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Re ee C'est ainsi que la méthode inaugurée par Achille Flaubert, maintenant acceptée par tous, est définitivement entrée dans la pratique courante de la chirurgie.
Mérite-1l donc l'oubli le chirurgien auquel de nombreux malades, condamnés, sans son initiative hardie, à périr misérablement, doivent l'existence ?
Peut-1il être oublié de ses élèves et de ses malades, cet homme excellent qui n'avait pas moins de dévouement, de patience, de douceur, d'égards, pour le plus obscur de ses malades de l'hôpital, que pour ses clients les plus riches et les plus puissants ?
Que de fois l’ai-je vu rentrant, le soir, parfois même la nuit, après une Journée de fatigue, aller encore visiter dans ses salles quelques malades ou opérés dont la santé le préoccupait!
Son attachement à sa clientèle hospitalière ne s’affaiblit Jamais, et lorsque, contraint par la maladie de s’en séparer, 1l partit pour Nice, où 1l allait chercher, hélas en vain ! le rétablissement de sa santé, sa dernière recommandation avait pour objet son service dont j'étais
chargé.
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L'exactitude de Flaubert était, pour ainsi dire, légendaire. Ses appartements communiquaient avec la salle St-Charles, et, chaque matin, avant que l'horloge de l'Hôtel-Dieu eût fait entendre le dernier coup de sept heures, sa porte s'ouvrait et la visite commençait,
Avec quelle avide curiosité tous les malades le suivaient des yeux! Il en est bien peu, sans doute, qui ne s’en souviennent, car, sans parler de l'affection et de la confiance qu'il leur inspirait, sa physionomie si caractérisée était de celles qui frappent et ne s’oublient guère.
Une taille élevée, svelte ; le haut du corps un peu penché en avant dans la marche, et animé d'un balancement onduleux ; la main gauche placée sur les reins, la droite jouant machinalement avec un instrument tiré de la poche de son tablier; une longue barbe que, par un geste familier, 1l embrassait de la main pour l’enfoncer dans le collet de son habit, afin de n'en être pas gêné pendant l'examen des malades ; de grands yeux noirs pleins de douceur et d'expression, qui semblaient vouloir fouiller
jusqu'au fond des consciences, pour bien com-
Se. nee prendre ce qu'on lui disait et deviner ce qu'on ne lui disait pas ; tout, en lui, concourait, sans qu'il visàt à l'effet, à lui donner un cachet absolument personnel, et qui le distinguait entre tous. Mais où 1l était particulièrement remarquable, c'est lorsqu'il pratiquait cette opération de l’ablation du maxillaire pour laquelle il avait une prédilection toute paternelle. Le ciseau et le maillet en mains, 1l semblait un sculpteur inspiré perfectionnant un chefd'œuvre.
La prudence était une de ses qualités dominantes ; ce n'était qu'après avoir müûürement pesé les chances favorables ou défavorables d'une opération qu'il se décidait à la pratiquer.
Une longue expérience, commencée dès l’enfance, sous un maître aussi dévoué qu'habile, un jugement droit, des sens d’une rare finesse et particulièrement une remarquable délicatesse du toucher lui avaient d’ailleurs donné une grande sûreté de diagnostic.
Dans l'exécution des opérations, rien n'était laissé au hasard. Il disposait lui-même, avec
le plus grand soin, tout l'arsenal des instru-
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ments nécessaires, et mettait en pratique ce conseil qu’il avait coutume de donner : « Ayez trop d'instruments, pour ne pas courir le risque de n’en avoir pas assez et d’être surpris par quelque complication imprévue. »
Tous les préparatifs achevés, et les instruments soustraits à la vue du malade afin de lui épargner une impression d'effroi, celui-ci était apporté sur le lit d'opération ; après une parole d'encouragement donnée au patient, comme un général quise prépare à commander l’assaut, Flaubert s’assurait d’un regard que chacun de ses assistants était à son poste, et disait : « Ÿ sommes-nous ?» c'était le signal de l’action.
Les anciens chirurgiens s’inspiraient, dans la pratique des opérations, de ces trois préceptes aphoristiques : « citù, tuto et jucundè. » Il fallait opérer promptement, cito, afin de diminuer, dans la mesure du possible, l’inévitable douleur ; tuto, avec sécurité, sans rien livrer au hasard, pour assurer toutes les chances favorables ; jucundè, avec douceur et bienveillance, en faisant entrevoir au malade qu'une prompte guérison allait être le prix de
SOI courage.
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De nos jours, l’un au moins, de ces préceptes, cito, n’a plus sa raison d’être, Qu'importe la promptitude, puisque l’action bienfaisante du chloroforme supprime la douleur ?
Flaubert, qui n'avait pas cette ressource, ou, pour être plus exact, qui n'aimait pas à s’en servir, à cause de la frayeur que lui inspirait un agent anesthésique encore assez peu connu, se conformait toujours aux anciens préceptes : sa merveilleuse prestesse de main lui permettait d’opérer à la fois céto et tuto ; et, le malade restant éveillé pendant tout le cours de l’opération, 1l ne cessait de soutenir sa résolution et ses espérances.
Après l'opération, dans les pansements et les soins qui en assurent le succès définitif, que d'attentions vigilantes, que de délicate bonté !
J'aurais bien d’autres détails à ajouter si je voulais suivre Achille Flaubert dans l'intimité de la vie de famille, dans sa paternelle affection pour ses élèves, et dans la bienveillance de ses relations confraternelles, qui lui avait valu d’être nommé Président de l'Association
des médecins du département de Seine-Infé-