‹ Lascaris ou Les Grecs du xve siècle. With biogr. sketches and notes [&c.] by A. DupuisChapitre 14 sur 18 · LE CIEL D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

LE CIEL D'ATHÈNES

Oelui qui, loin de toi, né sous nos pâles cieux, Âthène, n'a point vu le soleil qui t'éclaire. En vain il a cru voir le ciel luire à ses yeux, Aveugle, il ne sait rien d'un soleil glorieux, n ne connaît pas la lumière.

Athène, mon Athène est le pays du jour ; C'est là qu'il luit I c'est là que la lumière est belle ! Là que l'œil enivré la puise avec amour.

Que la sérénité tient son brillant séjour»

Immobile, immense, étemelle l

Jusques au fond du ciel limpide et transparent. Comme au fond d'une source on voit ; tout l'œil y plonge : L'air scintille, moiré comme l'air d'un courant. Fur comme de beaux yeux, clair comme un front d'enfant. Doux comme l'été dans un songe.

Les nuages I combien ils lui sont étrangers!

A ce bleu fiimament Us n'osent faire injure ; Ou, s'il en vieni parfois, rapides passagers, Feints d'or, d'azur, de pourpre, ils flottent si légers Que leur voile est une parure.

Ah I comme il me reporte à ce climat si pur.

Ce ciel qui devant moi si tristement s'ennuie. Dont le rideau jamais n'entr'ouvre un coin d'azur Où même les étés, comme l'hiver obscur»

Fassent sous un voile de pluie I

PIESBE-ANTOIKE LEBBUN. 108

La pluie est en Attîqne un spectacle nouveau ; Amis, n'est-il pas vrai ? nul ne s'y souvient d'elle : Nous sellions le coursier sans songer au manteau, Sans soupçonner le ciel, qui se montrait si beau. D'être à sa promesse infidèle.

Le matin, en s'ouvrant satisfaits de sommeil.

Nos yeux, sûrs d'un beau jour, l'interrogeaient sans

crainte:

Et le soir, assurés d'un lendemain pareil.

Ils voyaient sans r^ret le radieux soleil Descendre derrière Gorinthe.

soirs ! lorsqu'au Pirée, au milieu d'un ciel d'or. Du goKe et de la mer rentraient les blanches voiles ; Que l'insensible nuit nous surprenait au bord, Et que nous demeurions assis longtemps encor, Les yeux levés vers les étoiles !

L'air, ainsi qu'un lait pur, coulait délicieux ; La transparente nuit brillait bleue et sereine ; C'était un autre jour qui reposait les yeux. Mais l'aube de la lune aux astres radieux Annonçait leur rêveuse reine.

Du Pentélique alors, dans sa pftie beauté.

Elle montait sans bruit; les champs, les monts^ les

ondes.

Alors tout se taisait, hors mon cœur agité, Plein d'un trouble inconnu, par degrés transporté Loin des hommes vers d'autres mondes.

Mais sitôt que l'iman, du haut du minaret.

De la nuit dans l'air pur chantait l'heure première, Yers Athène à grands pas rentrant non sans r^et, Noos allions au couvent du souper déjà prêt Cherdier la table hospitalière.

** Quand reverrai-je Athène ? '* Ainsi de tous leurs vœux Ses fils la demandaient sur la rive lointaine.

104 PIEBBE-ANTOINE LEBBUN.

Sur lenr pays souvent je reporte les yeux, Et, transfuge du mien, souvent ici, comme eux, Je dis : *^ Quand reverrai-je Athëne 1 '*

Doux bords, même embellis de mes jours de douleur ! Chemin de Marathon ! Kelidonou ! Colone !

O penchant de THymette ! ô leur fraîche couleur, Quand le matin peignait comme un pêcher en fleur , Le mont qui d'abeilles bourdonne 1

La nuit, en sommeillant, j'y vais dans mon vaisseau ; J'y marche, parle, agis ; le jour encor j'en rêve. Tout m'y reporte, un arbre, une fleur, un oiseau, Un son léger, le bruit des feuilles ou de l'eau, Ou la poussière qui s'élève.

Si je lis, et soudain que du lieu si connu Un nom sous mon regard passe par aventure.

En Âttique soudain me voilà revenu :

L'œil flxe sans objet, rêveur, le sein ému, J'interromps longtemps ma lecture !

Bans cesse enfin j'y vole, égarant mon essor Du Pnyx aux oliviers, de la source au platane ; Du couvent de Daphné je cueille les fruits d'or, Spis de l'eau du Céphise et mange en songe encor

Les blonds raisins de la sultane.

Je suis cette hirondelle, hôtesse de Fauvel, Que, dans Âthène aussi, notre vue amusée, Parmi les monuments, d'un vol continuel, Beg^urdait s'enivrer comme folle du ciel St du beau temple de Thésée.

Elle égayait le toit de l'hospitalité.

Autour du nid causeur sans mesure empressée; De son gazouillement tant de fois écouté, De «on nid, de ses jeux, de sa vive gaité, Elle a fait rêver ma pensée.

fi

PIEBBE-ANTODŒ LEBBUN. 105

J'ai qnitté sans retour ce lien de souvenir ; Elle encore y demeure, au beau temple fidèle. 8i, voyageuse aussi, son temps vient à fiinir. Eue n'en part jamais que pour, y revenir ; Hélas ! trop heureuse hirondelle !

Loin d'Athène asservie, un jour, avec Tété, On la voit à Memphis partir à tire-d'aile.

Après le long voyage, au pays regretté Son retour attendu trouve la liberté : Hélas! trop heureuse hirondelle 1

Laissons, il en est temps, ce trop aimable lieu. Je suis conmie Tamant d'une femme bien chère, Qui, prêt à la quitter, plein encor d'un doux feu. Multiplie, en partant, ses caresses d'adieu.

Sans pouvoir donner la dernière.

Athène, Athène, adieu! Je ne dois plus te voir, Mais mon âme toujours hantera tes demeures.

O mes vers, je rends grâce à votre heureux pouvoir; Et dans mon souvenir vous avez fait ce soir Couler de délectables heures.

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