‹ Lasage, remancier, d'après de nouveaux documentsChapitre 10 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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Lesage n'avait pas perdu de vue son camarade Danchet, le professeur de Chartres. Ils correspondaient, et Lesage eut recours à lui quand il quitta le droit pour les lettres.

Dancliet lui proposa pour son début la traduction d'un recueil grec [>cu connu dont il existait une version latine par Jacques Bonarars, les Lettres d'Aristênète. Il eut pu mieux clioisir. Lesage n'avait encore aucune notoriété, aucunes relati«ms, il s'en rapportait à son ami, qui lui fit imprimer son livre chez un éditeur de ses amis, à Chartres, avec Tinditation de Rotterdam, I6O0. C'est un trait piquant, ce service d'un ami à un débutant qui n'ose encore frapi)er à la porte d'un éditeur en vogue, tout en ne pouvant résister à la fureur d'i^tre imprimé. Le début était i>ien modeste, et ne fut guère heureux. Quand Lesage, quarante-cinq ans plus tard, fera publier ses fonds de tiroirs, entassés dans sa Valise trouvée, il pourra impunément y glisser une trentaine de lettres d'Aristénète : [lersonne ne remarquera que c'est une seconde édition.

On aimerait connaître les circonstances qui lui firent rencontrer l'abbé de Lyonne et qui lièrent les deux

ÛS HlOdUAPHlK 1)K LESAGE.

hommes d'une amitié à la fois honorable pour l'un, proritahlt! |iour l'autre : honorable pour le ^«^raud soigneur qui protégea l'homme de lettres; prolilable pour l'iiommo de lettres qui trouva en lui un Mécène, un conseiller, et un maître d'espagnol.

Il y avait alors à Paris deux abbés de Lyonne, Ions deux fils du fameux ministre des affaires étrangrères, secrétaire d'État. Le g-rand Hugues de Lyonne était mort en 1671; sa femme lui survécut jusqu'en 1704; elle était dépensière; elle avait mang-é tout son bien, et finit « dans la dernière indigence, dans sa même hauteur et l'apparent mépris de tout. » (Saint-Simon, 1704.)

Ils avaient eu plusieurs enfants, une fille qui fut la première femme du duc d'Estrées, le fils de l'ambassadeuià Rome, et quatre fils. Saint-Simon nous donne quelques détails sur ces quatre personnages, et l'on doit en tenir compte malgré les erreurs ou contradictions échappées à sa mémoire infidèle ou à l'inadvertance de ses éditeurs.

De ces quatre fils, le plus jeune fut chevalier de Malte et ne fit point parler de lui.

Les trois autres furent : l'aîné, Louis, puis Jules et Artus.

Artus de Lyonne, un bien singulier personnage, mourut à Paris, en 1713, au séminaire des Missions étrangères. 11 était né à Rome, en IGo.j, pendant l'ambassade de son père en Italie. La famille de Lyonne, malgré l'alliance au duc d'Estrées, était tombée « en désarroi ». Artus prit « le parti des missions d'Orient ». Il fut sacré évoque tu parliOiis de Rosalie. Il passa plus de vingt années en Orient, et il avait acquis une grande

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connaissance des lettres et des sciences chinoises. Il revint en France avec les ambassadeurs de Siam en 1686, et s'en retourna avec eux l'année suivante. Il se brouilla en Chine avec les jésuites, revint porter plainte à Rome en 1703, vint de Rome à Paris, aux Missions, pour étudier rafTaire, et mourut avant d'avoir terminé, espérant toujours retourner en Chine, ce qui lui avait fait garder sa grande barbe '.

Restent Louis et Jules.

Louis, marquis de Lyonne, mourut dans une obscurité aussi profonde que la vie de sou père avait été éclatante. « C'est très ordinairement le sort des enfants des ministres ». observe Saint-Simon. Survivancier de son père, il perdit sa charg-e de secrétaire d'Etat quand elle fut donnée à M. de Pomponne. Il acheta à Montjilat, père de Cheverny, une charge de maître de la «rarde-robe. Il fut assez exact dans ses fonctions la première année, un peu moins la seconde et plus du tout les années suivantes, où il ne parut plus à la cour. Il passait sa vie avec des nouvellistes. Il avait son banc tixe aux Tuileries, où ils se réunissaient. Son fils épousa une servante de cabaret de Phalsbourg. Saint-Simon a commis à son sujet une sintrulière confusion de mémoire qui n'a pas encore été relevée, et qui se renouvelle pour le frère, Jules. Ayant annoncé la mort de Louis en 1708, il l'annonce une seconde fois, mais huit ans plus tard, en 1716 (XII, 431) : « Deux hommes qui étaient devenus fort inutiles au monde moururent en ce môme temps, Sour-

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