‹ LatréaumontChapitre 14 sur 26 · LE 27 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LE 27 SEPTEMBRE

— Mais mon fils ! à mon fils ! ils ne lui feront pas de mal, n'est-ce pas ? dit le malheureux M. deSaint-Marc. — Ce pauvre enfant est si bon, si noble ; ils ne voudront pas lui faire de mal , n''est-ce pas ?

— S''ils torturent et s''ils tuent mon père, pourquoi voulez-vous donc qu'ails ne fassent pas de mal à votre fils? — dit Clara-Maria avec un accent presque féroce.

— Et ma mère , à moi , — dit Penfant ,

— pourquoi la garde-t-on dans cette prison ? Quand verrai-je ma mère ?

— Dieu est juste et grand, mon enfant ,

— reprit M. de Sarrau , — Il sauvera Tinnocenoe !

— Dieu! s'écria 31. de Saint-Marc avec une si terrible expression, que ce seul mot était un blasphème.

— Les nuits sont si froides!... Au moins dans notre maison j'^avais tant soin de lui !

— continua Clara-Maria. — Puis, faisant un brus([vie mouvement, elle ajouta : — Mais aussi maintenant il n'a peut-être plus froid ni plus faim ! Et c'est moi qui ai causé sa

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mort... Oli! ceNazelles! ce NazcUcs ! — dit-elle de cetLe même voix sourde et saccade'e dont elle avait appelé son père.

En entendant le nom de Nazelles, M. de Saint-Marc fitmi bond de fureur, et s''ëcria : — Oui ! oui ! Nazelles, nous le tuerons après, a nous deux, si mon fils est condamné... Vous en avez ma parole !

Depuis qu'elle avait prononcé le nom de Nazelles^ Clara-Maria semblait de plus en plus agitée ; ses yeux brillaient plus ardents; enfin, comme saisie de délire, elle prit brusquement le bras de M. de Sarrau; et lui dit a voix basse : — Lss vues du Seigneur sont impénétrables , n'est-ce pas ? Vous êtes son ministre, expliquez-moi les donc... Ce Nazelles, qui a tout révélé , je savais sa trahison... Il m''avait dit : Soyez à moi, ou je fais tuer votre père en dénonçant un complot oii il a pris part... J''ai refusé d''étre à lui, et tout de suite il a révélé le complot... J''aurai peut-être causé la mort de mon père! Que fallait-il choisir? Parricide ou adultère?... N''cst-cc pas que les vues du Sci-

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gneur sont impenëlrablcs ? — ajouta la malheureuse femme avec une effrayante expression crironie.

— Calmez-vous , pauvre infortunée , — dit M. de Sarrau épouvante des regards de Cl ara-Mari a.

— Yerrai-je aujourdliui ma mère ? — dit Penfant.

— Peut-être, mon Gabriel , — répondit tristement le ministre.

Tout-à-coup un bruit lointain de tambours fit tressaillir ces trois personnes.

Deux compagnies des Gardes-Françaises et une compagnie de mousquetaires noirs parurent sur la place, et se dirigèrent vers la porte de la Bastille. Le pont-lcvis de la forteresse s'abaissa ; les tambours raisonnèrent sous les voûtes sonores ; les troupes entrèrent, puis le pont se releva... Le bruit diminua, et cessa tout-à-fail.

— Pourquoi donc ce renfort de troupes?

se demandèrent presque instantanément les trois personnages , pâlissant avec un inexprimable sentiment d'effroi.

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— Allons! allons! il le faut savoir et interroger, ^-. dit M. de Saint-Marc avec résolution, — et rendons-nous compte les uns aux autres de nos de'marches, comme dMiabilude.

A peine ces mots ëtaient-ils prononce's, que sept heures sonnèrent a Phorloge de la prison.

Un nouveau bruit de tambours se fit entendre du côte' de la rue Saint-Antoine , et bientôt le régiment entier des Gardes-Françaises déboucha dans la place, ayant en tète son colonel, M. le duc de la Feuillade.

— Le rc'giment des Gardes-Françaises !

— dit j\[. de Saint-Marc en frissonnant; — quel appareil!...

— Où va-t-il donc? — demanda Clara- Maria à M. de Sarrau.

Puis après on entendit le lointain piétinement des chevaux sur le pavé, le bruit retentissant des cuirasses , et on vit paraître une compagnie de mouscjuetaires noirs.

A sa tète était M. de Forbin.

— Encore des mousquclaires! — dit31. de Saint-Marc.

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Ces cavaliers passes et rangeas en bataille, vint une autre compagnie de mousquetaires blancs, commandée par M. de Joncellcs, (jui se forma en brigades pour soutenir par un cordon de cavaliers la ligne que présentait le régiment des gardes, qui se saisissant de toutes les avenues de la place de la Basiille , plaça des postes à Pentrée de la rue des Tournelles, a la porte Saint-Antoine, et vis-à-vis l'hôtel du Maine, où étaient encore M. de Saint-Marc , Clara-Maria et M. de Sarrau.

— VoiTa (]u''on tend les chaînes de toutes les rues, — dit a son tour Clara-Maria.

— Oh ! c^stune revue ! dit M. de Saint- Marc avec un effroyable sourire de fausse confiance; mais en essuyant les gouttes de sueur froide qui lui tombaient sur le front.

— Oui! oui ! ça ne peut être que cela... Vous devez bien le savoir , mon bon monsieur qui avez été capitaine , — dit Clara- Maria.

— Oui! Oui! voiTa les Gardes-Françaises qui se forment sur deux rangs, le long des

maisons. . . Les mousquetaires les appuient. . . Cela s''appelle... cela s'^appelle former le carre'... — Et le malheureux père respirait à peine.

— Mais qu''est-ce que cela ? — dit Penfant, — \oilh une voiture qui arrive au milieu de la place !

— Elle est pleine de charpentes ! — dit M. de Saint-Marc en se signant.

— Un gibet! — s''ëcria la malheureuse fille de Yan-den-Enden. Et elle tomba évanouie.

M. de Saint-Marc ne voyait plus, n''entendait plus... M. de Sarrau secourait la fille de Van-den-Enden.

A ce moment , le cordon de troupe qui s'avançait, en refoulant devant lui les rares spectateurs de ces lugubres préparatifs , s''approcha de la porte de Phôtel du Maine. Un pelit homme, à larges épaules, a Poeil vif et fin, acconjpagné de trois ou quatre hommes vêtus de bleu , examinait depuis quelque temps cette scène ; il s\apppocha , toujours accompagné de ses acolytes.

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M. de Sarrau, qui avait seul conservé son sang-froid, dit en tremblant à cet homme :

— Pourricz-vous m'apprendre , monsieur, ce que signifie cet appareil ?

— ^Cet appareil, monsieur, c''est celui du supplice de M. de Kohan et de ses complices, — dit riîomme. — Puis, profilant de la stupéfaction de M. de Sarrau, il ajouta :

— Au nom du roi, monsieur de Sarrau, monsieur de Saint-Marc, et vous, madame, je vous arrête !

— Grand Dieu ! — dirent les trois personnages.

— Rassurez-vous : demain vous serez libres, — dit IVxempt Desgrez ; — mais aujourd hui il faut me suivre.

Toute résistance étant vaine, les exempts portèrent Clara-Maria dans un carrosse, et y firent monter M. de Sarrau, 31. de Saint- Marc et Penfant ; puis le carrosse disparut, et les préparatifs du supplice conlinucrent.

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