CASIMIR DELAVIGNE
DBLÂTiaNE (Cashob), 1794-1843, is, perhaps, the most skilM writer and versifier onr âge has prodaoed, and has jnstly been compared vith Bacine, for the poriiy of ïna diction and the élévation oi his thooghts. His principal dramatio woris, among which mnst be qaoted the " Vêpres SidUennes,** " Marino- FaUero» the *^ ÉcoU des Ftcaiard«," "Lotm XI,'' and the **J^(inis d'JSiottard,*' contaîn manybeaaties of the highest order ; bnt his gzeatest sneeess was ** Les MessènieMies,'' patriotic songs, in whioh the misfortones of the invasion of 1816, and the old glories of France, were assimilated both to the remembrances and hopes of Qreeoe.
AUX BUINES DE LA GEÈCE PAÏENNE.
SOMMETS dn Taygëte, ô rives du Pénée,
De la sombre Tempe vallons silencieux,
O campagnes d*Athène, ô Grèce infortunée,
Où sont pour t'afEranchir tes guerriers et tes dieux ?
Doux pays, que de fois ma muse en espérance Se plut à voyager sous ton ciel toujours pur ! De ta paisible mer, où Vénus prit naissance, Tantôt du haut des monts je contemplais Tazur, Tantôt, cachant au jour ma tête ensevelie
Sous tes bosquets hospitaliers.
J'arrêtais vers le soir, dans un bois d'oliviers,
Un vieux pâtre de Thessalie.
CASmiB DELAYIGNE. 107
<< Des dieux de ce vallon contez-moi les secrets, ** Berger, quelle déesse habite ces fontaines ? " Yoyez-Yous quelquefois les nymphes des forêts
" Entr'ouvrir Técorce des chênes ?
" Bacchus vient-il encor féconder vos coteaux? ** Ce gazon, que rougit le sang d'un sacrifice, '* Est-ce un autel aux dieux des champs et des troupeaux. Est-ce le tombeau d'Eurydice ? "
Mais le pâtre répond par ses gémissements; C'est sa fille au cercueil qui dort sous ces bruyères. Ce sang qui fume encor, c'est celui de ses ûrères Égorgés par les Musulmans.
sommets du Taygète, ô rives du Pénée,
De la sombre Tempe valions délicieux,
O campagnes d'Athène, ô Grèce infortunée,
Où sont pour t'affranchir tes guerriers et tes dieux?
*' Quelle cité jadis a couvert ces collines ?
" — Sparte," répond mon guide. ..Eh quoi! ces murs
déserts, Quelques pierres sans nom, des tombeaux, des ruines, Voilà Sparte, et sa gloire a rempli l'univers! Le soldat d'Ismaël, assis sur ces décombres, Insulte aux grandes ombres
Des enfants d'Hercule en courroux.
N'entends-je pas gémir sous ces portiques sombres ?
Mânes des trois cents, est-ce vous ?
Eurotas, Eurotas, que font ces lauriers-roses Sur ton rivage en deuil, par la mort habité ? Est-ce pour faire ombrage à ta captivité,
Que ces nobles fleurs sont écloses ?
Non, ta gloire n'est plus ; non, d'un peuple puissant Tu ne reverras plus la jeunesse héroïque Laver parmi tes Us ses bras couverts de sang. Et dans ton cristal pur sous ses pas jaillissant,
Secouer la poudre olympique.
108 CASIMIR DELÂVIGNE.
sommets du Taygète, ô rives du Pénée, De la sombre Tempe vallons silencieux, campagnes d'Athène, ô Grèce infortunée, Où sont pour t' affranchir tes guerriers et tes dieux? Ds sont l8ur tes débris ! Aux armes ! voici l'heure Où le fer te rendra les beaux jours que je pleure ! Voici la Liberté, tu renais à son nom ; Vierge comme Minerve, elle aura pour demeure Ce qui reste du Paji^hénon.
Des champs du Sunium, des bois du Cythéron, Descends, peuple chéri de Mars et de Neptune ! Vous, relevez les murs ; vous, préparez les dards ; Femmes, offrez vos vœux sur ces marbres épars ;
Là fut Tautel de la Fortune.
Autour de ces rochers rassemblez-vous, vieillards,
Ce rocher portait la tribune ; 6a bas6 encor debout parle encor aux héros
Qui peuplent la nouvelle Athènes ; Prêtez Toreillet ... il a retenu quelques mots
Des harangues de Démosthènes.
Onerre, guerre aux tyrans ! Nochers, fendez les flots ! Du haut de son tombeau, Thémistocle domine
Sur ce port qui l'a vu si grand ; Et la mer à vos pieds s'y brise en murmurant
Le nom sacré de Salamine.
Guerre aux tyrans ! Soldats, le voilà ce clairon Qui des Perses jadis a glacé le courage !
Sortez parce portique, il est d'heureux présage. Pour revenir vainqueur, par là sortit Cimon ; C'est là que de son père on suspendit l'image I Partez, marchez, courez, vous courez au carnage,
C^est le chemin de Marathon.
sommets du Taygète, ô débris du Pirée, Sparte, entendez-vous leurs cris victorieux ? La Grèce a des vengeurs, la Grèce est délivrée, La Grèce a retrouvé ses héros et ses dieux !