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salon où il refusa de lire Turcaret parce qu'on lui manquait d'égards. On s'y intéresse donc à la comédie; quand Lesage sort, on envoie les gens courir après lui pour le ramener. Chez la marquise de Chaves, au contraire, on regarde la comédie « comme une faible production qui ne mérite aucune louange. »
Les salons, et les plus célèbres, ne manquent pas à cette époque. Marmontel , d'Argenson, le président Hénault, Richelieu, Grimm, Laharpe, les Mémoires secrets nous en signalent assez pour que l'embarras du choix soit notre unique embarras.
La partie de Gil Blas où il est question de la marquise est de 1713. Voilà déjà une date ((ui restreint nos recherches. Il ne s'agit donc pas de Mlle de Lespinasse, née seulement en 1132; ni de Mme Geoffrin, qui a seize ans; ni de Mme du DefTant, qui en a dix-huit; Mme d'Épinay n'est pas née. La paroisse de Mme Doublet au Couvent des Filles Saint-Thomas n'ouvrira que dans une quinzaine d'années. On ne va pas encore s'asseoir aux diners du Bout-du-Banc chez Mlle Quinault. Les autres salons, chez Mmes Marchais, Denis, Pannelier, Dupin, de Four- ([ueux, de Vernage, Fontaine, Martel et tant d'autres, ne sauraient, malgré leurs mérites, prétendre à la haute réputation des après-midi de Mme de Chaves.
Nous n'avons pas encore nommé les deux salons les plus en vue de celte période, chez Mme de Tencin et chez la marquise de Lambert. La marquise de Chaves n'est pas Mme de Tencin. Il y aurait contre une semblable assimilation une grosse difficulté; y ayant 'jnpossibilité dans cette marquise « des plus raisonnables » et qui n'a même
« aucune passion, sans goût pour le jeu comme pour la galanterie », de reconnaître l'ancienne maîtresse du cardinal Dubois, du duc de Richelieu, du conseiller La Fresnaye, celle qui sut si efCrontément élever la galanterie à la hauteur de son ambition, ce qui était l'élever très haut. Est-ce donc la marquise de Lambert? Beaucoup de clés l'indiquent comme l'original de la marquise de Chaves. De fait, elles ont beaucoup de traits communs. Toutes deux sont veuves et marquises. La marquise de Chaves est « belle, grande et bien faite ». Mme de Lambert peut soutenir la comparaison. Marivaux, dans la Vie de Marianne^, passe pour avoir fait son portrait sous les traits de Mme de Miran, dont il dit : « On ne prenait pas garde qu'elle était belle femme, mais seulement la meilleure femme du monde. » Toutes deux sont riches. Mme de Chaves « jouissait d'un revenu de dix mille ducats ». La marquise était, du côté paternel, héritière de biens considérables '. Son hôtel, au coin des rues actuelles Colbert et Richelieu, était luxueux. La réputation de ses fameux Mardis ne le cède en rien aux réunions de l'autre. Elle aussi est sage, (( raisonnable ». Marivaux fait son éloge quand il vante « les vertus morales » de Mme de Miran. Fontenelle nous est garant qu'on ne voyait jamais chez elle une table de jeu. Elle aussi, elle est « sans goût pour le jeu ». Comme Mme de Chaves, elle reçoit et des gens de lettres, Fontenelle, La Motte \ et des gens de qualité, ainsi M. de