‹ Lascaris ou Les Grecs du xve siècle. With biogr. sketches and notes [&c.] by A. DupuisChapitre 7 sur 18 · LA8CASU · texte numérisé non relu

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encore. Mahomet a souillé ton temple, brisé les images de tes saints ; mais notre foi, tonte spirituelle et pare, ne s^attachait pas à ces signes périssables. Baigne anjonrd^ni, grand Dieu, soutenir la foi de nos frères parmi les épreuyes de la captivité et les tentations du malheur ! Sauve notre religion sainte des cruautés et de la protection de Mahomet ; daigne absoudre nos Pontifes autorisés par ce maître impie; et ne leur ôte pas, tout indignes qu'ils sont, le pouvoir de sanctL&er le peuple par ta divine parole. Pnissé-je bientôt retourner en Orient, et mourir pour la foi que j'ai gardée 1 Mes firères, dans les hasards de l'exil, sous les climats où le sort vous jettera, conservez le christianisme de vos aïeux. En vain la Grèce est soumise, et les Grecs esclaves ou dispersés ; vous serez un peuple, tant que vous aurez un culte. La religion, le partage des mêmes autels, la foi aux mêmes espérances, voilà la première et la plus sainte de toutes les patries; avec elle vous retrouverez, ou plutôt vous n'aurez jamais entièrement perdu cette glorieuse terre de la Grèce. Les autels de votre Dieu vous rendront un jour les tombeaux de vos pères.

'' Ne sommes-nous pas en effet les aînés de TEarope, dans la religion, comme dans les arts F n'avousnous pas donné TEvangile à Tempire romain f Athènes et Corinthe ont entendu la voix de saint Paul. Ephèse est une des sept villes fidèles qu'avait comptées l'apôtre. On conservait dans Byzance la chaire pontificale où s'est assis le gprand Chrysos* tome. Hélas t quels torrents de lumières versait l'Eglise grecque pendant ces premiers âges et ce glorieux avènement du christianisme I Et mainte-

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nant elle est obscurcie^ couverte de deuil, répudiée par les Latins, outragée par les Barbares ! Qu'elle vive cependant ! qu'elle conserve dans ^esclavage et sous les anathèmes le feu sacré de Pespérance ! Elle porte en soi le s^alut et la renaissance de la Grèce. Mes frères, on nous accuse d'avoir refusé l'union des Latins ; on nous reproche notre inflexible résistance: j'ai partagé cette sainte obstination avec de pieux évêques justifiés par le martyre : faudrait-il aujourd'hui me rétracter ? C'est aux vaincus, c'est aux fugitifs qu'il appartient d'être inébranlables dans leurs maximes, et de garder la vérité pour unique et dernier trésor. Qui peut d'ailleurs prévoir les conseils de Dieu ? Ce peuple du Septentrion, disciple de notre Eglise, et dont les souverains se sont alliés jadis à la race de nos princes, ne serait-il pas l'instrument que le ciel réserve pour notre délivrance ? Son exemple réveillera le zèle des Latins ; on rougira de nos malheurs, en respectant notre fidélité. Quoi qu'il en soit, c'est dansByzance a&anchie, c'est au milieu de la Grèce victorieuse et ranimée que pourra cesser la division des deux Eglises réconciliées par un si grand bien- 1^' fait. Jusque-là, gardons notre foi entière et invin-

cible : prions incessamment pour nos frères esclaves en Grèce et en Orient ; soufirons et espérons. La vie des peuples est longue, mes frères, et' le christianisme est étemel."

Le pieux évêque, après avoir achevé ces paroles, récita d'une voix forte le symbole de l'EgUse de Byzance, en s'arrêtant sur le terme unique et sacramentel qui sépare les deux communions ; puis, 8'étant incliné trois fois vers la terre, il allait coxi^

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sommer le mystérieux sacrifice, quand tout à coup des cris affirenx et de bruyantes menaces interrompent le recueillement de Passemblée.

De toutes parts accourent des hommes au visage basané, dont les traits, dont les yeux semblent animes par la fureur, et troublés en même temps d'un superstitieux effiroi; c'étaient des pâtres, des laboureurs du hameau voisin, qui, frappés du vêtement des Grecs et de leur langue inconnue^ croyaient voir l'arbre de sainte Agathe profane par quelque sacrilège, et déjà tous les feux de TEtna près d'engloutir leurs campagnes désormais sans défense. Ces hommes ignorants et féroces, plus terribles par leur frayeur même, se précipitent sur le pontife. Lascaris s'est élancé le premier devant le saint évêque, pour épuiser Tefibrt de ces furieux. Il repousse de son épéele plus hardi des agresseurs; c'était un brigand de la montagne, vengeur superstitieux de sainte Agathe, et qui déjà avait le bras levé pour égorger le pontife grec. L'intrépidité de Lascaris et de ses amis, qui se pressent autour de lui, arrête un instant l'aveugle rage des paysans siciliens; mais leur nombre augmente; les habitants du hameau de la Giari, au pied de la montagne, du côté de la mer, ont sonné le beffroi ; de nombreux signaux sont allumés, et partout, d'un sommet à l'autre, des cris féroces retentissent et se répondent.

Dans ce péril, Lascaris fait placer au milieu du petit nombre des Grecs étroitement serrés, l'évêque d'Ephèse portant les choses saintes: lui-même marche à la tête de ses compatriotes, disperse la foule, et s'ouvre la route de Catane, malgré les

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foreurs de cette populace sauvage. Mais tandis que ^intrépide et sainte procession traverse lentement les lisières du bois et le cliamp de lave cultivé^ qui 8*étend du canton de Montagntiole jusqu^à la ville, partout^ sur le chemin des Grecs^ de nouveaux assaillants accourent et s'amassent. Sur la vague rumeur que des hérétiques avaient profané Farbre de sainte Agathe^ le peuple même de Catane^ sans partager Faveugle férocité des montagnards^ était saisi d'indignation et d'effi*oi. Le danger continuel où vivent ces hommes> les feux toujours suspendus sur leur téte^ la terre toujours tremblante sous leurs pas^ redoublent en eux cette superstitieuse vivacité des imaginations du Midi. Au-devant de la foule bruyante qui suit et menace les Grecs^ s'est précipitée de la ville même une autre foule d'hommes^ de femmes frappés de la même terreur. Partout des physionomies ardentes^ effarées^ des cris de colère, des récits eârayants que ce peuple écoute et répète avec l'inexprimable mobilité qui se peint dans tous ses traits : on dirait la plus terrible des séditions populaires.

Cependant le capitaine espagnol qui commandait dans la ville au nom d'Alphonse d'Aragon^ souverain des Deux-Siciles^ envoie quelques cavaliers au milieu de ce désordre. Médicis et ses amis, touchés d'un sentiment généreux, sont accourus pour s'interposer en faveur des Grecs. La violence de l'émotion commence à s'affaiblir par sa durée même ; mais des voix confuses demandent encore le sang des Grecs, la punition de leur imipiété. Lascaris, qui avait méprisé les menaces de la foule et repoussé sa violence, se rend au palais du chef

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espagnol^ suivi par le peuple qui Paccnse. Ce chef était un vieux soldat^ nourri dans les révolutionef d'Aragon et de Naples^ fidèle instrument de la conquête d'Alphonse^ et méprisant les Siciliens comme des vaincus. Fort indifférent aux souvenirs et aux traditions des Grecs^ il savait cependant que le roi Alphonse aimait ces étrangers^ et qu'il était curieux de leurs arts. Lui-même ayant un jour^ dans le sac d'une ville d'Italie^ ramassé un manuscrit^^ en lettres grecques^ qu'il alla porter à ce prince^ en avait eu pour récompense une magnifique épée. Il reçut les Grecs sans colère^ ne parla pas même de quelques habitants de la campagne blessés, en attaquant Lascaris. " Mais pourquoi, dit-il, vous autres hérétiques, vous être approchés de cet arbre qui protège la ville, et nous avoir tous exposés au danger d'être enterrés sous la lave, comme l'ancienne ville, qui est là près de nous ? Tout ce peuple est furieux, à force de peur; et si je n'étais pas Espagnol, j'aurais peur moi-même. Je ne peux pas vous laisser libres ici. Ces gens-là se révolteraient, comme ils ont fait à Palerme; mais heureusement, notre grand roi Alphonse arrive maintenant à Syracuse. Je vais vous envoyer à sa haute justice."

Les Grecs passèrent la nuit dans la citadelle de Catane, tandis que l'effiroi et la fureur du peuple 8*exhalaient en mille récits. Le lendemain, tout fut préparé pour les conduire à Syracuse. Le gouverneur espagnol les avertit en même temps qu'il allait, sur la demande de l'archevêque de Rtlerme^

^ Antoine de Paleime, dans son li;yxe de Q^stis JÛ^TvoiMi, rapporte ces détails et beancoap d'auties sur la passion d'AIpIzonM pour les lettxei*

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faire embarquer les religieuses grecques reçues au monastère de Saint-Benoit^ pour les conduire à ]Rome> où elles seraient converties à la foi catholique. I/évêque d'Ephèse sollicita vivement la faveur de les voir avant leur départ. Au milieu de la ruine de sa patrie^ du sort incertain de ses frères^ il semblait surtout préoccupé de la crainte que des âmes faibles et sans défense ne fussent gagnées à la communion romaine. On ne rejeta point sa prière. L'évéque pénétra seul dans le couvent de Catane^ au lieu où les religieuses de Byzance étaient retirées.

CPétait un bâtiment de construction arabe^ qui jadis avait servi de mosquée aux vainqueurs de la Sicile^ et qui^ depuis^ avait été consacré à de plus saints usages. Les jeunes Grecques étaient assises dans une vaste salle^ au milieu de laquelle jaillissait une eau limpide^ suivant une coutume d'Orient transportée dans la Sicile. Pour ne point irriter les sœurs de Saint-Benoit^ elles avaient couvert de voiles blancs leurs longs cheveux; mais elles refusaient d'assister aux prières communes du monas tère. Seulement^ elles observaient un jeûne rigoureux; elles chantaient dans leur langue des hymnes sacrées; ou quelquefois Tune d'elles, au milieu de ses compagnes en pleurs^ déplorait^ dans des vers soudainement inspirés^ la perte de ses parents morts au siège de Byzance. Attirées par leurs voix, les religieuses du couvert venaient les écouter ; elles avaient peine à se défendre d'admirer leur beauté, leur douceur, l'harmonie de leurs chants, et leurs longues prières. Mais elles s» plaignaient de ne pouvoir se faire comprendre d'elles.

Elevées dans une solitude austère^les filles nobles

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