‹ Lasage, remancier, d'après de nouveaux documentsChapitre 9 sur 99 · Voir Bullelm des Bibliophiles bretons · texte numérisé non relu

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ti BIOGRAPHIK DR LESA(;E.

rentraient du cabotage, son matelot. Ce fiil iiii (''liidiurit comme lui, un voisin «le quartier, un jeune homme de Riom, le fils d'un tailleur, doux et timide, malgré ses vingt et un ans sonnés, la figure intelligente, les yeux clairs, causant bien, ayant déjà beaucoup lu, un fulur auteur dramatique, un futur académicien, Antoine Danchel '. Les deux jeunes gens se devinèrent et s'attirèrent. Ils se lièrent d'une bonne et durable amitié. Le soir, dans la chambre de l'un ou de l'autre, devant la table chargée de paperasses et le foyer mal garni, ils devaient caresser et échanger leurs projets d'avenir. Antoine, connue nous dirions aujourd'liui, suivait les cours à la Faculté des lettres, il se destinait à l'enseignement. Oii l'enverrait- on une fois les examens subis? Quant à René, pourvu de ses diplômes, il retournerai I dans sa petite ville, tâcherait de plaider, en attendant mieux. Puis les confidences s'appelant, ils échangeaient sans doute leurs secrètes espérances, leurs prédilections cachées, et peut-être déjà le manuscrit de quelque opéra signé Danchet, le scénario de quelque comédie signée Lesage.

Danchet eut le premier terminé ses études. Il passa brillamment ses examens à la session de 1692, et reçut peu après, grâce au P. Jouvency, sa nomination à la chaire de rhétorique au collège de Chartres. Il fallut se quitter, mais on promit de s'écrire.

Que fit Lesage demeuré seul à Paris? Vraisemblablement il passa ses examens de droit, puisque nous

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allons le retrouver avocat. Il est alors question dune aventure qui demeure dans le vague, entre Lesage et une j«'une femme de qualité demeurée inconnue. Le jeune homme partagea quelque temps le cœur et la fortune de sa conqut^te, estima la conquête du cœur, et ne se fit pas scrupule de priser jdus encore celle de la fortune. Comment finit l'aventure? Se séparèrent-ils à l'amiable? Toujours e.st-il que, le 28 septembre 1694, Lesage conduisait devant les autels de Saint-Sulpice Marie-Elisabetli Huyard, fille d'André Iluyard, bourgeois de Paris, et de Marie Carlos, demeurant sur la paroisse de Barthélémy en la Cité. Retenons le nom de sa belle-mère, Marie Carlos. Elle appartenait évidemment sinon à l'Espagne, au moins il une famille espagnole. Sans doute le gendre avait eu occasion chez ses beaux-parents, rue du Vieux-Colombier, d'entendre parler de l'Espagne, dans les explications fournies sur la nouvelle famille, le soir, après le dîner et les îissiettes rangées. Peut-être même lisait-on des ouvrages espagnols, des comédies, des novellas'^. Il ne serait pas impossible que sa femme lui eût ainsi apporté, au fond de sa corbeille de noces, la première idée de Gil Blas : et c'était une fort jolie dot. Le maritige se fit rapidement. Le 47 août, les futurs sollicitaient de l'archevêque de Paris une dispense de publication de bans, et un mois après, ils étaient unis. D'où naquit la fable qui marie Lesage à la fille d'un menuisier, rue de la Mortellerie? En tout cas, c'est pure fable. Lesage avait vingt-sept ans, et sa femme vingt-deux. Ce fut un ménage heureux, puisqu'il n'a pas d'histoire. Lesage a prouvé, quand il a peint les amours de Gil Blas et d'Antonia, la douleur du mari

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îiii moment où il perd sa chère femme, — et c'est une dos rares pages où rauloiip paraisse sJFicèremenl ému, — qu'il était capable de sentir et de comprendre l'atTeclion conju^nile. Le 30 juillet 1695, on baptisait leur premier enfant, René-André. La signature dupère, L<?s<2//(?, avocat, nous dit ses occupations. Il devait peu plaider; son goût inné pour la littérature devait l'éloigner du barreau. Sans doute aussi les causes n'affluaient pas chez le jeune débutant encore bien inconnu : toujours est-il qu'au baptême" de son second fils, Julien-François, le 24 avril 1698, il n'exerce plus, et il signe simplement : Lesage, bourgeois de Paris. Le provincial, après six années de rési- <lence, prend avec orgueil ses lettres de naturalisation parisienne. De ces six années, faut-il en retirer quelquesunes passées en province, à Laval ou à Vitré, dans les fermes? Rien ne le montre, et on l'a affirmé sans preuves. Les registres des Archives de la Ferme antérieurs à 1730 n'existent plus. Ils ont été vendus comme vieux papiers vers 1789. Les biogra])lies antérieurs n'en citent rien. La seule preuve qu'on puisse alléguer est l'animosité particulière de Lesage contre les traitants et sa grande connaissance des dessous honteux de la ferme '. Mais il n'a pas moins attaqué les médecins et la médecine, et l'on n'a pas songé encore h lui décerner le doctorat : on l'eût pu faire avec autant de raisons.

1. Dans Turcavet, la ruse que Lesage prête à Fronlin est si savante, que le traitant lui-même s'y laisse prendre. — La Bruyère a aussi été dans les fermes : la finance n'a pas eu à se féliciter du passage des gens de lettres chez elle.

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