‹ Laure d'Estell (volume 4)Chapitre 12 sur 17 · LETTRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVIII

Laure à Juliette.

1 u m'as prévenue , chère Juliette ; ta bienfaisante bonté t'a portée à t'informer de sa demeure, et M. Norval a permis que tu l'accompagnasses dans la visite qu'il a bien voulu lui faire. Combien je suis sensible à cette marque d'intérêt ! Lucie en est aussi pénétrée que moi , et me charge de vous en témoigner à tous deux sa reconnaissance. Quand tu l'as vu il n'avait point encore reçu ma lettre ; je n'ai pas osé te la montrer , je n'en suis pas con-î

( i46) tente ; il y légiie une certaine contrainte qui lient de la froideur, cependant il ne parait pas à sa réponse qu'il l'ait jugée telle, La voici.

Lettre de sir James à Laïuv^

» Vous êtes heureuse , Laure ! m'en faut- il davantage ? Cessez de craindre pour moi , j'aurai le courage de supporter mes souffrances , ou plutôt la peine d'être séparé de tout ce qui m'est cher.

Je ferai ce qu'on m'ordonnera pour liaier ma guérison , enfin j'aimerai la vie , puisque vous prenez à la mienne un si vif intéièt.

M.etM.'"*^ de Norval sont venus eux mêmes s'informer de l'état de ma santé. Cette démarche , toutQ

( 1 (7 ) aimable qu'elle fût, ne m'a pas surpris ; je savais qu'ils étaient vos amis ; mais leur visite m'a fait un bien inex[>rimable. Nous avons beau(on|) parlé de vous , de ma sœur qu'ils ont le désir de connaître, et de votre chère Emma, îls m'ont appris vos inquiétudes sur mon compte, et ce moment m'a fait oublier que j'étais loin de vous. Chargez-vous , Laure , de m'acquitter envers eux de tout ce que je leur dois pour tant d'obhgeance de leur part , et peignezleur ma reconnaissance aussi vivement que je voudrais vous exprimer Je sentiment que vous attache pour jamais.

Votre respectueux et tendra ami ,

James Drymer.

( ^4'^ ) Tu vois , ma Juliette , quel prljt il met à ce que la pitié t'a fait faire pour lui. Il ne l'oubliera de sa vie , ni moi non plus et je sens qu'il m'est devenu plus , cher depuis que tu l'as vu. Je crains de répondre à l'éloge que tu m'en as tracé , non pas qu'il n'ait flatté mon cœur , car il en a éprouvé ]a sensation la plus douce ; mais il a embarrassé ma modestie plus que ne l'eut fait mon propre éloge :

c'est ainsi que j'ai placé dans lui tous mes sentimens, on ne peut plus m'offenser qu'en l'injuriant , jni me flatter qu'en le trouvant aimable.

Emma a repris sa gaieté , ses couleurs ; on ne se douterait jamais , en la voyant , qu'elle a été aussi dangereusement malade ;

( '49 ) ' je m'étais promis clo rerivoypî:

Lise , ne pouvant lui pardonnep de m'avoir caché la chute de m:i fille, mais l'enfant a imploré soit pardon avec tant de grâce, qu'il a fallu céder. Conçois-tu , mon amie, cjue des bonnes, dans la crainte d'affliger une mère ou d'en recevoir cpiehjues réprimandes , aient Li faiblesse de lui cacher le malheur arrivé à son enfant , et lui ôteï^t ainsi les moyjens d'eijfe prévenir les suites. Si le docteui* n'avait dit à Lise qu'Eînm.a avaic sûrement reçu un vjolenjt coUp ^ puist|u'iL s'était formé un dépôlf dai^f sa t^te^ jamais elle n'aurait} avoué qu'en effet l'enfant était tombé en jouant dans le jardin , et que sa léte avait frappé contra, ijne énoruitj pieirte. Cette fawld

ïliScrélion a pensé me couler la ^. Vie de ma fille. Quelle leçon pour toutes les mères !.... Je n'ai pas besoin de t'engager à ne jamais gronder une bonne , lors même que sa mal -adresse serait cause du coup que recevrait ton enfant, le souvenir de ma douleur t'empêchera de tomber dans cette faute.

J'avais oublié de te dire que Frédéric était parti. Lorsque j'ai appris qu'il avait quitté Varannes, je n'étais pas en état de penser àlui. Ma belle-mère a été bien affligée de la maladie d'Emma ; elle est venue souvent me voir , ainsi que toute sa sociéié. Le premier mot de M.*"^ de Gercourt, quand elle a vu mon désespoir , a été celui-ci :

— J'avais bien prévu qu'en élevant votre enfant à la Jean-Jacques j

il lui arriverait quelque malheur, — Comment trouves-tu ce trait de sentiment? Il vaut tous ceux qu'on cite dans ce genre.

Adieu , ma Juliette , ]e ne quitterai pas Savinie avant l'entier rétablissement d'Emma , ( et tu vas sourire ) avant le retour de James.

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