‹ Latréaumont (volume 2)Chapitre 64 sur 64 · PENDEZ-MOI ÇA · texte numérisé non relu

PENDEZ-MOI ÇA

5> J'oubliais de vous dire que pendant que l'on exécutait Des Préaux , six soldats de la Bastille vinrent enlever le corps et la tête de M. de llohan , et les portèrent à la Bastille ; le corps de la dame de Vilars fut mis dans un drap et enlevé par le côté de la rue des Tournelles , où on le mit dans un carrosse.

» Pour le chevalier Des Préaux , on le jeta dans la charrette après l'avoir déshabillé publiquement, puis on jeta sur lui tous les ais des échafauds, et après , le corps de Vanden-Enden , et par-dessus tout , la potence. Et c'est par où fmit ce triste spectacle, à trois heures et demie. »

Néron vous écoutait, madame !...

Racine. — Britannicus,

Concluôion»

Moins d'une heure après l'exéculion de M. de Rohan et de ses complices^ un courrier arrivant à toute bride dans la cour du château de Saint-Germain, remit un paquet pour le roi.

Louis XIV, qui s'était souvent et impatiemment informé de ce courrier, reçut ces dépêches avec les marques de la satisfaction la plus vive, lut attentivement une longue lettre de M. de LaUcynie^ et se rendit aussitôt chez madame de Montespan , qu'il trouva triste et rêveuse.

— Madame, lisez ceci, — lui dit le roi; puis il ajouta avec une expression de haine, de joie et de cruelle ironie : — Qu aujourdliui ne soit pas non plus pour moi seul un jour de bonheur,,.

Madame de Montespan jeta les yeux sur la

4/'^ LATKÉAUMOM.

Celait une dcpùche de M. de La Reynie, qui annonçait au roi la mort de M. deRohan. . .

Il est inutile de dire ique le roi faisait ainsi une sanglante allusion aux mêmes paroles, autrefois amoureusement dites à madame de Moiitespan par M. de Rohan, et si imprudemment rappelées il y avait alors cinq ans, dans la conversationdes filles d'honneur de la reine, conversation qui exaspéra si furieusement Louis XÏV contre le Grand-Yeneur de France.

On ne sait rien du sort de M. de Saint-Marc.

Clara-Maria devint (ainsi qu'on le verra dans un autre ouvrage) une des plus influentes prophétesses des Cévennes.

Gabriel d'Eudreville , fils de madame de Yilars, prit aussi part à cette insurrection des montagnards protestants

Après tant d'horreurs, en comparant ces temps-là à ceux où nous vivons, une pensée douce et consolante vient à l'esprit, c'est que les hommes et les choses ont assez progressivement marché, pour que désormais un tel GiiAND ROI et un tel grand siècle soient absolument impossibles.

PIECES JLSTiFICATlVES.

11 est inutile de faire remarquer ici que tous les historiens sans exception aucune, qui ont parlé de cette conspiration, sans doute faute de connaître les docunionls originaux , ont commis de nombreuses et étranges erreurs, soit dans la narration des faits généraux, soit dans l'ortliographe des noms propres, soit enfin dans rexpositiou des détails,

Les seules lettres de Pélisson , de Bayle, ainsi que les mélanges de Philibert de Lorme , contiennent quelques faits vrais, mais beaucoup de notions fausses et complètement controuvées , si on les compare à l'irrécusable authenticité des pièces originales du procès, qui peuvent servir pour ainsi dire depierre de /owc/ie à toute assertion.

• M. Pellol, à Rouen, ce i5 septembre 1674.

Celle lelire de M. Pellot donne des détails sur l'arreslalion cl la mort de Latréaumont.

Monsieur , J'eus l'honneur de vous mander hier par deux courriers, que nous dépêchâmes, M. de Brissac et moi, le méchant état où était le sieur de Latréaumont à cause de sa blessure ; il est mort celte nuit à minuit , quoique les chirurgiens eussent assuré quMl pouvait vivre dix ou douze jours. Je ne l'ai quasi point quitté depuis qu'il a été blessé , et nous avons fait tout ce que nous avons pu , M. de Brissac et moi , pour tirer la vérité de lui à diverses reprises, touchant son méchant dessein , mais inutilement. Nous avons même employé le père Patrice , augustin déchaussé , bien intentionné et qui est connu , pour le consoler , et voir si par le remords de conscience il ne voudrait rien déclarer ; mais cela a été sans effet , et il a persisté dans son obstination, en tenant des discours de fanfaronnerie et de vanité; sur quoi, monsieur, il est bon que je vous remarque quelques circonstances. Comme il fut arrêté par M. de Brissac avec quelques uns de mes gens , pour ne perdre de temps, ainsi que je vous l'ai mandé , il était dans le lit, et M. de Brissac et lui s'entretenaient fort honnêtement , lui ayant fait con-

PIÈCES JUSTIFICATIVES. ^'jS

naître qu'il avait ordre de l'arrêter ; l'on fit incontinent venir les gardes qui étaient dans une hôtellerie qui était éloignée ; comme i! vit que lesdits gardes entraient dans sa chambre, étant sur son lit demi -habillé , il alla en un endroit où étaient ses doux pistolets qui étaient cachés et que l'on n'avait pu remarquer, s'en saisit, et dit à M. de Brissac en lui présentant le pistolet bandé : — Me voici, mais vous ne me tenez pas; — sur quoi M. de Bi issac lui dit : —Vous êtes donc coupable , que vous osez vous rebeller ? A quoi ce colosse répondit : — Oui, mort-Dieu, je l'ose. M. de Brissac sur cela mit la main à l'épée et se mit en garde, et esquiva ainsi le coup qui donna sur un garde qui était derrière lui, et lui perça le corps; il tira dans ce temps-là un autre coup de pistolet qui ne blessa personne; sur cela un garde tira sur lui un coup de carabine, lequel perça ledit de Latréaumont qui dit: — Je suis mort en soldat ! Ensuite l'on s'en saisit, et on le mit sur le lit, et alors M. de Brissac et moi lui dîmes: — Vous nous avez dit que vous étiez coupable, dites-nous de quoi vousl'êles, autrement, après ce que vous avez fait, il n'y a rien que l'on ne fasse pour vous y obliger. Ledit de Latréaumont se défendaitde rien dire, M. deBrissac l'en pressa-, ce que voyant, Latréaumont lui dit: — Donnez-moi du papier, et j'écrirai ce que j'ai à dire; et il écrivit le billet qu'il avait à écrire, que j'ai mis parmi ces papiers, et qui ne disait autre chose, si ce n'est : « Je ne vous ai point dit que j'étais coupable; w mais tapeur ne m'a jamais surpris, et vos menaces ne » tireront rien (1). » Puis il mourut sans témoigner de la dévotion, quoiqu'il eût le sens bon jusqu'à la mort. Aussi un homme qui avait entrepris non seulement contre l'État , mais encore contre la religion , comme

(i) Voir les fac-similé.

VOUS verrez , monsieur, par son projet , devait être bien endurci.

Je suis avec respect , Monsieur ,

Fotre très humble et obéissant serviteur,

Pellot.

Tout s'est passé, monsieur, fort doucement en cette ville , quoique ledit Latréaumont y eût des parents et des amis, et chacun a cru qu'il était bien coupable, puisqu'il s'était porté ainsi à une action de désespoir. Vous nous ferez savoir, s'il vous plaît , si S. M. veut que l'on fasse le procès au cadavre ; si cela est , il faut donner un commissaire à M. de Creil, intendant, pour le juger auxdits bailliages de Rouen; cependant je le ferai embaumer, et je prierai M. de Brissac de demeurer ici avec ses gardes qui seront nécessaires si l'on faisait ledit procès. Ils ne demeureront pas long-temps; car, après demain, je peux avoir vos ordres, et interroger aussi son valet que j'ai fait arrêter, et nous verrons si nous découvrirons ceux avec qui il pouvait avoir commerce.

Ces extraits des interro{;aloires des différenls accusés sont relatif» aux rapports de M. deilolian cl de Lali éaumoiiî.

Expose Françoise Vanguette que : maître François, cocher, se plaignait à la déposante de ce que le lendemain au soir ledit sieur Latréaumont s'était servi tout ce jour-là et le précédent et la nuit du précédent , (lu carrosse de mondit sieur de Rohan ; ajoute que la blanchisseuse , dont elle ne se souvient pas du nom , blanchissait tout le linge dudit sieur de Rohan ,

queccluido Latniaumont, ôlant assuré, que M. do Rolian payait tout ce qui regardait Lalréauniont.

« Jean de la Garde , ajoute , avoir ouï dire en ce même temps- là que le cocher de M. de llolian, maître François, se plaignait de ce que ledit sieur de Roban lui avait commandé de ne pas fatiguer li's chevaux que M. de Sourdeval lui avait prêtés, et que ledit sieur de Latréaurnont les faisait au contraire troUer du malin jusqu'au soir, et plus n'a dit savoir, mais ce que dessus contenir vérité.

«Pierre Bourguignct dépose qu'environ le même temps ayant accompagné Latréaurnont chez un marchand du palais, à i'enseigne de la Princesse , pour se faire accommoder une garniture de rubans verts pour un habit écarlate. Latréaurnont dit au marchand : — levons paierai en beaux louis d'or^sur quoi lui répondant, ayant demandé audit Latréaumont, — Vous avez donc fait montre? — il répondit que oui , que M. de Rohan avait reçu quelque chose, mais que cela ne durerait guère ; croit lui répondant que c'était de l'argent du sieur Berryer , parce qu'il avait souvent entendu dire à M. de Kohan qu'il en attendait dudit sieur Berryer.

î>Enquiss'il n'a pas eu connaissance plus particulière des intelligences de Latréaumont et de M. de Rohan, a dit que non ; mais sait birn que Latréaumont était toujours le maître chez M. de Rohan , et craignait que quelqu'un n'approchât de M. de Rohan, et qu'un autre que lui s'emparât de son esprit, regardant de mauvais œil ceux qui étaient trop familiers.

» Dubosc de Sourdeval expose que Latréaumont usait de ce qui était ù M. de Rohan comme de cliose à lui appartenant-, dépose en outre que Latréaumont s'était

beaucoup refroidi contre lui répondant , parce qu'il avait dit que M. de Rolian avait beaucoup de trous à la tête, et que c'était lui, Latréaumont, qui en était le foret. » Nicolas Calemon dépose que Latréaumont faisait toutes les affaires de M. de Rohan , etc. »

Procès criminel de Rohan [Bibliothèque Royale ^manus.).

M. Pellot, à Rouen , ce % octobre 1674-

Celte lettre annonce l'arieslalion de madame de Vilars.

Monsieur ,

M. de Beuvrona fait arrêter la dame marquise de Vilars dont je vous parlais hier : elle est dans le vieux palais de cette ville, et sera bien et sûrement gardée jusqu'à nouvel ordre. M. de Beuvron vous envoie un extrait de deux lettres qu'elle a écrites, qui font soupçonner qu'elle savait quelque chose de la conspiration ; elles sont écrites au chevalier Des Préaux qu'elle devait épouser-, l'une est du temps que le roi était au siège de Besançon au printemps dernier, et l'autre est devant les fêtes delà Pentecôte; car elle fait mention de moi et d'un voyage que je fis alors à l'abbaye de la Croix, qui est à trois ou quatre lieues de Vernon , et près d'une maison où elle demeure ordinairement. Alors nous avions été avertis par S. M. qu'il se tramait quelque chose en Normandie contre son service; j'étais sur les avis de tous côtés, et durant ce voyage que je fis à ladite abbaye de la Croix , je m'informai par des gens que je crus affidés, mais je ne pus rien décou-

vrir; jo no doute point que ladite dame ne parle, et df-jà elle paraît en quelques dispositions pour cela pour peu que l'on la presse. Elle ne sait point, monsieur, que l'on a découvert quelque chose par ses lettres, et l'on empêchera qu'elle n'ait communication avec qui que ce soit jusqu'à ce que l'on ait r( çu les ordres de S AI. ^ elle est Tort riche, fort belle, et fille de l'eu M. Sarrau, conseiller au Parlementde Paris delà II. P. U. ; elle a un frère qui s'appelle Brie, qui a long-temps servi et a été gouverneur du Cirque; nous n'avons rien trouvé parmi ses papiers.

J'ai vu et examiné avec M. de Beuvron tous les papiers qui étaient à Préaux , mais nous n'avons rien trou v« que les lettres de ladite dame.

Je suis avec respect ,

Monsieur ,

Votre très humble et très obéissant serviteur y

Pellot.

Procès de Rohan ( Bibliothèque Royale, mantis. ).

Cette noie est un plan de gmiverneincmt trouvé dans les papiers de Van-den-Enden.

Finis est in Hollandià erigere stalum Le but est de fonder en Hollande un

quemdam populi, annis insiii)erabilein , état populaire, invincible, toujours flo-

semper flor»uiU>m, semper crescentem rissant, toujours progressant par l'union

per unionem et consi>iralionem in imum et les efforts de tous, à la prospérité et à

commune bonuin et icqualem communem- la liberté générales, que omnium libertatem.

Primo die convoceutur cives inermes in Au premier jour les citoyens seront

parochias , cl ibi proponatnr libertas et subsignatio ejus; sciliceîquod non alium uoscant superiorem nisi nobiliîatem et populum libenim : siispendantur omnia officia, jurisdictioncs, jiidicia, etc.Donec populus cum nobilitate ipse sibi redores eligerit quisecundùm leges à se conslituendas, etcjuaudo libucrit, iuuovandas eos regat.

Quam ad rem cum opnssit sanctorum armorum prœsidio , in singu'is parocbiis compareaut duodecim nubiles qui prœsint singulis cobortibus prcvisionaliter ad comparendas post meridiem in armis nt jam sibi seriô eligant ducem, Icgatum et vexiiliferum , occultis snffiagiis, et qui plurima habebil cobortis suje suiïragia, eritdux; qui pUira post illum, legalus ; et tertius vexillifer : et hi duces el legati numéro scx ceulorum constituant consilium niililare qui die prœfixo congregati cbgent ex singulis parochils diiodecim ex ditioribus et prudentioribus qui trecenti electi conslituunt oonsilium civile.

Quod concilium aget secimdùm instructionem n communitale dandam de opibus censu annuo civitatis, de provisione, de ornameatis de foilificationihus urbis et conservatioae eorum;

De viduis, orpbanis pauperibus sine contempln prospicicndis;

De familiis declinantibus ad pauper-

convoqr.és sans armes dans leurs paroisses , pour qu'il y soit discuté sur leur liberté et leur soumission; c'est-à-dire pour qu'ils ne reconnaissent d'autres maîtres que les nobles et le peuple libre: tous les emplois, les juridictions, les jugements sont suspendus jusqu'à ce que le peuple se soit donné des maîtres qui le gouverneront d'après des lois fondées par le peuple el modifiables à son gré.

Comme en celle circonstance il est besoin du secours des saintes armes, dans cliaque paroisse devront se rendre douze nobles, provisoirement à la tète de chaque cohorte convoquée en armes après midi pour se choisir un chef, un lieutenant et un porte-enseigne; les suffrages seront secrets; celui qui en réunira le plus sera chef, le second sera lieutenant et le troisième porte-enseigne. Ces chefs et lieutenants, au nombre de six cents, composent le conseil niililaire qui, à un jour fixé, doit élire dans chatiue paroisse douze des citoyens les plus riches et les plus recommandables, pour former une assemblée civile, composée de trois cents membres.

Celte assemblée s'occupera, d'après les instructions données par la communauté:

des finances, du recensement annuel de la ville, de l'approvisionnement, des embellissements, des fortiûcatlous des villes et de la conservation de tous;

Des veuves et des orphelins pauvres qu'il faut regarder sans mépris;

Des familles peu fortiuircv. des prt«

latem, de conservalione sanitatis peste cautions à prendre contre la peste el les

et morbis contagiosis preveniendis';

De officinis, artibus inechauicis, mercatiirâ ;

De officiis servilibus el utilibus in cummodiim reipublic.-c;

De litibus et jure civium inter se ;

De criminalibiis in furto, honiicidio et super omnia de peccautibus contra liber- cide et surtout d'attentat contre la li-

inaladies contagieuses ;

Des ateliers, des arts mécaniques et du commerce;

Des emplois utiles à la république;

Des procès et du droit des citoyens; Des gens coupables de vol , d'iiomi-

tatem communeni ;

De matrimoaiis et multiplicatione prolis ;

Contra lenones adulteros, et laedentes castimoniam civium ;

De instructione puerorum in artibus liberalibus et maxime in cognitione libertatis communis;

De fœderibus et contractibus cu«n

berté;

• ■ Des mariages et de l'augmentation

des races;

Des adultères qui font commerce de femmes, et enfin de ceux qui blessent la morale publique ;

De l'instruction des enfants dans les beaux-arts et surtout dansla connaissance de la liberté j

Des alliances et des traités avec les

aliis civitatibus, populis et nationibus; autres cités, les peuples et les nations.

Et de omnibus quœ spectant regimen En un mot, de tout ce qui importe

civitatis; imô de ipso tempore quando au gouvernement, et même du temps

arma sint exercenda ; sedexerciliumarmorum totum[spectat ad consilium militare.

Consilium hocmilitare débet magnam habere communicalionem cum civile, ut contra, iîà ut semper quatuor ad miui-

durant lequel on doit s'exercer au métier des armes; mais l'exercice est du ressort du conseil militaire.

Le conseil militaire doit être en communication avec l'assemblée civile; comme on l'a dit , quatre commissaires

mùm commissarii ex altero in altero el d'un conseil doivent toujours se trouver nihil proponatur populo nisi ex consensu dans l'autre, et rien ne peut être pro-

utriusqueconsilii.Hiconsiliariisingulisannis renovabuntur non eligendi iterùm, nisi post vacationem biennii, in numéro civium nemo admittitur nisisit viginliuuius anni natus, et qui nou serviverit in militià tribus annis, quod signis retaiem viginti

posé au peuple sans le couseutement dos deux assemblées. Ces commissaires seront renouvelés chaque année, et ne seront pas réélus à moins d'une vacation de deux ans. Personne n'est adm's au nombre des citoyens avant l'Age de u i

48 a LATUK AU M ONT.

et unius anni atti|!;erît, et non serviverit ans, s'il n'a été soldat 3 ans. Celui qui,

cogelur annos servitii implere antequam âgé de 21 ans, n'aura pas servi 3 ans,

admiltalur. devra satisfaire à cetle dernière condition

avant d'être admis.

Oranes nohiles, ecclesiaslici etincolœ Nobles, ecclésiastiques, habitants des

erunt cives isUus civitatiscuipagianuexi bourgs, seront citoyens de la ville de

sunt. laquelle leur bourg dépend.

Nota non ullam facere distinctionem II n'y a aucune différence entre les

inter catholicos et reformatos modo se catholiques et les réformés , pourvu

prsestent bonos cives et libertatis corn- qu'ils se montrent bons citoyens et défen-

minis propiignalores et non misceaiit seurs de la hberlé, et qu'ils ne mêlent pas

rem religionis cum lopublicâ. les affaires du culte à celles de l'État.

C( lie autre pièce est un manifeste trouvé dans les papiers de Laîréaiimont : il s'agit du soulèvement de la Normandie.

« La noblesse et le peuple de Normandie, assemblés pour le bien deTÉtatetle service du roi, voyant la misère publique et le pitoyable état oij la cruauté et l'avarice des partisans ont réduit le royaume au-dedans, et le grand nombre d'ennemis que la témérité et l'insuflisance des mauvais conseillers nous ont attirés au-dehors, se sont promis réciproquement , et ont juré solennellement par ce qu'il y a de plus saint et de plus inviolable , de ne le séparer jamais de leurs intérêts, et de sacrifier leurs biens et leur vie pour le bien commun et général , et pour obtenir une assemblée libre des états-généraux du royaume, dans laquelle on puisse avec sûreté délibérer et résoudre la réforme du gouvernement présent, et établir , dans ladite assemblée et par ladite assemblée , des lois justes qu'on ne puisse changera l'avenir, et par le moyen desquelles les peuples vivent exempts de tyrannie et de vexation 5 et comme la demande qui a été

PIÈCES .irSTIFICATIVES. 4^3

faite par plusieurs et diverses fois de ladite assemblée des états généraux à être promise en 1651 , et cette promesse quoique signée des quatre secrétaires d'État, non seulement éludée par ceux qui gouvernent , mais aussi traitée de criminelle dans le conseil du roi, qui pour cet effet n'a cessé de maltraiter cette province , à cause de Tintérôt qu'ils ont que tout demeure dans une confusion qui empêche qu'on ne remarque leur mauvaise volonté et conduite, et dont ils ont lieu d'appréhender le châtiment: ladite noblesse et ledit peuple assemblés se sont encore promis et juré solennellement les uns aux autres de ne point mettre les armes bas qu'ils n'aient obtenu l'effet de leur demande , et ont déclaré et déclarent traîtres à la pairie tous ceux qui, étant nés ou tous ceux qui possédant du bien dans cette province de quelque qualité ou condition qu'ils soient et quelques emplois qu ils aient, ne se rendront pas incessamment dans ladite province pour approuver et signer tout ce que dessus , et que ceux qui y manqueront, seront poursuivis et punis comme perturbateurs du repos public, et leurs biens confisqués et acquis à la province pour le revenu d'iceux qui sera ménagé par des personnes à ce commises, être employé au bien commun et général , et pour établir un ordre dans lequel on puisse à l'avenir vivre et agir en sûreté ; ils ont déclaré et déclarent que tous les habitants ^de ladite province (pour ce qui regarde la police) seront réunis en deux corps à savoir : le noblesse et le peuple , ordonnant à tous les ecclésiastiques qui ne sont point astreints par vœu et gens de judicature de se réduire dans l'un de ces deux corps ou autrement, et à faute di; ce faire qu'ils seront déclarés atteints et convaincus du crime de trahison , et punis comme traîtres ; ont encore déclaré et déclarent qu'ils ont choisi et nommé , desdits deux; corps de la noblesse et du peuple , certain

nombre de personnes à la pluralité des voix , lesquels , selon l'emploi où ils seront destinés , auront plein pouvoir défaire observer tout ce qui aura été résolu et décrété dans les assemblées générales de ladite noblesse et dudit peuple de Normandie, auxquelles diles assemblées générales lesdites personnes qui auront été ainsi nommées, et qui seront changées de temps en temps , seront tenues de venir rendre compte de leur administration quand ils en seront requis , et quand leur fonction finira , ainsi qu'il se verra plus amplement par la déclaration qui sera faite sur ce sujet , et comme la défense de la liberté de la vie et des biens est de droit divin et humain , après avoir établi certain nombre de gens, ainsi qu'il sera trouvé à propos , pour opposer à ceux qui auront dessein de nous attaquer en cette dite province 5 il sera aussi nommé un général avec des officiers subalternes, qui seront tenus et obligés de venir rendre compte de leurs actions quand il< en seront requis; ont aussi déclaré et déclarent que ledit général présidera dans les assemblées générales et particulières, excepté toutes fois lorsqu'il s'agira des intérêts dudit général 5 et quoique par le terme des habitants de cette province on entende parler de tous sans exception , si est-ce que pour ne laisser aucun doute ont déclaré que tous ceux de la religion prétendue réformée y sont compris sans aucune distinction, avec la liberté et le pouvoir d'entrer dans les assemblées générales et particulières pour y donner leurs voix, avoir les emplois et même présider lorsqu'ils sont nommés pour cela.

» Et pour donner un commencement heureux à des justes desseins, après avoir rendu grâces à Dieu de les avoir inspirés; ladite noblesse et ledit peuple assemblés ont ordonné et ordonnent qu'il ne se lèvera à l'avenir aucuns deniers des imposilions établies, déclarant tous

riKCES .TTSTIPICATIVES. 485

losh.'ibUanls, soit des villes ou de la campagne, exempts de tailles, de s(^I , des entrées, et généralement de tous autres subsides dont le nombre est infini, sous quelques prétextes et noms qu'ils aient été inventés, et leur ont ordonné et ordoiuient que tous ceux qui ont servi à la levée desdites impositions seront pris et constitués prisonniers dans les plus prochaines prisons, pour, après avoir rendu compte de leur fait, être punis comme perturbateurs du repos public, et en cas que lesdits exacleurs, partisans, monopoleurs, sous quelques noms et titres qu'ils aient exercé leur tyrannie, voulussent faire résistance, ladite noblesse et ledit peuple assemblés ont trouvé à propos qu'on fasse roain basse sur eux, et qu'on les extermine comme peste publique.

w Ont aussi déclaré et déclarent que tous les deniers levés sous le nom du roi, dont on les trouvera saisis ; comme aussi tous les biens immeubles à eux appartenant sont confisqués et acquis à la province , et à l'égard de leurs meubles qu'ils sont exposés à la prise de ceux qui se saisiront des personnes desdils partisans ; et comme le bien commun , en général , est le seul motif de la noblesse et du peuple de Normandie , renonçant pour cet effet à toute ambition et intérêt particulier, ladite noblesse et ledit peuple assemblés convient et exhortent toutes les provinces de ce royaume, villes, corps et communautés d'icelui , de concourir à leur bon dessein par la demande unanime des états généraux , et par l'obtention d'iceux offrant pour cet effet aux provinces, villes, corps et communautés qui se joindront avec eux tous les secours d'hommes , d'argent , d'armes et de conseil , qu'ils seront capables de leur donner , et aux particuliers qui se retireront vers eux un asile assuré , et de quoi les entretenir selon leur qualité et leur emploi,

48Ô LAÎRÉAUMONT.

M. de Seignelay à M. de La Reynie. — Saint-Germain, a6 notembr».

Cette lettre de Seignelay montre avec quelle impatience le Roi attendait l'exécution de la sentence.

Monsieur ,

J'ai lu au roi la lettre que vous m'avez écrite, et S. M. m'a ordonné d'expédier la lettre de cachet à M. de Besmau , que vous trouverez ci-jointe ; et en cas que vous ayez besoin de quelque autre ordre , en me le faisant savoir, je ne manquerai pas de l'envoyer. S. M. veut que vous fassiez avertir promptement M. de Fourbin de l'heure de l'exécution, afin qu'il fasse ce que S. M. lui a ordonné à l'égard de ses compagnies de mousquetaires.

Comme S. M. veut être informée de tout ce qui se passera , et qu'elle a même trouvé un peu à redire que vous m'ayez envoyé si tard l'avis de l'arrêt rendu , dont le porteur n'est arrivé ici qu'à sept heures du soir, et tout le monde était informé de cet arrêt dès quatre heures , le porteur de ce billet demeurera auprès de vous, ou au lieu que vous lui ordonnerez, pour m'apporter promptement vos lettres ; et , pour cela , il est nécessaire que vous me fassiez savoir demain ce qui se sera passé le matin dans la lecture de l'arrêt et la question. J'en envolerai demain un autre qui demeurera de même, au lieu que vous lui ordonnerez jusqu'à ce que l'exécution soit entièrement achevée pour m'en apporter l'avis , et surtout en tous ces deux temps , donnez-moi avis bien particulièrement de tout ce que vous appreii-

PIÈCES TUSTIFICATIVES. 4^7

drez de nouveau qui puisse èlre important au bien du service du roi.

Je suis ,

Monsieur ,

Fotre très humble et très affectionné serviteur y

Seignelay.

A Saint-Germain-en-Layc.

MO.NSIEUR ,

Les parenls de M. de Rohan ayant demandé au roi que son corps leur lut remis entre les mains après l'exéculion , S. M. m'ordonne de vous dire que vous le fassiez sans difficulté.

Je suis ,

Monsieur ,

Votre très humble et affectionné serviteur ^

SeIGxNEI.AY.

A Saint-Germain , le 26 novembre 1674.

M. de La Rejiiic , ce -ix noTrmbre 1C74.

Ces deux lettres de M. de La Reynie à Seij^nelay oui rapport à une déclaration de "Van-den-Euden et de Des Préaux , au sujet de M. le duc de Bourbon et de madame l'É'.ectrice de Bivière; le premier désigné, selon Van-don-Enden, comme un grand mécontent; la seconde, selon Des Préaux, ayant élé maîtresse de iM. de Roiiar..

Aujourd'hui, dès cinq heures du malin, M. de Joncel , après avoir visité l'Arsenal , a mis des mousquetaires du roi dans tous les lieux qu'il a jugé nécessaire de garder. M. de Besmaux s'étant trouvé assez mal cette nuit pour être hors d'état d'agir, M. de Joncel a été

obligé d'exécuter seul ce qui avait été arrêté entre lui et M. de Besmaux, touchant les précautions qui étaient à prendre en conduisant M. de Rohan.

En attendant la venue de M. de Rohan, la chambre a jugé , sur la déclaration de M. Besnard , qu'il ne pouvaitêtre récusé et qu'il n'yavaitpoint d'alliance entre lui et la demoiselle d'O de Vilers; le curateur, à la mémoire de Latréaumont, a été ensuite ouï derrière le barreau, et, à neuf heures, M. de Rohan est arrivé dans la chambre, où étant, et sur la sellette , il a été interrogé pendant plus d'une heure par M. le chancelier, après quoi M. de Rohan a été ramené à la Bastille ; Van-den- Enden a été conduit à l'Arsenal, et dans la chambre où il a été ouï aussi sur la sellette depuis dix heures et demie jusqu'à midi.

M. de Rohan n'a rien dit , monsieur, dont le roi ne doive être informé , ni même rien de nouveau ; il s'en est rapporté en général à la déclaration qu'il a faîte devant MM. les commissaires-rapporteurs; mais, comme il a essayé de prendre un ton au-dessus de celui de M. le chancelier, qu'il n'a pas eu à cause de cela toute l'attention qui aurait été nécessaire pour entendre tout ce qui lui a été demandé, et qu'enfin il ne s'est pas assez expliqué, les juges ont désiré de le faire revenir encore une fois à l'Arsenal.

Van-den-Enden, étant sur la sellette, a ajouté, à ce qu'il a ci-devant déclaré , que Latréaumont lui avait dit que M. le duc était le plus grand mécontent qu'il y eût en France , et si , à cette déclaration , j'eusse été appelé , j'aurais cru me devoir opposer à ce qu'elle fût écrite dans les réponses de Van-den-Enden, et j'aurais demandé qu'il en fût fait seulement un mémoire pour être envoyé au roi, parce qu'il n'y a point de juges dans le royaume ni aucim tribunal qui puisse ou qui doive

riKCRS JCSTIFICATIVF.S. /jSq

recevoir aucun fait contre un prince du sani?, ni le comprendre dans quelque acte que ce soit d'une procédure criminelle, sans l'ordre exprès et sans la permission du roi. Cependant, comme j'ai trouvé la chose faite, je n'ai pas cru qu'il fût à propos de m'en expliquer en quoi que ce soit, et d'autant plus que j'ai considéré que, le roi pouvant avoir sur cela plusieuis égards, il pouvait être important et de son service qu'il eût même fait ce qu'il lui plaira faire , non seulement avant que personne en eût dû parler, mais avant même qu'on s'en fût aperçu. M. de Joncel doit reprendre ses postes demain matin , pour conduire de nouveau sur la sellette le chevalier des Préaux et madame De Vilars.

Je suis, etc.

A M. de Colhcrt, mercredi 21 mn^emhre 16^4.

Procès de Rohan ( Bibliothèque Rojale , maniis. ).

C« 23 noTenibre 1674.

Monsieur ,

Je viens de recevoir la lettre de ce jour 23 , que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; et puisque le roi me commande , suivant l'ordre que vous m'en donnez , d'expliquer mon sentiment sur la déclaration faite à l'Arsenal par Van-den-Enden àjl'égard de M. le duc, j'estime, monsieur, que pour mettre toutes choses dans quelque convenance raisonnable, je pourrais demain à l'entrée demander qu'avant de lever la séance, et après néanmoins que tout ce qu'il y aurait à faire touchant le procès criminel serait achevé, j'aurais à informer la Chambre

de quelques ordres du roi que j'aurais aussi reçus , et lorsque je serai après cela mandé , je pourrais dire que S. M. ayant su ce qui s'était passé les 21 et 22 de ce mois, et que Van-den-Enden et le chevalier Des Préaux , sur des faits qui sont inutiles à la justification de tous les accusés et qui ne font aucune charge contre eux, avaient fait mention dans leurs réponses sur leurs sellettes de quelques récits fabuleux touchant M. le duc et madame de Bavière; S. M. avait été satisfaite de ce que la Chambre avait fait sur les réponses dîtTlievalier Des Préaux , et qu'elle était aussi bien persuadée que la Chambre aurait usé de la même circonspection à l'égard de ce que Van-den-Enden avait dit s'il n'y avait eu quelque raison qui l'en eût empêché ; mais que l'intention du roi était, et que S. M. m'avait commandé de la faire savoir à la Chambre, qu'aussitôt que le procès criminel serait jugé, l'interrogatoire de Van-den-Enden sur la sellette fût transcrit, que le nom de M. le duc et ce qui a été dit de lui en fût ôté et la première minute supprimée , sans que néanmoins il fût fait aucun registre de l'ordre du roi , ni aucune mention de la remonstrance. C'est, monsieur, suivant le peu d'étendue de mon esprit , tout ce que je suis capable de voir présentement et de penser sur ce sujet. Les raisons que j'aurais pour cela sont, premièrement, qu'il est important, ce semble, que le roi ordonne dès à présent ce que je propose, encore que naturellement cela puisse être fait dans la suite, sans être ordonné.

En second lieu, et à l'égard du temps, il paraîtrait, en prenant celui que je marque , que l'ordre aurait été donné plus tôt; mais que S. M., ne voulant pas interrompre celui de la Justice dans une affaire criminelle et de la qualité de celle-ci , aurait ordonné d'attendre d'en parler.

Il semble aussi nécessaire, qu'il paraisse que S. M., apr<^s ce qui a été lait à madame"! de Bavière , et de; passer le reste doucement sans Tapprouver plus qu'il ne faut ans blesser aussi les juges -, il est même bien que la chose n'étant pas faite , qu'il paraisse qu'elle ne le pût être avant hîjuji^ement du procès, et rien ne convient davantage à la justice, ce semble, que d'avoir différé à l'ordonner justpi'à ce moment.

Il serait inutile, monsieur, d'exprimer ma pensée à l'égard du registre , parce qu'il est aisé de voir que , s'il en était fait un , il serait pire que la chose même qui est à supprimer.

Je croirais aussi, monsieur, qu'il serait nécessaire que je susse demain de bonne heure ce qu'il plaira d'ordonner sur ce sujet, afin d'en informer M. le chancelier avant qu'il entre à la chambre.

J'ai appris plusieurs choses touchant quelques écrits qu'on prépare encore ; mais j'estime, monsieur, qu'il est important que je me donne Thonneur de vous en rendre compte avant de rien engager. Vous verrez, par une très petite préface de celui-ci, qu'on est près de voir recommencer la guerre, et, par la dernière page , vous verrez aussi que ce qu'on y a mis n'est peut-être pas sans dessein dans la conjoncture présente.

Je suis, avec tout le respect que je vous dois ,

Monsieur

J^otre très humble et très obéissant seiviteur,

De la KEv.NiE.

FIN DU DEUXIFME VOLLME.

Fac-sîmîle.

A. — Lettre autographe du chevalier Louis de Rohan. {Procès

criminel^ Bibl. Roy., manus.].

J'ai rescu vostre lestre et ie toujours zatandeu a vous faisre responce que mon nafaisre aie esté aciievé et sela est faist , c'est pour quones je vous pri si vos zafaisre ne vous reliene pnuint ou vous zeste de venir isi vouar la personne deu monde qui vous zeslime davantage.

Louis de Rohan.

B. — Fragment d'une lettre autographe de Latréaumont. {Procès

criminel, Rohan.)

ne s'opposera pas aux bonnes intentions de monsieur son

beau-frere auquel elle a tant d'obligation, si vos lettres parloint Damiens quand vous mescrirez ie les rcceverez plustost en ce lieu cy, a cause que partant de Bruxelles elles passent par Paris, et que cela les retarde , ce qui est cause que ie ne vous fais pas une plus ample et plus particuleire response.

On maprend que le nombre des pensionnaires augmente chez vous tous les jours et Ion me mande aussy que M. Dargens est tousiours plus chagrin et plus embarasse qu'il nestoit...

C. — Ce billet est celui que Latréaumont écrivit avant de mourir en paraissant céder aux instances de M. Pellot. Le trait qui environne ce fac-similé retrace la forme du papier , qui parait taché de sang à son angle droit inférieur. {Bibl. Roy. Pièces contre les accusés. Procès criminel de Rohan. )

le nay rien à vous dire , et ne vous ay point dit que ie fusse criminel; mais la peur qui ne m'a jamais surpris , ny vos menaces , ne tireront rien...

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