OBSERVATION XX
Tachy-arythmie et p’lpitations chez un malade atteint de dysp-
née foxi-alimentaire
Mme P...,63 ans.
Antécèédents personnels. — Elle n’a jamais fait de maladies. Très rhumatisante, elle a depuis fort Tlongtemps des douleurs dans les muscles et dans les articulations (genoux en particulier). Ses digestions ont toujours été mauvaises ; elle souffre toujours quelque temps après les repas. Très nerveuse enfin, fort impressionnable, elle a depuis longtemps, pour un rien, des palpitalions.
ll y a quatre ans, à la suite de l’influenza, celles-ci sont devenues plus fréquentes ; elles apparaissent surtout le soir, après les repas, revenant plus particulièrement tous les mois, à l’épo que des règles qui vienuent de disparaitre.
Il y a deux ans, elle a eu uce bronchite tout l'hiver, qui s’est montrée rebelle au traitement (sirops divers el vésicatoires).
L'an “ernier, à la suite d’une émotion profond (mort d’une amie intime) les palpilations, plus fréquentes et plus angoissantes, ont été accompagnées de dyspnée ; celle-ci survenail par accès le jour el la nuit, et la malade avait des insomnies prolongées .
Tréilement ordonn: par le médecin de la famille. — Le médecin fit ce qu'aurail faittout autre imèl:cin ; contre la bronchite, il avait ordonné le vésicatoire traditionnel ; contre les palpila-
tions, la dyspnée et l’inso: nnie, il usa Loutes les ressources de
Li 08:22 son art ; il ordonna à maintes reprises la digitale sous toutes les formes: pilules, sirop, digitaline, infusions...; il essaya des sirops aux iodures, aux polybromures... ; n’obtenant ainsi qu'une aggravation du mal, Il ne savaif plus que faire, il était surpris d’un mal aussi étrange et aussi rebelle au traitement. Comme la malade ne pouvait plus rien digérer, il essaya de lui faire prendre dos polages gras, des huîtres, du fromage !
Aussi, le 18 janvier 1897, l’état élait désespéré ; on fit appeler M. Huchard.
Elat dela malade le 18 janvier 1897. — Dyspnée. — M. Huchard n’avail rien vu de pareil, il partit sans beaucoup d'espoir. La malade avait une dyspnée terrible ; le cœur qui présentait outre un galop prononcé. de la /achycardie avec de l’arythmie était en train de se dilater et defaiblir ; pourtant, il n’y avait ni œdème, ni albumine. Depuis un mois la malade ne respirait plus, ne dormait plus: la maladie avait été toujours grandissant sous la conduite du médecin.
Traiement ordonné en ce jour. — M. Huchard ordonna le lait
absolu, un diurélique, la théobromine, un antiseptique intesti- -
nal, le benzonaphtol ; et il prescrivit pour le cœur de la digitaline crislallisée, mais avec précaulion.
Effet immédial de ce traitement. — Mal gré l’élat vraiment désespéré où se trouvait la malade, cinq jours après, il y avait une amélioration notable ; la respiration était parfaite au bout d’un mois l’insomnie avait également disparu. É
| Nouvel examen de la malade (février 1897). — Etal du cœur. — L'examen du cœur étant levenu possible, on constata : de la
tachy-arylhmie, un relentissement diastolique à droite, et les
battements artériels du cou, signes de la dilatation de l'aorte
avec élévation des sous-clavières. y TE Ne ARR
Mets —
Le traitement ordonné fut le suivant : lait exclusif pendant cinq jours deux fois par mois. Sous l'influence de ce régime s'établit une rémission de la dyspnée qui se poursuit encore.
Suppression de la dyspnée depuis ün an. — La malade est venue consulter depuis un an, à diverses reprises, mais elle ne parle plus de la Ayspnée.
Le cœur ne s'est pas amélioré sensiblement ; il y a toujours de l’arythmie, il y a en même temps de la bradydiastolie ; il n'y à jamais rien eu au foie, jamais d'œdème, jamais d’albumine ni de sucre dans les urines.
Le traitement du cœur a été la digitale, mais administrée avec précaution ; jusqu'au 15 novembre 1897, le rythme fut le suivant : 6 jours de repos, 7 jours de théobromine, 7 jours de repos, 4 jours de digitale, reprise ; le 15 novembre, le traitement fut modifié; deux fois par mois, régime lacté exclusif pendant 5 jours; pas de thiobromine ; tous les quinze jours, 3 granules de digitaline.
Le 14 janvier 1898, nous voyons la malade ; c’est une cardiaque avancée; il y a de l'arythnie très “caractérisée; le cœur est impulsif, dans toute la région droite de la poitrine le second bruit retentit avec un éclal clangoreux; on sent facilement les battements artériels du cou; depuis un an, s'il n'ya paseu amé-
lioration du cœur, aucune complication n’est survenue ; il n’y
a toujours ni œdème, ni albumine; la malade quise plaint seu-
lement de mal digérer et d'avoir beaucoup maigri (vingt-trois
livres de janvier à novembre), manifeste vivement sa recon-
- naissance pour le médecin qui l’a débarrassée des étouffements
qui l'accablaient Le jour et la nuit et l'empêchaient de dormir. Toute malade qu’elle est, elle éprouve de ce fait une sensation
notable de bien-être,
Nous tirerons de ces faits un enseignment précieux : informons-nous avec soin de l'hygiène générale du malade, de son genre de vie et de nourriture, des médicaments qu’il a pris avant de se présenter à nous et souvent la simple suppression d’un de ces médicaments pourra faire cesser l’arythmie. C’est d’ailleurs une question sur laquelle nous reviendrons à propos du traitement.
L'interrogatoire du malade nous fera souvent aussi connaître que, sans faire abus où même usage d’aucune des substances capables par elles-mêmes d'amener de l’arythmie, il fait un usage immodéré de toutes sortes de drogues ; il fatigue ainsi son estomac, et son arythmie se trouve rentrer dans les arythmies réflexes d’origine sLomacale. Il en est de même des personnes qui consomment journellement du thé ou du café.
Quant au pronostic de Parythmie palpitante il variera suivant les cas. On sait que le pronostic des palpitations
est en général bénin ; il n’en est pas de même pour
Varythmie qui pourra être un symptôme thrombose car- :
diaque, ou qui d’autres fois, nous indique que le cœur ne peut plus suffire à sa tâche, et qu'il faiblit.
Si l’on tient compte énfin de l’état d'inquiétude dans lequel les palpitations plongent en général les malades, on reconnaitra que l’arythmie palpitante est une compli-
cation sérieuse du rétrécissement mitral.