‹ Laumonier, les FlaubertChapitre 1 sur 4 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

A côté des hommes d'élite dont les découvertes scientifiques, attestées par leurs écrits, ont gravé profondément le nom dans la mémoire de la postérité, il en est qui, par leur dévouement, par les progrès qu'ils ont imprimés à leur art, ont, eux aussi, acquis des droits incontestables à la reconuaissance publique. Tant qu'ils vivent, tous apprécient leurs mérites,tous célèbrent leur science; mais, si les résultats de leurs travaux n’ont pas été consignés dans des documents écrits, à peine sont-ils disparus que le souvenir de leurs services s’affaiblit et bientôt s’elface ; et si quelque édile, jaloux des gloires locales, tente de perpé-

tuer leur mémoire en donnant leurs noms à cer-

NET cp

taines rues de la cité, la plupart des habitants savent à peine pour quelles raisons ces noms ont été choisis et n’y attachent pas plus d’importance qu'à ceux des rues des grosses pierres, du Pont-à-Renaud ou de la Cigogne-du-Mont,

Il n’est pas nécessaire de remonter loin dans l'histoire de Rouen pour trouver des exemples de cet oubli regrettable. C’est pour en réparer un semblable que notre confrère, M. le docteur Pennetier, appelé, par ses fonctions de Professeur à l’École de Médecine, à prononcer le discours d'usage, lors de la Rentrée Solennelle des établissements d'Enseignement Supérieur de la ville de Rouen, a fait revivre la mémoire d’un éminent chirurgien de l’'Hôtel-Dieu, Laumonier, Dans les quinze dernières années du siècle écoulé et dans les quinze premières du siècle présent, Laumonier, « dont personne ne parle plus, dont le nom ne figure même pas dans les biographies médicales », avait conquis une grande renommée, « Il fut, dit le docteur Pennetier, l’un des plus habiles chirurgiens et l’un des plus grands anatomistes de son siècle ; ce fut un professeur remarquable et un artiste de grand

mérite. Pourquoi reste-t-1l inconnu de la géné-

Re Du 9 y

ae plan relatif

CS LA) Le

Fe « @Ra4 qQ 4 e (Cu FRA TU ME ni

RO ET COR ee 1e SANEE FT raté, pu Canne 0e Dan Eine

ve nn Fausse y Ryrveeke Pos drive aus Le SRE Ce : AR NT tee ee De Pt cg, D gl ponte nr , ip | toi, MER fs “A Re csticerts indie Fo Fans 0 Le &, te

So HR LRO a AOL dy Ce Re 1e D Poe 7AAL 7 Dr OT f, © TE ne Lo

nes.

fé ÉLUS É à Men Es ne Tee, LAk. pie x ces LC | 7 dns ta ya À A tee a) t CG leurs ve 4) Ga LAN SR HS ST VD SE Ra/

2 4 NEA tree Pr eS LT. cf ( UE

O LV. A4 © /r À DH ass AO ur bo Does ré CET pe

? L * A A AA Ale LLOHIUenns Q Ma —

ALCfg ui ne er Er Vecfe, ee D a ae ses en pare La. PR AA ave AG-- £ 3 M tir sOatur lue c

s hi ‘) aa rs as de: Li de as, Cr en CORRE Fu Le fr RO 7 RO 2 di ere

Le Ô

PT ere 28 TE y 7,93 RÉ AA ee 7 hs à j; ie éauuoutu/ D /

D | st à

ration actuelle ? Parce que ses nombreuses occupations ne lui ont pas laissé le temps d'écrire. J'ai pris à tâche, ajoute M. Pennetier, de faire sortir sa mémoire d’un injuste oubli; j'ai donc le devoir de vous exposer .les titres qu’il possède au souvenir de la postérité. »

L'Académie accueillera, sans doute, l'hommage qui lui a été offert de ce Discours par son auteur avec une satisfaction d'autant plus grande que, pendant trente-deux ans, Laumonier avait fait partie de notre Compagnie. Elu membre en 1786, il en devint Directeur en 1792. En 1815, plusieurs attaques d’apoplexie le mirent hors d'état de continuer ses fonctions ; 1l sollicita le titre de « Vétéran » qui lui fut accordé en récompense de ses services.

L'Académie a recu de lui communication d’importants travaux de chirurgie, d'anatomie et de physiologie : En 1786, £xtirpation de l'ovaire ; — Possibilité de l'amputation de la matrice ; — En 1787, Apercu mécanique de la nutrition ; — En 1788, Essai physiologique sur la génération ; — Essai sur la nécrose des os ; — En 1790, Luxation complette (sic) de l’astra-

gale; — En 1791, Dessin d'une hermaphro-

Re

dite; — Observations physiologiques sur l'union de l’homme moral et de l’homme physique.

Apres avoir tracé à grands traits la biographie de Laumonier, M. Pennetier nous montre le ch:1rurgien, hardi précurseur, pratiquant le premier l'extirpation de l'ovaire. Le hasard l'avait conduit à cette opération, mais le succès qui la couronna le détermina quelques années plus tard à la proposer pour une autre malade,

Devant l'avis contraire exprimé par ses confrères, 1l dut s'abstenir; son dessein fut même blâmé par l’Académie de Chirurgie, « Or, que fait-on aujourd'hui, en présence d’une tumeur abdominale de nature douteuse et contre laquelle tout traitement médical est jugé impuissant ? Une incision exploratrice d’abord ; l’ablation de la tumeur ensuite, si l'opération est possible. Voilà ce que voulait faire Laumonier, qui eut le tort peut-être de devancer son siècle, mais que le siècle suivant doit alors revendiquer comme sien, »

Si Laumonier eüt été écouté, l'opération de l’ovariotomie qui, de nos jours, donne de si beaux résultats, eût pu prendre place dans la

pratique chirurgicale environ soixante-dix ans

plus tôt et sauver de la mort un grand nombre de malades,

Comme anatomiste, Laumonier se distinguait par une rare habileté ; ses recherches sur le système des vaisseaux lymphatiques, sur le système nerveux, sont des plus intéressantes. Il possédait, en outre, à un haut degré, le don d’exciter chez ses élèves l'amour qu'il avait pour son art, et, tout en leur montrant les difficultés de la route à parcourir, 1l savait entretenir leur zèle pour l'étude. « Dans notre art, leur disait-1l, la médiocrité est un crime, Rien ne peut excuser les fautes de l’ignorance dans un état qui a pour objet la vie et la santé des hommes. »

Mais Laumonier n’excellait pas seulement à faire des préparations anatomiques et à les démontrer à ses élèves, 1l les reproduisait en cire avec une telle perfection que l’Institut de France, dans un rapport rédigé en 1805 par Fourcroy, Chaptal et Cuvier, disait en parlant d’une de ses pièces : « Il a appliqué tous ses moyens avec tant de patience et un sentiment si parfait de ressemblance qu’il n’y a, pour ainsi

dire, que le tact et l’odorat qui avertissent que

ce n’est pas un cadavre que l’on voit. » — « La France, disait encore ce rapport, a aujourd’hui l'honneur de surpasser lItalie dans l’art des représentations anatomiques ; mais cet art n’y est Jusqu'à présent possédé que par le seul M. Laumonier dans ce degré de perfection., »

Quand j'aurai ajouté que Laumonier eut pour élèves et collaborateurs dans ses préparations Jules Cloquet, qui devint ensuite un des plus brillants professeurs de la Faculté de Médecine de Paris, son frère Hippolyte Cloquet, mort trop Jeune pour atteindre le rang que lui assignait son talent, Delmas de Montpellier, un savant accoucheur, et enfin Flaubert père, qui lui succéda à l'Hôtel-Dieu, vous penserez, avec moi, Messieurs, qu'un pareil homme ne méritait pas l'oubli dans lequel son nom était tombé et que M. le docteur Pennetier a été heureusement inspiré en faisant revivre sa mémoire,

Forcé par les circonstances d’être bref, notre distingué confrère a composé un discours aussi concis qu'intéressant, aussi substantiel dans le fond que remarquable par la forme. Les notes

justificatives dont 1l l’a enrichi, en le publiant,

en font, en outre, une œuvre historique d’une

réelle importance (").

(1) Le Chirurgien Luumonier (1749-1818) par Georges PENNETIER, Directeur du Muséum d'Histoire Naturelle, Professeur à l'Ecole de Médecine et à l'Ecole Supérieure des Sciences et des lettres de Rouen.

Rouen. — Imprimerie Julien LEcERr, 1887.

CNE Cu : nie 4 ne FI ME

Dans un des passages de son travail, après avoir rapporté, d'après Flaubert pere, les soins que Laumonier prodiguait à ses malades avant et après les opérations, M. Pennetier ajoute : « Quand l'heure aura sonné de faire pour les deux Flaubert ce que je tente aujourd’hui de faire pour Laumonier, celui qui écrira leur histoire se rappellera ces paroles. À moi de vous montrer ce que les malheureux perdirent à la mort de Laumonier ; à lui de vous dire ce qu’ils gagnerent à l’avènement de ses dignes successeurs. »

Je n’ai pas l'intention, Messieurs, d’entreprendre un travail aussi important, aussi complet que celui de M. Pennetier ; mais J'espère que

vous voudrez bien permettre a celui qui eut

PTT

l'avantage d’être l'élève de Flaubert fils, et l’honneur d’être son ami, de répondre à la dernière pensée exprimée tout à l'heure, de rappeler en quelques mots la vie laborieuse et si utile des deux chirurgiens et ce qu'ils furent pour les malheureux confiés à leur dévouement. Vous pourrez apprécier si, de même que Laumonier, ils ne méritent pas que leur mémoire soit défendue contre l’ingratitude et l’oubli.

Certes leur nom est encore très vivant parmi les populations de notre contrée ; mais, à voir la rapidité avec laquelle disparaissent les renommées les mieux acquises, et se perd le souvenir des services les plus incontestables, n'est-il pas à craindre qu'il n’en advienne d’eux comme de leur prédécesseur ? N'avons-nous même pas assisté déjà à ce triste spectacle ?

La mort de Flaubert père, brusquement frappé, le 15 janvier 1846, en plein exercice professionnel, fut un deuil général; ses funérailles revêtirent un caractère à la fois grandiose et touchant; la population presque entière de la ville y assistait, et ses anciens malades de l’'Hôtel-Dieu avaient tenu à hon-

neur de porter à bras son cercueil, Il sem-

blait que son souvenir dut être profondément gravé dans le cœur de la cité; et cependant les quarante-deux années seulement qui se sont écoulées depuis sa mort ne l’ont-elles pas déjà trop effacé ?

Achille Flaubert avait continué dignement l’œuvre paternelle et conservé intacts ses droits à la reconnaissance de ses concitoyens. Mais, moins heureux en cela que son père, quelque temps avant sa mort, la maladie le tint éloigné de son service hospitalier et de sa clientele et l'on put voir, à ses obsèques, que deux ou trois ans, à peine, avaient déjà sufli pour faire oublier, en grande partie, l'importance de ses longs services.

Permettez-moi, Messieurs, d'évoquer quelques souvenirs qui me sont chers et de vous tracerunerapide esquisse des deux habiles chirurgiens qui, durant près de trois quarts de siècle,

ont été si utiles à leur pays.

Flaubert père était l’un des chirurgiens les

plus distingués de cette brillante pléiade sortie,

HART Ce suivant l'expression pittoresque de son fils Gustave, du tablier de Bichat,

Le docteur Chéreau lui a consacré, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, une notice qui est un juste hommage rendu à son talent et à son caractère : « Sans avoir Jamais rien écrit, dit-il, ce chirurgien a obtenu une grande notoriété, non seulement dans la Normandie qu'il habitait, mais encore dans toute la France et même à l'étranger. C'est que, comparable sous bien des points à Dupuytren, 1l n a eu en vue que la pratique, l'instruction des élèves au lit du malade, Doux, affable, plein de bonhomie, sachant se faire estimer, chéri du peuple, ami dévoué, indépendant, et d’une certaine opiniâtreté, possédant un Jugement sain, d'une scrupuleuse exactitude dans son service, connaissant à fond son art, plein de ressources dans les cas d’une gravité exceptonnelle, Flaubert pourrait être nommé le Dupuytren de la province ; 1l avait les qualités du grand chirurgien de Paris, sans en avoir la tyrannie, la violence, le caractère abominable. Sa mort fut un véritable deuil public, et, à

l'assistance nombreuse qui le suivit à sa der-

AT Dr POSE PA L LUS 1 Fa. = A: %

à.” pe > LA

Page 1