‹ Lascaris ou Les Grecs du xve siècle. With biogr. sketches and notes [&c.] by A. DupuisChapitre 5 sur 18 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

traité, le soin de garder une sorte de neutralité entre les bourreaux et les victimes^ la menace éventuelle en réserve contre les malheureux Grecs ; il faut admettre ces précautions en partie dictées par la pudeur du passé, et par les difficultés même qai sont nées d'une fausse et cruelle politique. On ne peut pas renier tout à coup le langage que Pon a tenu ^ longtemps; on ne peut pas dire anathème à sa propre conduite. Que la cause de l^umanité soit sauvée, quoique bien tard ; c'est encore un sujet d'éloge et de joie.

On sent ici la puissance de la justice et de la vérité. Il n*y a pas longtemps encore, la tribune de France a retenti de sophismes et d'invectives contre les Grecs. Une réponse éloquente et simple^ justifia les victimes, et montra ce que le zèle de quelques Français et la générosité publique avaient fait pour soulager un peuple malheureux. Ces secours, fruit de tant d'efforts^ étaient bien faibles sans doute, si on les compare aux maux effroyables dont six ans de guerre et de ravage ont affligé la Grèce. Mais l'exemple avait été plus salutaire encore que le bienfait. Tant de voix qui ^ se sont élevées de toutes parts, et surtout de la France, pour accuser une apathie barbare, ont agi sur ceux même qui semblaient les dédaigner. La supplique des Grecs avait été durement repoussée du Congrès de Laybach ; mais le cri de l'Europe, émue d'horreur, a lentement pénétré dans les conseils des princes. L'indignation des peuples a réveillé la conscience des politiques. C'est un des services qu*a rendus

^ Difleours de M. le général SébastianL

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an inonde cette liberté de la presse^ tant accasée^ mais accusée surtout du bien qu'elle a fait.

La France a vu le succès de ses vœux au moment où elle venait de perdre la liberté^ qui lui avait servi si noblement à les exprimer. Et Ton peut dire que Topinion a joui de sa plus belle victoire^ le jour même où elle subissait Taffront d'une chaine nouvelle. Depuis cette époque a paru la réponse du divan^ écrite avec cette bonne foi d'un despotisme ignorant^ que l'on inquiète dans ses massacres. Aucune ironie de publiciste n'aurait sans doute été plus amère que la prétention de ces Barbares à séparer le monde en souverainetés absolues^ parmi lesquelles ils réclament leur part de droit divin et d'oppression inviolable. Certes, la liberté de la presse n'aurait pas trouvé, contre les abus du pouvoir arbitraire, un plus piquant sarcasme que ce naïf et injurieux parallèle allégué par la chancellerie de Constantinople. Il semble nous prédire que le vœu des trois puissances d'Europe va trouver des obstacles. Quand cesseront-ils ? quand la destruction s'arrêterat-elle pour la Grèce ? La face du monde est si chan* géante et la mort si prompte, que l'homme d'Etat auquel arrive la pensée du bien, doit se hâter de l'accomplir et d'honorer son nom.

Déjà l'un des auteurs du traité du 20 juin, le ministre qui, promettant partout l'émancipation et lajustice, avait fondé son pouvoir sur l'attente de toutes les âmes généreuses, Canning a cessé de vivre. Interprète éclatant plutôt que soutien nécessaire du vœu public, il laisse après lui des hommes qui n'abandonneront pas son ouvrage ; et, quoique le salut de la Grèce soit une question secondaire

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dans les vœux de la philanthropie anglaise^ Tesprit do liberté doit la soutenir ; et, sans doute, la poUtique saura bien y gagner quelque chose.

De grands motifs d'ambition rappellent aussi sur la Grèce l'ancienne protection de la Eussie. La France arrive la dernière ; elle semble traînée vers le but, où l'opinion nationale l'aurait portée dès longtemps. Puisse du moins cette coalition être sincère dans le vœu de conserver ce qui reste du peuple grec ! puissent enfin ses flottes ne pas arriver pour ensevelir des morts ! H est manifeste que tous les conseils des souverains hésitent avant de porter le premier coup à Pempire turc. On craint le commencement d une guerre et Fébranlement de l'Europe ; mais la nécessité des choses pousse à cette guerre ; elle est tôt ou tard inévitable ; et il vaut mieux s'y préparer sous de favorables auspices, en sauvant la vie d'un peuple. La politique, dans ses entreprises, n'a pas toujours de si heureux commencements.

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