LE CHEVALIER AUGUSTE DESPREAUX
Auguste. Mais , mon père , c''est elle qui
est mon âme... c''est elle qui est ma vie
Avec elle j''ai commencé h exister.... avec clic je mourrai... Dieu soit bëni ! Dans une autre terrible infortune nous ne serons pas du moins se'pare's! et puis vous le promettez, n'est-ce pas, mon père?... la même tombe.
Un mouvement que fait Augusle , en tendant ses mains vers le prêtre, lui arrache un cri de douleur.
Le jésuite se penchant vers lui. Vous souffrez encore-, pauvre malheureux enfant?
Auguste. Oui... les blessures de mes jambes , engourdies tout-à-riieure , se sont un
moment ravivées et j^^i bien souffert;
mais dites-moi, mon père, suov me promettez la même tombe qu'à Elle^ n'est-ce pas?
Le jésuite. Hélas ! je ne puis vous promettre cela, mon fils, ces tristes soins dépendent de la prévôté ; mais , encore une fois, pensez à votre salut , oubliez les liens terrestres •, priez , priez , mon fils !
Auguste. Oh ! j''ai prié avec ferveur toute Ja nuit , et j''espère en la cle'mence de Dieu, qui est souverainement juste et bon. Et puis; quel mal ai-je fait? il le sait , lui qui lit dans les âmes ; et d^iilleurs , quel mal pouvais-je faire P n''ëtais-je pas toujours guide par elle ? Aussi Dieu nous recevra dans son saint paradis. Oh, alors mie éternité de bonheurl... n''est-ce pas , mon père ?. . . Alors pour Féternitë nos deux âmes seront unies... à jamais unies, comme elles Pe'taient sur la terre; heureuses ensemble , sous les yeux du divin Créateur, partageant ensemble les ravissements , les extases du paradis!
Le jésuite. Oui , mon fils , si par votre fin religieuse et exemplaire , si par votre repentir profond , vous paraissez au Seigneur dignes de pardon... Mais hélas , nous sommes tous de grands pécheurs , et votre crime est grand, mon enfant!
Auguste. Oh ! oui , mon crime est grand et terrible , mon père ; oh ! c''est un époulablc crime que celui-là, qui la perdue elle\ vous avez raison , mon crime est grand ! Ja-
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luais, jamaismon repentir ne pourra Texpier, et Dieu ne pourra peut- être me pardonner d'^avoir perdu Louise ! Hélas , hélas ! être séparé d'elle pour réternitc... [Arec terreur.) Mais non, noni n''est-ce pas mon père ?... Oh ! par pitié , dites que Dieu nie pardonnera ?
Le jésuite. Mon enfant! mon enfant! ce souvenir dVme affection terrestre revient sans cesse ; il est au fond de toutes vos pensées, il est le but de toutes vos espérances, il est la cause de toutes vos terreurs. Si vous espérez les saintes joies du paradis , c''est moins pour jouir comme les élus de la contemplation du Seigneur , que pour partager celte félicité divine avec une autre âme. . . Si vous craignez que Dieu vous soit impitoyable , vous tremblez encore moins de la crainte d''ètre a jamais privé de cette suprême récompense , que de la crainte d'hêtre séparé d''une autre âme !
Auguste. Oh, oui, mon père! cePa est vrai... mais, hélas! est-ce donc un malP
Le jÉsurrE. Oui, mon fils, Pcspoir d''ètrc
appelé h jouir , pour l''éternité , de la vue du Seigaeur, ou la crainte d'oeil être à jamais privé , doivent éveiller en nous de si hautes et de si terribles préoccupations , que toute autre pensée doit s''y absorber.
Auguste. Hélas ! mon père , que le Dieu tout-puissant ait donc pitié d''une pauvre et et faible créature... mais je ne puis détacher ma pensée de celle de Louise ; malgré moi , elle se lie à toutes mes idées , a toutes mes espérances; mais Dieu est bon. . . il est grand. . il voit bien , lui , que si mon coeur est ainsi remplie (Telle... à ce moment terrible... il s''élève vers lui avec une foi , une espérance plus religieuse , plus profonde encore ! lui de qui tout vient , et à qui tout retourne, lui le créateur et le maître de tous les mondes, il aura pitié de moi, n''est-pas, mon père, si , à ce moment fatal , je ne puis , hélas î m''empccher de songer encore à Louise... si tout mon espoir est de m''agenouiller au pied du redoutable et divin tribunal et de dire : Seigneur, pardon pour elle, car c''est moi qui Pai rendue coupable.