LETTRE X
Laure à Juliette.
JLjes grandes actions sont comme les grandes surprises ; les unes produisent sur lame le même effet que les autres sur les sens ; elles les font sortir de cet assoupissement qui semble suspendre l'existence ; je l'éprouve en ce moment, et le trait de générosité que je vais te raconter^ t'inspirera sûrement le même sentiment qu'à moi.
Tu te rappelles les bienfaits de Frédéric envers la famille de Phili[ipe , et le vol dont on accusait celui-ci \ il avait fui , disait-on , pour
( 71 ) échapper à la justice , on devait le présumer ; mais cela était faux.
Je vais te répéter tout ce que je tiens de lui; ce malheureux, après être revenu de son ivresse, se livra au plus violent désespoir. Le château deVarannes lui était fermé, il ne pouvait aller j protester de son innocence, etd'ailleursqu'eussent produit ses sermens contre tant de faits déposant contre lui? Il se détermina , dans l'excès de ce désespoir , à aller se jeter aux pieds de sir James ; il lui parla avec cet accentquen'a point le crime , l'assura que préférant la mort à l'infamie , le souvenir de sa femme et de ses enfans ne l'empêcherait pas d'attenter à sa vie. Sir James l'interrompit froidement , pour lui demander comment il se fesait
(70 qu'on eiit enlevé une somme dans le secrétaire de M."'^deVarannes, quand lui seul savait qu'elle y fût alors , Philippe lui raconta comment après avoir reconduit le fermier qui l'avait apportée , il fut entraîné [)ar celui-ci dans un cabaret du village , où ils burent assez long-tems , et se quittèrent, après avoir fait la partie d'y venir déjeuner le lendemain à cinq heures du matin, Philippe s'apercevant que sa tète était un peu dérangée par l'effet du vin , rentra fort tard au château dans la crainte d'être grondé. Le soir , lorsqu'il voulut monter pour se coucher auprès du cabinet , il en chercha la clef, et ne la trouvant pas il alla prendre une échelle dans le jardin et monta par la fenêtre du cabinet qui était
ouverte,
(75) ouverte , s'fmaginant qu'il avait perdu cette clef dans le village , se coucha et laissa la fenêtre ouverte pour faire moins de bruit en sortant ; le lendemain il se rendit à cinq heures au rendez-vous ; le fermier y était déjà; il avait fait apprêter le déjeuner , et le bon Philippe n'en était pas à la moitié qu'il paraissait déjà ivre mort ; cependant il eut à midi la force de se traîner au château, et tu sais le reste. Sir James , après avoir écouté son i écit , lui dit : Je te crois , tu n'es point coupable, mais celane suffit pas. Alors il sonna et donna l'ordre à un de ses gens d'aller à Varannes pour y chercher le cabaretier. Quand il fut arrivé il lo questionna et ses réponses s'étant trouvées conformes au récit dç
Philippe , il les écrivit et les fit signer par tous deux ; il y ajouta quelques renseignemens donnés par cet homme sur le fermier , dont la réputation était fort mauvaise. Muni de cette pièce il renvoya le cabaretier , et lui donna de l'argent pour obtenir le secret de toutes ces démarches ; ensuite il remit deux lettres à Philippe ; l'une adressée à un avocat du parlement de *^** , l'autre à l'intendant de cette ville. Le pauvre accusé partit chargé d'une somme plus que suffisante aux frais de son voyage, et le cœur remj)lit d'espoir : à peine fut-il arrivé à D***" que sir James le rejoignit ; il était parvenu à se procurer, dans l'espace de trois jours , plusieurs dépositions qui toutes accusaient lo
Fermier. Une entre autres portait qu'il avait caché , dans ia nuit du vol , une somme considérable chez un de ses amis , et qu'il était venu la reprendre le lendemain* Sur ces indices, sir James demanda qu'il fût appelé en justice pour subir un interrogatoire. Son crédit obtint facilement une chose due à tout accusé , mais dont il fallait presser l'exécution. Le fermier fut arrêté au moment où , ayant appris les démarches faites contre lui , il se sauvait. Sir James , en moins de quinze jours , instruisit la cause , la fit appeler , la plaida et remporta une victoire due à sa courageuse bienfaisance et à l'innocence du brave Philippe. Celuici , armé de son jugement , prit sur-le-champ la route de Va-
rannes ; il ne s'arrêta qu'un instant au village pour embrasser sa famille et la rendre au bonheur ; ensuite il vint au château , s'en fit ouvrir les portes en maître , pénétra subitement dans le salon et remit à ma belle-mère ime lettre de sir James, conçue en ces termes :
Madame,
« Je m'empresse de vous ap- « pjendre qu'un homme long- » tems honoré de votre confiance « n'en était pas indigne , et j'ose » vous demander la continuation » de vos bontés pour lui ; je ne » doute pas que votre cœur ne soit » porté à les lui accorder , mais » permettez moileplaisirde croire » que je vous en dois quelque re- M connaissance. »
(77) Je suis avec , etc.
Votre , etc.
James Drymer.
Caroline a fait un cri de joie à la lecture de cette lettre-, Frédéric a dit : — Je reconnais bien là sir James,toujoursjusteetgénéreuxj — et moi , chère Juliette , j'étais émue au point de ne pouvoir retenir mes larmes ; mais combien ces larmes étaient douces et qu'elles différaient de celles qui ont tant de fois inondé mon visage depuis plus de dix mois : chère Juliette , je ne plaindrais pasles êtres affligés d'une grande sensibilité, si elle n'était jamais à l'épreuve que de telles sensations ; mais elles sont aussi rares quele malheur est commun , et cette réflexion empoi-
(78) âonne le charme qu'on trouve à s'y livrer.
Cette action me paraît au-dessus de toutes celles que peut dicter la bienfaisance : on croît ordinairement que le sacrifice d'unesornme souvent siipeiflue à celui qui la donne , est un effort sublime. S'il en était ainsi , la pauvreté rendrait cette vertu impossible , et le degré de fortune rendrait aussi plus ou moins bienfaisant ; mais s'intéresser au sort d'un malheureux accusé , défendre son honneur flétri par la calomnie , l'arracher au désespoir en lui faisant obtenir jussice , voilà ce dont est seul capable l'homme vertueux ; lô, riche fait l'aumune , l'autre fait des heureux.
M*""» de Varannes a répondu à
(79) sir James par un billet , où ell<2 parle beaucoup de la peine qu'il s'est donnée pour lui faire recou-* vrer son argent et ses bijoux , comme si c'était de cela qu'il se fût occupé. Elle lui a promis de rendre à Philippe sa place j et moi ne trouvant pas cette léponse à mon gré, ne me suis-jepas avisée d'y ajouter quelques mots. A cette folie je te vois sourire , mais que veux-tu, je n ai pu m'en empêcher ; je crois l'avoir fait un peu pour Caroline. Au reste ces mots sont ceux que M.""^ de Varannes devait dire et non rien d'extraor-dinaire , juges-en toi-même.
«M.'"« d'Estell , ayant pris le plus vif intérêt à la malheureuse famille de Phili[ipe, prie sir Jame^ Drjmer de vouloir bien agréer les
expressions de sa reconnaissance, elle y joindrait des voeux pour son bonheur, s'il n'était pas la suite naturelle de tout le bien qu'il fa t ».
Mon émotion a duré long tems; je tremblais en traçant ces lignes :
pauvre s.r Jame^sî être malheureux avec tant detitres à la félicité : vraiment on ne comi rend rien à la plupart des destinées, et je voudrais qu'on m'expliqîiât comment il se fait cj'ie les étrei vet tucux sont les plus exposés aux revers et à l'injustice ; il faut que la perte de cette vertu soit un bien grand malheur, pour en faire payer la possession aussi cher !
Adieu, ma Juliette, Emma se porte bien.
(8i ) LETTRE XI.
Laure à Juliette.
La fatalité me poursuit, chère Juliette. Hier après souper , souffrant beaucoup d'un violent mal de tête , je suis descendue dans le jardin pour y prendre lair ; j'avais à peine fait quelques pas dans une des allées du bois, que j'entendis marcher derrière moi ; je me retournai précipitamment , et vis un homme que l'obscurité m'empêcha de reconnaître : l'idée du vol vint à ma pensée ; j'eus un moment de frayeur qui cessa bien vite ; le fantôme s'approcha , et je le re-
connus pour Frédéric. — Vous ici?
Madame , dit - il en m'abordant ; — oui , mon frère , lui répondis- ]e, je souffre , et j'espérais que l'air me ferais du bien ; mais je vais rentrer , car je n'éprouve aucun soulagement. — Ah ! par grâce, interrompit-il avec chaleur , ne me donnez jamais ce nom , il m'est odieux. — Puis revenant à lui ; pardon , dit-il , je vous offense , j'offense l'être le plus adorable , celui auquel je voudrais consacrer ma vie ; mais il ne dépend pas de moi de lui cacher le sentiment dont il remplit mon ame. En disant ces mots , il était à mes pieds et allait s'emparer de ma main , lorsque je me retirai brusquement , en lui témoignant combien j'étais blessée •l'une conduite aussi indigne de lui
et de moi. L'heure et le lieu , lu£ ai-je dit , ne me permettent pas d'entrer avec vous dans une explication que vous auriez dû m'épargner , etdont vous n'aurez plus besoin , après avoir réfléchi sur ma situation et sur la votre. En disant ces mots , je me suis éloignée sans attendre sa réponse , et je l'ai laissé dans un état de désespoir qui m'a fait regretter de n'avoir pas ménagé davantage mes expressions. Je suis rentrée dans mon appartement , l'imagination remplie d'idées sombres , je me figurais Frédéric malheureux , et par moi , fuyant la maison de sa mère pour ni plus voir lobjet qui cause ses chagrins ; puis réfléchissant au caractère de ce jeune homme , je me rassurais par la certitude de le voir bientôt
(84) distrait d'un sentiment qui ne lui laissait aucune esjx'^rance. Il est trop léger , me tlisais-je , pour être susceptible d'une violente passionj j'éviterai tout ce qui pourrait alimenter son amour par quelques rayons d'espoir , et le souvenir de son frère , l'assurance que ce souvenir occupe entièrement mon cœur , tout enfin parviendra à effacer une imj)ression que je ne crois pas profonde.
Jl était fort tard quand je m'endormis , et ce matin mon sommeil aétéinterrompu par Emma que sa bonne cherchait à retenir , et qui toute essoufflée venait me dire :
■^ descends bien vite , maman , mon oncle veut partir ; ma bonnemaman pleure et m'envoie te cher; cher. — J hésitai quelques mo-
mens , ne sachant pas ce que je devais faire. Frédéric avait-il parlé à sa mère de notre entretien ? voulait-il s'éloigner en gardant son secret ? dans cet embarras je calculai que de toute façon il paraîtrait fort extraordinaire que je ne me rendisse pas à la prière de M.*"® de Varannes; je m'habillai et descendis dans son cabinet avec une émotion facile à concevoir. Aussitôt qu'elle m'aperçut , elle me dit d'un ton suppliant : — ma chère Laure, venez m'aider à retenir Frédéric , il veut nous quitter et n'appuyé cette volonté d'aucune bonne raison. Son congé ne portait que trois mois , il est vrai , mais j'ai obtenu sa prolongation , il peutcompter sur l'indulgence de ses chefs , ils sont trop heureux de faire re-
'( 86) tomber sur lui les grâces que méritaient à tant de titres le marquis d'Estell , et je ne vois pas ce qui lempéche d'en profiter, — Eh bien ! je m'en rapporte à M.™* d'Estell , interrompit Frédéric , j'ai eu le malheur d'offenser une personne de laquelle j'attendais une grâce infinie , je ne saurais trop tôt réparer mes torts envers elle , mon séjour ici ne doit servir qu'à les aggraver, et ce n'est qu'en remplissant strictement mes devoirs que je puis espérer l'oubli de ma faute. -" Je sais ce que c'est , répon(iitM.'"''«Ie Varannes , le duc de L***^ a trouvé mauvais que vous fissiez la cour à sa maîtresse, après avoir obtenu de lui le grade que vous (lesri iez. En effet c'est fort mal , mais je connais le duc , il a
■( 8? ) TU votre repentir et Je suis sûrs qu'il a déjà pardonné votre folie.
— Il serait possible, ai-je dit , en regardant Frédéric , que son indulgence n'allât pas aussi loin, mais je répondrais qu'il saura peu gré à votre fils de quitter sa mère poirr rejoindre son régiment , si sa présence n'y est pas nécessaire : il est si naturel qu'il cherche à vous consoler de la perte que nous avons faite. — Vous le voyez , mon fil» , il n'est que vousquine sentiez pas la peine que doit me faire votre absence 1 En disant ces mots , la bonne mère pleurait ; je m'accusais de sa douleur et mes yeu-x se remplissaientde larmes; Frédéric ne me quittait pas de vue ; il vit à quel point j'étais touchée , et se jettant aux genoux de sa mèrfr i.
non , s'écria-t-il , je ne mérite pas un si tendre intérêt, mais je serais un monstre^ si je ne faisais pas tout ce quidoit m 'en rendre digne. — Ah ! ma mère, oubliez les torts que je viens de me donner ; disposez demoi, de ma vie entière; j'ignore le sort qui m'est réservé^ mais il n'y a que la nécessité ou un ordre bien cruel.... , dit-il , en me lançant un regard expressif , qui puisse me séparer de vous. Caroline entra dans ce moment , elle ignorait la subite résolution de son frère , et venait en courant annoncer la visite de sir James qu'elle avait aperçue dans la grande avenue. A cette nouvelle Frédéric dit à sa mère , qu'ayant formé le projet de partir dans la journée, il avait écrit à sir James pour lui
(89) faire ses adieux : — ce bon ami , ajouta-t-il , aura craint que mon départ ne fût l'effet de quelque cause désagréable, et je suis sûr qu'il vient m'offrir tous les secours de l'amitié : — cette phrase me fit présumer que Frédéric avait instruit sir James du motif de son départ ; je me rappeliai le jour où il avait dit qu'il lui faisait toutes ses confidences , et je voulus me retirer pour éviter l'embarras que sa présence devait me causer; mais M.^^deVarannes me retint, en me disant qu'il y aurait de la cruauté de ma part à la quitter dans l'instant où je venais de lui procurer un plaisir si doux. — Allons ditelle à Caroline , fais tout ap])réter pour le petit déjeûner de famille, sir James ne refusera pas d'ea
(90) être ; allez au-devant de lui, Frédéric , et conduisez leici. — Je lui fis observer que ma toilette était biennéglii^ée, sur-tont pour recevoir un étrani^er. — Bon , dit-elle , vous êtes jolie comme un ange , n'est-ce pas , Frédéric ? — Jamais madame ne me parut mieux , répondit-il , et Je n'oublierai de ma vie le témoignage de bonté qu'elle vient de m'accorc'er ; en achevant ces mots il sortit, et revint quelques momens après , accompagné de sir James.
Cette fois son premier regard fut pour moi; il me troubla : je pensais qu'il cherchait à lire dans mes yeux ce que j'éprouvais pour son ami , et l'idée d'être soupçonnée d'une infidélité (car c'est ainsi que je regarderais le sentiment qui
(9î ) mattacherait à un autre qu'à Henri ) augmenta ma rougeur. Peutêtre l'a-t-il interprété différemment ; il est si ordinaire de se tromper sur tout ce que 1 on voit!
Peut-être dois-je à cette pensée la manière affectueuse dont il m'a abordée ! Au reste , je n'j veux pas attacher une si grande importance ; c'est bien assez de souffrir de ses peines , sans s'inquiéter des soupçons qu'elles font naître chez les gens qui n'y prennent aucun intérêt.
Au milieu du déjeuner , on apporta les journaux , Frédéric en lut tout haut quelques articles concernant la politique ; et passant aux nouvelles que nous appelions autrefois le commérage des journaux j il lut ce qui suit :
ce Nous apprenons par une des « gazettes de Londres , que cette 5j niilady Léednam ,qui a fait tant « de bruit à Paris , vient de se rej> tirer au couvent de Ste-Ma- « deleine^ à R*** en Allemagne , 3) après avoir été déshéritée par » son père ».
Au nom de cette milady , sir- James tressallit ; la pâleur couvrit son visnge , et je m'empressai de lui offrir une tasse de thé , en lui demandant s'il ne se sentait pas mal : — ce n'est rien, madame, répondit-il ; j'ai depuis quelques jours de fréquens accès de fièvre; le frisson me prend par fois , mais il me quitte aussitôt , et ce n'est qu'une légère indisposition. — Frédéric avait jeté les journaux sur une table éloignée de la nôtre , et
(9^) s'était remis à parler politique avec beaucoup de chaleur , quand sir James me dit, de manière à n'être entendu que de moi : — j'ai reçu le billet de M.™^ de Varannes , madame; j'en ai effacé tout ce qui n'était pas tracé de votre main; il est là, m'a- t -il dit en montrant son cœur, on ne 1 en arrachera qu'avec le souvenir de
Il s'est arrêté , ses yeux paraissaient égarés , sa figure exprimait la terreur ; et ce cruel sentiment a pénétré dans mon ame. Je le regardais sans trouver un mot pour lui répondre ; heureusement Emma est arrivée : il a paru se remettre en la voyant ; l'a prise sur ses genoux, lui a donné tout ce qu'elle desirait , et lui a baisé la main. La petite, étonnée d'une ca-
(94) resse aussi respectueuse, a sauté à son cou ; en l'embrassant des larmes sont venues aux yeux de sir James : il s'est levé , et après avoir regardé la pendule , s'être exrusé de ne pouvoir rester plus long-tems , il est parti. M.»"^ de
Varannes,occupéeà discuter avec Frédéric , n'a point remarqué l'effet que m'a produit le discours de sir James ; mais je redoute l'œil attentif de Frédéric, sans trop savoir ce que j'en dois craindre; au fait , que m'importent ses conjectures sur une chose que je ne comprends pas moi-même ?
Ne trouves-tu pas bien malheureux , ma Juliette , de me voir ainsi dans la ç^êne perpétuelle , de vivre prés d'un être que chacune de mes actions doit affliger
OU flatter mal-à-propos. Je ne sais trop comment faire pour empêcher Frédéric de croire que j'ai désiré vivement qu'il restât ; tu verras qu'il me faudra lui dire quelque chose de désobUgeant pour le tirer de cette erreur. Ah ! je ne me sens pas le courage de supporter long-tems de semblables ennuis , et j'ai drjà pensé aux moyens de m'y soustraire. M.*"® de Varnnnes m'a dit dernièrement que la terre d'Estell allait bientôt être à vendre ; elle le sait du propriétaire même : il en veut trente mille francs de plus qu'elle ne lui a coûté , pour les dépenses qu'il y a faites , ce qui en met le prix à trois cent trente mille livres ; jo vais demander à Dupré s'il ne me serait pas possible de l'acquérir,
(96) en donnant en échange la terre que j'ai en Normandie : s'il approuve ce projet , je rentre dans un bien dont le nom m'est cher , et je vais y vivre absolument seule avec ma fille ; je n'y recevrai que toi , comme étant l'unique amie dont la piésence me soit nécessaire.
Adieu.