RÉFLEXIONS
notations sur les Commentaires de César , et enfin son excellent traité de la Milice ancienne.
Pendant son séjour à Venise ^ M. de Rohan eut aussi un noble et grand projet , c''était d''accepter les ofiFres du sultan , qui , moyennant une redevance annuelle, lui offrait la souveraineté de Tile de Chypre. Or, en agréant cette proposition, le duc de Rohan pensait attirer dans ce royaume les familles calvinistes de France, si de nouvelles persécutions les venaient menacer.
Malheureusement ce grand homme , engagé h défendre les droits de la république Helvétique, ne donna pas de suite à ce vaste plan dont les conséquences pouvaient être immenses.
Enfin , après les longues guerres de la Valteline, dans lesquelles il avait si glorieucombatlu contre TEmpire, le duc de Rohan vivait paisiblement à Genève , lorsque Louis XIII , craignant qu'il n''y fomcnlàt quelque intelligence avec les protestants , que Ton allait inquiéter de nouveau, lui ordonna de quitter la Suisse, Rohan obéit, et
alla demander asile au duc de Saxe-Veimar son ami. Ce prince était alors en armes contre PEmjîire, et assiéj'voait Rhinfeld. — Rohan lui offre son épée , digne prix de cette hospitalité guerrière. Le héros saxon accepte, mais veut lui remettre le commandement de ses troupes ; — Rohan refuse ; demandant de combattre comme volontaire dans le régiment de Nassau, « las, dit-il gaiement )) d''ordonner en général, et désirant servir » un peu tn soldat. »
En effet, il servit en soldat dans ce régiment, et si fort en soldat , que le 28 février de Tannée 1638 , il reçut une blessure dont il mourut quelques jours après.
On ne sVst étendu aussi longuement, quoique dVine manière imparfaite , sur Tune des existences les plus brillantes et les plus extraordinaires auxvii* siècle, que pour faire comprendre Pextrème importance que Latréaimiont attachait justement a pouvoir donner un tel nom pour drapeau à la révolte qu''il espérait voir appuyer à l'étranger.
Sans doute il eût été hors de sens de comparer le chevalier de Rohan , brave et mè-
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me doué de quelques louables qualités , mais glorieux, faible, indécis^ débauché, frivole et n''ayaftt aucune racine, aucune clientelle, aucune influence , de le comparer , dis-jV , au duc Henri de Rohan , à cette grave et imposante figure toujours couverte de buffle et d'acier , à cet homme de Plutarque, a la fois grand capitaine , habile publiciste et profond politique , qui pouvait disposer d'un parti considérable, riche, nombreux et aveuglément évoué à son^chef, dont la renommée était européenne.
Mais enfin le chevalier de Rohan était Rohan , et alors surtout le prestige d'un nom si glorieusement famé dans la révolte, ne manquait pas à l'étranger d'une certaine créance, et devait être avidement accepté par risola.
Aussi Latréaumont , qui ne connaissait pas le grand-veneur, crut sans doute, malgré les bruits contradictoires qui couraient sur lui , qu'il y aurait toujours assez d'étoffe dans le chevalier pour être l'enseigne d'une sédition, dont lui, Latréaumont, entendait bien être le bras et la tête.
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Seulement, dès tjuc le colonel eût juge par lui-même la position du chevalier de Rolian , ses imaginations relatives a la révolte de Normandie, furent, sinon changées ; du moins indéfiniment ajournées: car ce que voulait avant tout ci surtout Latré:^umont , c''était vivre le plus sensueîlement possible : or, il n''avait songé a cette rébellion qu''en désespoir de cause , et afin de trouver dans mie aussi hasardeuse entreprise le moyen de subvenir plus amplement à ses goûts de débauche et de prodigalités; les agitations de la vie de séditieux n''étant pour lui qu''un pis-aller auquel il se résignait faute de mieux.
Aussi, après sa liaison fortuite avec M. de Rohan , fit-il ce calcul odieux mais logique : «Il restera au chevalier 4 ou 500,000 » liv. après la vente de sa charge de grand- )) veneur ; je dois donc d^ibord encourager M et aider le chevalier à dissiper cette som- » me, profiter ainsi de sa ruine et le met- )) tre au plus vite dans la nécessité de cons- » pirer , afin de m''assurer de son nom pour y> le soulèvement de la Normandie ^ qui a-
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)» lors deviendra ma seconde ressource. »>
Certes, il faliaJL que Latrcauniont eût , comme toujours , une étrange confiance dans son étoile et dans son audace pour croire à la réussite de pareils projets; el pourtant cette fois encore son détestable instinct ne le trompa pas, lorsqu'il pensa que M. de Rohan lui serait une proie facile et sûre. On avouera crailleurs que la singulière réunion de circonstances imprévues qui rapprochèrent le chevalier du colonel, explique assez le sort de cette liaison.
Ainsi , Latréaumonl sauve la vie de M.
de Rohan... Cette action sans doute mérite déjà une éternelle gratitude , mais ce ne fut pas a ce trait seulement c|ue le colonel dul rinfluence presque subite qu''il prit sur son nouvel ami, ce fut surtout au solitaire abandon dans lequel il trouva M . de Rohan après[la scène de Fontainebleau; car la réaction des ressentiments du roi était alors si puissante sur Pcsprit des courtisants, qu''ils recherchaient ou repoussaient avec une égale fureur celui qu'ils savaient Tobjet de Taffeclion ou de la haine du maître ; aussi le peu
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traiJiis que la splendeur et la galanterie enviées de M. de Kohan lui avaient laisses, s''éioignêrent-ils de lui presque saisis de terreur, dès qa''ils le virent tombé dans une aussi profonde disgrâce. — Une femme même, dont on doit taire le grand nom, une femme, alors sa maîtresse, imitant ces làchelcs , rompit aussitôt avec lui.
Or, dans de telles circonstances, le rôle de Lalréaumont n'était-il pas merveilleusement tracé ? Quel immense avantage le partisan ne pouvait-il pas tirer du délaissement pénéral et honteux où demeurait M. de Ro-
ban si cruellement sacrifié au courroux du roi , par sa maitresse , par ses amis, par sa famille? /Vvec quelle confiance hardie le colonel venait alors offrir au chevalier une amitié sohde , franche et apparemment ir- , réprochable de tout motif bas ou cupide , puisqu''elle se montrait au jour du malheur, et que de plus , celui qui tendait si généreusement la main à M. de Rohan ne lui devait rien , tandis qu'au contraire M. de Rohan lui devait déjli la vie!
On le répète, Lalréaumont était trop ha-
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bile pour ne pas profiter très heureusement d'une telle chance, pouvant , grâce aux hasards du jeu, vivre quelque temps sans mettre à répreuve la facilité de son nouvel ami. Il sembla donc vouer à ce dernier un attachement soudain et brutal , mais vrai , pur et désintéressé, allant même jusqu"';» gourmander le chevalier de Rohan sur Tindccision de son caractère, tout en exaltant la noble fierté de sa rupture avec Louis XIV. Il s''insinua ainsi peu à peu dans son esprit , tantôt par la flatterie, tantôt par la rudesse ou la raillerie. Que dire de plus ? Tout enfin servit à souhait le partisan : depuis cette bizarre mais irrécusable puissance des contraires , qui veut et fait cju'une nature timide et irrésolue recherche presque toujours Paffection ou l'appui d^m caractère énergique et décidé ; tout le servit , dis-je , jusqu'aux idées superstitieuses de M de Rohan , qui , sans croire positivement Latréauniont dans une étroite et intime familiarité avec Satan ne pouvait cependant se défendre d'un certain saisissement en rapprochant les circonstances étranges qui avaient amené ou précédé leur liaison.
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Ainsi lu veille de cette cîiasse fatale, dont ]c renfU'Z-Tous avait éié fixe à la Vente au Diable , Tinfernal Chasseur Ncir s''élait fait voir dans la forêt (Latreaumont n''ayant pas dit que lui-même, égare pendant la nuit, avait , le matin, causé une si horrible peur au pauvre Lorrain). Enfin c*'est au milieu des éclats de la foudre et d\in épouvantable ouragan , que pour la première fois Latreaumont avait apparu au chevalier. En un mot, on le répète, jusqu'à ces folles visions, tout servit singulièrement Peffronté colonel, qui encourageant fort les penchants supersûtieux de M. de Uohan, sans paraître vouloir cependant laisser planer sur soi-même aucun soupçon diabolicpic, affirmait néanmoins religieusement, qu\m sien ami avait vu le diable dans un vieux cliàlcau de Hongrie ; de )ii des suppositions sans fin de la part du chevalier, qui , grâce aux adroites rélicences de Latreaumont , en vint plus tard à croire parfois que ce dernier était beaucoup plus instruit qu**!! ne voulait le paraître, sur les ra'pports directs et possibles (Mitre Satan et l'iunnaine espèce. Imaginations absurdes, mais qui ne furent que trop puissantes,
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ainsi qu*'on le verra dans la suite , sur Tesprit faible et nerveux de M. de Rohan.
Maintenant, que d'^après les caractères connus de Lalréaumonl et de M. de Rohan, on s'attend avec raison à voir le colonel, prenant chaque jour un empire plus assuré dans Pesprit et dans la maison du chevalier, finir par le traiter en maitre et en despote; on doit présenter au lecteur deux autres personnajjes: le chevalier Auguste des Préaux et madame la marquise de Vilars, (pii, avec Latrëaumonl, Yan-den-Enden, M. de Rohan et mademoiselle Maurice d^O, complètent h; nombre des principaux acteurs de ce drame e'trange et terrible.
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