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Écoutez ! — ^Le canon gronde.
Il est temps qu'on lui réponde.
Le patient est le fort.
Éclatent donc les bordées l Sur ces nefis intimidées.
Frégates, jetez la mort !
Et qu'au souffle de vos bouches Fondent ces vaisseaux farouches.
Broyés aux rochers du port 1
La bataille enfin s'aUume :
Tout à la fois tonne et fume.
La mort vole où nous frappons.
Là, tout brûle pêle-mêle.
Ici, court le brûlot frêle, Qui jette aux mâts ses crampons.
Et, comme un chacal dévore L'éléphant qui lutte encore, Bonge un navire à trois ponts.
— L'abordage ! l'abordage ! — On se suspend au cordage, On s'élance des haubans.
La poupe heurte la proue.
La mêlée a dans sa roue Bameurs courbés sur leurs bancs.
Fantassins pleurant la terre, L'épée et le cimeterre, Les casques et les turbans !
VICTOR-MABIE HUGO. 113
La vergue aux vergues s'attache :
La torche insulte à la hache ; Tout s'attaque en même temps.
Sur l'abîme la mort nage.
Épouvantable carnage !
Champs de bataille flottants, Qui, battus de cent volées, S'écroulent sous les mêlées, Avec tous leurs combattants.
Lutte horrible ! Ah ! quand l'homme, à l'étroit sur la
terre.
Jusque sur l'Océan précipite la guerre, Le sol tremble sous lui, tandis qu'il se débat. La mer, la grande mer joue avec ses batailles. Vainqueurs, vaincus, à tous elle ouvre ses entrailles : Le naufrage éteint le combat.
spectacle ! Tandis que l'Afrique grondante Bat nos puissants vaisseaux de sa flotte imprudente. Qu'elle épuise à leurs flancs sa rage et ses efforts. Chacun d'eux, géant fier, sur ces hordes bruyantes, Ouvrant à temps égaux ses gueules foudroyantes, Vomit tranquiUement la mort de tous ses bords !
Tout s'embrase : voyez ! l'eau de cendre est semée. Le vent aux mâts en flamme arrache la fumée, Le feu sur les tillacs s'abat en ponts mouvants. Déjà brûlent les nefs ; déjà, sourde et profonde, La flamme en leurs flancs noirs ouvre un passage à l'onde. Déjà, sur les ailes des vents,
L'incendie, attaquant la frégate amirale, Déroule autour des mâts son ardente spirale, Prend les marins hurlant dans ses brûlants réseaux ; Couronne de ses jets la poupe inabordable.
Triomphe, et jette au loin un reflet formidable, Qui tremble, élargissant son cercle sur. les eaux.
114 VICTOB-MABIE HUGO.
vn.
Silence I Tout est fait : tout retombe à Fabîme. L'éctime des hants mâts a recouvert la cime.
Des vaisseaux du sultan les flots se sont joués. Quelques-uns, bricks rompus, prames désemparées, Gomme Talgue des eaux qu'apportent les marées. Sur la grève noircie expirent échoués.
Ah! c'est xme victoire! — Oui, l'Afrique défaite. Le vrai Dieu sous ses pieds foulant le faux prophète, Les tyrans, les bourreaux, criant grâce à leur tour, Ceux qui meurent enfin sauvés par ceux qui régnent,
Hellé lavant ses flancs qui saignent.
Et six ans vengés dans un jour !
Depuis assez longtemps les peuples disaient : " Grèce ! Grèce ! Grèce ! tu meurs. Pauvre peuple en détresse, A l'horizon en feu chaque jour tu décrois.
En vain, pour te sauver, patrie illustre et chère, Nous réveillons le prêtre endormi dans sa chaire. En vain nous mendions une armée à nos rois.
'* Mais les rois restent sourds, les chaires sont muettes. Ton nom n'échauffe ici que des cœurs de poëtes. A la gloire, à la vie on demande tes droits ? A la croix grecque, Hellé, ta valeur se confie...
C'est un peuple qu'on crucifie !
Qu'importe, hélas ! sur quelle croix !
" Tes dieux s'en vont aussi. Parthénon, Propylées, Murs de Grèce, ossements des villes mutilées. Vous devenez une arme aux mains des mécréants. Pour battre ses vaisseaux du haut des Dardanelles, Chacun de vos débris, ruines solennelles.
Donne un boulet de marbre à leurs canons géants ! "
Qu'on change cette plaine en joyeuse fanfare ! Une rumeur surgit de l'Isthme jusqu'au Phare. Eegardez ce ciel noir plus beau qu'un ciel serein. Le vieux colosse Turc sur l'Orient retombe,
La Grèce est libre, et dans la tombe
Byron applaudit Navarin.
VIOTOB-KABIE HUGO. 115
Salut donc, Albion, vieille reine des ondes ! Saint, aigle des Gzars, qni planes sur deox mondes ! Gloire à nos flenrs de lis, dont l'éclat est si beau I L'Angleterre aujourd'hui reconnaît sa rivale. Navarin la lui rend. Notre gloire navale A cet embrasement rallume son flambeau.
Je te retrouve, Autriche l — Oui, la voilà, c'est elle • Non pas ici, mais là, — dans la flotte infldèle. Parmi les rangs Chrétiens en vain on te chercha. Nous surprenons, honteuse et la tête penchée,
Ton aigle au double front cachée
Sous les crinières d'un pacha !
C'est bien ta place, Autriche! — On te voyait naguère Biriller près d'Ibrahim, ce Tamerlan vulgaire ; Tu dépouillais les morts qu'il foulait en passant ; Tu l'admirais, mêlée aux eunuques serviles.
Promenant au hasard sa torche dans les villes. Horrible, et n'éteignant le feu qu'avec du sang.
Tu préférais ces feux aux clartés de l'aurore. Aujourd'hui qu'à leur tour la flamme enfin dévore Ses noirs vaisseaux, vomis des ports Égyptiens, Bouvre les yeux, regarde, Autriche abâtardie I
Que dis-tu de cet incendie ?
Est-il aussi beau que les siens ?
Novembre 1827.
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LAMABTINE. 117
Le laboureur armé des Talions de Phocide, Le nomade pasteur des fiers coursiers d'Ëlide, Aux sons de la trompette, aux accents du tambour, Sous leurs drapeaux bénits défilent tour à. tour. Déroulent les faisceaux, et, parés de leurs armes. Leur promettent du sang en les baignant de larmes.
Leur cœur voit dans Harold un être plus qu'humain, Qui, le soc, le trident, ou l'olive à la main. Venait, comme les dieux, entouré de mystère, Porter un nouveau culte ou des lois à la terre. Mais Harold, imposant silence à leurs transports : ** Jene suis qu'un barbare, étranger sur vos bords, , Fils d'un soleil moins pur et de moins nobles pères^ Lidigne, ô fils d'Hellé, de vous nommer mes frères. Vous dont le monde entier, en comptant les aïeux. Ne nomme que des rois, des héros ou des dieux ! Mais, partout où le temps fait luire leur mémoire. Où le cœur d'un mortel palpite au nom de gloire, Ou la sainte pitié penche pour le malheur, La Grèce compte un fils, et ses fils un vengeur!... Je ne viens point ici, par de vaines images.
Dans vos seins Gémissants réveiller vos courages : Un seul cri vous restait, et vous l'avez jeté. Votre langue n'a plus qu'un seul mot!... Liberté! Et que dire aux enfants ou de Sparte ou d'Athènes ? Ce ciel, ces monts, ces flots, voilà vos Démosthènes I Partout où l'œil se porte, où s'impriment les pas. Ce sol sacré raconte un triomphe, un trépas ; De Leuctre à Marathon, tout répond, tout vous crie : "Vengeance! liberté! gloire! vertu! patrie!" Ces voix, que les tyrans ne peuvent étouffer. Ne vous demandent pas des discours, mais du fer. Le voilà: prenez donc! armez-vous! que la terre Du sang de ses bourreaux enfin se déscdtère ! Si le glaive jamais tremblait dans votre main, Souvenez-vous d'hier, et songez à demain !
Pour confondre le lâche et raffermir les braves, Le seul bruit de leurs fers suffît à des esclaves ! Moi, pour prix du trésor que je viens vous offrir
118 ft LAMABTINB.
Je ne demande rien, que le droit de momUry De yerser avec tous sur les champs du carnage Un sang bonillant de gloire et di^e d'nn antre âge. Et de Yoir, en mourant, mon génie adopté Par les fils de la Grèce et de la Liberté !
Oui, ponrvn qu'en tombant pour votre sainte cause Je réponde à Texil par une apothéose ; Que sur les fondements d'un nouveau Parthénon La gloire d'une larme airose un jour mon nom, Et que de l'Occident ma grande ombre exilée S'élève dans vos cœurs un brillant mausolée, C'est assez ! Le martyre est le sort le plus beau. Quand la liberté plane au-dessus du tombeau.*'