CONCLUSION
Gabriel d'Eudreville 9 fils de madame de Vilars, prit aussi part à cette insurrection des montagnards protestants
Après tant d'horreurs, en comparant ces temps-là h ceux où nous vivons, une pensée douce et consolante vient à Tesprit, c'est que les hommes et les choses ont assez progressivement marché , pour que désormais un tel GRAND ROI et un tel grand siècle soient absolument impossibles.
Il est inutile de faire remarquer ici que tous les historiens sans exception aucune , qui ont parlé de cette conspiration , sans doute faute de connaître les documents originaux, ont commis de nombreuses et étranges erreurs, soit dans la narration des faits généraux, soit dans l'orthographe des noms propres , soit enfin dans l'exposition des détails.
Les seules lettres de Pélisson, de Bayle, ainsi que les mélanges de Philibert dcLormo, contiennent quelques
faits vrais , mais beaucoup de notions fausses et complètement controuvées , si on les compare à l'irrécusable authenticité des pièces originales du procès , qui peuvent servir pour ainsi dire de pierre de touche à toutç assertion.
M. Pcllut, à Rouen, ce 13 septembre 1674.
Cette lettre de M. Pellot donne des détails sur l'arrestation et la mort de Latréaumont.
Monsieur,
J'eus l'honneur de vous mander hier par deux courriers , que nous dépêchâmes , M. de Brissac et moi, le méchant état où était le sieur de Latréaiunont à cause de sa blessure ; il est mort cette nuit à minuit, quoique les chirmgiens eussent assuré qu'il pouvait vivre dix ou douze jours. Je ne l'ai quasi point quitté depuis qu'il a été blessé , et nous avons fait tout ce que nous avons pu, M. de Brissac et moi, pour tirer la vérité de lui à diverses reprises, touchant son méchant dessein, mais inutilement. Nous avons même employé le père Patrice, augustin déchaussé, bien intentionné et qui est connu , pour le consoler, et voir si par le remords de conscience il ne voudrait rien déclarer ; mais cela a été sans effet , et il a i)ersisté dans son obstination , en tenant des discours de fanfaronnerie et de vanité ; sur quoi, monsieur, il est bon que je vous remarque quel-
ques circonstances. Comme il fut arrêté par M. de Brissac avec quelques-uns de mes gens , pour ne perdre de temps, ainsi que je vous l'ai mandé, il était dans le lit , et M. de Brissac et lui s'entretenaient fort honnêtement, lui ayant fait connaître qu'il avait ordre de l'arrêter ; l'on fit incontinent venir les gardes qui étaient dans mie hôtellerie qui était éloignée ; comme il vit que lesdits gardes entraient dans sa chambre, étant sur son lit derai-habillé , il alla en un endroit où étaient ses deux pistolets qui étaient cachés et que l'on n'avait pu remarcpier , s'en saisit , et dit à M. de Brissac , en lui présentant le pistolet bandé : — Me voici, mais vous ne me tenez pas ; — sur quoi M. de Brissac lui dit : — Vous êtes donc coupable , que vous osez vous rebeller ? A quoi ce colosse répondit : — Oui, mort-dieu, je Vose. M. de Brissac sur cela mit la main à l'épée et se mit en garde, et esquiva amsilecoup qui donna sur un garde qui était derrière lui , et lui perça le corps ; il tira dans ce temps-là un autre coup de pistolet qui ne blessa personne ; sur cela un garde tù-a sur lui un coup de carabine , lequel perça ledit Latréaumont qui dit : — Je suis mort en soldat ! Ensuite l'on s'en saisit, et on le mit sur le lit , et alors M, de Brissac et moi lui dîmes : — Vous nous avez dit que vous étiez coupable , dites-nous de quoi vous l'êtes , autrement, après ce que vous avez fait, il n'y a rien que l'on ne fasse pour vous y obliger. Ledit de Latrcaumont se défondait de rien dire, M. de Brissac l'en pressa ; ce
260 LATAEAUMOINT.
que voyant , Latréaumont lui dit , — Donnez-moi du papier, et j'écrirai ce que j'ai à dire ; et il écrivit le billet qu'il avait à écrire , que j'ai mis parmi ces papiers , et qui ne disait autre chose, si ce n'est : « Je ne »• vous ai point dit que j'étais coiipaile : mais la peur » ne m'a jamais surpris, et vos menaças ne tireront » rien{\). » Puis il mourut sans témoigner de la dévotion, quoiqu'il eût le sens bon jusqu'à la mort. Aussi un homme qui avait entrepris non seulement contre l'Etat, mais encore contre la rchgion, comme vous verrez , monsieur , par son projet , devait être bien endurci.
Je suis avec respect.
Monsieur ,
Votre très humble et obéissant serviteur ^
Pellot,
Tout s'est passé, monsieur, fort doucement en cette ville , quoique ledit Latréaumont y eût des parents et des amis , et chacun a cru qu'il était bien coupable, puisqu'il s'était porté ainsi à une action de désespoir. Vous nous ferez savoir , s'il vous plaît , si S. M. vcu ({ue l'on fasse le procès au cadavre; si cela est, il faut donner un commissaire à i^I. de Creil, intendant, pour le juger auxdits bailliages de Pvouen ; cependant je le ferai embaumer , et je prierai .M. de Brissac de demeurer ici avec ses gardes qui seront nécessaires si l'on
(1) ^■(lil• l".s f.ic-siinik'.
piixEs jusTiricATirEs. -Cl
faisait ledit procès. Ils ne demeureront pas longtemps ; car, après-demain, je peux avoir vos ordres , et interroger aussi son valet que j'ai fait arrêter, et nous verrons si nous découvrirons ceux avec qui il pouvait avoir commerce.
Ces extraits des inlerrogaloires des différents accusés sont iclntifs aux rapports de M. de Rohan et de Latréaumont.
Expose Françoise Vanguette que : maître François, cocher , se plaignait à la déposante de ce que le lendemain au soir ledit sieur Latréaumont s'était servi tout ce jour-là et le précédent et la nuit du précédent, du carosse de mondit sieur de Rohan ; ajoute que la blanchisseuse, dont elle ne se souvient pas du nom, blanchissait tout le linge dudit sieur de Rohan, que celui de Latréaumont, étant assurée qne M. de Rohan payait tout ce qui regardait Latréaumont.
» Jean de la Garde , ajoute , avoir ouï dire en ce même temps-là que le cocher de M. de Rohan , maître François , se plaignait de ce que ledit sieur de Rohan lui avait commandé de ne pas fatiguer les chevaux que M. de Sourdeval lui avait prêtés, et que ledit sieur (\o Latréaumont les faisait au contraire trotter du matin jusqu'au soir, et plus n'a dit savoir, mais ce que dessus contenir vérité.
262 LATRÉAL'MONT.
» Pierre Bourguignet dépose qu'environ le même temps ayant accompagné Latréaumont chez un marchand du palais, à l'enseigne de la Princesse^ pour se fahe accommoder une garniture de rubans verts pour un habit écarlate , Latréaumont dit au marchand : — Je vous paierai en beaux louis d'or ; sur quoi lui répondant, ayant demandé audit Latréaumont, — Vous avez donc fait montre ? — il répondit que oui , que M. de Rohan avait reçu quelque chose , mais que cela ne durerait guère ; croit lui répondant que c'était de l'argent du sieur Berryer, parce qu'il avait souvent entendu dire à M. de Rohan qu'il en attendait dudit sieur Berryer.
» Enquis s'il n'a pas eu connaissance plus particulière des intelligences de Latréaumont et de M. de Rohan, a dit que non ; mais sait bien que Latréaumont était toujours le maître chez M. de Rohan, et craignait que quelqu'un n'approchât de M. de Rohan, et qu'un autre que lui s'emparât de son esprit , regardant de mauvais œil ceux qui étaient trop familiers.
» Dubosc de Sourdeval expose que Latréaumont usait de ce cpii était à M. de Rohan comme de chose à lui appartenant ; dépose en outre que Latréaumont s'était beaucoup refroidi contre lui réjwndant , parce qu'il avait dit que M. de Rohan avait beaucoup de
trous à la tète, et que c'était lui , Latréaumont, qui en était le foret.
■ Nicolas Galemon dépose que Latréaumont faisait toutes les affaires de M. de Rohaii, etc. »
Procès criminel do Rohan (Bibliothèque Royale , manus.).
M. Pellot, à Rouen, ce 2 octobre 1674.
Cette lettre annonce l'arrestation de madame de Vilars.
Monsieur ,
M. de Beuvron a fait arrêter la dame marquise de Vilars dont je vous parlais hier : elle est dans le vieux palais de cette ville , et sera bien et sûrement gardée jusqu'à nouvel ordre. M. de Beuvron vous envoie un extrait de deux lettres qu'elle a écrites , qui font soupçonner qu'elle savait quelque chose de la conspiration ; elles sont écrites au chevaher Des Préaux qu'elle devait épouser ; l'une est du temps que le roi était au siège de Besançon au printemps dernier, et l'autre est devant les fêtes de la Pentecôte ; car elle fait mention de moi et d'un voyage que je fis alors à l'abbaye de la Croix , qui est à trois ou quatre heues de Vernon , et près d'une maison où elle demeure ordinairement. Alors nous avions été avertis par S. M. qu'il se tramait quelque chose en Normandie contre son service; j'é-
lais sur les avis de tous côtés, et durant ce voyage que je fis à ladite abbaye de la Croix, je m'informai par des gens que je crus affidés , mais je ne pus rien découvrir ; je ne doute point que ladite dame ne parle , et déjà elle paraît en quelques dispositions pour cela pour peu que l'on la presse. Elle ne sait point, monsieur, que l'on a découvert quelque chose par ses lettres , et l'on empêchera qu'elle n'ait communication avec qui que ce soit jusqu'à ce que l'on ait reçu les ordres de S. M. ; elle est fort riche , fort belle , et fille de feu M. Sarrau , conseiller au parlement de Paris de la R. P. R. ; elle a un fxère qui s'appelle Brie, qui a longtemps servi et a été gouverneur du Cirque ; nous n'avons rien trouvé parmi ses papiers.
J'ai vu et examiné avec M. de Beuvron tous les papiers qui étaient à Préaux, mais nous n'avons rien trouvé que les lettres de ladite dame.
Je suis avec respect,
Monsieur ,
f^otre très humlîe et très obéissant serviteur,
Pellot.
Procès de Rohan (Bibliothèque Royale, manus.).
Cctle note est un plan de gouvernement trouvé dans les j)a|iieis de Van-den-Endcn.
Finis est in Hollandiâ oii^ere Le but est de fondev *n Holatum fiiiemdani poptili , aiinls lande un clat popiilaiic, invinci.
insupcihabileni,sempei floreiilem, ble, toujoms lloiissaiit, i<):ijoims
scniper crescenlem per unionem progressant par l'union et les ef-
ol conspirationem in nnuni com- forts de tons, à la prospérilo et à la
niune bonuni et aequalemconniiu- liberté générales, nenique omnium libertalem.
Prmio dieconvocenlurcivcs iner- a„ premier jour les citoyens semés in parochias, et ibi proponalur ,.o„t convoqués sans armes dans liberlasetsnbsignatioejus;scilicet igu^s paroisses, pour qu'il y soit quod non alium noscant superio- discuté sur leur liberté et leur rem nisi nobililatem et populum soumission; c'est a dire pour qu'ils libcrum : snspendantur omnia of- ng reconnaissent d'autres maîtres ncia,JHrisdicliones,judicia,elc.... que les nobles et le peuple libre . Douée populus cum nobililatc ipse tous les emplois, les juridiclions] sibi redores cligerit qui secun- les jugements sont suspendus jusdùm leges à se constituendas ,' et q„'à ce que le peuple se soit donné quando libuerit , innovandas cos des maîtres qui le gouverneront leBat- d'après des lois fondées par le
peuple et modifiables à son gré.
Quam ad rem cum opus sit sauc- Comme en cette circonstance il
torum aimorum prœsidio , in sin- est besoin du secours des saintes
gulis parochiis compareant duo- armes, dans chaque paroisse dc-
decini nobiles qui praesint singulis vront se rendre douze nobles, pro-
cohortibusprovisionaliter adcom- visoircment à la tête de chaque
pnrendas post meridiem in armis cohorte convoquée en ariijes après
ut jam sibi serio eligant ducem , midi pour se choisir un chef, un
legatum et vexiliferuni , occultis lieutenant et un porte-enseigne ;
suflragiis , et qui plurima habebit les suffrages seront secrets; celui
cohortis suae sufl'ragia , erit dux ; qui en réunira le plus sera chef,
qui plura post illum , legatus ; et le second sera lieutenant et le Iroi-
terlius vcxillifer : et hi duces et sième porte-enseigne. Cts chefs et
legati numéro sex centorum cons- lieutenaals,au nombre de six cents,
266 LATRFAUMONT.
tituiint consiliiini militare qui die composent le conseil militaire qui, . piaefixo congregati eligent ex sin- à un jour fixé, doit élire dans chagnlis parochiis duodecim ex ditio- que paroisse douze des citoyens le» ribus et prudentioril)us qui tre- plus riches et les plus recommancenti electi consliluunt consilium dables, pour former une assemblée civile. civile, composée de trois cents
membres.
Quod concilium agel secundum Celle assemblée s'occupera, d'ainslruclionem à communilale dan- près les instructions données par dam de opibus cénsu annuo civi- la communauté : des finances, du talis, de provisione, de ornamentis recensement annuel de la ville, de de fortificalionibus nrbis et con- l'approvisionnement, des embellisservaticne eoruni; senients, des fortifications des vil-
les et de la conservation de tous ; De viduis , orphanis patiperibus Des veuves et des orphelins pausine contemplu prospiciendis. vres qn'il faut regarder sans mé-
pris ; De familiis" declinantibas ad Des familles peu fortunées, des paupertatem , de conservatione précautions à prendre contre la sanitatis peste et morbis contagio- peste et les maladies contagieuses; sis preveniendis ;
De officinis, artibus raechanicis , Des ateliers, des arts mécaniques mercaturâ ; et du commerce ;
De officiis servilibus et utilibus Des emplois utiles à la républi-
in comniodum republicae ; que j
De 1 itibus et jure civium inter se. Des procès et du droit des citoyens;
De criminalibus in furto, homi- Des gens coupables de vol, d'ho-
cidio et super omnia de peccanti- micide et surtout d'attentat conlre
bus contra libertalcmcommunem; la liberté;
De matrimoniis et mulliplica- Des mariages et de l'angnientalione prolis ; tien des races ;
PIÈCES JUSTIFICATIYKS.
Conlià lenoncs adulleios, et lac- Des adultères qui font coinmerdentes caslimoniam civiura ; ce de fenunes, et enfin de ceux qui
blessent la morale publique ;
De inslruclione puerorum in ar- De l'instruction des enfants dans tibusliberalibus et maxime in co- les beaux-arts et surtout dans la gnitione libertatis communis ; connaissance de la liberté ;
De fa=deribus et conlractibus Des alliances et des traités avec cum aliis civitatibus, populis et les autres cités, les peuples et les nalionibus; "»t'0"«-
Et de omnibus quœ spcclant re- En un mot, de tout ce qui im-
gimen ciyilatis; imo de ipso tera- porte au gouvernement, et vv e
pore quando arma sintexercenda: du temps durant lequel on doit
sed exerciliuin armorum totum s'exercer au métier des armes,
spectat ad consilium railitare. mais l'exercice est du ressort du
conseil militaire.
. r.^^a ^ohot Le conseil militaire doit être en Consiluim hoc militare débet
... communication avec l'assemblée
magnara habere commnmcatio- commuuii,c.i
. ., , . . uh nf civile : comme on l'a dit, quatre
nem cum civile, ut conlra, ita ut ' ., , • ,
j • • ' „«n„ commissaires d'un conseil doiven» semner quatuor ad mmimum com-
•• I. • .!.»..« «.nihil toujours se trouver dans 1 autre, et
niissarii ex alteio m filtero et ninil ••
1 • • ^„ „^,-oor. rien ne peut être proposé au peuproponatur populo nisi ex consen- >'c" '"= f f f
■.■■ tt: ^nnsilia- ple sans le consentement des deux
su utriusque consiiu. lii consiua- f
■ ■ ■ V ,„,,:c r»nnvahnniiir asscmblées. Ces commissaires sera singulis annis renovaDuniur
1- A- :.^..;,m niei nnst va- font rcnouvelés chaque année, et non eligendi iterum, nisi posi va-
cationem biennii, in numéro ci- ne seront pas réélus à moins d'une
viumnemoadmitlitmnisisilvigin- vacation de deux ans. Personne
ti unius anni natus, et qui non n'est admis au nombre des citoyens
serviverit in miUtià tribus annis, avant l'âge de 21 ans,s'il n'a été sol-
quod signis œlatem vigenli et unius dat trois ans. Celui qui, âgé de 21
anni altigerit, et non serviverit co- ans, n'aura pas servi trois ans, dc-
getur annos servilii implere antc- vra satisfaire à cette demie oron-
268 LATRAUMONT.
quani ndii/iUalur. dllioii a\anl d èlic admis.
OiKiics nobiles, ccclesiaslici et Nobles, occlésiasli(|iics, lialii-
incolœ eiunt cives islius civitalis tanls des bourgs, seront citoyens de
cui pagi annexi sunt. la ville de laquelle leur bourg dépend.
Nota non nllam facere dislinc- H n'y a aucune différence entre lioneni inter catholicos et lefor- les catholiques et les léfoiinés, niatos modo se praestent bonos ci- pourvu qu'ils se montrcnl bons cives et libci tatis commuais propu- toyens et défenseurs de la liberté, gnatores et non n)isceant rem re- et qu'ils ne mêlent pas les affaires ligionis cuni republicâ. du culte à celles de l'Etat.
Celle anlre pièce esl un manifeste trouvé dans les papiers de Latréaumont : il s'agit du soulèvement de la Normandie.
La noblesse et le peuple de Normandie , assembles pom' le bien de l'Etat et le service du roi , voyant la misère publique et le pitoyable état oii la cruauté et l'avarice des partisans ont réduit le royaume au-dedans, et le grand nombre d'ennemis que la témérité et l'insuffisance des mauvais conseillers nous ont attirés audehors , se sont prorais réciproquement , et ont juré solennellement par ce qu'il y a de plus saint et de plus inviolable, de ne le séparer jamais de leurs intérêts , et de sacrifier leurs biens et leur vie pour le bien commun et général , et pour obtenir une assemblée libre des étals-généraux du royaume, dans laquelle on puisse avec sûreté délibérer et résoudre la réforme du gouvernement présent, et établir, dans ladite assemblée et
par ladite assemblée , des lois justes qu'on ne puisse changer à l'avenir, et par le moyen desquelles les peuples vivent exempts de tyrannie et de vexation; et comme la demande qui a été faite par plusieurs et diverses fois de ladite assemblée des états-généraux à être promise en 1651 , et cette promesse quoique signée des quatre secrétaires d'Etat , non-seulement éludée par ceux qui gouvernent , mais aussi traitée de criminelle dans le conseil du roi, qui pour cet effet n'a cessé de maltraiter cette province, à cause de l'intérêt qu'ils ont que tout demeure dans une confusion qui empêche qu'on ne remarque leur mauvaise volonté et conduite, et dont ils ont Ueu d'appréhender le châtiment ; ladite noblesse et ledit peuple assemblés se sont encore promis et jurés solennellement les uns aux autres de ne point mettre les armes bas qu'ils n'aient obtenu l'effet de leur demande, et ont déclaré et déclarent traîtres à la patrie tous ceux qui, étant nés ou tous ceux qui pos sédant du bien dans cette province de quelque qualité ou [condition qu'ils soient et quelques emplois qu'ils aient, ne se rendront pas incessamment dans ladite province pour approuver et signer tout ce que dessus, et que ceux qui y manqueront , seront poursuivis et punis comme perturbateurs du repos public, et leurs biens confisqués et acquis à la province pour le revenu d'iceux qui sera ménagé i)ar des personnes à ce commises , être employé au bien connnun et général , et pour établir un ordre dans lequel on puisse à l'aMuir 18 iij.
270 LATlU-xVUîMOiNT.
vivre et agir en sûreté; ilsout déclaré et déclarent que tous les habitants de ladite province (pour ce qui regarde la police) seront réunis en deux corps à savoir : la noblesse et le peuple, ordonnant h tous les ecclésiastiques qui ne sont point astreints par vœu et gens de de judicature de se réduire dans l'un de ces deux corps ou autrement , et à faute de ce faire qu'ils seront déclarés atteints et convaincus du crime de trahison , et punis comme traîtres ; ont encore déclaré et déclarent qu'ils ont choisi et nommé , desdits deux corps de la noblesse et du peuple , certain nombre de personnes à la plurahté des voix, lesquels, selon l'emploi où ils seront destinés, auront plein pouvoir de faire observer tout ce qui aura été résolu et décrété dans les assemblées générales de ladite noblesse et dudit peuple de Normandie, auxquelles dites assemblées générales lesdites personnes qui auront été ainsi nommées , et qui seront changées de temps en temps , seront tenues de venir rendre compte de leur administration quand ils en seront requis , et quand leur fonction finira , ainsi qu'il se verra plus amplement par la déclaration qui sera faite sur ce sujet, et comme la défense de la liberté de la vie et des biens est de droit divin et humain, -après avoir établi certain nombre de gens , ainsi qu'il sera trouvé à propos , pour opposer à ceux qui auront tlessein de nous attaquer en cette dite province ; il sera ■aussi nommé un général avec des officiers subalternes, qui seront tenus et obligés de venir rendre compte de
leurs actions quand ils en seront requis ; ont aussi déclaré et déclarent que ledit général présidera dans les assemblées générales et particulières, excepté toutefois lorsqu'il s'agira des intérêts dudit général ; et quoique par le terme des habitants de cette province on entende parler de tous sans exception , si est-ce que pour ne laisser aucun doute ont déclaré que tous ceux de la religion prétendue réformée y sont compris sans aucune distinction , avec la liberté et le pouvoir d'entrer dans les assemblées générales et particulières pour y donner leurs voix, avoir les emplois et même présider lorsqu'ils sont nommés pour cela.
» Et iwur donner un commencement heureux à des justes desseins, après avoir rendu grâces h Dieu de les avoir inspirés ; ladite noblesse et ledit peuple assemblés ont ordonné et ordonnent qu'il ne se lèvera à l'avenir aucuns deniers des impositions établies, déclarant tous les habitants, soit des villes ou de la campagne, exempts de tailles, de sel , des entrées, et généralement de tous autres sidîsides dont le nombre est infini, sous quelques prétextes et noms qu'ils aient été inventés , et leur ont ordonné et ordonnent que tous ceux qui ont servi à la levée desdites impositions seront pris et constitués prisonniers dans les plus prochames prisons , pour, après avoir rendu compte de leur fait, être punis comme perturbateurs du repos public, et en cas que lesdits exacleurs, partisans , monopoleurs , sous quelques noms et titres qu'ils aient exercé leur tyrannie, voulussent faire
272 LATRÉAU.>IONT.
résistance, ladite noblesse et ledit peuple assemblés ont trouvé à propos qu'on fasse main basse sur eux, et qu'on les extermine comme peste publique.
» Ont aussi déclaré et déclarent que tous les deniers levés sous le nom du roi , dont on les trouvera saisis ; comme aussi tous les biens immeubles à eux appartenant sont confisqués et acquis à la province, et à l'égard de leurs meubles qu'ils sont exposés à la prise de ceux qui se saisiront des personnes desdits pai'tisans : et comme le bien commun, en général, est le seul motif de la noblesse et du peuple de Normandie , renonçant pour cet effet à toute ambition et intérêt particulier, ladite noblesse et ledit peuple assemblés conviennent et exhortent toutes les provinces de ce royaume, villes, corps et communautés d'icelui, de concourir à leur bon dessein par la demande unanime des étatsgénéraux , et par l'obtention d'iceux offrant pour cet effet aux provinces, villes, corps et communautés qui sejoindi'ont avec eux tous les secours d'hommes, d'ai'gent , d'armes et de consed , qu'ils seront capables de leur donner , et aux particuUers qui se retireront vers eux un asile assuré, et de quoi les entretenir selon leur qualité et leur emploi.
M. de Soigiielay i M. de La Reyuie.— Saiut-Gerniain, 26 novembre.
Celle leltre de Seignclay montre avec qiislle impatience le Roi attendait l'exécution de la sentence.
Monsieur ,
J'ai lu au roi la lettre que vous m'avez écrite , et S. M. m'a ordonné d'expédier la lettre de cachet à M. deBesmaux,que vous trouverez ci-jointe; et en cas que vous ayez besoin de quelque autre ordi-e, en me le faisant savoir, je ne manquerai pas de l'envoyer, S. M. veut que vous fassiez avertir promptement 31. de Fourbin de l'heure de l'exécution , afin qu'il fasse ce que S. M. lui a ordonné à l'égard de ses compagnies de mousquetaires.
Gomme S. M. veut être informée de tout ce qui se passera, et qu'elle a même trouvé un peu à redire que vous m'ayez envoyé si tard l'avis de l'arrêt rendu, dont le jwrteur n'est arrivé ici qu'à sept heures du soir , et tout le monde était informé de cet arrêt dès quatre heures , le porteur de ce billet demeurera auprès de vous , ou au lieu que vous lui ordonnerez , pour m'apporter promptement vos lettres ; et , pour cela , il est nécessaire que vous me fassiez savoir demain ce qui se sera passé le matin dans la lecture de l'arrêt et la question. J'en cnvoierai demain un autre qui demeurera de même, au lieu que vous lui ordoimercz jusqu'à ce que
l'exécution soit entièremeiît achevée pour m'en appor ter l'avis, et surtont en tous ces deux temps, donnezmoi avis bien particulièrement de tout ce que vous apprendrez de nouveau qui puisse être important au bien du service du roi.
Je suis,
flionsieur ,
l'otre très humble et très affectionné serviteur,
Seignelay.
A Saint-Germain-en-Lave.
Monsieur .
I.es parents de M. de Rohan ayant demandé au roi que son corps lem* fut remis entre les mains après l'exécution, S, M. m'ordonne de vous dire que vous le fassiez sans difficulté.
Je suis.
Monsieur,
Votre très hutnble et affectionné serviteur ,
Seignelay.
A Saint-Germain, le 26 novembre 167ù.
Ces deux leUies de M. de la Reynic à Seignelay ont rapport à une déclaralion de Van-den-Enden et de Des Préaux, au snjcl de M. le duc de Bourbon et de madame l'Eleciriee
PJÈCES JUSTIFICATIVES. 275
(If Bavièic; le premier désigné, selon Van-den-Enden, comme un grand mécontent ; la seconde , selon Des Préaux , avant été la maîtresse de M. de Rolian.
Aujourd'hui, dès cinq heures du matin , M. de Joiicel, après avoir visité l'Arsenal, a mis des mousquetaires du roi dans tous les lieux qu'il a jugé nécessaire de garder. 31. de Besmaux s'étant trouvé assez mal cette nuit pour être hors d'état d'agir , IM. de Joncel a été obligé d'exécuter seiU ce qui avait été arrêté entre Itii et 31. de Besmaux, touchant les précautions qui étaient à prendi'e en conduisant 31. de Rohan,
En attendant la venue de 31. de Rohan, la chambre a jugé, sur la déclaration de 31, Besnard, qu'il ne ix)uvait être récusé et qu'il n'y avait point d'alliance entre lui et la demoiselle d'O de 3^ilars ; le curateur, h la mémoire de Latréaumont, a été ensuite oui derrière le barreau, et , à neuf heures, 31. de Rohan est arrivé dans la chambre, oii étant, et sur la sellette, il a été interrogé pendant plus d'une heure par 31. le chancelier , après quoi 31. de Rohan a été ramené à la Bastille ; Van-den- Enden a été conduit à l'Arsenal, et dans la cliambre où il a été ouï aussi sur la sellette depuis dix heures et demie jusqu'à midi.
31. do Rohan n'a rien dit , monsieur, dont le roi ne doive être informé , ni même rien de nouveau ; il s'en est rapporté en général à la déclaration qu'il a faite devant 3131. les commissaires-rapporteurs ; mais, comme il a essayé de prendre un ton au-dessus de celui de
276 latreaumojst.
M. le cliancolier , qu'il n'a pas eu à cause de cela toute l'attention qui aurait été nccesssaire pour entendre tout ce qui lui a été demandé , et qu'enfin il ne s'est pas assez expliqué , les juges ont désiré de le faire revenir encore une fois à l'Arsenal.
Van-den-Eadeîî, étant sur la sellette , a ajouté, à ce qu'il a ci-devant déclaré , que Latréaumont lui avait dit que M. le duc était le plus grand mécontent qu'il y eût en France, et si, à cette déclaration, j'eusse été appelé , j'aurais cru me devoir opposer à ce qu'elle fût écrite dans les réponses de Van-den-Enden, et j'aurais demandé qu'il en fût fait seulement un mémoire pour être envoyé au roi , parce qu'il n'y a point de juges dans le royaume ni aucun tribunal qui puisse ou qui doive recevoir aucun fait contre un prince du sang , ni le comprendre dans quelque acte que ce soit d'une procédure criminelle , sans l'ordi'C exprès et sans la permission du roi. Cependant, comme j'ai trouvé la chose faite, je n'ai pas cm qu'il fût h propos de m'en expliquer en quoi que ce soit, et d'autant plus que j'ai considéré que, le roi pouvant avoir sur cela plusieurs égards , il pouvait être important et de son service qu'il eût même fait ce qu'il lui plaira faire, non seulement avant que personne en eût dû parler, mais avant même qu'on s'en fût aperçu. M, de Joncel doit reprendre ses postes demain matin, pour conduire de nouveau sur la sellette le chevalier des Préaux cl madame De Vilars.
Je suis, etc.
.'/ M. de Colberty mercredi 21 novembre i6lU.
Procès de Rohaii ÇBibliothùque Royale , mamis,).
Monsieur ,
Je viens de recevoir la lettre de ce jour 23, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; et puisque le roi me commande, suivant l'ordre que vous m'en donnez, d'expliquer mon sentiment sur la déclaration faite à l'Arsenal par Ven-den-Endcn à l'égard de 31. le duc, j'estime, monsieur, que pour mettre toutes choses dans quelque convenance raisonnable, je pourrais demain h l'entrée demander qu'avant de lever la séance, et après néanmoins que tout ce qu'il y aurait à faire touchant le procès criminel serait achevé, j'aurais à informer la Chambre de quelques ordres du roi que j'aurais aussi reçus, et lorsque je serai après cela mandé, je pourrai dire que S. M. ayant su ce qui s'était passé les 21 et 22 de ce mois, et que Van-den-Enden et le chevalier Des Préaux, sur des faits qui sont inutiles à la justification de tous les accusés et qui ne font aucune charge contre eux, avaient fait mention dans leurs réponses sur leurs sellettes de quelques récils fabuleux touchant M. le duc et madame de Bavière ; S. M. avait été satisfaite de ce que la Chambre avait fait sur les réponses du chevaUcr Des Préaux , et qu'elle était aussi bien persuadée que la Chambre aurait usé de la même circonspection à l'égard de ce ([ue Van-den-Enden avait dit s'il n'y avait en quelque raison qui l'en eût empêché; mais que l'inten
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lion du roi était, et que S. M. m'avait commandé de la faire savoir à la Chambre, qu'aussitôt que le procès criminel serait jugé, l'interrogatoire de Van-deu-Eiiden sur la sellette fût transcrit, que le nom de M. le duc et ce qui a été dit de lui en fût ôté et la première minute supprimée, sans que néanmoins il fût fait aucun registre de l'ordre du roi, ni aucune mention de la remonstrauce.
C'est , monsieur, suivant le peu d'étendue de mon esprit, tout ce que je suis capable de voir présentement et de penser sur ce sujet. Les raisons que j'aurais pour cela sont, premièrement, qu'U est important, ce semble que le roi ordonne dès à présent ce que je propose, encore que naturellement cela puisse être fait dans la suite, sans être ordonné.
En second lieu, et à l'égard du temps, il paraîtrait ; en prenant celui que je marque, que l'ordre aurait été donné plus tôt ; mais que S. M. , ne voulant pas interrompre celui de la justice dans une affaire criminelle et de la qualité de celle-ci, am'ait ordonné d'attendre d'en parler.
Il semble aussi nécessaire, qu'il paraisse que S. M. , après ce qui a été fait à madame de Bavière, et de passer le reste doucement sans l'approuver plus qu'il ne faut sans blesser aussi les juges; il est même bien que la chose n'étant pas faite, qu'il paraisse qu'elle ne le put être avant le jugement du procès, et rien ne convient davantage à la justice, ce semble, que d'avoir différé à l'ordonner jusqu'à ce moment.
11 serait inutile, monsieur, d'exprimer ma pensée à lY'gard du registre, parce qu'il est aisé de voir que, s'il en était fait un, il serait pire que la chose même qui est à supprimer.
Je croirais aussi, monsieur, qu'il serait nécessaire que je susse demain de bonne heure ce qu'il plaira d'ordonner sur ce sujet, afin d'eu informer M. le chancelier avant qu'il entre à la chambre.
J'ai appris plusieurs choses touchant quelques écrits qu'on prépare encore; mais j'estime, monsieur, qu'il est important que je me donne 1 honneur de vous en rendre compte avant de rien engager. Vous verrez, par une très-petite préface de celui-ci, qu'on est près de voir recommencer la guerre, et, par la dernière page, vous verrez aussi que ce qu'on y a mis n'est peut-être pas sans dessein dans la conjoncture présente.
Je suis, avec tout le respect que je vous dois, Monsieur rotre très htmblc et très obéissant serviteur, De la Reynie.