‹ Laure d'Estell (volume 3)Chapitre 1 sur 14 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

Du château de Varannej.

Laure d'Estell , à madame de NoTval.

Après un voyage bien fa'tigant, bien triste , j'arrive enfin , ma chère Juliette , dans un lieu dont l'antique majesté et le site pittoresque conviennent parfaitement au sentiment dont mon ame est remplie. J'éprouve un charme douloureux à parcourir ces vastes

(4 ) appartemens où mon Henri a été élevé ; à entendre ces bons paysans me raconter les traits de sa générosité , qui dès son enfance égalait sa douceur. Si chaque objet qui se présente à ma vue ajoute à mes regrets , il augmente aussi le nombre de mes souvenirs , et tu sais combien il me sont chers. M.™^ Ô0 Varannes m'a reçue avec affection , elle a beaucoup caressé mon Emma , mais j'ai été frappée de la sérénité de son visage. 11 semble qu'après avoir perdu un fils tel que le sien , on doive porter l'empreinte d'une douleur impossible àcacher: peut-être s'est-elle efforcée de paraître tranquille en revoyant l'épouse de ce malheureux fils , pour l'engager à imiter son courage : peut-être souffre-t-elie

(5) autant que moi , mais je ne lui sais aucun gré àe cet effort ; il m'eût été si doux de pleurer avec elle!

Ce n'est plus qu'à toi , ma chère amie j que je puis adresser mes plaintes; l'intérêt qu'elles t'inspirent t'en sauvera l'ennui , et les témoignages de ton amitié seront mes plus douces consolations : tu sais le prix que j'attachais à tes lettres lors de mon bonheur , juges de ce qu'elles seront désormais pour ta pauvre Laure.

Ma petite Emma n'a pas souffert des fatigues du voyage , elle est enchantée de tout ce qu'elle voit ici. L'idée qu'elle ignorera long-tems la perte qu'elle vient de faire , est pour moi un grand soulagement, je mettrai tous mes soins à prolonger son enfance.

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