Cf. Lemaziriëh, Galerie hxstonq. du Thédf. franc., etc
Le Cabinet Vert à riiôlcl Forcalquier n'attirail i)as une société moins polie ni moins brillante qu'autrefois la Chambre Bleue. Celle histoire de la préciosité se continue ainsi, bien après Lesage *, reliant par une chaîne ininlerrompue les fidèles de Catherine de Vivonne à notre société contemporaine. Car les précieuses durent toujours, et Molière les retrouverait encore non seulement à la comédie, « qui par les mines qu'elles affectèrent durant toute la pièce, leurs détournements de tête et leurs cachemenls de visage, faisaient dire de tous côtés cent sottises de leur conduite que l'on n'aurait pas dites sans cela », mais dans les amjdiilhéàtres, au Collège de France, à la Salpêtrière, aux théâtres les plus libres, anciens ou modernes, aux cabarets les plus artistiques ou les plus japonisants, dans les ateliers d'artistes, impressionnistes ou luministes, dans les cercles artistiques ou bureaux de Revues littéraires, chez les peintres du plein air, du cloisonné ou du violet ^
Lesage ne devait pas manquer de railler la préciosité, lui l'ami du simple et du naturel, à qui l'enflure de Guevara fîiisait dire dans le Diable boiteux, dès 1707 : « Les Français, eux, qui ont la justesse et le naturel en partage. »
1. La liste se continuerait par l'Académie des femmes sçavantes de Perrelte de la Babille, satire comique de ce travers, 1736; V Académie de ces dames et de ces messieurs, 1~39; l'Ordre de la Félicilé, 1740, dont le vocabulaire, emprunté à la marine, a laissé dans le langage des expressions comme échouer dans une cntrei)rise. (Cf. les Moyens de monter aux plus hauts grades de la marine sans se mouiller ou les Secrets de l'ordre de la Félicité. A fond de cale. Paris, 1751.) Ajoutons : dès 1736, le salon de la marquise de Mauconseil; la Paroisse de Mme Doublet, etc., etc.
2. Cf. Paillerôn, le Monde oii Von s'ennuie; Larroumet, Préface aux Précieuses ridicules, et, dans la Revue générale, Mlle Marie-Anne de Bovet, les Précieuses modernes, 1" janvier 1889.
Il leur continua son antipathie toute sa vie. A soixante ans passés, il leur en voulait encore, et raillait leur jargon sous les espèces du proconchi que parlent les Indiens du Bachelier de Salamanque '. « C'est une langue vivante qu'on peut posséder en peu de temps en conversant avec les Indiens puristes. Au reste, elle est harmonieuse, et plus chargée de métaphores et de figures outrées que la nôtre môme. Qu'un Indien qui se pique de bien parler le proconchi vous fasse un compliment, il n'y emploiera que des pensées bizarres, singulières et des expressions recherchées. C'est un style obscur, enflé, un verbiage brillant, un pompeux galimatias; mais c'est ce qui en fait l'excellence. » Dans la Journée des Parques, celles-ci font empaler un bel esprit par les Turcs.
Il était déjà question des précieux et des précieuses dans Gil Blas : mais leur procès n'est pas long.
Nous sommes chez la marquise de Chaves. En sa qualité de « maître de salle », Gil Hlas nous ouvre à deux battants les portes du salon. On nous présente la maîtresse du logis : une femme distinguée, « un esprit assez uni, malgré sa philosophie », raisonnable, « sans goût pour le jeu comme pour la galanterie », n'aimant que la conversation, menant une vie « qui serait bien ennuyeuse pour la pluj)arl des dames ». Gil Blas ne lui connaît qu'une faiblesse. Un matin, pendant qu'elle était à sa toilette, un petit homme arrive, crasseux, désagréable de sa figure. Il est introduit, et reste une heure en tèle à tête avec la marquise. Les jours suivants, il revient ; on
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le fait entrer par un escalier dérobé jusqu'à la chambre j de Madame. Les soupçons des domestiques s'égarèrent; on trouvait bizarres les inclinations de Madame ; il n'y a pas d'inclination : le petit bossu se mêlait de magie, faisait voir dans le verre, montrait k tourner le sas, et la marquise, malgré son savoir, se prêtait volontiers aux prestiges des charlatans.
Au demeurant, c'était une femme de grand mérite; nombre de personnes de qualité et de gens de lettres contribuaient à lui donner cette réputation, et sa maison était appelée par excellence le bureau des ouvrages d'esprit.
Gil Blas est à son poste à rantichanibre. Tout est préparé dans l'appartement pour la réception, les chaises rangées, les carreaux disposés pour les femmes. Lui, debout contre la porte, annonce et introduit ces messieurs et ces dames : le bruyant Campanario, un beau cavalier à mine grecque; un grand sec, Margarita de Montalvan, un étourneau qui est lils d'un grand, Angela de Pefiafîel, et encore d'autres.
Chez qui sommes-nous? Qui est cette marquise? Bien des noms se présentent sous ce pseudonyme de Chaves, qui est une ville d'eau du Portugal, province de Tra-os- Montes. Les Livres à clés * donnent la duchesse de Bouillon, mais sans aucune preuve. Il y en a au contraire pour que ce ne soit pas elle. La seule raison qui la fait nommer est l'anecdote de Collé *, la fierté de Lesage dans ce
1. F. Drujeos. Ce livre, qui aurait pu être bien utile, ne remplit pas la promesse du titre. On s'y borne le plus souvent à nous affirmera propos d'un livre qu'avec des recherches on trouverait beaucoup de clés.