VILLEMAIN (ABEL-FRANÇOIS
NOTICE BIOGEAPHIQUE.
The following biograpbical sketch of the eminent anthor haa been taken froni Yapereaa's Dictionnaire des Contemporains, with permission of the Fubliçhers.
YiLLEMAiK (Âbel-François), célèbre professeur et écrivain français, secrétaire perpétuel de TAcadémie française, ancien pair de France et ancien ministre, est né à Paris, le 11 juin 1790. Il snivit les cours du Lycée impérial (aujourd'hui lycée Louis-le Qrand), comme lèlèye de la pension tenue par l'helléniste Planche. A peine âgé de douze ans, il prenait part aux représentations de tragédies grecques organisées par ses camarades, et Ton raconte que, plus de trente ans plus tard, il récitait encore en grec tout son ancien rôle d'Ulysse dans le Philoetète de Sophocle. H eut pour professeur de rhétorique Luce de Lancival, qui laissa, dit-on, plus d'une fois son jeune élôye le remplacer dans sa chaire auprès de ses condisciples. Malgré cette supériorité, il n'eut que d'insignifiants succès au concours général.
Ses classes terminées, il commença l'étude du droit ; mais bientôt de Fontanes, qui le rencontra dans le monde, fut charmé de son esprit et voulut lui ouvrir la carrière littéraire, en l'appelant dans l'enseignement. Il le nomma, pour ses débuts, professeur suppléant de rhétorique au lycée Gharlemagne (1810), et, peu de temps après, maître de conférences deiittérature française et. de versification latine à l'École normale. Deux ans après que l'usage du discours latin eut été rétabli dans la solennité du concours
Xn ABEL-FRANÇOIS YILLEMAIK.
général, ce fut M. Yillemain qui fat chargé de le prononcer (1812), et il sut se faire applaudir.
La même année s^onvre la série de ses succès académiques. Son Eloge de Montaigne^ couronné par l'Académie française, le 23 mars 1812, obtint le plus brillant accueil. Le jeune lauréat avait eu pour concurrents des lauréats émérites, tels que Victorin Fabre, Droz, Jay, etc. Mais il avait déployé dans ce premier essai, avec un sentiment exquis des détails, une puissance déjà grande de généralisation, et surtout ce don naturel d*une langue harmonieuse et forte qui promettait un grand écrivain. H se vit reçu et fêté dans tous les salons littéraires : Suart, le comte de Narbonne, la princesse de Yaudémont, Benjamin Constant, se disputèrent rheureux débutant, qui eut, dès cette époque, comme causeur, un prodigieux succès. On dit que le comte de Narbonne le recommanda à l'empereur.
Le second triomphe littéraire de M. Yillemaîn eut un bien autre édat. Le sujet du nouveau discours couronné par l'Académie française était: Avcbntages et inconvénienU de la, critique. Far une dérogation extraordinaire, l'auteur fut admis à lire lui-même son mémoire dans la séance solennelle de l'Institut. C'était le 21 avril 1814, au début de la première Bestauration : toute l'élite de la société royaliste et de l'armée des alliés assistait à cette séance ; le roi de Prusse et l'empereur Alexandre étaient aux premiers rangs. M. Yillemain préluda à sa lecture en adressant à ses augustes auditeurs de brillants éloges que plusieurs de ses biographes lui ont amèrement reprochés comme im crime de lèse^nationàlité, sans tenir assez de compte des dates et des différences qui distinguent la première et la seconde Bestauration. Quoiqu'il en soit, les journaux de l'époque présentent cette solen-nité comme l'une des plus belles fêtes dont la France ait pu offrir aux étrangers le spectacle.
Deux ans après, M. Yillemain reçut encore de l'Académie française une couronne pour VMoge de MontesqvAefVb (25 août 1816.) Il occupait, dès lors, une chaire à la Sorbonne, la chaire d'histoire moderne, comme suppléant de M. Guizot. Boyer-Collard le fit passer à la chaire d'éloquence française, qui lui ccmvenait mieux,
ta»
NOTICE BIOQSAPHIQIJE. XIU
et que, sauf quelques interruptions, il occupa pendant une pre< mière période de dix années (1816-1826). Il traita amplement de la littérature française aux XYe, XYIe et XYUe siècles.
En 1819, le jeune professeur fit paraître son Histoire de Cromwell d'après les mémoires du temps et les recueils pcurlementaires (2 vol. in-8), œuvre sérieuse, accueillie et discutée comme telle, surtout par les critiques de la presse anglaise ; car, malgré le dédain avec lequel il est devenu plus tard de mode d'en parler, ce livre était impatiemment attendu du public, et il fut aussitôt traduit dans diverses langues : il y régnait, avec le style simple et ferme que réclame Thistoire, une modération libérale qui valut à Tauteur à la fois de grands éloges et de vives critiques. M. Villemain, favorablement accueilli par le roi Louis XVIII, entra, à cette époque, dans la vie politique : appelé aux fonctions délicates de chef de la division de l'imprimerie et de la librairie, il devint en outre, sous le ministère de M. Decazes, maître des requêtes au Conseil d'État, n concourut sous l'influence du parti doctrinaire auquel il s'était attaché, à l'élaboration des lois sur la presse. H fut décoré de la Légion d'honneur en 1820.
Ses talents et ses travaux littéraires lui valurent bientôt une plus flatteuse récompense. En 1821, il se vit ouvrir les portes de l'Académie française: il y remplaça son ancien protecteur, de Fontanes. Beçu par l'académicien Boger, il fut chargé, l'année suivante, lui qui était de beaucoup le plus jeune de ses confrères, de recevoir le vénérable Dacier, qui en devenait le doyen. Cette même année, M. Villemain donna sa traduction de la République de Cicéron, d'après le manuscrit récemment découvert par Angelo Mai, avec un discours préliminaire et de savantes annotations (1822). Un peu plus tard, les événements de la Grèce et les sympathies que le peuple de ce pays excitait en Europe, tournèrent ses études vers l'histoire récente des Hellènes, et il publia successivement l'étude dramatique intitulée : Lasearis, ou les Qrecs du XVe siècle (1825, in-8), qu'on a appelé un bon ouvrage et une bonne action, et un Essai sw Vétat des Qrecs depuis la conqv^te imisulmcme (même année.)
yeiA la fin du ministère de Yillèle, M. Tillemam, qui s'efforçait
XIV ABEL-PEANÇOIS VILLBMAIN.
d'unir, dans ses livres et surtout dans ses cours, avec son dévouement au roi ses instincts de libéralisme, passa peu à peu dans Toppotition. En 1827, il fut chargé, avec Lacretelle et Chateaubriand, de rédiger la supplique adressée à Charles X par l'Acadénûe française contre le rétablissement de la censure (loi du 24 juin). Il se vit dépouillé de ses fonctions de maître des requêtes ; mais sa popularité en augmenta, et ses cours, qu'il avait repris à la Sorbonne, à côté de MM. Cousin et Guizot, donnaient lieu à de véritables ovations. Le Qlohe appelait ses leçons " un des événements intellectuels les plus importants de Tépoque.*' Au commencement de 1830, il fut envoyé à la Chambre des députés par le collège électoral d'Évreux.
M. Yillemain prit place dans les rangs du parti libéral et signa TAdresse des 221. Il eut une part assez importante aux travaux et aux discussions parlementaires qui signalèrent la transformation de la monarchie constitutionnelle. Membre du comité de revision de la Charte, il combattit à propos de la majorité, les exagérations coutradictoires des partis. H parla aussi en faveur de l'inamovibilité des juges, de la liberté de la presse, etc. Mais il siégea un an à peine à la Chambre, et n'obtint pas aux élections générales qui suivirent le renouvellement de son mandat. Kommé par Louis-Phillippe, en 1831, membre- du conseil royal do rinstruction publique, dont il devint vice -président en 1882, il fut, le 5 mai de cette même année, élevé à la dignité de pair de France. Il devenait presque en même temps secrétaire perpétuel de l'Académie française.
Au Luxembourg, M. Yillemain, faisant acte d'indépendance, combattit vivement les lois de septembre (1835), et, au nom de ce principe que les délits de presse sont des délits d*opinion, se refusa à les soumettre à une juridiction extraordinaire. Mais il soutint le ministère Mole contre la coalition. Au milieu des combinaisons ministérielles qui suivirent la chute de celui-ci, il fut lui-même appelé à prendre le portefeuille de Tinstructiou publique dans le cabinet improvisé, le 13 mai 1839, sous la présidence de Soult, pendant la dernière émeute républicaine. Ce cabinet fut remplacé, le l«r mars 1840, par le ministère Thiers,