraient être dansle bois. Mais toutes en souffrent plus ou moins, et il est d’observation que les bois qui renferment le plus de larves rabougries sont ceux qui ne se mouillent pas.

Mais ce que la sécheresse contrarie le plus c’est la transformation en nymphe. Celle-ci, en effet, qui n’absorbe plus de nourriture et qui pourtant a besoin d’une certaine dose de liquides pour le travail d’organisation qui doit s’opérer en elle, ne saurait les trouver que dans les approvisionnements faits par la larve, et cette dernière ne doit être disposée à effectuer sa métamorphose que lorsqu’elle sent en elle tout ce qui doit favoriser cette opération et en assurer le succès. Or une sécheresse prolongée peut avoir compromis ou rendu incomplets ces approvisionnements ; un accident qui l’aura forcée de prolonger un an de plus sa vie de larve aura aggravé les conditions de son existence, puisque la substance qui la nourrit se dessèche de plus en plus et s’altère en vieillissant, de sorte qu’il n’y a plus de raison pour que sa transformation s’opère. La larve vit alors un temps plus ou moins long dans un état d’inertie et d’engourdissement dont la mort seule la délivrera, ou bien, si elle accomplit enliii l’acte préparatoire de l’insecte parfait, ce ne sera que lorsque ses organes auront été pourvus petit à petit de ce qui leur est nécessaire, ou qu’un événement, une réaction quelconque l’aura mise à même de remplir sa mission.

Et voilà pourquoi les liges d’Aconit de 1869, qui auraient dû n’être plus habitées en 1870, contenaient encore en juillet tant de larves qui ne se sont transformées qu’un an après; pourquoi encore les bois divers que j’entasse dans mon dépôt spécial me donnent des insectes pendant plusieurs années; pourquoi aussi des bois morts peuvent, quoique re.stés dehors, avoir encore, après deux ou trois années, quelques rares habitants ; pourquoi enfin on a pu citer des cas de longévité vraiment incroyables.

M. de Romand a parlé (Soc. Ent. ISiô, p. xxxm) d’un Clytus 4 punctatus sorti sous ses yeux d’un fauteuil qui avait plus de vingt ans.

LONGICOIINES

M. Lucas a fait part à la Société entomologiqne, dans sa séance du 11 octobre 1848 (p. miii) du fait de l’éclosion de plusieurs Hesperophanes griseus sortis de bûches de Cytisus spinosus qu’il avait rapportées d’Algérie six ans avant et qui en renfermaient alors les larves,

MM. Boisduval et Laboulbène (Soc. Ent. 1853, p, lxiv) ont parlé le premier d’un Bupreste dont la larve avait vécu vingt ans au moins dans un meuble d’acajou, le second d’un Hesperophanes qui avait dû vivre plus de dix ans dans le bois d’une chaise.

MM. Guérin-Mèneville et Laboulbène ont fait connaître (Soc. ent. 1870, p. Lxxxviii) le premier que des Calanwbius élevés par lui ne sont éclos qu’après plusieurs années, le second qu’il possédait depuis deux ans des larves de Liidius fernigineus qui ne s’étaient pas encore métamorphosées.

J’aurai fini, je crois, ce que j’avais à dire sur les larves de Longicornes en ajoutant quelles sont assujéties à des mues dont je ne saurais déterminer le nombre, mais dont j’affirme la réalité. Quand elles viennent de changer de peau, elles sont entièrement blanches, et leur tête est beaucoup moins enchâssée dans le proihorax.

Restent maintenant les nymphes, mais je ne puis guère en parler que pour rappeler que la larve prend les précautions les plus minutieuses et souvent les plus dignes d’intérêt pour leur installation et leur sûreté, et qu’elles sont presque toutes pourvues de poils ou de spinules, ou des deux ensemble. Ces spinules leur donnent la facilité de se mouvoir, de pirouetter dans leur cellule, mais j’avoue que je ne vois pas trop pourquoi, car elles sont ordinairement enfermées si à l’étroit, qu’elles ne sauraient ni éviter un danger ni fuir un ennemi. Il peut seulement leur convenir d'être couchées tantôt sur un côté tantôt sur un autre, et il est certain que les spinules leur donnent le moyen de satisfaire à cet égard leurs convenances. J’admets aussi que ces appendices servent à amortir des chocs qui, sans eux, pourraient avoir des inconvénients, mais ils doivent être plus spécialement utiles, surtout ceux de l’extrémité du corps, pour fournir des points d’ appui ou de retenue qui aideront l’insecte parfait à se débarrasser de son maillot.

Celui-ci, après avoir dégagé ses membres, reste quelque temps dans une immobilité presque complète, puis, ses organes s’étant consolidés, il fait usage de ses mandibules pour préparer sa délivrance, en triturant désagrégeant, taraudant le tampon de fibres ou la couche ligneuse qui le

sépare de l’écorce, s’il j a de l’écorce, et en rongeant enfin l’écorce elle-même. Le trou de sortie qui résulte de ces érosions a deux formes déterminées et invariables ; il est ordinairement elliptique, mais certaines espèces, telles que les Clytus verbasci et 4 punctatus. les Monohammus, les Agapanthia, la plupart des Saperda les pratiquent parfaitement ronds. Dans ce dernier cas, on n’a pas à se demander si ce trou est transversal ou longitudinal, mais dans l'autre cas, il est le plus souvent longitudinal, c’est-à-dire que le grand axe de l’ellipse est parallèle à la direction des fibres. Toutefois, lorsqu’on observe ce travail sur une pièce de bois qui a donné naissance à un certain nombre d’individus de la même espèce, on voit que si la plupart des trous de sortie sont longitudinaux, il s’en trouve aussi à divers degrés d’inclinaison par rapport aux fibres ligneuses.

Aucun coléoptère de la grande cohorte des Phytophages ne vit, à ma connaissance, sur le Châtaignier, et dès lors le plan que j’ai adopté l’exclut de ce travail que je termine par l’histoire d’un insecte de la cohorte des Érotyles.

ÉROTYLES

Tritossia Btipustsilata Fad.

Fig. 374-579.

LARVE

Long. 5-6 millim. Hexapode", en ellipsoïde très-allongé, assez convexe en dessus, moins en dessous, charnue mais subcoriace, d’un blanc jaunâtre ordinairement un peu sale, fasciée de brun roussâtre, parsemée de poils très-courts, peu nombreux, terminée par deux petits crochets.

Tête bien détachée, roussâtre, subcornée, luisante, un peu plus large que longue, s’élargissant d’avant en arrière, couverte de très-petites granulations avec des espaces lisses, marquée sur le front de deux fossettes oblongues assez profondes. Bord antérieur droit.

ÉROTYLES

Èpislome court, très- transversal.

Labre semi-elliptique, fovéolé.

Mandibules assez larges, testacées avec l'extrémité noire et peu profondément bifide.

Mâchoires très-obliques mais peu coudées, peu robustes, ne descendant pas tout à fait jusqu’à la base de la tête ; leur lobe assez large mais peu allongé, cilié de petites spinules.

Palpes maxillaires assez courts, habituellement cependant débordant la tête, coniques, assez épais et de trois articles dont le dernier est à peine un peu plus long que chacun des deux autres et terminé par de très-petits cils visibles seulement au microscope.

Menton grand, transversal ; lèvre inférieure assez grande aussi, transversale, prolongée au milieu en une languette arrondie.

Palpes labiaux de deux articles dont le second plus long que le premier.

Antennes assez courtes, coniques, de quatre articles, les deux premiers épais et égaux, en grande partie rétractiles, le troisième un peu plus long, le quatrième au moins aussi long que le précédent, grêle, accompagné d’un article supplémentaire moitié moins long que lui, implanté sur l’extrémité inférieure du troisième article et dès lors visible seulement quand on observe la larve de profil.

Sur chaque joue cinq ocelles noirs, trois autour de la cavité où se loge l’antenne, dont deux rapprochés et un très-écarté, et deux autres un peu en arrière, plus petits et un peu plus rapprochés.

Prothorax bien plus large que la tête, une fois et demie aussi long que chacun des deux autres segments thoraciques, lesquels sont un peu plus longs que les segments abdominaux, marqué d’une bande transversale brun roussâtre n’atteignant pas le bord antérieur, plus éloignée du bord postérieur, interrompue au milieu par un trait blanchâtre, couverte de petites granulations bien visibles à une forte loupe.

Mésothorax et métathorax ayant une bande tout à fait semblable, mais moins large et touchant presque le bord antérieur.

Abdomen de neuf segments, les huit premiers égaux, munis d’une bande comme celle des deux segments précédent.®, mais non interrompue et atteignant, surtout dans les segments postérieurs, le bord antérieur; dernier segment à peine brunâtre, couvert de granulations en dessus’ postérieurement et sur les côtés, légèrement canaliculéen arrière, tronqué et muni de deux crochets courts, assez épais, relevés, arqués en avant, cornés et noirs avec la base roussâtre.

Mamelon anal situé en dessous au milieu du segment, divisé en deux lobes qui font l’office de pseudopodes.

La tète et le corps sont parsemés de poils courts et roussâtres, et, vu au microscope, tout le corps paraît couvert de très-petits cils spinuliformes dirigés en arrière et très-serrés.

Stigmates orbiculaires, au nombre de neuf paires, la première, plus grande et à peine plus inférieure que les autres, près du bord antérieur du mésothorax, les autres au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux.

Pattes de moyenne longueur, à peine susceptibles de déborder le corps, assez épaisses et de cinq pièces, ongle compris ; quelques soies sur la hanche, la cuisse et le tibia ; celui-ci plus court que la cuisse.

La larve du Tritoma ressemble beaucoup à celle du.Tnplax Russica h., nigripennis F., la seule de cette famille qui soit connue, dont M. Westwood a dit quelques mots (Introd., t. I, p. 393) et a donné une figure très-insuffisante, et que Léon Dufour a publiée dans les Annales de la Société entomologiqne, 1842 (p. 191). Cette dernière a la forme de celle que je viens de décrire ; comme elle, elle se jette sur le flanc et se courbe en arc lorsqu’on la tourmente. Tous les organes de la tête sont conformés de même, elle a cinq ocelles de chaque côté et le corps fascié de brun, le dernier segment est muni de deux crochets semblables, et le mamelon anal a la même conformation ; mais elle offre deux caractères qui empêchent de la confondre avec celle du Tritoma : ainsi le dernier segment est visiblement échancré au lieu d’être tronqué, et les bandes brunes, indépendamment des granulations qui les couvrent, ont. du moins sur les segments abdominaux, deux lignes transversales et parallèles d’aspérités coniques, cornées et noires. Le dernier segment n’a qu’un rang de ces aspérités, mais on en voit un verticille autour de la base de chaque crochet. Ce sont là les seules différences, indépendamment de celle de la taille, que j’aie pu constater, d’où il suit que la description de Léon Dufour présente des inexactitudes. Ainsi, il ne donne à la larve du Triplax que onze segments, la tête non comprise, tandis qu’elle en a douze comme la généralité des larves de Coléoptères. Il ne compte que trois articles aux antennes qui en ont quatre, il n’a vu ni la forme de k lèvre inférieure ni les palpes labiaux, et enfin il place les stigmates sur la membrane intersegmenlaire, ce qui ne serait applicable, tout au plus, qu’à la première paire.

La première fois, et il y a longtemps, que je trouvai la larve du Tri-

EROTYLES

toma, c’était dans un bolet venu sur une souche de Châtaignier. Ne me doutant pas de ses habitudes, je conservai le champignon dehors, sur la terre, et quelque temps après, ayant voulu l’examiner, je n’y trouvai plus une seule larve. Je me méfiai de la cause de cette disparition et n’euspas de paix que je n’eusse réparé ma déconvenue. L’année suivante, des souches de Peuplier sur lesquelles s’étaient développés des Boletus nnicolor m’en fournirent les moyens. Au commencement du mois de septembre, je trouvai ces champignons habités par une nombreuse population de larves en tout semblables à celles que j’avais observées antérieurement, et qui paraissaient avancées dans leur développement. Je les déposai dans un vase profond et verni, et deux jours après je trouvai des larves au fond du vase ; le lendemain d’autres étaient venues s’y joindre. J’étais ainsi suffisamment averti du besoin qu’elles avaient de s’enfoncer dans la terre ; je rais donc de la terre dans le vase, et dès ce moment les choses se passèrent très-bien. Les larves, à peine tombées des champignons, travaillaient de la tête et des pattes à leur œuvre de mineur et ne tardaient pas à disparaître, admirablement secondées qu’elles étaient par leurs pattes assez robustes, par les granulations de la tête et des bandes transversales et surtout par les cils spiniforraes qui couvrent tout le corps. Quelques-unes que j’installai dans des tubes me démontrèrent qu’elles se bornent à se pratiquer une cellule sous terre, sans en agglutiner les parois et par conséquent sans déterminer la formation d’une coque. Elles se tiennent courbées en arc pendant tout le travail préparatoire de la métamorphose qui s’accomplit au bout de sept à huit jours.

NYMPHE

Dufour, qui ne donne que la diagnose de la nymphe du Triplax Riissica, s’exprime ainsi : Nympha niida, obvoluta, oblonga, postice attetiiiata, albida,oculis solis fuscis, parce villosa, segmentis abdominalibus utrinque Iriangidaribiis , ultimo in spinas duas graciles, siibrectas divisa. Celte njmphe méritait une description.

Ses antennes ont un verticille de spinules à chaque article et le dernier est très-spinuleux ; elle a des poils roussâtres et bulbeux clair-semés sur le front, serrés sur le pourtour du prothorax et même sur le disque, ainsi que sur les deux autres segments thoraciques et sur la face dorsale et les côtés des segments abdominaux ; il y en a aussi deux séries longitudinales sur deux intervalles au moins des stries des élytres, car elles sont

574 liARVES DE COLÉOPTÈRES

franchement striées et presques cannelées. On voit également, à chacun des huit premiers segments de l’abdomen, une ligne transversale de spinules coniques, et sur chaque côté deux mamelons appartenant l’un à l’arceau ventral, l’autre à l’arceau dorsab hérissés de spinules semblables, mais la plupart surmontées, d’un long poil. Ce que cette nymphe présente de plus remarquable, c’est une série dorsale géminée de mamelons rangés par paires, à peine séparés par la ligne médiane et couverts de spinules plus courtes que les autres, mais rayonnantes, brillantes et comme dorées dans l’individu que j’ai sous les yeux. On voit une paire de ces petits hérissons au bord antérieur du prothorax, une autre au bord postérieur, une sur le mésothorax, une sur le métathorax et une sur chacun des huit premiers segments abdominaux. Le dernier segment, hérissé de poils longuement bulbeux, ou si l’on veut, de spinules piligères, est terminé par deux crochets assez longs, subulés, testacés et subcornés à l’extrémité, obliquement relevés et visiblement arqués en haut. Sous ces crochets on aperçoit deux papilles charnues, peut-être bi-arti culées. Le dessous du corps est glabre, sauf l’abdomen qui a sur chaque segment une ligne transversale de spinules piligères, interrompue au milieu.

J’ai donné cette description do la nymphe du Triplax Riissica d’abord pour la faire connaître, et puis parce qu’elle me dispense de donner le signalement de celle du Tritoma. Celle-ci, en effet, lui ressemble entièrement; mais je constate pourtant quelques différences ; les appendices du dernier segment sont droits et non crochus, les deux papilles sont trèspeu saillantes, quelquefois inappréciables, et il n’existe aucune trace de ces mamelons dorsaux en hérisson qui sont si remarquables sur la nymphe du Triplax.

Les larves qui s’étaient enfoncées en terre au commencement de septembre me donnèrent des insectes parfaits dès la mi-octobre.

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