‹ Latréaumont (volume 2)Chapitre 63 sur 64 · MADAME LA MARQUISE DE VILARS · texte numérisé non relu

MADAME LA MARQUISE DE VILARS

fuir... au lieu de me lier à la fatalité de sou sort. . . et c/est moi. . . c'est ma seule volonté qui m'a fait me jeter dans ce complot... Olil ditesleur bien cela, n'est-ce pas?... ohl priez-les, au nom de leur mère, denopasmaudirc Auguste... rappelez-leur combien il les aimaill... assurez les bien qu'il aurait été pour eux le plus tendre des pères... le plus dévoué des amis... dites-leur enfin qu'ils me pardonnent, à moi, qui ai causé tout leur malheur... dites-leur que cette horrible pensée a rendu les derniers moments de leur mère épouvantables! ohî bien épouvantables! et que, sans cela, elle serait allée vers Dieu avec confiance et sérénité. M. DE Sarrau. Oh î croyez-moi, je leur dirai tout , et ils vous béniront^, et ils ne maudiront pas Auguste. Si leur haine doit tomber sur quelqu'un, qu'elle tombe donc sur les véritables auteurs de tous ces maux alFreux! qu'elle tombe sur vos bourreaux î Est-ce que vous êtes coupable, malheureuse femme?

est-ce qu'Auguste est coupable? est-ce que le motif qui vous a fait prendre pari à ce complot imaginaire ne vous a jDas fait absoudre ailleurs que devant ce tribunal de tign^s ^ Les malheureux 1 contiamner impitoyablement, sans permettre aux accusés de se défencîrc!

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Honte! honte éternelle aux juges! honte éternelle au prince qui , n'usant pas du plus beau droit de sa couronne, laisse ainsi consommer le plus affreux sacrifice! laisse tomber la tête d'une femme sur l'cchafaud, parce que, par le plus saint dévouement, elle a pris part aux vains desseins d'une révolte impossible ! ! !

A ce moment deux heures et demie sonnent; c'est llieure da supplice. La porte s'ouvre ; paraît le greffier et des exempts.

Le Greffier très ému. Madame la marquise, il est temps...

Louise, se jetant clans les h ras de M. de Sarrau , à voix basse. Que mes enfants me pardonnent et ne maudissent pas Auguste. — Se retournant vers le greffier. Je vous suis, monsieur.

CÎIiPITRi: VINGT-NEUVIEME.

Laisses passer la justice du Roy...

€(xé(\iim],

Un témoin oculaire de celte scène sanglante en donne , dans une lettre écrite d'une des fenêtres de la place de la Bastille , la relation suivante (i).

On n'a rien voulu y changer, parce qu'elle est d'une extrême naïveté , et que pour les faits généraux elle est absolument conforme

(i) Note de CltW'ambaut. Manuscrit. Bibl. roy.

à la dépêche de M. de La Reynie , que Ton cite plus bas, sauf quelques détails, confirmés d'ailleurs, mais omis dans le rapport du procureur-général.

0 Les gardes françaises s'étaient saisis , dès sept heures du matin , de toutes les avenues où les chaînes furent tendues ; les mousquetaires blancs et noirs les soutenaient par brigades, savoir: à la porte Saint - Antoine , à l'entrée de la rue des Tournelles , vis-à-vis de l'hôtel du Maine , et vers la rue qui va à la place Royale. La place qui est devant la porte de la Bastille était entourée de deux rangs de gardes françaises , et, derrière , un rang de mousquetaires, M. le duc de La Feuillade et le chevalier de Forbin leur donnant les ordres. Dans le milieu de cette place, où il n'y avait personne , le peuple étant serré contre les murailles, il y avait une potence et trois échafauds ; celui qui était le plus près des Saints- Martyrs pour M. de Rohan , un vis-à-vis la porte de la Bastille pour Des Préaux ^ et l'autre vis-à-vis le premier pour la dame de Filars , faisant tous trois un triangle, et presqu'au milieu , la potence pour le maître d'école Van-den-Enden.

» A deux heures et demie, M. de Rohan sor-

l'exécution. 4^7

tit de la Bastille à pied, ayant demandé, et Des Préaux aussi , de n'être pas dans la charrette qui les suivait, avec les deux autres, la femme et le maître d'école. M. de Rohan parut sans chapeau, les mains liées, tenant un crucifix, le P. Talon à sa droite^ le P. Bourdaloue à sa gauche. Iln'eut jamais si bonne mine, quoique l'air un peu abattu. 11 se tourna, et jetant par deux fois les yeux de tous côtés, il aperçut près de lui le sieur de Saindoux et quelques autres officiers qu'il salua, puis avança, et s'arrêta pendant que la charrette approcha et qu'elle s'arrêta entre lui et Des Préaux. Le bourreau monta dessus pour entendre la sentence que le greffier lui lut. Pendant ce temps-là les PP. jésuites embrassant tour à tour M. de Rohan , l'exhortaient de leur mieux ; la sentence lue , ils revinrent auprès de son échafaud. Les valets du bourreau lui voulurent aider à monter , mais il se tourna et leur dit: Laissez-moi^ je monterai bien. En effet , malgré ses mains liées, il ne laissa pas de s'en aider, et monta sur son échafaud, où il se mit à genoux, les pères à côté de lui, qui lui parlaient toujours ; ensuite il baisa le crucifix. Le bourreau s'approcha et lui baissa son collet. A cette action il parut un peu

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étonné, car il avait fait revue de tout ce terrible appareil ; cependant il soutint tout avec fermeté et résignation , et Ton peut dire qu'il est mort sans faiblesse, sans ostentation 5 et en vrai chrétien. On lui coupa les cheveux, et on lui découvrit un peu les épaules, on lui banda les yeux et on chanta le salut. Pendant tout cela, le P. Talon le cacha de son manteau , autant pour lui épargner de la confusion que du froid. Ses yeux bandés, il se recommanda à Dieu ; le P. Bourdaloue descendit , le P. Talon s'écarta un peu , et Vexécuteur s'approchant de lui, lui coupa la tète tout d'un coup ; elle roula jusqu'au bord de l'échafaud, et le père Talon, jetant son manteau sur le corps , descendit ; peu après on lui rendit son manteau.

» Ensuite on exécuta le chevalier Des Préaux, qui ne fit pas plus de façon; mourut très fermement en regardantla dame de Yilars, n'ayant pas voulu avoir les yeux bandés ; sa tête roula à terre, et on la rejeta.

» Après, la marquise, qui fut exécutée l'avantdernière, monta fort hardiment sur son échafaud, se mit à genoux en chantant le Scil<^e regina , baisa par trois fois le billot, et, sans souffrir que le bourreau la touchât, elle aida

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elle-même à se défaire de sa coiiïc pour découvrir ses épaules, et après, souffrit fort conslammeiitet fort noblement une pareille destinée, et sa tête roula à terre.

» Ensuite on monta le maître d'école ii la \ potence , la question lui ayant ôté l'usage des jambes; il fut aussitôt pendu par les valets du bourreau , qui leur dit : Vous autres ,

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