LE CHATEAU D EUDREV1LLE
ni allusion détournée , ni arrière-pensée jalouse, ni réticence perfide.
— Mais tenez, — ajouta M. de Yilars en entendant les cris joyeux des deux enfants de Louise, — a ces éclats de gaieté de votre Gabriel, je parierais que voilà nos bons voisins qui arrivent.
En effet, bientôt M. de Saint-Marc et son fiîs parurent à l'extrémité de l'allée, Auguste donnait le bras à son père, tandis que Gabriel et Clara se disputaient l'autre main du chevalier.
Dès que les enfants eurent aperçu leur mère , Gabriel , laissant sa soeur en possession de la main d'Auguste , accourut tout triomphant montrer à madame de ^ ilars la petite galère que le jeune marin lui avait faite.
— Eh bien , madame la marquise , voila du nouveau, — s^écria brusquement M. de Saint-Marc, dès qu'il put être entendu de ses amis , nous partons !
— Vous partez ! — s'écria Louise avec un étonnement douloureux, — vous partez !
— et son regard interrogeait Auguste qui
détournait la tête pour cacher son angoisse.
— Nous... c'est-à-dire, ce pauvre garçon, qui vous vient faire ses adieux, dit M. de Saint-Marc en soupirant.
— Comment! il part?... Voyons, Saint- Marc , expliquez-nous donc cette résolution subite, dit M. deVilars, aussi tristement ému.
— Pavoue, voisin , que je vous ai appris cela un peu brusquement peut-être , — dit le brave gentilhomme; — mais entre nous, voyez-vous, je crois qu'il vaut mieux dire ces choses-là tout de suite, on a du moins ainsi, pour se consoler, le temps qu'on perdrait aux circonlocutions préparatoires : en un mot, Téméricourt m'a écrit tantôt, pour me prier de lui renvoyer cet enfant, afin de Pemmener avec lui à Malte et de là en Candie... Auguste part donc demain, et vient vous faire ses adieux.
Après avoir dit ces motsd'We voix rapide et oppressée, le vieillard soulevant son large feutre gris sVssuya le front, et poussa un profond soupir.
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Il y eut un moment de cruel silence, que la marquise interrompit, en se baissant pour dire à son fils dont elle essuyait les yeux :
— Allons, Gabriel , ne pleurez pas de la sorte, Auguste reviendra; — puis se relevant, et souriant ix travers deux grosses larmes qui coulaient sur ses joues , elle ajouta en regardant M. de Vilars , avec une admirable expression de naïveté : — En vérité' , c'est bien à moi de reprocher ses pleurs à ce pauvre enfant!
— Et nous , qui croyions l'avoir encore au moins deux mois , — dit M. de Vilars en prenant la main d'Auguste , et remarquant avec un étonnement qui le rendit pensif, combien la figure du chevalier était bouleversée.
— Et moi donc! — s'écria M. de Saint- Marc, — moi donc, qui ce matin encore lui parlais de mille choses] que nous devions faire cette semaine..., et l'autre... et l'autre encore... tandis que maintenant !... Ah bath! au diable soit Téméricourt et sa galère, et toutes les îles de Malte et de Candie du
monde! — s'écria impétueusement le vieux gentilhomme; mais réfléchissant a ce que cette exclamation avait de peu séant, il dit à Louise, — Pardonnez-moi, madame la marquise... mais quand il faut quitter si brusquement son enfant!
— Quand il faut quitter son enfant, mon bon et cher monsieur de Saint-Marc, — dit Louise avec douceur et fermeté , — il faut se résigner, et ne pas lui faire perdre le peu de courage qui lui reste. Allons , monsieur de Saint-Marc, donnez-moi votre bras; — et Louise, tenant Gabriel par la main, regagna le château , suivie d'Auguste et de M. de Yiïars.
Lorsque des Préaux était arrivé dans l'avenue, le marquis avait été vivement frappé, ainsi qu'on l'a dit, de la pâleur excessive des traits du chevalier et de leur expression morne et désespérée. Or, aux yeux d'un homme aussi pénétrant et aussi réfléchi que Tétait M. de \ilars, il demeurait évident, qu'une raison beaucoup plus saisissante que le départ en lui-même, causait la profonde affliction d'Auguste. Lors de ses autres cam-
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pagnes, ce dernier avait bien été triste et chagrin en quittant son père et ses amis cTEudreville , mais jamais son visage ni son maintien n'avaient trahi une peine si amère et si écrasante; et pourtant cette fois, M. de Téméricourt laissait entrevoir et espérer à des Préaux l'avenir le plus fait pour le consoler d'une séparation, sans doute plus rapprochée par ces circonstances , mais qui , néanmoins, devait toujours avoir lieu.
En un mot, M. de Vilars eut, pour la première fois de sa vie, un soupçon, qu'il se promit d^éclaircir ; aussi pendant la conversation qui va suivre , parle-t-il fort peu et observe-t-il beaucoup.
On rentra donc au château.
Le château d'Eudreville, bâti de briques rouges, séparées de loin en loin, par de larges assises de pierres blanches , paraissait remonter par sa construction au seizième siècle. Cette vaste et belle habitation se composait d'un principal corps de logis et deux ailes en retour, dont l'une formait une galerie servant de salon d'été; ce fut là que
les personnages dont on vient de parler entrèrent bien tristement.
Cinq fenêtres ouvrant sur une grande pièce d'eau , et sur une partie du parc, planté d'arbres verts, éclairaient cette galerie, un grand nombre de portraits de famille appartenant aux seizième et dix-septième siècles , garnissaient tout le côté de la muraille opposé aux croisées. Parmi ces tableaux, et située tout au fond de cette longue pièce, en face d'une immense cheminée de pierre sculptée qui occupait l'autre extrémité , on voyait , dans un magnifique cadre de bois doré, la figure austère et grave de Claude de Sarrau, père de Louise, peint par Lebrun, et vêtu de l'imposant costume des magistrats de ce temps-là. L'épaisseur des murs du château était telle, que l'embrasure de chaque croisée formait une sorte de petit cabinet , et dans chacun de ces renfoncements on trouvait les diverses preuves des talents variés et des studieuses occupations de Louise; ici, un métier à tapisserie recouvert d'une broderie commencée ; la ,
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une table chargée de couleurs , un chevalet supportant un tableau , ou des fleurs naturelles dans un vase de cristal, disposées pour servir de modèle ; ailleurs c'était un téorbe, un clavecin , un luth, une basse, et plusieurs pupitres chargés de musique; enfin, dans un autre , on remarquait les livres de prédilection de Louise, sorte de petite bibliothèque servant de succursale à la grande bibliothèque du château , aussi nombreuse que complète. Quant au dernier de ces cinq petits cabinets, qui se trouvait le plus rapproché de l'immense cheminée, il servait, pour ainsi dire , d'oratoire à Louise ; sa fenêtre, au lieu d'être carrée , s'allongeait en opïvc, garnie de vitraux coloriés; puis, du côté du salon , il y avait de doubles rideaux de damas rouge que Louise fermait a volonté, quand elle désirait être seule dans cette sorte de petite cellule, dont les meubles étaient de bois précieusement sculptés : on y voyait entre autres un prie-Dieu recouvert de velours rouge , placé au-dessous d'un Christ d'ivoire d'un merveilleux travail; enfin une petite armoire de Boule,
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garnie des plus beaux bronzes dores, et merveilleusement incrustée de cuivre , d'étain et de corail , renfermant les œuvres littéraires du père de Louise, M. de Sarrau, et quelques uns des sermons de son oncle, M. haac de Sarrau, ministre protestant d'une grande réputation, et qui alors habitait Bordeaux : tel était l'ameublement de ce petit cabinet.
La nuit était tout-a-fait venue , et, en attendant l'heure du souper, les valets de chambre avaient apporté des bougies de cire jaune dans de grands cylindres de cristal , montés sur des pieds de bronze doré, et ouverts seulement par le haut, afin que l'air, arrivant par les croisées ouvertes, n'éteignît pas les lumières qu'ils renfermaient.
Sachant que les vifs chagrins sont taciturnes, et que , sans rechercher des distractions frivoles , les gens véritablement affligés aiment quelquefois à rencontrer une occupation presque machinale, qui , leur servant peur ainsi dire de contenance, leur évite au ûioins l'embarras de soutenir une
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conversation réglée, la marquise avait fait préparer un échiquier , auprès duquel M. de Yilars s^assit avec M. de Saint-Marc; et leur partie commença, lente cl silencieuse.
Cette table de jeu, placée proche de Pespèce d'oratoire de Louise, permettait à la jeune femme, qui s'y tenait assise, de regarder a la fois le jeu , et de s'entretenir avec le chevalier.
— Que vous voila donc triste et pensif, Auguste! — lui dit Louise.
— Je pars demain... madame...
Il y avait dans ces quatre mots tant d'angoisse et de désespoir , que Louise en fut navrée, et que M. de Vilars tressaillit.
La marquise se remit , et répondit avec calme et douceur :
— Allons, puisque ce départ est chose convenue, regardons-la comme faite... et ne songeons donc plus qu'au retour, la seule question intéressante a cette heure. — Puis, s'adressant à M. de Saint-Marc : — Et. quand M. de Téméricourt nous rcndra-l-il Auguste, mon bon monsieur de Saint-Marc.
Le vieux gentilhomme , qui , depuis quelques minutes , avee Pair de la plus sérieuse attention, appuyait le bout de son index sur une des pièces de l'échiquier, et semblait méditer quelque coup savant, mais qui dans le fait ne songeait qu'à son fils, répondit à l'instant : — Hélas, madame , je l'ignore , et c'est a cette ignorance-là même que je pensais dans le moment. — Puis levant les yeux sur M. de Yilars , il ajouta :
— Pardon, voisin, de vous faire attendre si long-temps. — Et il poussa son échec au hasard.
— Oh! je vous excuse, mon ami... car je ne songe pas non plus beaucoup au jeu ,
— reprit gravement M. de Yilars.
Et le jeu continua, muet et taciturne, entre M. de Saint-Marc et son ami.
Auguste, assis prés de madame de Vilars, semblait attéré ; son regard fixe , sec, était attaché sur le parquet... bien rarement il levait les yeux sur Louise.
Mais celle-ci voulant lui faire rompre ce silence, dont elle souffrait, reprit avec tendresse : — Voyons , raisonnons un peu ,
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mon pauvre découragé : depuis cinq mois environ vous vivez ici, heureux, entre votre père et vos amis ; rien de plus doux que cette existence , j'en conviens ; mais voilà qu'il se présente une occasion de mériter assurément un grade inespéré, et pour cela il vous tant faire une campagne d'un an , peut-être moins, peut-être plus : ce départ inattendu est cruel , j'en conviens encore.
— Oui, bien cruel, madame... bien cruel! — dit Auguste, dont la douleur parut se détendre un peu à la voix de Louise.
— Oui, — reprit-elle, — il est affreux pour vous de quitter vos amis; mais est-ce que ces amis ne vous restent pas ?... ne vous regrettent pas ? est-ce que vous ne savez pas bien qu'au retour vous les retrouverez plus affectueux encore , parce qu'ils sauront ce que vous avez souffert en vous séparant d'eux!... Allez, allez, croyez-moi, Auguste, tel isolé , tel seul que vous soyez au milieu des mers , vous pourrez vous dire à toute heure : Il est un endroit où mon souvenir
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est toujours présent, où mon nom n'est prononcé qu'avec attendrissement par un père et de fidèles amis; et avec une telle pensée on ne peut se dire tout-a-fait malheureux !
— Oh! non, madame... aussi je ne me plains pas... seulement je souffre a mourir! — ajouta-t-il a voix basse.
A ce moment Je maître d'hôtel de madame de Yilars vint annoncer que le souper était servi.
Le souper fut court et triste, les hôtes du château d'Eudreville rentrèrent au salon... M. de Saint-Marc s'assit tristement dans un grand fauteuil en attendant, pour partir avec son fils, que le marquis eût écrit quelques lettres pour Auguste, qu'il voulut recommander très instamment a M^f". les ducs de Vivonne et de JNavailles , officiersgénéraux de ses amis, chargés de l'expédition de Candie sous les ordres de M. le duc de Beaufort.
La nuit était belle et pure, Louise fit mettre des sièges en dehors du salon pour respirer le fixais du soir, et engagea Auguste
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à s'asseoir en l'attendant; car elle avait, lui dit-elle, quelques ordres à donner pour les enfants.
Auguste s'assit donc en dehors delà galerie ; bientôt la lune se leva brillante, derrière un bois de chênes séculaires, situe à gauche du château; sa douce lumière argenlait au loin les masses sombres et régulières du parc; les étoiles brillaient sur l'azur fonce du ciel, l'air était calme et embaumé par la senteur des orangers ; seulement de temps à autre, un faible soufH-c de brise agitant légèrement le sommet des grands arbres, bruissait dans le feuillage, et quand ce vague murmure avait cessé, tout retombait dans le silence le plus profond.
Quand Louise revint par le jardin, ses pas étaient si légers , qu'elle put s'approcher d'Auguste, et le contempler, sans que celui ci , absorbé dans sa rêverie , s'aperçût de la présence de la marquise.
Auguste, accoudé sur un des bras du fauteuil , appuyait son menton sur une de ses mains , et son visage , qui regardait le
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ciel , se trouvait entièrement éclairé par la lune. Sur cette douce et charmante figure , on lisait un chagrin profond , ingénu , et surtout pur de tout ressentiment égoïste , haineux ou méchant; il savait qu'il devait souffrir, et il souffrait : il savait qu'il devait quitter Louise, son père, ce beau château où il avait passé de si longues et de si douces soirées d'hiver, de si riantes journées de printemps ; ces petits enfants qui l'aimaient tant, le pauvre manoir des Préaux, où il rêvait si heureusement à Eudreville! il savait qu'il lui fallait quitter tout cela... pour une vie rude, triste et austère; et il quittait tout cela , avec une pieuse et angélique résignation.
— Auguste, — dit la jeune femme, qui ne put considérer plus long-temps cette pauvre figure souffrante , — voilà une écharpe que j'ai brodée pour vous... Courage... courage, noble cœur,... ces larmes ne seront pas stériles... Adieu, Auguste, adieu, encore adieu!... songez bien qu'on vous aime ici! ...
V celte voix,... à cet accent,... Auguste
porta la main à ses yeux, essuya ses larmes, et, souriant à travers ses pleurs, prit vivement. Tecliarpe et la baisa.
A ce moment, M. de Yilars descendit, et remit les lettres de recommandation pour Auguste à M. de Saint-Marc.
Onze heures sonnèrent au château.
Le marquis embrassa cordialement Auguste , et Louise lui donna sa main à baiser.
— A après-demain seulement , — dit le bon Saint-Marc en s^dressant à M. et madame de Vilars , — car demain matin j'irai conduire cet enfant à Rouen.
— Ne manquez pas de nous revenir, au moins , — dit Louise.
— Y manquer!... non, non, madame...
Préaux sera trop désert maintenant pour que je ne nVen échappe pas le plus souvent possible!
— Allons , encore adieu , . . . bon voyage , et à bientôt, notre jeune capitaine, — dit M. de Yilars.
— Adieu, Auguste, encore adieu ; vous ne serez pas oublié ici , — dit Louise.
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— Adieu, madame, adieu, monsieur...
adieu!...
Et Auguste, presque étouffe' par les sanglots qu'il comprimait, prit le bras de son père. Leur modeste voiture les attendait, ils y montèrent , la grille du château cria sur ses gonds, se referma, et bientôt on n'entendit plus rien... rien! !......
Après le départ d'Auguste , Louise demeura long-temps silencieuse et pensive, assise sur le fauteuil qu'il avait occupé ; en abaissant sa main sur un des bras de ce siège, elle trouva un mouchoir mouillé de larmes... Celait celui d' Auguste.
La jeune femme le prit avec un battement de cœur inexprimable, et puis, par un mouvement soudain , presque involontaire et honteux, elle le serra vite dans une des poches de sa robe, en devenant tour à tour pourpre et pâle, comme si elle eût commis pour la première fois de sa vie une action mauvaise.
Au bout d'une heure elle rentra au salon... Le marquis y était, rêvant aussi.
Quand ii vit Louise, il se leva, et lui prenant la main avec sa tendresse habituelle , i! lui dit d'une voix presque solennelle : — Louise... je crois qu'Auguste vous aime...
— Je le crois aussi, — repondit Louise en lui serrant la main.
— Malheureux enfant! — dit tristement M. de Yilars, avec un accent de pitié profonde qui prouvait l'inaltérable confiance qu'il avait en madame de Vilars.
Telle est la longue et peut-être trop minutieuse exposition qu'on a taché de faire des caractères principaux de ce drame : La-
TRÉAUMONT, Yax-DEK-ExdeN , — LE CHE- VALIER de Rohan , — Auguste des Préaux , — Madame la Marquise de Vilars , — et mademoiselle Renée- Maurice d'O***.
Maintenant , bien que la péripétie et le dénouement de cette aventure , qu'on emprunte absolument d'ailleurs a la réalité, soient séparés de l'exposition par un inter-
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\alle de près de cinq années, on a cru que cette dernière et si bizarre circonstance , h part même de la nécessité historique (telle du moins qu'on a estimé devoir l'accepter) qui en impose l'adoption rigoureuse, ne serait peut-être pas sans intérêt , à cause de son étrangeté.
N'est-il pas curieux, en effet, de pénétrer dans sa source obscure, et de suivre parmi toutes ces phases imprévues la pensée première d'un de ces projets dont l'exécution pouvait bouleverser une monarchie et changer la face de l'Europe?
Ainsi, un obscur gentilhomme normand, M. Jules-Duhamel de Latréaumont , ruiné par ses vices et ses débauches , aussi nécessiteux qu'effronté, se fait chasser de France, et va chercher des dupes en Hollande; à Amsterdam il rencontre Van-den-End en, abuse de sa confiance , en reçoit des lettres et des secours destinés a favoriser une rébellion incertaine, mais possible; revient à Paris dans l'espoir de trouver un grand seigneur mécontent ; par un hasard singulier, il trouve ces conditions réunies dans M. le chevalier
de Rohan. Or, ce soulèvement peut-être exécutable alors, aura-t-il lieu ? la guerre civile dechirera-l-elie de nouveau la France ?... Non , pas encore , parce que Latréaumont préfère partager la molle oisiveté de ropulence de M. de Rohan, au lieu d'affronter les hasards de la vie de séditieux.
De sorte que, selon le caprice et la paresseuse sensualité d'un partisan brutal, cette révolte, tout a l'heure si menaçante, s'ajourne indéfiniment. Ainsi est-il de ces villes, qui vues du haut d'une montagne, en paraissent très-proches, et en sont pourtant extrêmement éloignées, grâce aux mille et invisibles circuits de la route.
Or, c'est l'aridité de ces détours , dont la monotonie embrasse d'ailleurs une période de cinq années, que l'on veut maintenant éviter au lecteur, afin de le conduire plus vite au terme de cette narration.
Enfin, si cette comparaison ne semblait pas ambitieuse (non quant aux faits matériels, qui sont absolument tels qu'on a essayé de les retracer), mais a propos même des procédés dont on s'est servi pour tenter
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celte oeuvre si difficile, et si au-dessus de la
portée de celui qui écrit ces ligues...
On comparerait cette première pariie du récit qu'on a lu, a une rivière limpide, dont les eaux indifférentes réfléchissent ça et là les sites divers qu'elles baignent dans leur cours vagabond : pauvres cités et palais splendidcs , agrestes manoirs et tours féodales , les fraîches et vertes prairies trempées de la rosée du matin, comme aussi les grands bois voilés par la brune du soir; tantôt les nuages roses et argentés qui courent a l'aube sur le bleu pâle du levant, tantôt les rayons d'or qui étincellent sur l'azur empourpré du couchant... courant paisible qui réfléchit tout en un mot, depuis la douce clarté de la lune... depuis le silencieux rayonnement des étoiles, jusqu'au feu de l'éclair qui déchire la nuée d'orage bitumineuse et noire...
Et puis, selon celte même comparaison, la seconde partie du récit qu'on va lire serait cette même rivière, qui, après des détours sans nombre, de plus en plus rapide et resserrée , creusant profondément son lit
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a travers des bords sauvages , arides et désolés, se changerait bientôt en un torrent impétueux, qui, bondissant avec fureur parmi les roches , les débris et les ruines de toutes sortes, s'engloutirait enfin dans un abîme sans fond...